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La Leçon conjugale, ou Le voilà pris

La Leçon conjugale, ou Le voilà pris, vaudeville, de Jean-Baptiste Dubois, 22 messidor an 8 (11 juillet 1800).

Théâtre des Troubadours.

Titre :

Leçon conjugale (la), ou Le voilà pris

Genre

vaudeville

Nombre d'actes :

 

Vers / prose

prose, avec couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

22 messidor an VIII (11 juillet 1800)

Théâtre :

Théâtre des Troubadours

Auteur(s) des paroles :

Jean-Baptiste Dubois

Courrier des spectacles, n° 1225 du 23 messidor an 8 [12 juillet 1800], p. 2-3 :

[Le début de l’article est consacré à dire comment réussir un vaudeville : avoir « un plan de jolie comédie » et y ajouter « des couplets agréables », sans négliger d’y ménager « des situations comiques ». L’auteur de la Leçon conjugale a fort bien rempli ce contrat. L’analyse qui suit ce préambule est censée montrer l’exactitude de ce jugement : une intrigue classique qui montre un mari qui, las de sa femme, cherche l’aventure avec une jeune beauté, qui se trouve être amie de sa femme, si bien qu’elle informe son amie du rendez-vous que lui fixe le volage. Elle n’a pas de peine à lui tendre un piège où il tombe, et il doit reconnaître ses torts (difficile de faire autrement !). Et il est pardonné. Toute critique doit contenir des reproches, celui de la lenteur au début de la pièce, et le recours à un ton parfois grivois dans les couplets. Mais tout cela se corrige facilement, et l’auteur a été nommé (avec attribution d’un titre qu’il présentera comme erroné). Par ailleurs, l'interprétation est remarquable, et deux exemples de couplets « redemandés » montrent le ton choisi par l’auteur (le premier doit être un exemple de grivoiserie).]

Théâtre des Troubadours.

On peut garantir un succès brillant et soutenu à l’auteur qui négligeant la route si commune à nos modernes faiseurs de vaudevilles, se forme un plan, et sur-tout un plan de jolie comédie. On peut lui garantir ce succès s’il adapte à son plan des couplets agréables, et qui sans être forcés, y trouvent naturellement leur place ; s’il amène et ménage adroitement des situations comiques ; c’est à cela plus encore qu’aux couplets que sont attachés les suffrages du parterre. Sous ces deux rapports, la comédie-vaudeville donnée hier pour la première fois à ce théâtre, sous le titre de la Leçon conjugale, mérita doublement d’être applaudie ; c’est une des plus jolies productions qui ayent été jouées au théâtre des Troubadours. En voici l’analyse :

Blinval enchaîné depuis peu sous les lois de l’hymen, devient volage, et cherche loin de sa femme une autre beauté qui puisse le captiver. Il voit Rose, il en est sur-le-champ éperduement amoureux, et lui propose un rendez-vous. Mais Rose, amie de Constance, épouse abandonnée par Blinval, lui fait part de ce rendez-vous, qui a lieu dans un de nos jardins publics. Constance feignant une indisposition, est censée rester à la maison, mais prévenant son infidèle elle arrive avant lui dans le sallon du restaurateur, d’où elle ne tarde pas à voir de loin venir Rose et Blinval. Un cabinet s’ouvre sous sa main, elle s’y cache, afin d’être à portée de tout voir et de tout entendre. Blinval desireroit aussi avoir un cabinet afin de ne pas être troublé ; mais Rose, d’après la recommandation expresse de son amie, veut absolument rester dans le sallon ; et c’est-là qu’on leur sert des glaces. Tout-à-coup une voix se fait entendre dans le cabinet. Blinval surpris croit reconnoître celle de sa femme ; il frémit, il est jaloux. Rose l’embarrasse par ses questions : l’hôtesse en le reconnoissant et en lui demandant des nouvelles de son épouse, découvre qu’il est marié, et ajoute encore à cet embarras. Mais tourmenté par la jalousie, il veut absolument connoître ce que fait sa femme dans ce cabinet, et celui qu’il suppose être avec elle. Il frappe, on lui ouvre. C’est Constance elle-même qui joue la surprise et l’abattement, et qui a refermé sur elle la porte du cabinet. Plus le mari devient pressant pour punir l’auteur prétendu de son déshonneur, plus Constance se plaît à nourrir par une douleur feinte son emportement et sa jalousie. Elle-même le presse à son tour de répondre et de lui expliquer les motifs qui l’ont amené dans ce lieu. Il hésite, il avoue qu’il avoit dessein de l’épier. Rose se montre ; surcroit de dificultés, sur-tout lors qu’il s’apperçoit que son épouse et Rose se connoissent, et qu’il a été joué. Constance alors lui ouvre la porte du cabinet, où il ne voit aucune trace de rival. Il implore son pardon , et l’obtient facilement.

Nous ne passerons pas sous silence quelques reproches que l’on peut et que l’on doit faire à cette pièce : c’est la marche un peu lente des premières scènes, c’est encore le ton grivois de certains couplets. Moyennant quelques coupures, l’ouvrage marchera alors rapidement et attirera du monde à ce théâtre. L’auteur a été vivement demandé, et l’on est venu nommer le cit. Dubois, employé au Ministère de l’Intérieur.

