Le Philinte de Destouches, ou la Suite du Glorieux

Le Philinte de Destouches, ou la Suite du Glorieux, comédie en cinq actes et en vers, de H.-F. Dumolard, le 1er ventôse an 10 [20 février 1802].

Théâtre Molière.

Titre :

Philinte de Destouches (le), ou la Suite du Glorieux

Genre

comédie

Nombre d'actes :

5

Vers ou prose ,

en vers

Musique :

non

Date de création :

1er ventôse an 10 (20 février 1802)

Théâtre :

Théâtre de Molière

Auteur(s) des paroles :

H.-F. Dumolard

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Huguelet, an XI. – 1803 :

Le Philinte de Destouches, ou la Suite du Glorieux, comédie en cinq actes et en vers, par H.-F. Dumolard ; Représentée, pour la première fois, à Paris, par les Comédiens sociétaires du théâtre Molière, le 1er ventose an X de la République.

A mon avis, l’hymen et ses liens,
Sont les plus grands ou des maux ou des biens.

VOLTAIRE.

La pièce est précédée d’une préface :

Il eut été trop téméraire d’aspirer à rivaliser avec Destouches, en faisant la suite d’une de ses Comédies les plus estimées, et trop hazardeux de provoquer ce parallele entre un homme nouveau et un auteur que ses productions ont placé parmi les pères de la Comédie en France, pour que je puisse être soupçonné d’avoir eu un instant cette folle prétention. Essayer de suivre de loin l’auteur du Glorieux, et lui payer un juste tribut d’admiration en le prenant pour modèle, telle a été ma seule ambition.

Démontrer qu’on ne peut trouver le bonheur dans des nœuds formés par l’orgueil ou la cupidité, tel a été mon seul but moral, heureux si je ne me suis pas trop éloigné des deux buts, que je m’étais proposés !

La dispersion des comédiens qui ont représenté cet ouvrage, ayant suivi de près l’époque où il fut offert au public, Cette circonstance n’a pas permis que ma pièce eut beaucoup de représentations, cependant l’accueil favorable fait à cette première production de ma plume et les encouragemens .qui m’ont été donnés par plusieurs journalistes et gens de lettres estimés, me font espérer que la publication de ma comédie m’obtiendra de la part du lecteur, l’indulgence que le public a bien voulu me témoigner à chaque représentation et que l’espèce, d’oubli dans lequel mon ouvrage a été plongé par une circonstance imprévue, ne deviendra pas, contre lui, une prévention défavorable dans l’esprit des directeurs et artistes des départemens.

Je ne saurais terminer cette préface sans rendre hommage au citoyen Richard Martelly, qui, par son talent distingué, a puissamment concouru au succès qu’a obtenu cette pièce.

Courrier des spectacles, n° 1818 du 2 ventôse an 10 [21 février 1802], p. 2 :

[L’article commence par une réflexion assez désabusée sur les « suites d’ouvrages » dont le critique doute qu’elles puissent réussir. C’est qu’il n’est pas facile de reprendre la suite d’un auteur illustre ayant produit un chef-d'œuvre. Certes la pièce nouvelle du jour a eu du succès, mais elle est bien loin de son modèle, ce qui n’empêche pas que l’auteur mérite d’être encouragé : ‘il « annonce de grandes dispositions ». La pièce repose sur une intrigue amoureuse : encore un mari, marié depuis trois mois et déjà las de sa jeune épouse et qui veut retrouver une jeune femme aperçue à Strasbourg, et qui vient à paris où il compte bien la revoir. Comme de juste, l’intrigue se complique quand il s’aperçoit que sa future maîtresse est la sœur de celui qui lui a disputé l’amour de son épouse. Les deux hommes sont prêts à se battre, mais de façon un peu brusque, tout s’arrange, le mari volage revient vers sa femme. Bien entendu, ce dénouement est sévèrement jugé par le critique qui n’imagine pas que la pièce soit à la gloire du divorce, et il propose de modifier l’intrigue : il suffirait que le séducteur ne soit pas encore marié, et tout pouvait s’arranger, alors que, dans la pièce, tout le monde est déçu, sauf le beau-père « qui n’est pas fâché de la fuite de son gendre ». De plus, le style n’est pas sans tache : il est peu soigné, et la pièce, à côté de beaux vers et de « tirades heureuses », contient « plusieurs fautes assez graves contre la versification ». La pièce est froide dans l’ensemble, avec l’exception partielle du quatrième acte. L’auteur a été nommé, et « si c’est son coup d’essai, on ne peut que l’encourager à continuer ».(Et c’est bien un débutant)]

Théâtre de Molière.

