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Isabelle de Salisbury

Isabelle de Salisbury, comédie héroïque & lyrique en trois actes, en prose, de Fabre d'Églantine, musique de M. Mengozzi, 20 août 1791.

Théâtre de Mlle. Montansier.

Titre :

Isabelle de Salisbury

Genre

comédie héroïque et lyrique

Nombre d'actes :

3

Vers / prose

prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

20 août 1791

Théâtre :

Théâtre Montansier

Auteur(s) des paroles :

M. Fabre d'Églantine

Compositeur(s) :

M. Mengozzi

Mercure universel et Correspondance nationale, tome VI, n° 174, du Dimanche 21 Août 1791, p. 335 :

THÉATRE DE MADEMOISELLE MONTANSIER.

Le défaut d'espace nous force de remettre à demain l'extrait d' Isabelle de Salisbury, opéra en trois actes, donné hier avec le plus brillant succès à ce théâtre. Nous nous bornerons à dire, que cette pièce, pleine d'intérêts, de mouvemens et de situations théâtrales, est établie avec une magnificence dont il est peu d'exemple, et que les acteurs y ont déployé un talent consommé. La musique, qui est de M. Mengozzy a réuni tous les suffrages ; elle est tour à-tour fraiche, énergique et brillante : l'ouverture, sur-tout, et la finale du second acte, sont dignes des plus grands maîtres. Les paroles sont de M. Fabre d'Églantine ; ce nom seul en fait l’éloge.

Le sujet est l'institution de l'ordre de la Jarretiere . On donnera aujourd'hui la seconde représentation.

Mercure universel et Correspondance nationale, tome VI, n° 177, p. 383 :

La troisième représentation d’Isabelle de Salisbury a excité, comme la première et la seconde, l’enthousiasme du public.

Tout le monde connoît l’origine de l’ordre de la Jarretière. C’est cette histoire que M. Fabre d'Églantine a mise en substituant une écharpe à la fameuse jarretière, et en donnant pour rival à Edouard le comte de Straffort, qui est même sur le point d'épouser Isabelle de Salisbury.

Cette rivalité, et les moyens différens qu'emploie Edouard pour déclarer sa passion, éprouver son coeur et s'en faire aimer, moyens neufs, ingénieux et délicats, donnent lieu à des scènes du plus vif interêt, embellies encore par une musique pleine de charme et d'expression. Rien, d'ailleurs, n'a été épargné pour completter l'illusion théatrale, relativement aux costumes et aux décorations, où se trouvent réunies la plus grande magnificence et la fidélité la plus scrupuleuse. En un mot, cet opéra est un des plus beaux qu'on ait vu depuis long-temps; et doit ajouter beaucoup à la réputation que les deux auteurs se sont acquise, chacun dans leur genre. On doit aussi des éloges aux acteurs qui paroissent dans cette pièce ; mais sur-tout à mademoiselle Lilier et à M. César, qui remplissent parfaitement l’une le rôle d’Isabelle, l’autre, celui d’Edouard.

Gazette universelle ou papier-nouvelles de tous les pays et de tous les jours, n° 242 du marid 30 août 1791, p.966 :

Les théâtres de la capitale recueillent avec empressement les drames relatifs à notre révolution ; mais le public commence à se montrer difficile sur ce genre de productions qui s’écarte souvent des regles de l’art dramatique. La demoiselle Montansier vient de mettre sur son théâtre un opéra plein d’intérêt, intitulé Isabelle de Salisbury. L’art du poëme, la beauté de la musique, la richesse des costumes, la belle ordonnance des décorations, tout contribue à attirer à ce spectacle le public qui témoigne sa satisfaction par des applaudissemens réitérés. Les paroles sont de M. Fabre d’Eglantine, qui a enrichi l’autre théâtre du Palais-Royal d’une piece vive & gaie qu’on ne se lasse pas de voir, l’Intrigue épistolaire. La musique d’Isabelle de Salisbury est de M. Mengozzy ; elle est pittoresque & sensible tour-à-tour, & fait un honneur infini au talent de ce compositeur.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1791, volume 11 (novembre 1791), p. 336-339 :

[Compte rendu largement positif d’une pièce inspirée d’une nouvelle (mais les convenances ont fait substituer une écharpe à l’impudique jarretière...). Que reprocher à la pièce ? Le manque de vraisemblance, bien sûr, et les négligences de style (Fabre d’Eglantine est invité à « soigner son style »). La musique « a un grand succès », Mengozzi étant digne d’être comparé aux grands maîtres que sont Anfossi et Paisiello. On lui reproche seulement de ne pas mettre l’accent sur les mots qu’il faut mettre en valeur (il doit améliorer sa « connoissance de notre langue »). Pièce « mise avec le plus grand soin » : « Mlle. Montensier n'a rien épargné pour la rendre brillante & pour captiver l'attention. Aussi ce genre de pieces, un peu froid par lui-même, rachette ce défaut, autant qu'il est possible, par la magnificence du spectacle. » Mention rapide, mais positive, de deux interprètes (c’est peu...).]

