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Le Parleur éternel

Le Parleur éternel, comédie en un acte et en vers de Charles Maurice, 13 Vendémiaire an 14 [5 octobre 1805].

Théâtre de l'Impératrice.

Titre :

Parleur éternel (le)

Genre

comédie

Nombre d'actes :

1

Vers ou prose ,

en vers

Musique :

non

Date de création :

13 vendémiaire an XIV (5 octobre 1805)

Théâtre :

Théâtre de l’Impératrice

Auteur(s) des paroles :

Charles Maurice

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Martinet, an XIV – 1805 :

Le Parleur éternel, comédie en un acte et en vers, Par Charles Maurice. Représentée pour la première fois, sur le Théâtre de l'Impératrice, le 13 Vendémiaire an 14 (5 octobre 1805.)

Courrier des spectacles, n° 3177 du 14 vendémiaire an 14 [6 octobre 1805], p. 23 :

[La pièce est assez courte, mais elle est remarquable par le fait qu’elle met en scène un personnage qui parle sans cesse devant d’autres personnages muets réduits à parler par gestes. L’auteur, cité dès le début de l’article, a réussi à soutenir l’attention grâce à des vers bien écrits, un dialogue vif et rapide et de l’esprit. L’intrigue est simple : un homme qui doit se marier avec la fille d’un ami apprend qu’il va perdre un procès qui le ruine et rend son mariage impossible. Toute la pièce, c’est le discours de cet homme tentant désespérément de rétablir sa situation, jusqu’à ce qu’un courrier lui apporte l’heureuse nouvelle : il a gagné son procès, et il épouse la fille de son ami. La pièce est jugée plus originale que comique, c’est « un simple jeu de théâtre sans conséquence ». L’acteur parlant a été entendu « avec beaucoup de plaisir », et les autres ne se sont pas fatigués sur scène.]

Théâtre de l’Impératrice.

Le Parleur éternel.

Le Parleur éternel ne parle guères qu’une demi-heure ; mais il parle avec une volubilité extraordinaire ; il interroge, il répond, il consulte, il décide avec une prestesse vraiment prodigieuse. Tous 1es acteurs sont, devant lui, des automates qui n’ont d’autre ressource pour s’expliquer que le langage des signes. Le théâtre ressemble à la salle d’exercice des Sourds et Muets.

On trouve dans la comédie du Babillard un exemple de ce genre ; mais ce babil ne dure qu’une scène ; l’auteur a craint, à juste titre, la monotonie ; ici on a -eu plus de confiance et de hardiesse. Le babil du Parleur dure une demi-heure, il falloit beaucoup de talent pour faire supporter cette espèce de phénomène. M. Charles Maurice s’en est tiré fort heureusement ; l’ouvrage est en vers écrits avec grâce et facilité ; le dialogue est vif et rapide, les répliques promptes, justes et animées. Beaucoup de mots heureux, d’idées agréablement rendues soutiennent la patience de l’auditeur. Voici à - peu - près le sujet de cette pièce :

Dorlange, homme fort honnête, mais le parleur le plus infatigable qui existe au monde, est sur le point d’épouser la fille de M. Germeuil, son ami ; mais sa fortune se trouve tout-à-coup compromise par un procès qu’on lui suscite, et dont la perte peut le ruiner. Germeuil en homme prévoyant, cherche un autre époux à sa fille, et lui choisit un capitaine de vaisseau nommé Terre-Neuve.

Dorlange désespéré, se prépare à rompre les desseins de Germeuil ; il s’adresse d’abord à Elise sa maîtresse, et l’engage à persévérer dans les sentimens qu’elle lui a manifestés. Il n’attend pas que la jeune personne réponde, c’est lui qui parle pour elle, qui raisonne et qui décide. Il a une autre entrevue avec Germeuil ; il lui prouve qu’il ne doit point changer de sentimens ; il lui fait de sages remontrances sur son avarice, et répond également pour lui ; le pauvre Germeuil est réduit à quelques gestes, que l’autre lui permet à peine d’achever. Il s’adresse ensuite à la Tante, demande, que la famille délibère, s’assied au milieu du conseil, plaide sa propre cause, opine pour tout le monde, et porte lui seul la décision- Le Capitaine arrive, même pantomime ; il ne peut .parvenir à placer un mot : Dorlange est toujours là pour prévenir ses réponses, résoudre ses objections, et décider en sa faveur.

Enfin un courrier vient apporter des nouvelles : c’est une lettre que Dorlange lit rapidement, et qui lui annonce le gain de son procès ; il est au comble de la joie ; il parle avec dix fois plus de loquacité ; c’est à la Fille, c’est au Pere, c’est à la Tante, c’est à Terre-Neuve qu’il adresse successivement la parole. Le Pere ne pouvant trouver moyen de dire un mot, finit par écrire ses réponses. Enfin tout s’accommode; Terre-Neuve se retire, Germeuil consent au mariage ; Elise obéit volontiers à son père, la Tante applaudit, et toutes les parties intéressées se retirent sans avoir proféré une parole.

Il y a plus d’originalité que de comique dans cette petite pièce qu’on ne peut regarder que comme un simple jeu de théâtre sans conséquence. On est toujours étonné de la patience des interlocuteurs, qui se retirent sans fermer la bouche à ce parleur impitoyable ; mais on entend avec beaucoup de plaisir M. Barbier qui joue ce rôle avec une extrême facilité. Les autres acteurs n’ont point été fatigués ; leurs rôles n’exigeoient pas de grands efforts de mémoire.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, année 1805, tome VI, p. 409-410 :

[Le critique conteste la valeur de l'exploit que représente ce monologue en présence d'autres personnages : ce n'est pas vraisemblable, ce n'est pas plus comique que moral, ce n'est pas du bon théâtre.]

