Paul et Virginie (1791)

Paul et Virginie, comédie en 3 actes, en prose, mêlée d'ariettes, par le citoyen Favières, musique de Kreutzer, 15 janvier 1791.

Théâtre Italien

Titre

Paul et Virginie

Genre

opéra en prose mêlé d’ariettes

Nombre d'actes :

3

Vers / prose ?

prose, avec couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

15 janvier 1791

Théâtre :

Théâtre Italien

Auteur(s) des paroles :

M. Favières

Compositeur(s) :

M. Kreutzer

Almanach des Muses 1792

Sujet tiré du roman de M. Bernardin de Saint-Pierre, ouvrage si connu, qu'on est dispensé d'en donner l'analyse. Quelques changemens, pour renfermer l'action dans un cadre dramatique. Le troisième acte, presque tout en pantomime. L'orage a lieu au départ de Virginie, et non à son retour de France. Paul, qui est monté sur un rocher, aperçoit le vaisseau sur lequel est Virginie près de faire naufrage : il se jette à la mer, la sauve, et l'apporte dans ses bras : scène qui produit beaucoup d'effet.

De beaux tableaux, du spectacle. Musique de M. Kreutzer.

Almanach des Muses 1794 (dans la rubrique de l’Opéra-comique National, ci-devant Théâtre Italien) :

Sujet pris du touchant roman de Bernardin de Saint-Pierre.

De l'intérêt, des situations. Des beautés dans la musique.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Cailleau et chez Jacques Garrigan, 1791 :

Paul et Virginie, comédie en trois actes et en prose, mêlée d'ariettes ; Par MM. Favières et Kreutzer, Représentée par les Comédiens Italiens, le 15 Janvier 1791.

Mercure de France, tome CXXXIX, n° 6 du samedi 5 février 1791, p. 44-45 :

[La pièce reprend fidèlement les aventures des personnages de Bernardin de Saint-Pierre, ce qui permet au critique de se dispenser d’en faire l’analyse, puisque tous connaissent. L’auteur a su enrichir cette intrigue simple « par des détails très-agréables, & des tableaux pleins d'intérêt ». Par contre, le critique rapporte des critiques concernant « la construction dramatique de cette Piece, [...] la maniere dont la fable est disposée ». Le premier acte n’est pas lié à l’action, et l’exposition n’a lieu qu’au deuxième acte. Quant au récit des malheurs des deux mères, il est invraisemblable qu’elles se le fassent 14 ans après leur première rencontre, détail qui d’ailleurs ne choque pas à la représentation. Car la pièce offre de nombreuses émotions « trop douces ou trop vives » : impossible de ne pas se laisser emporter par le spectacle, principalement celui du naufrage de Virginie et de la tentative désespérée de Paul de la sauver. La musique, attribuée à un mystérieux Creitz (pour Kreutzer !), est jugée favorablement : originalité du chant, harmonie employée sans prétention, connaissance de la scène, le compositeur est en progrès et il y a dans son œuvre de fort beaux airs appréciés du public. Les acteurs principaux ont été pleins « de chaleur, d'intérêt & de sensibilité

THÉATRE ITALIEN.

LE charmant Episode des Etudes de la Nature, par M. Bernardin de Saint-Pierre, intitulé Paul & Virginie, a fourni le sujet d'un Mélodrame que l'on donne depuis quelque temps avec beaucoup de succès au Théâtre Italien. L'intrigue, comme on sait, en est fort peu compliquée ; cependant l'Auteur, sans y rien ajouter, a eu l'art de soutenir l'attention, pendant trois actes, par des détails très-agréables, & des tableaux pleins d'intérêt.

Des Critiques séveres & froids pourraient faire quelques reproches à la construction dramatique de cette Piece, à la maniere dont la fable est disposée. On pourrait remarquer que le premier acte ne tient en rien à l'action, que l'exposition commence au second acte, & d'une maniere peu naturelle, puisqu'il n'est pas vraisemblable que la mere de Paul & celle de Virginie, qui vivent ensemble depuis 14 ans, ne se soient pas encore confié leurs malheurs ; mais ce n'est pas à la représentation qu'il serait possible d'être blessé de ce défaut.

On y est entraîné par des émotions trop douces ou trop vives, pour être sensible à autre chose qu'à l'effet des tableaux qu'on a sous les yeux ; sur-tout celui du troisieme acte, le naufrage de Virginie & le dévouement courageux de son amant pour la sauver, est véritablement déchirant. Nous ne ferons pas d'analyse de cette piece, dont l'Auteur a suivi le Roman pas à pas.

