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Pauline et Henri

Pauline & Henri, opéra en un acte, en prose, de Boutillier, musique de Henri Joseph Rigel, 9 novembre 1793.

Théâtre de la rue Feydeau.

Titre :

Pauline et Henri

Genre

opéra (trait historique mêlé de musique)

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

9 novembre 1793

Théâtre :

Théâtre de la rue Feydeau

Auteur(s) des paroles :

Boutillier

Compositeur(s) :

Rigel

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez la Citoyenne Toubon, 1794 :

Pauline et Henri, trait historique en un acte et en prose, mêlé de musique, représenté, pour la première fois, sur le Théâtre de la rue Feydeau, le nonodi 19 brumaire, l’an 2 de la République Française [9 novembre 1793]. Paroles du C. Boutillier, Musique du C. Rigal.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1793, volume 12 (décembre 1793), p. 297-298 :

[Le compte rendu s’ouvre sur un demi compliment : « ouvrage agréable », mais dont on pouvait « en tirer plus de parti ». Le résumé révèle une intrigue peu imaginative. Le titre de la pièce paraît mal choisi, puisqu’il est le nom de deux personnages secondaires, et non celui du personnage principal. Mais le bilan n’est pas si mauvais, puisque « cet ouvrage offre du sentiment & de l'intérêt : il est écrit avec soin ».]

THÉATRE DE LA RUE FEYDEAU.

Pauline & Henri, opéra en un acte, en prose.

C'est un ouvrage agréable, quoiqu'il eût été possible peut-être d'en tirer plus de parti. Simon, pere de Henri, est lié depuis sa jeunesse avec Vincent, pere de Pauline ; les deux jeunes gens s'aiment ; il est question de les unir ; mais Vincent, en achetant une maison, y a trouvé une somme de trente-deux mille livres, que sa délicatesse l'a engagé à porter au maire du village : Simon est honnête homme, mais un peu brusque : le désintéressement de son ami l'a fâché, au point qu'il a rompu le mariage projetté entre leurs enfans : un trésor appartient à celui qui l'a trouvé, telle est la morale de Simon. Cependant, au moment où Vincent s'y attend le moins, un ordre du maire vient l'arracher à sa famille : on le croit enfermé, sur quelque calomnie, lorsqu'on le ramene avec des cris de joie. Le maire l'a forcé à reprendre la somme qu'il avoit trouvée. Simon se jette dans les bras de son ami, & Pauline est unie à Henri.

Nous remarquons dans cet ouvrage, que les deux personnages qui donnent-leurs noms à la piece, Pauline & Henri, ne sont pas sur le premier plan du tableau : ce n'est pas sur eux que roule l'intérêt ; ils ne sont, pour ainsi dire, qu'accessoires, tandis que Vincent est vraiment le personnage le plus important : c'est donc un autre titre à donner à cette piece.

D'ailleurs, cet ouvrage offre du sentiment & de l'intérêt : il est écrit avec soin.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1794, volume 4 (avril 1794), p. 260-263 :

[Nouvel article sur la même pièce, mais qui raconte l’intrigue d’une manière assez différente, et plus complète que dans le premier article. Celle qu’on lit maintenant utilise d’ailleurs curieusement un personnage d’ecclésiastique, à un moment où la politique contre les gens d'Église est forte. Le jugement porté sur la pièce est globalement positif : si « les développemens de cette piece laissent bien des choses à désirer », la morale du personnage principal est exemplaire, et ce serait une bonne chose que tous la suivent. Le critique aime «  à croire que M. Boutillíer s'est peint lui-même ». Si l’écriture de la pièce lui semble assez bonne, il relève tout de même « une certaine impropriété dans les termes malheureusement trop généraux aujourd'hui ». Le problème psoé est celui des droits du maire, à qui le critique conteste le droit de convoquer arbitrairement un honnête citoyen. Le procédé est jugé choquant. L’article s’achève sur une description très positive de la musique de Righel, à qui il ne trouve à reprocher que le fait qu’il aurait pu mieux faire : il juge qu’il « n'a que fort rarement en vue le but dramatique ». Mais son talent n’est pas mis en cause.]

THÉATRE DE LA RUE FEYDEAU.

Pauline et Henri, comédie en un acte & en prose, mêlée d'ariettes, paroles de M. Boutillier, musique de M. Righel.

Le vicaire Simon est un bien honnête homme. En venant habiter dans l'ancien presbytere d'un village, il a trouvé, sous les décombres d'un mur qu'il a démoli, une somme de trente-deux mille livres, qui y avoit été cachée par le défunt curé qui l'avoit précédé dans ce logement. Son premier soin, après avoir fait cette riche découverte, est d'aller déposer la somme toute entiere à la municipalité.

