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Le Petit-maître au Marais, ou une Leçon de bonnes gens

Le Petit-maître au Marais, ou une Leçon de bonnes gens, vaudeville en un acte ; 21 octobre 1807.

Théâtre des Variétés-Panorama.

Titre :

Petit-maître au Marais (le), ou une Leçon de bonnes gens

Genre

vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers ou prose ,

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

21 octobre 1807

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

 

Almanach des Muses 1808.

L'Almanach des Muses réduit le titre : le Petit-Maître, ou une Leçon de bonnes gens.

Journal de l’Empire, 27 octobre 1807, p. 3-4 :

[Dans la grande lignée des critiques de Geoffroy, le compte rendu du vaudeville nouveau parle d’abord longuement d’autre chose que de la pièce. Il s’agit de régler un compte avec ceux qui lui ont reproché de ne pas parler assez du théâtre du Vaudeville. La réponse de Geoffroy est simple : il donne la liste de toutes les nouveautés du Vaudeville dont il a fait la critique. Peut-être que le théâtre n’en demandait pas tant, parce que ces critiques sont souvent acerbes. Il poursuit avec une remarque perfide : s’il en parle tant, c’est faute d’avoir des choses sérieuses à dire sur des pièces qui en valent la peine, et il insiste sur la pauvreté de ce que propose ce théâtre, ses articles n’étant « que des mercuriales et des doléances sur la décadence du genre, sur les usurpations du couplet, sur le discrédit de 1a scène, et sur la grande vogue du calembourg, qui semble s'augmenter à mesure que le calembourg lui-même devient plus misérable », en ajoutant que les acteurs ne se soucient que des couplets et ne savent même pas leur rôle. Pour passer à la pièce nouvelle (il faut bien y arriver), la transition choisie est habile : Geoffroy part de la réaction du public qui a mal accueilli la pièce, ce qui montre qu’il a un réel sens critique. Et un dernier paragraphe donne une analyse corrosive de l’intrigue, dont le seul objectif semble être de la ridiculiser.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Le Petit-Maître au Marais, ou la Leçon des Bonnes Gens

Quelques personnes se plaignent que je ne parle pas assez du Vaudeville : ces personnes-là ne peuvent être que des actionnaire du Vaudeville qui voudroient qu'on ne parlât pas d'autre chose que de leur théâtre ; car assurément, depuis la retraite de madame Belmont sur-tout, on ne peut pas me reprocher d’avoir négligé le Vaudeville. Aucune de ses nouveautés ne m’est échappée : la Mégalantropogénésie, les Pages du duc de Vendôme, l’Amant Valet, lHôtel de la Pais, rue de la Victoire, la Colonne de Rosback ; Bertin et Colardeau, les jeunes Vieillards, l’Hôpital militaire, le début de M. Mainval, celui de Mlle Esther Severin ; il me semble qu’il y a dans tout cela de quoi contenter les plus vifs amateurs du Vaudeville Il faut être bien injuste et de bien mauvaise humeur pour se plaindre de ce que je ne parle pas du Vaudeville : je devrois au contraire n'avoir pas le loisir d'en parler si souvent ; c'est faute d'affaires importantes qu’on s’arrête aux frivolités. La plupart de mes articles sur le Vaudeville ne sont que des mercuriales et des doléances sur la décadence du genre, sur les usurpations du couplet, sur le discrédit de 1a scène, et sur la grande vogue du calembourg, qui semble s'augmenter à mesure que le calembourg lui-même devient plus misérable. On néglige trop l'invention à ce théâtre ; on compte trop sur de vieilles pointes aiguisées à neuf ; on néglige l'intrigue, le dialogue, toute la partie comique ; on ne nourrit les pièces que d'esprit, et encore d'esprit de la plus mauvaise espèce : c'est ce qui fait qu'elles sont si languissantes et si maigres. Les acteurs attendant un couplet, ne sont point à la scène ; ils savent rarement leur rôle ; et dans le vrai, ne suffit-t-il pas qu’ils sachent leur couplet, puisque tout se réduit là ?

