Laujon de retour à l’ancien Caveau

Laujon de retour à l’ancien Caveau, vaudeville en un acte, 2 décembre 1811.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Laujon de retour à l’ancien Caveau

Genre

vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

prose, avec couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

2 décembre 1811

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

les chansonniers du Caveau moderne

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Capelle et Renand, 1811 :

Laujon de retour à l’ancien Caveau, vaudeville en un acte, par les convives du Caveau moderne ; Représenté sur le Théâtre du Vaudeville, le 2 Décembre 1811.

Le texte de la pièce est précédé d’une « Notice historique sur P. Laujon » (p. 3-8).

Notice historique sur P. Laujon.

PIERRE LAUJON naquit à Paris, le 13 janvier 1727. Ce fut de l’aveu de son père, procureur au parlement, qu’il se dévoua aux Muses dès sa plus tendre jeunesse. Aussi s’y livra-t-il sans réserve, à l’exemple d’Ovide, aux dépens même de toute autre étude :

Et quod tentabat soriber, versus erat.

Laujon fit des chansons en entrant dans le monde ; il fut l’arme des fêtes de Berni, et l’un des soutiens de celles d’Étioles et de Saint-Cloud. Il fut l’ami et l’émule de Piron, Panard, Collé, Crébillon fils, Saurin et Favart avec lequel il composa plusieurs parodies pour l’Opéra-Comique, et fit un journal de chansons sous le titre de Fleurettes.

Laujon fut jaloux de faire briller ses talens sur la scène lyrique. L’opéra de Daphnis et Chloé fut lu et applaudi dans les meilleures societés, où l'auteur allait déjà essayer ses couplets et jouer la comédie.. Accueilli par le duc d’Ayen, le duc de Nivernois, l’abbé de Bernis ; produit par Duclos, Lachaussée et Crébillon fils, il fut bientôt protégé par madame de Villemur, par madame de Pompadour, et enfin par 1e comte de Clermont, qui se l’attacha en. qualité de secrétaire de. ses commandemens.

Il se consacra aux plaisirs, qui formaient la principale occupation de la cour de ce prince ami des arts ; et les opéra d’Églé, de Sylvie, d’Ismène et Ismenias, ouvrirent à leur auteur l’entrée des petits cabinets, où ses ouvrages furent représentés devant Louis XV, par tout ce que Versailles avait de plus illustre.

L’Amoureux de quinze ans, que l’on joue toujours avec succès, et qui ne fut composé que pour une fête de famille, est un tableau plein de grace et de naïveté. Cette pièce, et celle du Poëte supposé, peuvent être mises à côté des meilleures de Favart, par le naturel et la gaîté. Le Couvent, ouvrage de sa .vieillesse, est une comédie agréable, et le Juif bienfaisant, qu’il a imité de l’anglais , se lit avec intérêt.

Parmi ses parodies , se distingue Matroco, qui a pour objet de travestir les héros de la chevalerie ; et parmi ses drames lyriques, on peut citer Héro et Léandre, Épaphus et Memphis, l’Éducation de l’Amour, et Léonore Pétrocori.

Laujon fut surtout fécond en scènes de famille, et en divertissemens de fêtes pour les plaisirs de ses augustes protecteurs. Dans tous ses ouvrages, on trouve de la facilité, de la grace et de la gaîté, souvent des saillies heureuses et des tableaux piquans. N’eussent-ils d’autre mérite que de fournir des sujets d’imitation, leur publicité serait utile ; l’on y peut puiser des idées aimables et des images gracieuses pour de semblables amusemens, qui contribuent, plus qu’on ne pense, à entretenir le goût des beaux arts et les douces affections.

Mais la partie la plus brillante des œuvres de notre auteur, c’est, sans contredit , la chanson, pour laquelle il avait un talent presqu’inimitable.

Les personnes qui ont connu le bon Laujon se souviendront toujours avec plaisir de l’accent avec lequel il chantait : J'ai marié ma fille en Perse ; Sunt cornua, cum cornibus ; Mon toutou, j'en fais mon bijou ; C'est Suzon la camarde ; Mon manchon joli ; Mademoiselle Tonton ; Mademoiselle Nichon ; les Amours de Christophe et Georgette ; Vous me grondez d'un ton sévère, ou Il reviendra. ce soir, je crois, etc., etc. La gaîté et la bonhomie de l’auteur donnaient à ces folies un sel et un charme que des censeurs trop difficiles pourraient bien ne pas leur trouver, en les lisant gravement au coin de leur feu, ou devant leur bureau.

Il les a publiés lui-même, en forme de testament, peu de tems avant sa mort, en 4 volumes in-. Il avait déjà fait paraître en 1776, sous le titre d’A-propos de société, 3 autres volumes du même format (1).

