Palmerin, ou le Solitaire des Gaules

Palmerin, ou le Solitaire des Gaules, mélodrame en trois actes, de Victor Ducange, musique de Quaisain et Lanusse, ballet de Millot, 11 février 1813.

Théâtre de l’Ambigu-Comique.

Titre :

Palmerin, ou le Solitaire des Gaules

Genre

mélodrame

Nombre d'actes :

3

Vers ou prose ?

en prose

Musique :

oui

Date de création :

11 février 1813

Théâtre :

Théâtre de l’Ambigu Comique

Auteur(s) des paroles :

Victor (Victor Henri-Joseph Brahain Ducange)

Compositeur(s) :

Quaisain et Lanusse

Chorégraphe(s) :

Millot

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Gardy, 1813.

Palmerin, ou le Solitaire des Gaules, mélodrame en trois actes, Par M. Victor. Musique de MM. Quaisain et Lanusse ; Ballet de M. Millot. Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de l’Ambigu-Comique, le 11 février 1813. Seconde édition.

Troisième édition, chez Fages, en 1816.

Le pseudonyme de Victor dissimule (assez peu) Victor Henri-Joseph Brahain Ducange.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome V, mai 1813, p. 291-296 :

[Sujet puisé dans quelque livre de chevalerie ? Sujet imaginé ? Choix judicieux ou signe d’une grande capacité à créer une œuvre dramatique forte et intéressante ? En tout cas, il est si riche qu’on ne peut en donner qu’une analyse succincte, ce que le critique entreprend vaillamment. Cette analyse résume une intrigue d’une grande complexité, où les personnages ne sont pas souvent ce qu’on croit qu’il sont. Après mille rebondissements, la pièce s'achève bien sûr par le mariage attendu, mais après combats, révélations et spectacles. La pièce a connu le succès, et le critique en donne les auteur, compositeurs et chorégraphe (tout en disant que son ballet est agréable, mais inutile). Le bilan est très positif : le critique ne trouve à reprocher « qu’un style ambitieux et une prodigalité d'épithètes qui presque toujours appauvrissent l'expression » et donne le remède à appliquer, très simple : couper quelques pages et raturer une centaine d’adjectifs. Et on aura cet objet improbable, « un mélodrame digne d'estime » (l’italique souligne combien la chose est étonnante).]

THÉATRE DE L'AMBIGU-COMIQUE.

Palmerin, ou le Solitaire des Gaules.

J'ignore si l'auteur de ce nouveau mélodrame en a puisé le sujet dans quelque vieux livre de chevalerie ; dans ce cas, il aurait fait preuve de discernement ; mais je désirerais qu'il l'eût entièrement inventé : il annoncerait alors le talent de rassembler de profondes combinaisons dramatiques, et d'en tirer des scènes fortes et des situations intéressantes.

L'action de la pièce est extrêmement compliquée, et cependant l'exposition s'en fait avec clarté ; elle se développe facilement, et les actes sont coupés avec assez d'adresse pour que la curiosité du spectateur se soutienne et s'accroisse pendant l'intervalle qui les sépare.

Il me faudrait beaucoup plus d'espace que celui qu'il est permis de consacrer à un mélodrame pour tracer une analyse détaillée et satisfaisante du Solitaire des Gaules. Les lecteurs voudront bien se contenter de l'idée succincte que je vais essayer de leur en donner.

Un jeune homme a été élevé dans les montagnes d'Ecosse par un vieux guerrier qui lui a inspiré l'amour de la gloire et de la vertu ; dès qu'il a su manier la lance et le glaive et dompter un coursier, son instituteur l'a envoyé à la cour demander l'ordre de chevalerie. Quel est son nom ? Qui lui a donné le jour ? Lui-même l'ignore ; on ne l'appelle que le Damoisel inconnu. Il trouve à la cour un protecteur, autre personnage mystérieux, connu seulement sous le titre du terrible Preux des montagnes d'Ecosse.

Le Damoisel est armé chevalier, et le Preux qui lui a servi de parrain lui déclare alors qu'il est destiné à accomplir une grande vengeance. Le jeune chevalier apprend qu'il est fils du grand Alfred, l'honneur de la Table-ronde, qui est mort sous les coups d'un assassin. Le Damoisel jure de poursuivre et de punir le meurtrier de son père. Mais il faut qu'il s'éloigne d'un objet bien cher à son cœur, de la belle et douce Honora, que tout le monde croit la nièce de la duchesse Stéphanie, parente du roi.

Honora dépose dans le sein de son amant un terrible secret. Elle est fille du fameux Palmerin, qui, accusé d'un crime horrible, et condamné sur les apparences sans avoir été entendu, traîne dans les Gaules une vie chargée d'opprobre et de malheur. Le Darnoisel, brûlant des feux de l'amour et de l'enthousiasme de la vertu, s'engage à faire éclater l'innocence du père de son amante.