Théatre de l'Impératrice.

Le Parleur éternel.

Boissy avoit fait le Babillard, et le Babillard n'étoit pas mal fait ; mais aujourd'hui que l'on renchérit sur tout, on n'a pas trouvé assèz comique que l'auteur se fut contenté de faire tenir tête, par son Babillard, à sept femmes, forcées de quitter la partie. De cette scène on a pris l'idée de la pièce intitulée, Le Parleur éternel ; et on le fait parler seul pendant l'acte tout entier, quoique plusieurs personnages se présentent successivement. Ce qu'il y a de plus ridicule, c'est que ce parleur impitoyable, que l'on devroit punir de son insupportable défaut, épouse celle qu'il aime, sans avoir donné ni au père, ni à la fille, ni à qui que ce soit le temps de placer un mot. Je ne vois là dedans ni but comique, ni but moral. Si l'on avoit voulu faire un tour de force, il falloit du moins le faire d'une manière un peu vraisemblable, et motiver par une gageure le flux de paroles de l'amant, ou faire congédier à la fin de la pièce l'éternel parleur, comme dans la pièce de Boissy on voit le Babillard perdre, par sa faute, une excellente place qu'il sollicitoit et un bon mariage qu'il alloit faire. M. Charles Maurice, auteur de la pièce nouvelle , fait de très-jolis vers, mais il n'a pas encore beaucoup étudié l'art du théâtre ; cependant quand on veut construire un édifice solide, il faut s'occuper de consolider la base avant de penser aux ornemens qui doivent l'embellir.

L'Esprit des journaux français et étrangers, an XIV, tome 2 (brumaire an XIV, octobre 1805) p. 278-280 :

[Le Parleur éternel prend la suite du Babillard de Boissy (1745), et va encore plus loin que lui, et sans doute trop loin, puisque la pièce nouvelle devient un monologue en vers, le personnage principal ne laissant jamais la parole aux autres personnages, réduits au silence. L’acteur qui assume ce rôle fait preuve d’une excellente mémoire, et les autres sont « d’une patience exemplaire ». C’est un double « tour de force », celui de l’auteur comme de l’acteur. Le public a été sensible à cette pièce, comme le montre l’anecdote finale.]

Le Parleur éternel, comédie en un acte et en vers.

Boissy a fait du Babillard un portrait agréable et vrai : c'est une scène charmante que celle où son héros met en fuite cinq femmes, reste maître du champ de bataille, et parle encore long temps après que tout le monde est parti. Cette scène n'est pas d'un comique forcé ; mais c'est atteindre au comique forcé que d'aller, dans un tel sujet, plus loin que Boissy ; et l'auteur du Parleur éternel, malgré le succès qu'il a obtenu, nous paraît mériter ce reproche.

Ce Parleur éternel est une comédie en un acte et en vers ; disons mieux c'est un monologue en dix ou douze scènes très-spirituellement écrites, où un seul personnage parle, agit, interroge, répond, demande, accorde, refuse, appelle, congédie, discute, décide pour tout le monde.

Dans la première scène on crut voir une exposition neuve et piquante, dans le babil de Dorante qui, sans laisser à son valet le temps de placer un mot, lui dit où en sont son amour, son espoir et son projet de mariage. A la seconde scène, on fut un peu étonné de voir le même Dorante commander le silence à sa maîtresse par son excessive volubilité, l'empêcher d'ouvrir la bouche, et toujours interpréter son silence en sa faveur ; à la troisième, en voyant arriver les père et mère de la jeune personne, on respirait, et l'on croyait enfin obtenir un peu de dialogue, vain espoir : l'infatigable Dorante parle pour le père, répond pour la mère, pour sa future même, sans que ni les uns ni les autres fassent autre chose qu'un geste à l'instant interrompu : dès-lors on a vu que l'auteur avait fait une gageure, et l'on n'a plus été, embarrassé que de la manière dont il la soutiendrait : il y a mis beaucoup d'habileté, et il faut convenir que s'il était possible de fermer les yeux sur l'invraisemblance de la situation de cinq ou six personnes toujours prêtes pendant une heure à ouvrir la bouche et ne disant rien, on lui devrait des éloges pour l'originalité de l'idée principale, et pour l'adresse qu'il a apportée à son exécution.

Quoi qu'il en soit, cette bluette, ce caprice, cette comédie, ce monologue, ou tout ce qu'on voudra, doit piquer la curiosité et attirera sans doute beaucoup de monde. Barbier y fait preuve d'une mémoire imperturbable, et les six muets que l'auteur a mis en scène avec lui, d'une patience exemplaire. A chaque instant le spectateur est tenté de prendre la parole pour eux, et d'interrompre le babillard, qui ne l'est qu'au dernier hémistiche de la pièce, et débite huit à neuf cents vers sans presque reprendre haleine. On voit que tout cela n'est au fond qu'un tour de force de la part de l'auteur, de la part de l'acteur ; il peut devenir plus agréable si on le fait durer moins long-temps.

On demandait l'auteur au milieu des applaudissemens les plus vifs ; Picard, qui jouait le rôle du père muet, salue, et va nommer ; c'eût été le premier mot de son rôle. Mais le babillard accourt, lui ferme la bouche. La pièce que nous avons eu l'honneur de représenter, dit-il ; le parterre lui crie : Dites donc que j'ai eu l'honneur.... On rit aux éclats, et Barbier nomme M. Charles Maurice.

Cet auteur est celui des Consolateurs, petite pièce dont nous avons critiqué le style comme maniéré, prétentieux, et plein d'afféterie : ici le ton de l'auteur est beaucoup plus ferme et plus franc ; sa pièce offre de temps en temps des vers comiques, et elle est en général aussi purement écrite que singulièrement conçue.

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