« Peu de tems avant sa mort, dit M. Etienne, M. Laujon avait donné l’édition complète de ses œuvres; on y reconnaît un esprit fin, un travail facile, une aimable négligence. On voit que l’auteur n’a pas besoin d’attendre l’inspiration : il fait des chansons comme La Fontaine fait des fables, sans recherche, sans effort. presque sans y penser. »

« Sa vie ne fut qu’une longue fête, ajoute encore M. Etienne, son digne successeur à l’Académie, parvenu à son dix-septième lustre, il tirait encore des sons mélodieux de sa lyre octogénaire ; enfin, les Muses avaient présidé à sa naissance, et les Muses ont reçu son dernier soupir. »

Comme tous les poëtes véritables, Laujon négligea sa fortune, croyant assez acquérir en enrichissant son imagination.

Mais on prit soin de ses affaires ; et, comme Anacréon, son modèle, il vécut dans l’intimité des grands, qui surent se l’attacher par des bienfaits. Il fut pendant quarante ans secrétaire des commandemens du comte de Clermont, l’ordonnateur des fêtes et des plaisirs de la cour de ce prince aimable, son familier et son ami.

Décoré de la croix de Saint-Louis, nommé commissaire des guerres et secrétaire général des dragons, en survivance de Gentil Bernard, membre, comme lui,, de l’ancien Caveau, il perdit ses charges et ses biens dans les tempêtes de la révolution ; mais il sauva du naufrage sa gaîté, sa philosophie ; il mourut membre de l’Académie et président du Caveau moderne, le 13 juillet 1811.

Une députation. de l’Institut escorta les reliques du moderne Anacréon ; tous les gens de lettres et les artistes de la capitale qui avaient été liés avec lui, tous les membres du Caveau, et plusieurs étrangers distingués par leur mérite, assistèrent à cette triste cérémonie ; de sorte que les beaux arts, les sentimens tendres et agréables, et les douces vertus du défunt, y étaient en quelque sorte représentés par députés :

Avec étonnement on voyait sous le deuil
Les Jeux et les Amours, les Muses et les Grâces :
Tant que vécut Laujon, ils marchaient sur ses traces ;
           Ils suivaient encor son cercueil.

Arrivés au lieu du monument, chacun voulut lui donner un dernier témoignage d’estime et de tendresse. Le droit de faire son éloge appartenait au dernier élu de ses confrères à l’Institut, et M. Parceval Grandmaison retraça en peu de mots ses vertus et ses talens, Parmi les vers împromptus que les membres du Caveau moderne adressèrent à leur vieux président, nous citerons ceux de Ph, de Lamadelaine :

Gaie ou tendre, toujours sa lyre
Au ton du bon goût se monta ;
Il ne connut point la satire,
L’Envie aussi le respecta :
Un seul trait peint, d’après nature,
Ses écrits, sa vie et ses mœurs :
C’est le ruisseau dont l’onde pure
Roule en se jouant sur les fleurs.

(1) On trouve les uns et les autres chez Capelle et Renand, libraires, rue J. J. Rousseau, n° 6.

Les A-propos de société se vendent 12 fr., et 15 fr. franc de port.

Les Œuvres choisies, 24 fr., et 30 fr. franc de port.

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 16e année, 1811, tome VI, p. 406-407 :

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Laujon de retour à l’ancien Caveau, vaudeville en un acte, joué le 2' décembre.

Les auteurs réunis du Caveau moderne ont voulu, par cette pièce, faire une espèce d'apothéose de leur ancien président.

Le théâtre représente les Champs-Elysées. Au fond l’Achéron, sur lequel navigue Caron, qui nous a paru assez civilisé ; il célèbre par quelques' couplets philosophiques le pouvoir de sa barque qui nivèle tout. Il est interrompu par l'ombre du traiteur Landelle qui a établi cabaret chez Pluton. Caron consomme chez lui tout ce que les morts lui donnent pour boire, et ne craint pas de manquer d'argent dans un pays où la vie ne coûte rien. Bientôt paroissent toutes les vieilles pratiques de Landelle. Piron, Favart. Lattaignant, Voisenon, Vadé,et autres bons vivans qui ont conservé l'habitude de se réunir, à jour fixe, chez leur ancien hôte. Ils hâtent par leurs vœux l'heure de se mettre à table.... Tout-à-coup ils apprennent que leur président Anacréon ne peut se trouver à la séance bachique. Dans l'instant où l'on délibère sur le choix d'un vice-président, des ombres femelles, à la tête desquelles est Madame Favart, viennent annoncer' l'arrivée d'un nouveau débarqué, digne d'occuper la place d'Anacréon. Longtemps on cherche à deviner son nom ; mais enfin les Dames le peignent sous des traits qui ne permettent pas de méconnoître Laujon. Il paroît ; on lui accorde l'honneur de la présidence, et on lui offre le luth, la coupe et la couronne d'Anacréon ; il paroit un peu embarrassé de cet attirail.... Mais soudain une cloche fait retentir l'air de deux coups ; c'est l'heure du dîner : les morts vont se mettre à table, et la pièce finit.

Les couplets tiennent lieu de tout dans cette bluette ; ils sont gais et faciles, abondans surtout ; et cela n'est pas étonnant, puisque la pièce est de vingt chansonniers exercés.

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