Persico, ou le Souper dérangé

Persico, ou le Souper dérangé, vaudeville en un acte, de Léger, 6 pluviôse an 5 [25 janvier 1797].

Théâtre du Vaudeville.

Titre

Persico, ou le Souper dérangé

Genre

vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

6 pluviôse an 5 [25 janvier 1797]

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Léger

Courrier des spectacles, n° 20 du 7 pluviôse an 5 [26 janvier 1797], p. 3-4 :

[Le début du compte rendu souligne une question que le Courrier des spectacles posera souvent : des couplets de qualité peuvent-ils compenser « la foiblesse d’une intrigue ». Car la pièce nouvelle a bien des défauts, incidents uniformes, et situations rebattues. L’auteur n’est pas connu (c’est un des acteurs cités à la fin), mais cela ne signifie pas qu’elle a échoué. L’intrigue résumée ensuite confirme bien le jugement porté sur les incidents, puisqu'on passe beaucoup de temps dans la pièce à mettre la table du souper, puis à tout enfermer (un des convives compris) dans une armoire... Et le dénouement peut sembler peu motivé. Ce qui est mis en valeur à la fin, c’est la distribution. Personne n’a démérité.]

Théâtre du Vaudeville.

Si de la gaîté et de jolis couplets pouvoient faire oublier la foiblesse d’une intrigue, la comédie de Persico ou le Souper dérangé, donnée hier au théâtre du Vaudeville, réclameroit à juste droit sa place parmi les charmantes productions qui font tous les jours courir à ce spectacle, l’un des plus agréables de la Capitale ; mais les incidens sont uniformes, et souvent répétés, les situations sont plus qu’ordinaires ; tranchons le mot, trop rebattues.

Nous ne connoissons pas encore l’auteur de ce vaudeville, dont voici l’analyse.

Simon, traiteur, est amant de Pauline ; voulant, pendant l’absence de son tuteur, donner à souper à sa maîtresse, il apporte à cet effet ce qu’il faut pour le repas : Gothon, soubrette de Pauline, dresse le couvert ; mais ils ne sont pas encore à table, que Persico, cousin de Pauline, arrive, dérange le banquet, Gothon resserre le tout dans une armoire. Persico se meurt de faim ; il demande à souper ; on lui dit qu’il n’y a rien. En s’approchant du garde-manger, son odorat lui fait découvrir ce dont son appétit se contenteroit bien ; cependant, n’osant rien dire, il est forcé d’aller se coucher sans souper ; le couvert est dressé de nouveau, Simon, Pauline et Gothon se mettent à table : mais autre incident ; ils sont dérangés par l’arrivée du tuteur. Ils desservent vîtement et remettent tout dans l’armoire ; Simon se cache dans une autre ; on ouvre la porte au tuteur qui est fort en colère qu’on l’ait fait attendre si long-temps ; il demande à souper, Gothon lui dit qu’il n’y a rien, et que le traiteur est sûrement couché ; mais Persico se fait entendre ; il découvre le repas, en disant au tuteur que c’est lui qui l’a commandé. On se remet à table, on soupe, Simon profite de cet instant ; il ouvre l’armoire, s’enfuit, mais le bruit qu’il fait le trahit ; il ne perd pas la carte et demande le montant du souper à Persico ; celui- ci est confus, obligé, pour ne pas payer, de tout découvrir au tuteur qui unit sans difficulté aucune Pauline à Simon.

Ce vaudeville a été fort bien joué ; le rôle de Persico, par M. Leger ; et celui de Simon, par M. Carpentier, cet acteur intéressant qui sait si bien se plier à differens genres en s’en acquittant toujours à la grande satisfaction du public. Me. Delaporte a rendu le rôle de Gothon, avec toute la finesse et l’enjouement qu’on lui connoît. Les autres rôles ont été bien remplis par M. Chapelle et M.lle Aubert.

