Le Pari

Le Pari, divertissement en prose et en vaudevilles, à l’occasion de la Paix, de Desfontaines, Barré, Radet, Després et Deschamps, 7 brumaire an 6 [28 octobre 1797].

Théâtre du Vaudeville.

Les auteurs du Vaudeville ont été prompts à célébrer la paix, comme d’habitude : le Traité de Campoformio, entre la France et l’Autriche a été signé le 26 vendémiaire an 6 [17 octobre 1797].

Titre

Pari (le)

Genre

divertissement en vaudevilles

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose, avec couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

7 brumaire an 6 (28 octobre 1797

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Desfontaines, Barré, Radet, Després et Deschamps

Courrier des spectacles, n° 250 du 8 brumaire an 6 [29 octobre 1797], p. 2 :

[Le compte rendu d’une pièce sur la paix ne peut que la trouver « infiniment agréable ». L’intrigue résumée est plus que convenue : un père que la guerre enrichit qui finit par donner sa fille à celui avec qui il avait perié que la paix ne serait pas signée. Et l’amant heureux est évidemment bien généreux : s’il ne pas pas jusqu’à effacer la dette de son beau-père, il le tient quitte du paiement de son pari. Le théâtre a été illuminé pour l’occasion : le décor, représentant l’établissement thermal de Passy, brille de tous ses feux, et la population danse joyeusement autour d’une statue de la paix, apparue opportunément. Les couplets les plus saillants sont expliqués. Le terrible la Terreur devient la Douceur, parce qu’il n’y aura plus de terreur en France. Et un journaliste vient préciser que pour une fois, on peut lui faire confiance. Les auteurs sont cités (la joyeuse troupe du Vaudeville), mais pas nommés individuellement.]

Théâtre du Vaudeville.

La pièce ayant pour titre le Pari, donnée hier à ce théâtre, à l'occasion de la paix, est un à-propos infiniment agréable. Le père de Caroline a promis sa main à Boursier, l'un des fournisseurs des armées, et desire, comme ce dernier, voir prolonger la guerre, source commune de leur fortune ; il doit une somme de mille écus à Dubreuille, médecin des eaux de Passy, qui les lui a prêtés, et il ne trouve pas de meilleur moyen pour acquitter sa dette, que de parier contre lui que la paix n’aura pas lieu. Contre son espoir, on annonce la paix ; le canon se fait entendre, et le voilà doublement débiteur de Dubreuille ; mais celui-ci, amant de Caroline, l'obtient de son pere, annulle le pari qu’il a fait avec lui, et lui donne le temps qu’il voudra pour payer les premiers mille écus qu’il lui doit.

La scène se passe aux Eaux de Passy. Au moment où l’on tire le canon, la façade des eaux est illuminée, et tandis que les habitans célèbrent leur joie par des danses, une statue de la paix s’élève au milieu d’eux, et ils dansent autour.

Cette petite pièce offre quelques jolis couplets, parmi lesquels on en a fait répéter deux chantés par un dragon qui s’appeloit la Terreur avant d’être fait prisonnier, mais à qui l’on a fait changer son nom à son retour eu Fiance, en lui disant que la terreur n’y rentreroit jamais. Son nouveau nom est la Douceur, et chacun de ces noms donne lieu à un couplet, que je regrette de ne pouvoir donner.

Le cit. Carpentier, dans un rôle de colporteur de journaux, chante un autre couplet , qu’on a fait également répéter, et dont le sens est qu’il a pu dire souvent des menteries, mais qu’il dit vrai cette fois, en annonçant la paix ; que la nouvelle est sûre ; qu’elle arrive d’Italie, et qu’elle vient de bonne part.

Cette pièce a pour auteurs tous ceux qui’ ont coutume de travailler pour le Vaudeville.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 3e année, 1797, tome IV (frimaire an 6), p. 122 :

Les auteurs du Vaudeville viennent de donner à ce théâtre, le 7 brumaire, le Pari, divertissement en un acte, à l'occasion de la Paix.

L'intrigue n'est presque rien. Caroline a été promise par son père à Boursier, agioteur, et elle aime Dubreuil, jeune officier de santé, qui a parié contre le père de son amante que la paix ne tarderoit pas à se faire. En effet il gagne sa gageure. M. Boursier, que la Paix ruine, renonce à Caroline, et Dubreuil l'épouse. Le peuple s« rassemble, et on chante un hymne à la Paix, dont la statue sort de dessous terre ; le théâtre se trouve illuminé, et la pièce est terminée par des danses.

De jolies scènes, de charmans couplets en ont fait le succès, et plus encore les circonstances.

Un crieur de journaux faisant allusion à Buonaparte, dit à la fin d'un couplet :

Ce qui nous vient de l'Italie,
Certes, nous vient de bonne part.

Le couplet qui termine le vaudeville finit ainsi :

Et n'allez pas faire la guerre
A notre pièce sur la Paix.

Elle a été vivement applaudie.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1797, volume 5 (septembre-octobre 1797), p. 278-279 :

[Comme la pièce est à la gloire des victoires de Bonaparte, il n’est pas question d’en dire du mal : le compte rendu est globalement élogieux. Une restriction toutefois : un certain abus de l’esprit, pour lequel il faudrait être plus exigeant...]