Le Philinte de Destouches, ou la suite du Glorieux,

Fabre-d’Eglantine, en continuant Molière, a donné l’exemple d’une heureuse témérité. La Suite du Misanthrope est digne de son modèle et suffit pour assurer l’immortalité à son auteur. Combien après lui ont voulu et veulent encore faire les suites d’ouvrages estimés ! combien aussi dans cette périlleuse entreprise sont tombés et tombent encore tous les jours ! On s’empare d’un caractère tracé de la main d’un poëte habile, on le reproduit dans des situations que l’on croit avoir échappé au génie du maître, et on ne sent pas souvent que pour peindre après lui, il est nécessaire de posséder ses pinceaux et ses couleurs.

La copie paroît, disparoît.... l’original reste, et la comparaison souvent n’a pas peu servi à mettre dans un plus grand jour le mérite de l’un et la foiblesse de l’autre.

Consultez long-tems votre esprit et vos forces, a dit Boileau aux poëtes dramatiques ; il l’eut dit sur-tout aux continuateurs de nos grands maîtres, il l’eut dit à l’auteur de la pièce nouvelle. Son Philinte de Destouches a eu sans doute un succès ; mais qu’il est loin de son modèle ! Néanmoins nous le félicitons bien sincèrement sur son ouvrage, qui annonce de grandes dispositions.

Le comte de Tufière a depuis trois mois épousé Isabelle, et loin de la rendre heureuse, il cherche à s’éloigner d’elle en se rapprochant d’une femme aimable nommée Aline , qu’il a connue à Strasbourg et qu’il a séduite. Il sait que cette jeune personne est en route pour Paris, et il se propose de ne rien négliger pour la revoir. Aline arrive effectivement à Paris, et elle descend chez son frère Philinte, le même qui a disputé autrefois à Tufière la main d’Isabelle. Son premier soin est de savoir l’adresse de son perfide amant. Elle espère encore, car elle ignore son mariage. Sa suivante Gertrude, afin d’instruire Tufière de l’arrivée d’Aline, charge le valet de Philinte d’une lettre pour le Comte, en lui disant que c’est de la part d’un créancier. Dans cette persuasion le valet remet la missive, non à Tufière, qu’ils ait être mal avec ses créanciers, mais à son beau-père Lisimon, qui fait honneur aux affaires de son gendre. Lisimon ouvre la lettre, et furieux il court à l’hôtel où demeure Aline, ignorant qu’elle est sœur de Philinte et qu’elle habite avec lui, et lui fait de sanglans reproches comme à une fille sans honneur, puis il félicite Philinte sur sa conquête. Celui-ci est étonné, il ne sait ce que Lisimon veut dire. La lettre lui découvre le mystère, l’amour de Tufière pour sa sœur et sa perfidie. Sur-le-champ ne consultant que l’honneur, il va chercher son ancien rival pour l’appeler au combat ; mais Tufière s’est éloigné en reconnoissant ses torts et en rendant à sa femme des sermens qu’il avoit tant de fois violés.

Il n’y a pas de dénouement à cette pièce, car nous aimons à croire que l’auteur n’a point voulu consacrer le divorce ; mais quelque soit la manière dont cet ouvrage se termine, elle sera toujours peu satisfaisante, car le mal est fait, Tufière est marié, et Aline arrive trop tard. Dès-lors plus d’intérêt. Aline ne se présente plus sur la scène sans que l’on dise : C’est une victime, il n’y a plus d’espoir. Si l’auteur avoit pris son action au moment de la signature du contrat et avant le mariage dans le Glorieux, il auroit tiré du sujet un tout autre parti. Tufière n’étoit pas encore marié, Aline paroissoit, et devoir, amour, tout parloit en sa faveur. Philinte épousoit Isabelle , et le dénouement étoit satisfaisant ; au lieu que dans la pièce nouvelle, lorsque le rideau se baisse, les quatre personnages en scène font en se retirant assez triste figure/ C’est Lisimon qui n’est pas fâché de la fuite de son gendre, c’est Isabelle qui tâchera de s’en consoler, c’est Aline qui le regrette encore, enfin c’est Philinte qui leur donne à tous les conseils de l’amitié et de la fermeté.

Quant au style, nous avons remarqué qu’en général il est peu soigné, qu’il y a plusieurs fautes assez graves contre la versification, mais on y rencontre aussi des vers bien frappés, et des tirades heureuses. Le quatrième acte est sans contredit le meilleur des cinq qui composent la pièce : les autres sont assez froids.

L’auteur a été demandé, c’est le cit. Dumolard. Si c’est son coup d’essai, on ne peut que l’encourager à continuer.

F. J. B. P. G***.

La carrière de la pièce de Dumolard a été interrompue par la cessation d’activité de la troupe du Théâtre de Molière, le 5 avril 1802 (12 germinal an X).

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