Journal littéraire, par J. M. B. Clément, de Dijon, première année, tome second, n° XXI Du Jeudi 26 Janvier 1797, v. s., p. 286-288 :

[Compte rendu peu favorable : seuls sont loués les couplets de la fin. Sinon, la pièce est présentée comme la reprise d’une autre pièce (le Soldat magicien, d’Anseaume, musique de Philidor, de 1760, et que le Théâtre Italien jouait encore en 1795), et elle ne lui est pas supérieure. Elle ne suscite ni curiosité ni surprise.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Première représentation de Persico, ou le Souper dérangé. Le 6 pluviôse.

Le tuteur de Pauline est à la campagne et ne doit pas revenir, avant trois jours. Persico, neveu du tuteur et cousin de Pauline, est sorti.

Pauline est aimée de M. Simon, traiteur voisin ; et Goton, .servante du tuteur, favorise leur amour. M. Simon profite de la double absence, pour souper avec sa maîtresse. Il a fait apporter des mets délicats, et lui-même arrive, muni d'un dindon.

Le retour imprévu de Persico trouble la fête ; M. Simon se cache ; et Goton se charge de renvoyer l'importun. Persico résiste; il n'a pas soupé ; mais Goton est inflexible, et le presse d'aller dormir dans un grenier où son lit est préparé. Le malin Persico, qui flaire le dindon, se, tient à portée d'en manger sa part, et voit, à travers une cloison, les amans débarrassés de sa présence, se mettre à table, en s'amusant de son appétit.

On frappe  ; c'est le tuteur ; il faut enlever tous les plats, les serrer dans le buffet et M. Simon avec eux. Le tuteur un peu fâché d'avoir attendu quelques minutes à la porte, est appaisé par les caresses de Pauline. Il s'informe de Persico, Goton répond qu'il est couché. Persico reparoît et dit à son oncle qu'il n'avoit garde de dormir, éveillé qu'il étoit par l'idée d'un bon souper. Le tuteur envoye chez M. Simon, pour réaliser l'espérance de son neveu ; mais Persico prend la clef du buffet, l'ouvre, en tire le dindon, le pâté, etc etc.

Le tuteur est surpris et Pauline embarrassée ; mais Persico déclare que c'est lui qui, pour régaler son oncle et sa cousine, a fait les frais de ce repas. On se met à table ; Persico chante son aventure, en couplets improvisés, dont le refrein est : tout n'est pas plaisir en amour.

M. Simon, pendant ce tems là veut s'échapper du buffet. Il est apperçu du tuteur et de Persico. Tout s'explique, et s'arrange par le mariage de Pauline avec M. Simon.

On voit que cette pièce n'est autre chose que le Soldat Magicien, opéra-comique. Un auteur, en adoptant une fable connue, perd nécessairement un grand avantage ; celui d'exciter la curiosité par l'incertitude, et le plaisir par la surprise. Il s'impose sur-tout la loi de faire mieux que celui qu'il imite, et c'est ce que l'auteur de Persico n'a pas fait.

Le public a fort applaudi plusieurs couplets du vaudeville de la fin, et particulièrement ceux-ci :

Grand auteur, grand politique,
Damon lance, un beau matin,
Certain pamphlet satirique,
Qu'il croit bien gai, bien malin.
Convenons que la satire
A diverti bien des gens ;
Que l'auteur a bien fait rire....
Oui.... Mais, rire à ses dépens.


 

Enfin, plus d’indifférence
Pour nos mœurs et pour nos lois :
Que sept ans d’expérience
Nous prescrivent de bon choix.
Si des droits de la puissance
Vous écartiez les méchans,
Que d’importans qu’on encense
    Feroient rire à leurs dépens.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 2e année, 1797, tome V, p. 411-413 :

[Compte rendu presque entièrement consacré à raconter l’intrigue, sans jugement. Une place est même faite au couplet d’annonce. Les commentaires sur le spectacle se réduisent au constat de la qualité des interprètes et le succès de « quelques couplets ». Volonté de neutralité ou signe d’un jugement peu favorable ?]

On a joué, sur le théâtre du Vaudeville, le 6 pluviôse, Persico, ou le Souper dérangé.