Il y a des choses très-estimables dans la musique. Elle est de M. Creitz, Auteur de celle de la Pucelle d'Orléans. On a remarqué avec plaisir des progrès sensibles dans le talent de ce jeune Compositeur. Ce nouvel Ouvrage offre plus d'originalité dans le chant, moins de prétention à l'harmonie, & plus de connaissance de la scene que le premier. Elle fait honneur à son goût & à sa docilité. Un air de Virginie, le morceau qui termine le second acte & la tempête ont sur-tout réuni les suffrages des Connaisseurs & les applaudissemens du Public. Mde. Saint-Aubin & M. Michu remplissent les rôles de Virginie & de Paul avec beaucoup de chaleur, d'intérêt & de sensibilité.

L'Esprit des journaux français et étrangers, 1791, tome 2, p. 337-340 :

[Sur une pièce utilisant une source aussi prestigieuse que Paul et Virginie, pas moyen d‘échapper à la comparaison avec le roman original, dont on note qu’il s’écarte peu, « excepté au dénouement de la piece ». Et cette comparaison n’est pas à l’avantage de l’opéra comique : « il est au-dessous du style, tour-à tour simple & élevé de. l'original ». Quant à la musique, elle est traitée avec sévérité : après le constat de son succès, le critique énumère une longue suite de défauts : « point de chant, point de couleur, point de caractère : des entrées brusques d'instruments à cordes ;, quatre ou cinq vers sur une même note, point d'effet, point de mélodie », conclusion, « le métier de la musique & peu de génie ». Mais Kreutzer a tout l’avenir devant lui...]

Paul et Virginie, ou le naufrage, comédie en trois actes, mêlée d'ariettes, musique de M. Kreutz.

Rien de plus touchant, ni de si connu que l'histoire de Paul & Virginie, par M. Bernardin de St. Pierre. Elle a déja fourni le sujet de plusieurs romances : samedi 15 janvier, on l'a mise à ce théatre dans une comédie en trois actes, mêlée d'ariettes, sous le titre de Paul & Virginie ou le naufrage, qui a eu beaucoup de succès.

L'auteur s'est peu écarté de l'histoire, excepté au dénouement de la piece. Elle commence au moment où Paul & Virginie s'égarent en se promenant. Ils rencontrent un noir qui suit:son maître, parce- qu'il l'a vendu sans ses enfans. Ce malheureux est accablé de fatigue & de faim. Le -maître arrive. L'ingénuité des amans l'attendrit : il pardonne à son esclave. La lassitude de Virginie est déja grande : comment retourner à la case ? Domingue, negre de la maison, les trouve par le moyen du petit chien fidele qui a suivi leurs traces, & leur apprend que leurs meres sont fort inquietes de leur absence. Les negres, dont le camarade a été secouru par Paul & Virginie, accourent offrir leurs services. Il faut franchir un torrent : ils font asseoir Virginie sur des branches d'arbre, & la portent ainsi chez sa mere.

Celle-ci est très-inquiete, ainsi que la mère de Paul ; mais ce qui l'afflige le plus, c'est qu'elle vient de recevoir une lettre d'une parente riche qu'elle a en France, qui demande absolument Virginie, et ne veut lui donner son bien qu'à condition de 'lavoir auprès d'elle. M. de la Bourdonnaie s'offre d'en prendre soin comme de sa fille. Désespoir de Virginie quand elle apprend qu'il faut quitter sa mere & Paul. Enfin on la détermine à partir : Paul veut la suivre, veut se jetter dans la mer : on les arrache l'un à l'autre. Virginie s'embarque...... Cette finale ressemble pour les effets & les tableaux à celle du premier acte d'Alexis & Justine.

Le troisieme acte est presque tout en pantomime. C'est l’esquisse du déchirant tableau de l'orage, si bien décrit par M. de Saint-Pierre. Il se passe au départ de Virginie, & non à son retour en France. Paul, qui est monté sur un rocher, apperçoît le vaisseau sur lequel est Virginie, qui fait naufrage : il se jette à la mer, la sauve & l'apporte .dans ses bras. Ce n'est pas là Virginie mourante victime de sa pudeur : mais cette scène n'a pas moins produit.un grand effet.