Cependant il faut rendre justice aux habitués de ce théâtre ; ils ne se paient pas toujours de quolibets réchauffés et de méchans jeux de mots aussi vieux que le Vaudeville. Il paroît quelque fois des productions si peu spirituelles, que souvent l'esprit du couplet n'y fait rien : tel est un certain vaudeville intitulé le Petit Maître au Marais. On l’a si mal reçu que je crois qu'il ne reparoît plus ; ce qui pourroit faire croire que l'auteur ou les auteurs ce sont pas gens de marque ; car, pour peu qu'un poëte ait du crédit dans ce pays, sa pièce la plus ennuyeuse et la plus justement sifflée, se joue en dépit du public jusqu'à extinction.

Il est question dans ce nouveau vaudeville d'un jeune sot dont il est dit qu’il a un bon cœur, sans doute parce qu’il a fort peu d’esprit. C’est une chose étrange que cette alliance étroite de la fatuité et de la niaiserie ; c'est ce qui fait que Clozel joue si bien les niais et les petits-maitres. Celui-ci est, au Marais, comme un souriceau pris au piège : on lui fait danser la gavotte avec deux vieilles. Il donne de l’argent à une servante pour lui procurer un entretien secret avec la fille de la maison ; la servante rapporte l'argent, et régale gratis le petit-maître, au lieu du rendez-vous qu’il attendoit, de quelques réflexions morales. Il remet une lettre à sa maîtresse : la jeune personne porte la lettre à sa mère. Le rôle du séducteur n'est pas, comme on voit, fort brillant : on se moque de lui au Marais, on le prêche, on le moralise, on le rend dévot ; et pour l'achever, on en fait un mari. C'etoit bien la peine de composer un vaudeville. pour faire épouser une petite janséniste du Marais à un sot moliniste de la Chaussée-d'Antin.

Mercure de France, littéraire et politique, tome trentième, n° CCCXXVII, samedi 24 octobre 1807, p. 187 :

[Inutile d’analyser une pièce tombée : on ne peut être plus clair. Il faut cependant, pour le critique, souligner le simplisme d’une division des gens en bonnes gens du Marais et en petits-maîtres de la Chaussée d’Antin. Et une pique contre les auteurs présumés d ela pièce : leur échec montre que les plus réputés peuvent se tromper.]

Spectacles. — Vaudeville. —- On a donné le 21 octobre, à ce théâtre, la première représentation du Petit-Maître au Marais , ou une Leçon de bonnes Gens.

Le public n'ayant pas accueilli cet ouvrage, nous nous dispenserons d'en donner l'analyse : nous ne pouvons cependant nous empêcher d'observer que l'idée principale de cette pièce nous a paru fausse. Le Marais est-il donc exclusivement peuplé de bonnes gens, et ne rencontre-t-on dans la Chaussée d'Antin et les autres quartiers de Paris, que des jeunes gens aussi ridicules que le petit-maître, héros de la pièce ? S'il est vrai que cet ouvrage soit des deux auteurs que l'on désignait dans toute la salle, et qui sont connus par des succès nombreux et mérités, il faut en conclure qu'avec beaucoup d'esprit et d'habitude il est encore possible de se tromper ; que les Homère du Vaudeville peuvent aussi quelquefois sommeiller.

L'Esprit des journaux français et étrangers, année 1807, tome XI, novembre 1807, p. 288-293 :

[La leçon promise par le titre, pour le critique, c’est qu’un vaudeville ne peut se limiter à « un feu roulant de jeux de mots », que le ridicule du personnage ne suffit pas, il faut aussi qu’il soit amusant. Et qui était ridicule dans la pièce ? Le petit-maître ou le Marais ? Les situations dans la pièce ne sont pas si claires... L’analyse du sujet est menée de façon peu ordonnée dans cet article, mais l'essentiel est de faire ressortir le caractère caricatural et plutôt faux de tout ce qui est dit des habitants du Marais. Si le public a peu manifesté son « improbation », sinon à la fin de la pièce, et malgré la répétition du couplet d’annonce et d’un autre couplet, l’auteur n’a pas été demandé, sauf par quelques amis qui ne lui ont pas rendu service.]

Le Petit-Maître au Marais,, ou la Leçon des Bonnes Gens.