Arlequin, en annonçant la pièce, prévient le mécontentement du public au sujet du repas dont il doit être témoin. Comment encore un souper ? Il faut qu'à ce théâtre du Vaudeville on soit bien gourmand ! Messieurs, point de courroux ; ce souper est un très-foible accessoire ; il n'en sera question que depuis le premier mot de la pièce jusqu'au dernier. Quel jour heureux pour nous si la même table pouvoit vous réunir tous ! Mais envoyez-nous du moins votre indulgence ; la place d'honneur lui est réservée.

La pièce commence.

Pauline profite de l'absence de son tuteur pour souper avec son prétendu, restaurateur établi dans le voisinage. Simon, jeune, galant et poli, non content de fournir à tous les frais du banquet, se fait encore précéder de jolis présens ; il envoyer une ceinture et une guirlande à sa maîtresse. Gotton, après avoir étouffé, en soubrette sage et prudente, quelques mouvemens de jalousie qui la portoient à de tristes réflexions, embellit Pauline des dons de son amant, et met le couvert, tandis que sa maîtresse et Simon se félicitent de leur commun bonheur.

Persico, amoureux et cousin de Pauline, vient déranger toute la fête par une visite inattendue. Il frappe à coups redoublés. La table est bientôt desservie ; tout est serré, caché ; chacun se retire dans les chambres voisines, et Gotton reste seule pour faire les honneurs, c'est-à-dire, pour éconduire promptement cet importun rival. Elle ouvre enfin au pauvre Persico, mouillé, crotté, et mourant de faim. Il demande à voir sa cousine, qu'on lui dit être indisposée. Il voudroit bien souper ; il n'y a seulement pas de pain dans la maison : il désireroit du moins boire un verre de vin ; monsieur a emporté la clef de la cave. Mais en vain Gotton s'éyertue-t-elle pour persuader Persico d'aller chercher gîte ailleurs ; notre malicieux campagnard entrevoit le mystère, pose sa canne dans un coin, et déclare qu'il va passer la nuit sur une chaise. Gotton enrage tout bas, et feint pourtant de prendre sur elle pour lui apprêter un petit lit dans un coin du premier. L'odeur des mets enfermés dans le buffet achève de trahir Simon et Pauline. Les soupçons de Persico redoublent ; il feint à son tour de s'aller coucher, et reste aux écoutes, bien sûr de ne pas perdre son temps.

Nos deux amans, le croyant bien loin, se réunissent, et le délicat Simon s'applaudit de la double bonne fortune en serrant contre son sein son amante Pauline et son amie Gotton. A peine la fidelle soubrette a-t-elle remis le couvert, qu'un nouveau bruit se fait entendre à la porte, et annonce l'arrivée du tuteur. Monsieur Cassandre a beau frapper ; il faut que Simon ait trouvé une cachette ; il se blottit dans une armoire, et l'on ouvre. Après bien des cajoleries de la part de Pauline et de Gotton, le tuteur voulant régaler sa pupile envoye chez Simon, qui n'a garde de répondre. Il demande où est Persico, qu'il sait être arrivé ; on lui répond qu'il dort, ce que Persico dément en entrant sur la scène.

Le rusé cousin s'approprie l'honneur du bon souper que le buffet renferme, faisant accroire au tuteur qu'il l'a commandé pour plaire à sa cousine. Pour cette fois on se met tout de bon à table, et Persico, déployant toute la gaieté de l'ironie et du sarcasme, chante en présence de Pauline, très-embarrassée, sa mésaventureuse histoire ; mais il cesse de rire à la vue de Simon, qui lui demande cinquante-quatre livres pour prix de son souper. Le tuteur demande l'explication de tout ce quiproquo. Simon lui avoue son amour pour Pauline, et Persico termine la comédie en homme de bon sens ; et, adressant la parole au tuteur : Tout le monde doit être content, dit-il ; vous avez une pupile de moins, monsieur Simon a sa rnaitresse, et moi un bon souper.

Cette petite pièce est fort bien jouée ; quelques couplets ont été redemandés.

D’après la base César, la pièce, d’auteur inconnu, a été jouée 39 fois au Théâtre du Vaudeville, du 25 janvier 1797 au 30 septembre 1798 (31 fois en 1797, 8 fois en 1798).

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