Quelque bien-que puisse être écrit l'ouvrage, il est au-dessous du style, tour-à tour simple & élevé de. l'original : enfin, cette comédie pouvoit avoir besoin des noms imposans de Paul & Virginie, pour obtenir le succès brillant qu'elle a eu. Quant à la musique, qui est de M. Kreuz, auteur de celle de Jeanne d'Arc, elle a été fort applaudie : mais nous ne pouvons qu'en porter le même jugement que nous avons manifesté sur le premier ouvrage de l'auteur : par-tout une facture riche & abondante d'accompagnemens ; mais point de chant, point de couleur, point de caractère : des entrées brusques d'instruments à cordes ;, quatre ou cinq vers sur une même note, point d'effet, point de mélodie : en un mot, nous n'y avons trouvé que la variété des détails que connoissent si bien les Allemands ; le métier de la musique & peu de génie..... Nous regrettons d'être forcés à tant de franchise, mais c'est notre devoir ; & d'ailleurs M. Kreuz est jeune, il a le tems de travailler ! nous l'engageons à chercher la mélodie dans son ame, & non dans son esprit, & sur ses instrumens. Madame Saint-Aubin montre un grand talent dans le rôle de Virginie, et M. Michu joue très-bien celui de Paul. Les autres rôles sont à-peu-près des accessoires. »

(Journal de Paris ; Spectateur national ; Affiches, annonces & avis divers.)

Mercure français historique, politique et littéraire, n° 32 du 1er février 1793, p. 249-250 :

VARIÉTÉS.

Lettre au rédacteur.

Citoyen,

Le journal que vous rédigez, étant maintenant celui qui tient le plus à la littérature; et même presque le seul, qui y tienne encore, vous devez en être plus attentif à recueillir les productions des muses aimables.

Vous savez que la piece de Paul et Virginie, copiée sur le Roman de l’inégneiux Bernardin de Saint-Pierre, qui a lui-même si fidelement copié la nature, offre avec une vérité frappante, un tableau d emeours nouvelles extrêmement intéressant, même pour ceux qui n’en ont point vu le premier modele au-delà du cap de Bonne-Espérance : mais vous savez aussi que ce tableau doit en partie son succès sur la scene au talent charmant de l’actrice, qui joue le rôle de Virginie. C’est ce qu’a parfaitement senti un amateur des arts, et ce sont les vers où il a exprimé son enthousiasme, que je vous engage à accueillir.

VERS adressés à Madame Saint-Aubin, après une représentation
de Paul et Virginie.

Si vous voulez voir de l’enfance
Les traits et l’ingénuité,
Le sentiment et l’innocence,
La pudeur et la volupté ;
Si d’une créole jolie,
Vous voulez connaître le ton,
L’enjoument, l’heureux abandon,
Voyez Saint-Aubin-Virginie.
Jamais l’amour dans sa douleur
Ne prit une voix plus touchante.
O doux prestige du talent !
Mon cœur ressent toutes ses peines ;
Ses larmes font couler les miennes ;
Et je suis Paul en l’écoutant.

Nota. Ces vers ont déjà paru, mais d’une maniere très-incorrecte.

Dans Theatre, Opera and Audiences in Revolutionary Paris, p. 30-31, Emmet Kennedy classe cette pièce dans les « pièces exotiques », mais il lui donne aussi une dimention politique : « Paul et Virginie can be read on one level as a political play because the hero and heroine represent the natural goodness of man and are sentimentally opposed to slavery. Moreover, they are pressed to tolerate other overbearing demands of European civilization – the trip back to France for an education and an inheritance. The great popularity of this play coincides with the Convention's abolition of slavery in 1794. »

Il dénombre cent cinquante représentations de la pièce à l'Opéra-Comique, dont un quart durant la Terreur.

D'après la base César, la pièce a été jouée 149 fois au Théâtre Italien, du 15 janvier 1791 au 16 octobre 1799 (37 fois en 1791, 13 fois en 1792, 19 fois en 1793, 24 fois en 1794, 19 fois en 1795, 14 fois en 1796, 4 fois en 1797, 19 fois en 1799). Elle a été également jouée 13 fois au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, du 23 janvier au 28 décembre 1792, 1 fois au Théâtre de Gand le 12 novembre 1792, 1 fois au Théâtre de Caen le 1er août 1796, 1 fois au Théâtre d el'Egalité et de la Liberté de Toulouse le 19 janvier 1797, 1 fois aux Variétés Amusantes, Comiques et Lyriques le 26 juin 1796, 2 fois au Théâtre du Marais le 22 janvier et le 5 février 1798.

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