Ou ne peut pas dire que la leçon soit bonne ; mais au moins elle n'aura pas été perdue pour tout le monde, et la manière dont elle a été reçue, aura appris à l'auteur ou aux auteurs, quels qu'ils soient, du vaudeville, qu'il ne suffit pas d'un feu roulant de jeux de mots pour réchauffer le froid d'une action ennuyeuse, et que, pour parler le langage du pays,

Ce n'est pas tout d'être pendu.
    Faut encore être honnête

Ce n'est pas tout pour un personnage d'être ridicule, il. faut encore qu'il soit amusant, et l'on aime mieux au Vaudeville une bonne caricature qu'une mauvaise leçon de morale. On était venu pour rire ou du Marais, ou du Petite-Maître, et l'on n'a ri que de l'auteur. Ce n'était pas là certainement son intention ; mais son intention était-elle de faire ressortir les ridicules du Petit-Maitre, ou ceux du Marais ? Je n'en sais rien. Les bonnes gens du Marais dînent à une heure et demie, et le Petit-Maître arrive à quatre, croyant avoir du temps pour causer avant de se mettre à fable. Je sais bien que c'est le Petit-Maître, qui se passe de dîner ; mais je ne sais pas qui est-ce qui a tort dans l'affaire. Mme. Papillon et une autre dame en grand bonnet, dont je ne me rappelle pas bien le nom, veulent danser la gavotte, et prennent Saint-Hilaire, le jeune agréable, pour la danser avec elles : je vois bien que tout cela est assez ridicule, mais je ne sais pas de qui on a voulu que je me moquasse, ou de deux vieilles femmes qui dansent la gavotte, ou du jeune élégant, qui se trouve dans la désagréable nécessité de danser la gavotte avec deux vieilles bourgeoises au son d'un violon d'amateur ; enfin, je vois bien qu'on a voulu donner à tous ces bons habitans du Marais un ton et des manières différentes de celles qu'on est accoutumé à rencontrer en bonne compagnie ; mais, quant au jeune homme, son ton et son esprit ressemblent si fort au ton ordinaire du Vaudeville, que je ne sais pas si c'est exprès ou seulement par habitude que l'auteur l'a rendu le plus ridicule du monde. Il parle , dans un couplet,

D'un ton qu'on appelle suprême.

Je ne sais pas où. l'on trouve un ton qui s'appelle ainsi ; mais il me semble, que ce n'est pas au Marais qu'il faut le porter pour qu'il paraisse très-extraordinaire ; car ce n'est guères qu'au Marais qu'on peut se laisser persuader que ce ton-là est le ton de Paris, comme on s'imagine en province que le Journal des Modes est l'oracle du goût ; et je crois que l'auteur a espéré que tous les spectateurs lui viendraient du. quartier du Temple. Ils auraient été fort satisfaits; car le Marais est représenté, dans ce vaudeville, comme 1'asyle de la vertu et des bonnes mœurs. Une servante niaise, à qui le jeune séducteur a donné une bourse, pour lui procurer un entretien secret avec la fille de la maison, vient la rapporter avec quelques réflexions morales ; la jeune fille, à qui ce jeune homme, qu'elle voit pour, la troisième ou quatrième fois, a donné en secret une lettre, la remet à sa mère sans l'avoir décachetée ; cette fois-ci la morale vient de la mère, en sorte que le jeune étourdi moralisé, converti, est encore épousé : car le père, qui est un homme fort raisonnable, qui sait que Saint-Hilaire est venu dans l'intention de séduire sa fille, qui ne lui a entendu dire que des pauvretés et vu faire que des sottises, ne demande pas mieux que de le prendre pour gendre, parce que, dit-il, il est sûr qu'il a un bon cœur. J'en suis convaincu comme lui ; mais je crois qu'il aurait pu trouver dans son quartier et même dans le nôtre plus d'un gendre qui aurait eu un bon cœur et n'aurait pas eu le ton suprême ; et je suis persuadé aussi qu'on trouve ailleurs qu'au Marais des filles bien élevées, des pères et mères qui ne se soucient pas qu'on séduise leurs filles, des servantes qui cousent, balaient et font la cuisine, et peut-être même ne reçoivent pas d'argent quand on le leur en donne à mauvaise intention. Ce serait un peu fâcheux si le monde était divisé en ennuyeux et en ridicules, et qu'encore l'honnêteté ne fût que d'un côté ; si, pour avoir de bonnes mœurs, il fallait absolument loger dans la rue de la Perle , deviner des charades, jouer au loto aux six sols, à la mouche au liard, et que, pour être de bonne compagnie, il fallût avoir le ton suprême. Ce ton-là n'a pas paru plaire au public, qui n'a pourtant pas sifflé ; on l'avait prié de n'en rien faire, dans un assez joli couplet d'annonce, faisant allusion à l'usage où sont les portiers du Marais de saluer l'entrée de chaque étranger d'un certain nombre de coups de sifflets, qui apprennent aux habitans de la maison de combien d'étages il faut descendre pour éclairer la visite qui arrive.

