Les Parents

Les Parens, comédie en 5 actes, en vers, 23 fructidor an 8 [10 septembre 1800].

Théâtre Feydeau.

D'après l'article du Magasin encyclopédique ci-dessous, la pièce est en vers (‘versification, tantôt plate, tantôt ampoulée’).

Titre

Parens (les)

Genre

comédie

Nombre d'actes :

5

Vers / prose ?

en vers

Musique :

 

Date de création :

13 fructidor an 8 (31 août 1800)

Théâtre :

Théâtre Feydeau

Auteur(s) des paroles :

 

Courrier des spectacles, n° 1286 du 24 fructidor an 8 [11 septembre 1800], p. 2 :

[La pièce a une qualité, « un titre heureux », mais c’est de loin sa plus grande qualité, et le début de l’article est consacré à énumérer d’abord les défauts qu’une comédie doit éviter (plan mal combiné, intérêt insuffisant, action inexistante, personnages inutiles, scènes mal filées ou vides, dialogue lâche ou négligé, détails trop minutieux, trivialités). La pièce nouvelle a accummulé ces défauts : après un début bien accueilli, les défauts cités se sont accumulés, et si l’auteur ne semble pas manquer de talent, ce dont témoignent des qualités apparaissant par intermittence (« des scènes fort bien traitées, des tirades très-bien écrites, quelquefois de l’énergie dans les idées, dans les expressions, une morale pure, un caractère parfaitement soutenu »). Mais après avoir résumé l’intrigue, le critique conclut en disant que « cette intrigue absolument sans amour est infiniment trop foible pour cinq actes » (pas d’amour dans une comédie !), que plusieurs personnages sont peu utiles, ou même pas du tout. Quelques rôles sont mieux conçus. Et quelques iterprètes sont cités de façon positive.]

Théâtre Feydeau.

C’est sans doute un grand avantage que de trouver un titre heureux à donner à une pièce de théâtre ; mais si l’on n’y joint pas un plan sagement combiné, si l’ouvrage ne présente pas un intérêt soutenu, s’il est dénué d’action, si l’on y introduit des personnages inutiles, ou qui partagent l’intérêt, si quelques scènes sont mal filées, d’autres vuides, si le dialogue est souvent lâche et négligé, s’il offre des détails minutieux et des trivialités au milieu des plus belles tirades, la pièce tombera infailliblement.

C'est ce qui arriva hier à la comédie intitulée : les Parens. Le premier acte a été écouté avec intérêt et vivement applaudi. Il étoit fait pour donner des espérances, mais dès le second une partie des défauts que nous venons de citer ont indisposé le public : il a traité l’ouvrage avec justice ; les bons endroits ont été applaudis, mais les mauvais ont excité les murmures et les sifflets.

Malgré la chûte méritée de cette comédie, on ne peut nier qu’elle ne décèle du talent dans l’auteur. On apperçoit qu’il est en état de bien faire. Il y a des scènes fort bien traitées, des tirades très-bien écrites, quelquefois de l’énergie dans les idées, dans les expressions, une morale pure, un caractère parfaitement soutenu.

Franval a laissé trois enfans, deux filles et un fils. Celui-ci, éloigné depuis dix ans de sa famille, d’abord par des fautes de jeunesse, en suite par l’intrigue de ses sœurs, qui ont cherché à le perdre dans l’esprit de leur père, a été réduit à sa légitime ; il vient pour la recueillir. Ses sœurs ont eu soin de la réduire, mais parmi les effets qu’elles ont soustraits à la succession, est une somme de cent mille fr. déposée entre les mains de leur père par un de ses amis nommé Dormeuil, qui par son décès en a laissé propriétaire un fils unique. Celui-ci, sous le nom de Marcé, est, comme il le dit lui-même le complaisant de ces dames, sur-tout de madame Mervion, l’une d’elles. II n’existe aucune preuve ostensible de ce dépôt ; les deux sœurs affirment en conséquence qu’il a été rendu six mois avant la mort de leur père. Franval, qui sait trop bien le contraire, veut en vain les engager à la restitution. Menaces, prières, tout est inutile. Il est enfin obligé de faire usage d’une pièce irrécusable : c'est une lettre que lui a écrite son père avant de mourir ; lettre fatale par laquelle il lui donne sa malédiction, mais qui atteste qu’il a entre les mains une somme de cent mille livres, qui lui a été déposée par Dormeuil. Les sœurs confondues sont obligées de rendre le dépôt.