Le signal d'un tournois [sic] se donne ; le Damoisel triomphe de tous les tenans ; mais à l'instant où il va recevoir des mains d'Honora le prix de sa victoire, un chevalier inconnu s'élance dans la lice ; son armure, son casque, son panache, tout est noir ; un crêpe funèbre lui sert d'écharpe, un autre est enlacé autour de son bras, et sur son lugubre bouclier on lit cette affreuse devise : Je donne et cherche la mort. Il défie tous les chevaliers au combat à outrance.

Le Damoisel réclame et obtient le droit de punir sa cruelle témérité. Un combat terrible s'engage ; l'inconnu succombe, et le généreux fils d'Alfred, en le forçant d'accepter la vie, ne lui impose d'autre condition que d'aller déposer son épée aux pieds d'Honora. Avez-vous deviné, lecteur, quel est ce chevalier noir ? C'est Palmerin, le père d'Honora, l'innocent et malheureux Palmerin. Il a appris dans sa retraite que depuis long-temps on élève un jeune guerrier destiné à lui donner la mort, et bravant tous les dangers qui menacent sa tête, il est venu au devant de son ennemi.

La nature trahit ce père infortuné ; il presse sa fille dans ses bras ; le Damoisel, plein de respect et de tendresse pour le père de celle qu'il adore, lui jure de consacrer sa vie à le défendre ou à le venger. A l'instant, le Preux des montagnes s'avance : « Jeune homme, lui dit-il, en lui désignant Palmerin, tu es le fils d'Alfred, voilà son assassin, montre-moi son vengeur ! »

Je connais au théâtre peu de situations aussi fortement dramatiques que celle-ci.

Le Damoisel, convaincu de l'innocence de Palmerin, se refuse avec horreur à lui percer le sein ; il se détermine à protéger sa fuite. Mais il est trop tard : les issues du palais sont gardées, le Damoisel lui-même ne peut sortir ; on vient pour saisir Palmerin au nom du roi, son jeune ami, à la tête de quelques braves, veut le défendre, le sang va couler ; Palmerin se jette au milieu des deux partis, dépose son épée et se livre à la rage de ses ennemis.

Comme il est condamné depuis longtemps, on dresse déjà son échafaud. Mais le roi consent à la révision du procès. Faveur inutile. Palmerin ne peut prouver son innocence. Alfred et lui aimèrent la belle Roselinde. Palmerin fut préféré, et la haine la plus implacable s'alluma dans le cœur d'Alfred ; une guerre longue et cruelle désola tour à tour les états des deux rivaux. Une nuit, enfin, ils se rencontrent seuls, absolument seuls, dans un lieu désert, c'est là qu'un des deux doit recevoir la mort de la main de l'autre. Le vaincu sera à la disposition du vainqueur. Après le combat le plus acharné, Alfred, jusqu'alors invincible, roule aux pieds de Palmerin qui, lui arrachant sa cuirasse et lui mettant sur le cœur la pointe de son épée, consent à lui donner la vie en échange du serment de ne plus le provoquer à aucun combat. Alfred jure, son généreux ennemi va chercher du secours, le fait transporter dans son propre château, et fait prévenir tous les amis d'Alfred.

Ils arrivent, le farouche Ictobald est à leur tête. La gloire de Palmerin l'a rendu un de ses plus cruels ennemis. Ce dernier conduit tous les chevaliers dans la chambre du blessé, on écarte les rideaux du lit. Spectacle affreux ! Alfred nage dans son sang ; un poignard marqué du chiffre de Palmerin est enfoncé dans son cœur. Mille cris accusateurs s'élèvent; comment les repousser ? Quel moyen de prouver son innocence ?

Je veux laisser un aliment à la curiosité publique, en ne racontant pas le dénouement qui sort d'une boîte aussi mystérieuse que les personnages et les événemens de la pièce. L'innocence de Palmerin est reconnue par tout le monde, et même par son accusateur, le Preux des montagnes d'Ecosse, qui justifie, en se nommant, le rôle un peu odieux de persécuteur qu'il a joué jusque là. Il s'appelle Olderic ; Alfred était son frère. La main d'Honora devient le prix du courage et de la vertu du noble Damoisel.

Ce mélodrame, qui sort tout-à-fait de la ligne des ouvrages de ce genre, a été couronné par un succès aussi brillant que mérité. L'auteur, demandé avec un flatteur empressement, est M. Victor, qui a déjà donné à ce théâtre le double Enlèvement. La musique est de MM. Lanusse et Quaisain ; et le ballet dont, tout agréable qu'il soit, la pièce pouvait fort bien se passer, a été dessiné par M. Millot.

Je ne puis reprocher à cet ouvrage qu'un style ambitieux et une prodigalité d'épithètes qui presque toujours appauvrissent l'expression. Que l'auteur retranche à propos huit ou dix pages de sa pièce, qu'il rature une centaine d'adjectifs, et nous aurons, faut-il l'écrire ? nous aurons un mélodrame digne d'estime. Je ne doute pas que le succès qu'obtiendra long-temps le Solitaire des Gaules ne me fournisse l'occasion d'en parler de nouveau.                    A.

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