Ce trait, de la part du vicaire Simon, est d'autant plus beau qu'il est très-pauvre, & qu'il a la plus grande peine à subvenir à l'entretien de sa sœur veuve, de ses nieces & de son pere. Pauline, qui est l'aînée de ces deux aimables personnes, est promise à Henri, & les fiançailles vont être faites, lorsque le pere de ce jeune homme vient gronder le vicaire Simon, de ce qu'il a eu la bonhomie de se défaire d'un trésor qui lui appartenoit au moins par droit d'aubaine ; & il est si fâché contre cet ecclésiastique, qu'il ne veut plus pour sa bru de la charmante Pauline. Quel chagrin pour toute cette famille !

L'humeur que cette rupture cause à la sœur du vicaire, lui fait oublier un instant ses devoirs, & elle va jusqu'à reprocher à son frere, de vouloir toujours laisser, par une fausse délicatesse, sa famille dans la misere ; mais ferme dans ses principes, Simon veut garder sa probité intacte, & sa sœur elle-même, revenant bientôt à la raison, partage ses louables sentimens.

Cependant, un officier accompagné de quatre gardes nationaux survient, & signifie à Simon, de la part du maire, l’ordre de le suivre. Toute la famille de cet ecclésiastique est plongée dans la désolation, & vainement l'officier veut la consoler. Vincent apprend cette arrestation, & oubliant l'altercation qu'il a eue avec Simon, vole à son secours ; il est vif, il est brusque, il a mauvaise tête, mais son cœur est excellent, & il court chez le maire, dans l'intention de défendre son ami, & de donner même, s'il le faut, tout son bien pour le tirer de rembarras où il se trouve. Henri va seconder son pere.

Hélas ! leur course a été infructueuse ; les ordres les plus exprès ont été donnés pour qu'on les empêchât d'aborder la maison commune. Qu'y fait-on ? De quoi Simon est il accusé ? Heureusement, cette inquiétude n'est pas de longue durée. Des cris de joie se font entendre ; c'est tout le village qui ramene Simon en triomphe.

Le maire n'a voulu l’effrayer que pour l’éprouver ; & lorsqu'il a été à la maison commune, il s'est vu élire tout d'une voix curé à la place du défunt ; c'est un hommage qu'on a voulu rendre à sa probité, & les villageois l'ont mieux aimé que tout autre, parce qu'ils préferent avec raison ceux qui prêchent d'exemple, à ceux qui font les plus beaux discours, & qui ne cherchent rien moins qu'à édifier par leur conduite. Mais le maire & tout le village ne se bornent pas à cette récompense, ils veulent encore que Simon garde pour lui la somme qu'il a trouvée.

Qu'on juge de la joie de son vieux pere, de sa sœur, des deux nieces, de ses amis, & sur-tout de celle de Pauline & d'Henri, ne trouvant plus d'obstacle à leur bonheur ; ils sont unis par leurs parens, en présence de tout le village assemblé, qui voit avec le plus vif intérêt la réunion de la famille de Vincent avec celle de Simon.

Les développemens de cette piece laissent bien des choses à désirer ; ceux de la morale de Simon sont au-dessus de tout éloge ; & i! seroit à souhaiter que tous les hommes fussent de la trempe de celui-ci, dans lequel nous aimons à croire que M. Boutillíer s'est peint lui-même. Cette comédie est assez bien écrite ; mais nous ne devons pas dissimuler qu'elle offre quelquefois une certaine impropriété dans les termes malheureusement trop généraux aujourd'hui.

Un magistrat du peuple doit-il exiger qu'on intime des ordres en son nom ? & quoique ce soit pour un bon motif, doit-il se permettre d'effrayer un de ses concitoyens, en lui envoyant des gardes nationaux pour le saisir & le traduire sans nécessité devant lui ? II nous semble que non. Mais il sera facile à M. Boutillier d'adoucir, de rectifier ce procédé du maire, par lequel les spectateurs ne peuvent qu'être désagréablement affectés.

Si la musique de Pauline & Henri eût été d'un autre compositeur que M. Righel, elle nous auroit paru fort bonne ; mais un artiste doit être jugé avec plus ou moins de sévérité, suivant que sa réputation est plus ou moins grande. II faut donc dire que nous aurions désiré des intentions plus prononcées dans l'ouverture, & que nous n'aurions pas voulu trouver dans la plupart des motifs une certaine indécision qui nous prouve que le compositeur n'a que fort rarement en vue le but dramatique. Le choix des chants n'est pas toujours très recherché ; la gaieté de la chansonnette de Caroline n'est que factice, & les physionomies des morceaux d'ensemble, peut-être trop multipliées, ne contrastent pas assez entr'elles. Cependant tout décele dans cet opéra un fort bon harmoniste, & le cantabile seul de Pauline suffiroit pour donner, si nous ne l'avions déjà, la plus haute idée du talent musical de l'auteur.

César : pièce de Maximilien-Jean Boutillier / Bouthillier. Musique de Henri-Joseph Rigel. Première représentation le 9 novembre 1793. 13 représentations, jusqu'au 28 avril 1794.

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