THÉÂTRE DU VAUDEVILLE.

Le Pari, vaudeville en un acte.

Les auteurs de ce spectacle, si connus par le succès mérité des pièces charmantes dont ils enrichissent chaque jour leur répertoire, ont été les premiers à célébrer l'heureux événement de la paix. Cette nouvelle production, quoique faite avec la plus grande rapidité, a eu un grand succès, & on peut assurer que la première des pièces de théâtre, que nous devons à cet heureux événement, ne sera pas la moins bien accueillie.

On devine assez, par le titre, quel est le sujet du pari, & il est inutile d'analyser une pièce dont le principal mérite consiste dans la richesse & la gaieté des détails.

Deux rôles surtout ont excité de vifs applaudissemens : l'un est celui d'un agioteur qui spécule sur les malheurs publics, & rapporte de la bourse, où il est sort assidu, la nouvelle de la guerre, qu'il trouve très-heureuse, parce qu'elle lui assure une fourniture de 500 milles [sic] pierres à fusil. Ce M. Boursier, comme l'observe son futur beau-père, fait chaque jour un nouveau pas vers le temple de la fortune, & il ne peut manquer d'y entrer bientôt, car il est déjà sur le perron.

Un autre rôle aussi très-gai, est celui d'un dragon blessé, qui, en rentrant en France, a quitté son nom de guerre, la Terreur, pour prendre celui de la Douceur. Sous ce nouveau nom il est fort bien accueilli ; mais la Terreur, dit-il, ne doit plus rentrer en France.

Ces détails & d'antres du même genre ont été fort applaudis; quelques uns font plus foibles : en s'abandonnant à leur trop grande facilité, les auteurs ont souvent laissé échapper des jeux de mots qui ne sont pas toujours également saillans. Quoiqu'on puisse pardonner au vaudeville cet abus de l'esprit, il ne faut pas qu'il y soit trop répété.

Nous citerons un des couplets du vaudeville chanté par le crieur du Journal du soir, & qu'on a fait répéter.

        J'ai crié plus d'une menterie,
        Mais aujourd'hui je ne mens pas, car
    Cette nouvelle vient de l'Italie ;
Et ce qui vient de là, nous vient de berme part.

Louis-Henry Lecomte, Napoléon et l’Empire racontés par le Théâtre, 1797-1899, p. 13-14 :

Vaudeville, 7 brumaire an VI (2S octobre 1797) : Le Pari, divertissement en 1 acte, prose et vaudevilles, par Desfontaines, Barré, Radet, Desprez et Deschamps.

La scène se passe dans le jardin des Eaux de Passy. Dubreuil, médecin de l'établissement, a prêté mille écus à Jobin, père de Caroline qu'il aime. Jobin. qui connaît le fournisseur Boursier et le sait riche, lui destine sa fille. Il pense d'ailleurs s'acquitter aisément envers Dnbreuil en pariant avec lui que la paix ne sera pas signée avant un mois. Ce mois va finir quand la pièce commence. Boursier arrive bientôt de Paris, annonçant la continuation de la guerre. C'est pour Dubreuil la perte de sa créance et de Caroline. Mais Boursier paraît justement suspect à quelques personnages ; ils attendent la confirmation de son dire, et bien leur en prend : un crieur de feuilles publiques ne tarde pas à paraître, annonçant et vendant la nouvelle officielle de la paix signée entre l'Empereur et la République Française. Boursier, à peu près ruiné, ne peut aider Jobin à solder sa gageure ; Dubreuil heureusement est de bonne composition, il s'estime heureux en recevant la main de Caroline, et, tandis que Boursier désolé va cacher sa honte, les personnages de la pièce et les habitants de Passy entonnent des couplets en l'honneur de la paix et de ceux qui l'ont conquise.

Des scènes agréables, de jolis couplets valurent un succès à cet ouvrage, dont les auteurs abandonnèrent leurs droits aux directeurs de Paris et des départements. On y chante en différents endroits Bonaparte et son armée. Citons quatre vers dits par un crieur public, sur l'air En revenant de Bâle en Suisse, et qui renseignent sur la façon dont quelques-uns prononçaient alors le nom du jeune vainqueur :

J'ai crié plus d'une ment'rie,
Mais aujourd'hui croyez-moi, car
Ma nouvelle vient d'l'Italie,
Et c'qui vient d'là nous vient d'Bonn'part.

Les auteurs envoyèrent à Bonaparte un exemplaire de leur pièce, orné de ce couplet :

Partout on vante tes succès,
Partout on vante ton courage,
Le Vaudeville né Français
T'apporte son petit hommage.
D'une bluette sur la paix
Accepte l'offrande modeste :
Nos cœurs ont dicté ces couplets,
Nous n'avons pas beaucoup dit, mais
La France te dira le reste.

Le site César attribue à cette pièce des représentations antérieures à la paix qu’elle célèbre : 8 représentations, entre le 28 mars et le 4 août 1796, au Théâtre de société de Momus. Elle donne ensuite une série de 33 représentations au Théâtre du Vaudeville, du 28 octobre 1797 au 4 février 1798, à laquelle s’ajoutent 3 représentations au Théâtre Italien, du 16 décembre 1797 au 8 janvier 1798.

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