On voit que cette intrigue absolument sans amour est infiniment trop foible pour cinq actes. Le rôle de Dormeuil qui n’a d’autre but que de revoir ses cent mille francs n’est rien moins qu’agréable ; une tante est là, on ne sait trop pourquoi. La femme de Franval fils n’y joue pas un rôle plus intéressant ni plus nécessaire. Le personnage d’Olivier, juge de paix, est assez bien tracé, et l’on voit que l’auteur a voulu rendre hommage à cette belle institution ; mais le rôle le mieux fait est sans contredit celui de madame Mervion. Tout odieux qu’il est, mademoiselle Molière le joue si bien, qu’on ne peut s’empêcher de l'applaudir. Le cit. Dorsan a très-bien rendu le personnage de Franval fils.

Le Pan.      

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 6e année, 1800, tome III, p. 268-269 :

THÉATRE FEYDEAU.

Les Parens, joués au théâtre Feydeau, le 13 fructidor an 8.

Le titre de comédie suppose de la gaieté, du comique ou de dialogue ou de situation ; et on n'a trouvé ni l'un ni l'autre dans la pièce des Parens. Ce sont d'ennuyeuses discussions d'héritiers avides et frippons, qui ont lieu pendant cinq actes dans le cabinet d'un juge-de-paix. Voilà le plan sur lequel l'auteur a échafaudé son ouvrage. Franval, fils, a quitté sa famille, a fait un mariage d'inclination, et revient après la mort de son père pour partager sa succession. Deux sœurs avares, ennemies l'une de l'autre, et qui ne se réunissent que pour dire du mal de leur frère qu'elles traitent sans le moindre ménagement, se sont emparées de tout, et ne lui laissent que fort peu de choses dont il est forcé de se contenter. Mais il a connoissance d'un dépôt fait entre les mains de son père, et il veut qu'on le rende. Comme aucun papier ne constate l'existence de ce dépôt, elles le nient effrontément ; et Franval est contraint, pour le faire reconnoître, de montrer la lettre que lui écrivit son père six jours avant sa mort, et où il lui donne sa malédiction, en l'avertissant de ce dépôt. Celui à qui il appartient en offre la moitié à Franval, et les parens se retirent fort mécontens.

Etoit-il possible de trouver dans ce sujet la moindre situation comique ? les détails d'affaires de chicanes, la haîne des sœurs pour le frère, la bêtise de la tante, la tristesse perpétuelle de Franval et de sa femme, rien de cela ne devrait se trouver même dans un drame. Dermeuil qui porte un nom supposé, et/qui a, dit-il, le plus grand intérêt à n'être pas connu, se découvre successivement à trois personnes, et, entr'autres, au vieux valet du juge-de-paix. Celui-ci, qui est toujours en scène pour concilier les partis, offre un personnage fort insipide et d'autant moins intéressant, qu'il est le moteur de la pièce sans avoir intérêt à rien. Le caractère de M.me Mervillon est atroce ; elle injurie son frère, comme un vieux grondeur de comédie pourrait injurier un pupille extravagant et libertin. La tante et l'autre sœur qui parlent du ciel, et qui veulent garder le dépôt, sont deux bien foibles parodies du Tartuffe. En un mot, rien n'est neuf ni intéressant; et la versification, tantôt plate, tantôt ampoulée, répond parfaitement au sujet. A peine la toile a-t-elle été baissée, que les sifflets et les huées se sont fait entendre.

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