Il est maint usage au Marais
Que le bon goût n'approuve guères ;
Mais parmi ceux que j'y connais,
Il eu est un que je révère ;
Le» portiers seuls ont les sifflets.
En cas de bruit je vous exhorte
A faire ici comme au Marais,
Mettez les sifflets à la porte.

Le parterre qui avait fait répéter le couplet d'annonce, n'a pas voulu revenir sur ses engagemens ; il s'est contenté des marques d'improbation qui ont accompagné les dernières scènes de la pièce, et qui s'étaient préparées dès les premières. On avait cependant fait répéter un couplet, outre le couplet d'annonce ; mais il y avait des roses, cela s'explique. Cependant des fleurs qui se se trouvaient encore dans un couplet de la fin n'ont pas désarmé la sévérité du public ; mais elle s'est changée en gaîté, lorsqu'on a vu chacun s'en aller avec sa chacune, et arec ce refrain :

Bon soir la compagnie ;
Bon soir, jusqu'au revoir.

Chaque bon soir a été accueilli avec des rires qui disaient bon soir à la pièce ; seulement on n'a pas ajouté jusqu'au revoir.

L'auteur n'a pas été nommé, malgré le zèle de quelques amis qui lui ont rendu le mauvais service de le demander.                P.

Archives littéraires de l'Europe, ou Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie, tome seizième (1807), Gazette littéraire (octobre, novembre, décembre 1807), octobre 1807, p. xxii-xxiii :

[Sur une idée qui « paroît heureuse au premier coup d’œil », une pièce « assez mal accueillie ». C’est qu’elle ressemble trop à la Petite ville de Picard, qu’elle est confuse (les habitants du Marais sont-ils estimables ou ridicules ?), et que le dénouement est invraisemblable. Les auteurs sont restés anonymes, parce qu’ils sont sans doute des auteurs accoutumés au succès qui n’ont pas voulu assumer leur chute.]

Le petit maître au Marais ou une leçon de bonnes gens.

L'idée principale de cette pièce paroît heureuse au premier coup d’œil. On a voulu peindre un merveilleux de la chaussée d'Antin qui, avec tout son esprit, toutes ses grâces, tous ses moyens de séduction, vient échouer au Marais contre la bonhommie et la droiture d'une simple famille bourgeoise. L'ingénue à qui il fait la cour remet ses billets doux à sa mère ; la servante porte à son, maître l'argent que le petit maître lui a donné ; et le père, avec l'air de ne rien voir, découvre toutes ses ruses. Cette pièce a été cependant assez mal accueillie. On peut en donner plusieurs raisons : D'abord les ridicules du marais ressemblent trop à ceux de la Petite-Ville, si bien mis en scène par Picard ; secondement, les habitans du marais sont peints dans le nouvel ouvrage comme estimables et ridicules tout à la fois, contradiction qu'il n'appartenoit qu'à Molière de concilier dans le Misantrope ; enfin la conversion du petit maître et le pardon qu'on lui accorde au dénouement ne sont nullement vraisemblables. Quoi qu'il en soit, bien des ailleurs se seroient contentés du médiocre succès de cet ouvrage, et auroient voulu y attacher leurs noms. Ceux qui l'ont composé ont gardé l'anonyme, ce qui laisse croire qu'ils sont accoutumés à de véritables succès. Il se sont trompés cette fois dans le choix de leur sujet ; mais on peut espérer qu'ils se releveront bientôt de cette chute.

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