THÉATRE DE Mlle. MONTANSIER.

Le samedi 20 août, on a donné la premiere représentation d'Isabelle de Salisbury, comédie nouvelle, héroïque & lyrique en trois actes, en prose, paroles de M. Fabre d'Eglantine; musique de M. Mengozzi.

Cette piece, qui a eu beaucoup de succès, est tirée des Nouvelles de M. d'Arnaud. C'est l'institution de l'ordre de la Jarretiere par Edouard III, roi d'Angleterre. On sait que la comtesse de Salisbury, laissant tomber sa jarretiere dans un bal, le roi s'empressa de la ramasser. Cette action fit rire quelques courtisans. Edouard s'écria soudain : Honny soit qui mal y pense, & sur ce mot, sur cette jarretiere, Edouard fonda un ordre de chevaliers, qui fut toujours rempli depuis par les plus grands du royaume. L'auteur d'Isabelle de Salisbury a fondé sur ce trait principal, une intrigue qui a quelque intérêt, sans doute, mais qui blesse un peu les vraisemblances. Edouard, déguisé en troubadour, va se présenter chez le comte de Saìisbury, au moment où ce seigneur donne un bal pour le mariage de sa fille avec Strafford, qu'elle n'aime point. Edouard chante & demande la permission de danser avec Isabelle : on la lui accorde : la jeune personne laisse tomber son écharpe. (L'auteur a substitué adroitement une écharpe à la jarretiere d'Isabelle), Edouard la ramasse avec transport, la baise & la passe autour de son corps. Jalousie de Strafford, emportement du pere, fierté du faux troubadour, désespoir d'Isabelle, qui commence à aimer l'inconnu. On l'enferme dans une Tour : le roi fait gagner le geolier & transporter la comtesse dans le palais d'un de ses confidens : il se présente à la belle affligée, qui lui reprend, puis lui rend sa fatale écharpe : intelligence des deux amans : le roi sort pour aller se battre, dit-il, avec Strafford : on donne à Isabelle une fête, dans laquelle on voit paroître les neuf muses, les trois graces, &c. mais le pere force la porte du palais, il retrouve sa fille, & la fait enlever. Enfin, après mainte & mainte épreuve du roi, il se présente, se fait reconnoître pour le faux troubadour, & épouse la jeune comtesse, â laquelle il a fait verser bien des larmes.

La piece est mise avec le plus grand soin : richesses d'habits, de décorations, Mlle. Montensier n'a rien épargné pour la rendre brillante & pour captiver l'attention. Aussi ce genre de pieces, un peu froid par lui-même, rachette ce défaut, autant qu'il est possible, par la magnificence du spectacle. Isabelle de salisbury a peu de variété dans le ton & la couleur ; c'est un inconvénient pour le musicien, qui ne peut rendre que ce qu'on lui donne à exprimer. Le talent de M. Mengozzi s'est fait jour au milieu de ces difficultés. Sa musique a un grand succès. Plusieurs charmans morceaux de sa composition, ont été insérés dans des pieces d'Anfossi & de Paisiello, & on les avoit attribués à ces grands maîtres : il continue de prouver qu'il est digne d'être leur rival. Dans la piece nouvelle, plusieurs airs très-gracieux, de beaux morceaux d'ensemble, & sur-tout un superbe duo entre Salisbury & sa fille, au troisieme acte, ont enlevé tous les suffrages. Il a été demandé par le public aux premieres représentations.

M. Fabre d'Eglantine, a aussi un grand talent, mais on ne sauroit trop lui recommander de soigner son style. Le compositeur, qui est étranger, répete beaucoup trop dans sa musique certains mots sur lesquels il auroit fallu moins appuyer, comme sa fierté superbe, répétée sept ou huit fois dans le premier air : plus de connoissance de notre langue l'auroit déterminé à presser M. Fabre d'Eglantine d'y substituer des expressions moins négligées.

Mlle. Lillier a été très-applaudie dans le rôle d'Isabelle, & M. César dans celui du roi.

César : la pièce est souvent jouée au Théâtre de Montansier, du 20 août 1791 au 11 juillet 1793 (33 fois en 1791, 13 fois en 1792, 10 fois en 1793).

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