Il faut convenir aussi qu’il a été parfaitement secondé par les acteurs, et sur-tout par madame de Laporte , qui a mis dans le rôle de Constance toute la finesse et toute l’aisance possibles. Le cit. Huet, dans celui de Blinval, a bien rendu la scène où il reconnoît la voix de sa femme, et Mlle Bailly a fait assez de plaisir dans le rôle de Rose. Cette actrice a sur-tout la voix fraîche et agréable. Voici deux couplets qui ont été redemandés :

Bel-Amour, garçon du Café.

Air : Aglaé, veuve piquante.

C’est eun’chose singuyère
Comme on fait maint’nant l’amour :
Il n’faut pas long-tems pour s’plaire,
On s’convient dès l’premier jour.
Il arrive souvent même
Que pour hâter le succès,
On se prouve que l’on s’aime,
Et l’on se le dit après.

Blinval cherche un cabinet écarté :

Rose.

Air de la Clef forée.

Mais quelque soit le lieu choisi
Par vous, dans cette circonstance,
Malgré vos efforts, mon ami,
Nous y serons surpris, je pense.

Blainval.

Oui , dans quelqu’endroit écarté
Qu’avec vous je puisse me rendre,
Quand on est avec la beauté,
L’Amour vient toujours vous surprendre.

Nous recevons à l’instant une lettre du cit. Dubois, qui nous annonce que c’est par erreur qu’on lui a donné la qualification d’Employé au Ministère de l’Intérieur.

F. J. B. P. G***.

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 6e année, 1800, tome II, p. 276-277 :

Théâtre des Troubadours.

La Leçon conjugale, ou le Voilà pris.

Linval, quoique marié, fait la cour à une jeune veuve qui, d'intelligence avec son épouse, veut le ramener de son égarement. Il conduit sa prétendue maîtresse dans un jardin public, où il est fort étonné d'entendre dans un cabinet la voix de sa femme. Il frappe brusquement, la croyant avec un amant, mais il est fort étonné de n'y trouver que la jeune veuve qui se joint à M.me Lînval pour le confondre. Il se jette aux pieds de son épouse, et obtient son pardon.

Tel est le fond de cette pièce, jouée le 22 messidor avec beaucoup de succès. On y remarque quelques jolis couplets, d'autres assez insignifians, mais de jolies situations. L'auteur est le C. Dubois. M.me Laporte a joué avec grace et finesse le rôle de M.me Linval,

Le Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 6e année, 1800, tome III, p. 561, signale la publication de la pièce, dans la rubrique Livres divers..

L’Esprit des journaux français et étrangers, vingt-neuvième année, tome XI, Thermidor an 8, p. 194-196 :

[Une intrigue peu originale (mais « l’auteur a su le rajeunir »), un goût immodéré des calembours, une certaine indécence, des acteurs qui savent mal leur rôle, mais tout cela n’empêche pas le succès !]

La Leçon conjugale, vaudeville.

La première représentation de cette pièce a obtenu dernièrement beaucoup de succès ; le sujet en est simple.

Linval, quoique marié, fait la cour à une jeune veuve qui feint de le croire garçon, et qui, d'intelligence avec son épouse , veut le punir de sa fourberie. Il conduit sa prétendue maîtresse dans un jardin public, où il lui offre des glaces & lui fait une déclaration. Mme. Linval, cachée dans un cabinet, d'où elle est témoin de tout, se venge de l'infidèle en chantant des couplets sur les ennuis de l'hymen & sur les plaisirs d'un amour clandestin. Linval reconnoît la voix qu'il entend, & se persuade facilement d'un amant. Il frappe avec emportement à la porte du cabinet. Mme. Linval sort & joue la confusion à la vue de son mari. Celui-ci éclate en reproches & veut connoître le galant, qu'il suppose caché. Mme. Linval lui objecte qu'il n'a pas le droit de paroître jaloux, puisqu'il eſt lui-même en partie fine. Linval balbutie & se fâche de nouveau ; mais la femme qu'il avoit amenée survient & achève de le confondre... On lui donne enfin la clef du cabinet pour le convaincre qu'il en est quitte pour la peur, & il revient s'humilier aux pieds de son épouse, qui lui ac corde aussitôt son pardon.

On voit, par cette analyse, que la Leçon conjugale a quelque ressemblance avec plusieurs pièces connues, & notamment avec les Femmes vengées ; nous ajouterons à cette observation que l'auteur ne s'est pas assez scrupuleusement renfermé dans les bornes de la bienséance, & qu'il a quelquefois répété de vieilles plaisanteries peu dignes de la scène. Nous avons surtout remarqué trois couplets sur une carte de restaurateur ; il n'est pas un faiseur de calembourgs qui n'ait dit, avant notre auteur : « Ne perdons pas la carte. » Ce pitoyable jeu de mots est maintenant si usé, qu'il ne fait pas même sourire le plus indulgent amateur. Une tache de ce genre est d'autant plus remarquable dans le vaudeville dont nous parlons, qu'elle y est entourée de très-jolis détails & de couplets vraiment ingénieux. Nous le répétons ; le sujet de cette pièce n'est pas neuf, mais l'auteur a su le rajeunir par de nouvelles situations & par un grand nombre de traits piquans. La scène où Mme. Linval sort du cabinet pourroit être plus décente, mais non pas plus comique ; il n'en eſt pas de même de celle où la limonadière vient découvrir la perfidie du volage ; c'est un bavardage aussi fatigant que peu motivé. Quoiqu'il en soit, cette production donne une idée favorable du talent de son auteur, & ne peut manquer de plaire aux amis de la gaîté ; surtout lorsque les acteurs, sachant mieux leurs rôles, pourront en faire valoir toutes les finesses.

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