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Les Détenus, ou Cange, commissionnaire de Lazare

Les Détenus, ou Cange, commissionnaire de Lazare, fait historique en un acte et en prose, mêlé d'ariettes, par J. J. Marsollier, musique de Daleyrac. 28 Brumaire an 3 [18 novembre 1794].

Opéra comique national

Titre :

Les Détenus, ou Cange, commissionnaire de Lazare

Genre

fait historique mêlé d’ariettes

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

ariettes

Date de création :

28 brumaire an 3 (18 novembre 1794)

Théâtre :

Opéra comique national

Auteur(s) des paroles :

Marsollier

Compositeur(s) :

Dalayrac

Almanach des Muses 1796.

Sujet qui a électrisé beaucoup d'auteurs : il a été traité sur presque tous les théâtres.

De l'intérêt, et des tableaux piquans dans la pièce du C. Marsollier.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Maradan, troisième année de la République :

Les Détenus, ou Cange, commissionnaire de Lazare, fait historique en un acte et en prose, mêlé d'ariettes. Représenté, pour la première fois, sur le théâtre de l'Opéra Comique National, le 28 Brumaire, an troisième de la République française.

L'Esprit des journaux français et étrangers, vingt-troisième année, volume XI (novembre 1794), p. 229-231 :

[Sur un « trait touchant » largement mis sur les théâtres, Marsollier est crédité d’une belle réussite : sa pièce a l’originalité de se passer à l’intérieur de la prison, dont elle nous montre le fonctionnement. Ce qui est mis en scène, c’est la générosité du commissionnaire, qui utilise son argent pour aider une malheureuse famille. Le résumé qu’en donne le compte rendu est plein de mots qui marquent le très vif intérêt que les personnages suscitent. Puis le critique avoue son impuissance à rendre compte de la pièce : « il faut le voir pour en apprécier tout l'intérêt », tant elle elle émeut par « des tableaux nouveaux, touchans, pris dans la nature & dans l'exacte vérité », malgré quelques invraisemblances dont il nous incite à ne pas tenir compte : « il ne faut voir dans cette piece que l'intérêt, les effets de scene, & les moyens piquans que le bon Cange emploie pour servir les infortunés auxquels il s'intéresse » (notons le double niveau de l’intérêt, celui du spectateur pour la pièce et ses personnages, et celui de Cange pour les « infortunés »). On nous dit aussi que la pièce est bien jouée, et les noms des six comédiens sont accompagnés de remarques positives. La musique est « touchante comme le sujet, & remplie d'esprit & d'expression ». Impossible bien sûr de ne pas évoquer la scène finale : la montée sur la scène du vrai Cange ! Le dernier paragraphe est curieusement placé, puisqu’il joue un rôle qui devrait lui valoir la première place dans le compte rendu : il rappelle deux autres tentatives de mettre l’histoire de Cange, celle de Sedaine, dont rien ‘nest dit, et celle de Gamas, dont on regrette qu’il ait mis le personnages odieux qui veut enlever la fille du prisonnier : « il n'avoit pas besoin de cette opposition pour faire ressortir l'humanité & la vertu du généreux Cange ».]

THÉATRE DE L'OPÉRA COMIQUE NATIONAL, RUE FAVART.

On a donné, sur ce théatre, avec le plus grand succès, les Détenus, ou Cange commissionnaire de St. Lazare, fait historique en un acte, mêlé d'ariettes.

Dire que l'auteur de cet ouvrage est le cit. Marsollier, à qui l'on doit Nina, les petits Savoyards, le Souterrein, &c., c'est dire assez quel parti il a dû tirer de ce trait touchant. Aussi sa piece n'a que le fonds de commun avec les autres Canges, donnés déjà sur plusieurs théatres de Paris. Ici l'auteur transporte le spectateur dans la cour intérieure de la prison de St. Lazare, où l'on voit les détenus s'amuser à de petits jeux, excités par Daudin, jeune fat, étourdi, mais doué d'un bon cœur. George ne reçoit plus de nouvelles de sa femme, ni de ses enfans : ce vertueux pere de famille est réduit à la plus affreuse indigence : il a recours au commissionnaire Cange, surnommé Bon-Enfant, favori du geolier Revêche. Cange promet d'aller chez la femme de George : cette femme infortunée arrive avec ses deux enfans : Cange les fait entrer dans la cour : il leur fait voir George à travers une petite fenêtre élevée. Enfin, il forme le projet de séparer en deux une somme de cent francs, fruit de ses épargnes, & qu'il a laissée entre les mains de Revêche : il emploie la ruse pour retirer cette somme, en donne la moitié à la femme de George ; & l'autre moitié à ce malheureux prisonnier. La citoyenne George emploie ses cinquante francs à retirer, des mains d'un homme d'affaires, les pieces qui prouvent l'innocence de son mari : ces pieces sont mises sous les yeux des représentans du peuple, & George obtient sa liberté. Sa femme la lui apporte : explications qui dévoilent la bienfaisance du bon Cange : enfin, il quitte son état de commissionnaire, & va travailler aux armes avec George, à qui tous les détenus font compliment de sa sortie.

Cet ouvrage ne peut être esquissé ; il faut le voir pour en apprécier tout l'intérêt : ici Cange est toujours en action : ce sont à tout moment des tableaux nouveaux, touchans, pris dans la nature & dans l'exacte vérité. Quelques légeres invraisemblances, telle que l'introduction de la cit. George dans la prison, & la conversion subite du geolier Revêche, à la fin, ne méritent pas la peine d'être relevées : il ne faut voir dans cette piece que l'intérêt, les effets de scene, & les moyens piquans que le bon Cange emploie pour servir les infortunés auxquels il s'intéresse : en un mot, un ouvrage attendrissant doit jouir d'un succès constant : il est aussi très-bien joué. Le cit. Ménier fait briller un naturel bien rare, & une grande sensibilité dans le rôle aimable du vertueux Cange. Le cit. Dherbez, dit St.-Aubin, est intéressant dans celui de l'infortuné George, & les autres rôles sont rendus avec toute l'intelligence qu'ils exigent, par les cit. Chénard, Fleuriot ; & par les cit. Philippe & Chevalier. La musique du cit. Daleyrac est touchante comme le sujet, & remplie d'esprit & d'expression. Le public a applaudi, avec un juste enthousiasme, plusìeurs morceaux très-bien faits, tels que la romance de George, celles de Cange, l'air chanté par le cit. Chénard, &c. Le cachet du citoyen Daleyrac est toujours celui de la mélodie & de la vérité. Le bon Cange, qui assistoit à cette représentation, a paru sur le théatre, où il a été couvert d'applaudiffemens.

Ce trait a électrisé plusieurs auteurs dramatiques : le cit. Sedaine l'a mis en vers, & le cit. Gamas, auteur de Michel Cervantes & du Plan d'opera, en a sait une comédie qui a été donnée, avec le plus grand succès, sur le théatre de la république. Le cit. Gamas l'a traité tel qu'il est, & en a tiré tout le parti possible. Peut-être le personnage odieux d'un nommé Fierval, qui veut enlever la fille de la cit. Durand, est-il de trop dans l'ouvrage : il n'avoit pas besoin de cette opposition pour faire ressortir l'humanité & la vertu du généreux Cange.

Dans la base César : première représentation le 18 novembre 1794. La pièce a connu 25 représentations jusqu'au 6 janvier 1796 (toutes au Théâtre Italien, salle Favart).

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