Phœdor et Waldamir

Phœdor et Waldamir, tragédie en 5 actes en vers, par le citoyen Ducis, de l'institut national, floréal an 9.

Théâtre français de la République

Titre :

Phœdor et Waldamir

Genre

tragédie

Nombre d'actes :

5, puis 3

Vers ou prose :

en vers

Musique :

non

Date de création :

4 floréal an 9 (24 avril 1801)

Théâtre :

Théâtre Français de la République

Auteur(s) des paroles :

Ducis

Almanach des Muses 1802

Deux frères unis par l'amitié la plus tendre, et relégués dans les déserts glacés de la Sibérie, conçoivent tous les deux, pour Arzéline, la passion la plus violente : le doux et sensible Waldamir est préféré à l'impétueux et bouillant Phœdor. Le premier se sent capable d'immoler son amour à l'attachement fraternel ; le second est susceptible de tous les transports d'une jalousie effrénée ! Quoique les deux amans cachent avec soin leur tendresse réciproque, Phœdor ne croit pas à l'indifférence apparente de son frère, et Arzéline, que la rigueur du climat et d'une gelée effrayante et subite a conduite aux portes de la mort, a fait, dans le délire de son agonie, l'aveu de son amour pour Waldamir. Bientôt Phœdor ne connaît plus de frein, et veut immoler son rival. De pieux hospitaliers, chez lesquels se passe la catastrophe, font rougir ce jeune insensé du projet d'un fratricide ; mais en horreur à lui-même, détestant son amour et la vie, il se poignarde, et se punit ainsi lui-même.

Sujet qui n'a pas produit l'effet que l'auteur en attendait ; contexture qui a paru vicieuse, style plus épique que tragique ; mais de beaux éclairs du talent dramatique auquel la scène française doit quelques scènes admirables. Représentation très-orageuse, public très sévère.

Courrier des spectacles, n° 1517, p. 2-3 :

[Ce qu’on a présenté comme une tragédie n’en est aps une, et le critique y voit plutôt... une pastorale, ce qui explique à ses yeux une chute « des plus complettes ». La liste des défauts est longue : « plan des plus vicieux, innovation dans le genre, néologisme, longueurs, trivialités, absence d’intérêt, détails fastidieux ». Le nom de l’auteur, que tous connaissaient d’ailleurs, n’a pas été demandé, signe de l’échec de la pièce. Avant de donner l’analyse de la pièce, le critique décrit les conditions dans lesquelles la première représentation s’est déroulée. Dès le premier acte, des murmures, liés à des longueurs. Puis des sifflets, et au quatrième acte, un incident né de la sortie intempestive d’un acteur qui n’arrive pas à réciter « quelques vers un peu plus trivials ». On baisse le rideau, le public exige qu’on le relève, et la représentation reprend dans des conditions précaires. L’analyse est bien difficile à faire dans ces conditions, et le critique s’y attelle, racontant une intrigue russe (des exilés dont les enfants s’aiment, et qui retrouvent leurs places, et bien sûr une rivalité de deux frères autour d’une jeune fille). Le critique ne se prive pas du palisir de souligner le caractère invraisemblable et artificiel de l’intrigue : « comme il n’y a point là de sujet de tragédie, et qu'il en faut absolument un », « comme si Waldamir avouoit qu’il est aimé, la tragédie finiroit, et qu’elle n’est encore qu’au troisième acte ». Tous les clichés du mélodrame plus que de la pastorale s’accumulent, un desfrères sauve de la noyade la jeune amante, mais ce n’est pas lui qu’elle préfère, elle s’enfuit, manque de mourir de froid (on est en Sibérie, tout de même !), susurre qui elle aime, ce qui rend fou de colère l’autre garçon, manque de tuer son frère, se ressaisit et se tue. Le critique préfère en rester là : rien sur l’interprétation, le style, les décors.]

Théâtre Français de la République.

La pièce donnée hier à ce théâtre, sous le titre de Phédor et VValdamir, est plutôt une pastorale qu’une tragédie. Aussi-sous ce dernier titre a-t-elle éprouvé une chûte des plus complettes. Le nom de son auteur connu d’avance de la plupart des spectateurs avoit donné quelques espérances, mais elles ont été bien trompées. Plan des plus vicieux, innovation dans le genre, néologisme, longueurs, trivialités, absence d’intérêt, détails fastidieux, tels sont les défauts qui semblent avoir frappé les spectateurs les plus bénévoles : aussi l’auteur n’a point été nommé ; et il faut avouer que c’est assez rare.

Avant d’entrer dans aucun détail sur l’ouvrage, nous devons à nos lecteurs le récit du fait suivant. Des longueurs avoient dès le premier acte excité de nombreux murmures ; les sifflets avoient accueilli le second et le troisième ; déjà le quatrième étoit menacé du même sort, lorsque le citoyen Monvel n’ayant pu à trois reprises faire pas[s]er quelques vers un peu plus trivials [sic] que 1es autres abandonna la scène, et la toile fut baissée. Le public moitié furieux, moitié curieux, demanda que l’on continuât, et l’acteur d’abord mal reçu (ainsi que le méritoit sa brusque sortie) ayant , eu cette fois l’adresse de couper les vers malencontreux, parvint à conjurer pour un moment l’orage, qui recommença bientôt pour durer jusques à la fin de la pièce.

Il est difficile de donner l’analyse d’un ouvrage aussi peu écouté ; ce n’est donc que pour remplir la tâche que nous nous sommes imposée, que nous allons lâcher d’en suivre la marche.

Deux exilés de la cour de Russie, Romanof, général d’armée, et . . . ., ministre d’Alexiowitz, ont été, par les brigues d’Erox, confinés das les déserts de la Sibérie. Le premier a deux fils; Phœdor et VValdamir, il leur a caché leur naissance ; et dans la condition de simples bergers, ils mènent une vie plus calme qu’à la cour. Le Ministre a suivi le même plan de conduite pour sa fille Arzeline. Les deux pères s’applaudissent d'avoir épargne des regrets à leurs enfans ; mais comme il n’y a point là de sujet de tragédie, et qu'il en faut absolument un, la crainte de voir les deux frères devenir rivaux vient troubler leur satisfaction. Phœdor sauve la vie à Arzeline prête à périr dans la mer ; le danger qu'elle a couru, le secours qu’il lui a porté, le déterminent à déclarer son amour. Cet aveu porte le désespoir dans les cœurs de Arzeline et de Waldamir qui s’aiment depuis long-tems.

Phœdor refusé, est furieux, et veut poignarder son rival ; cependant il aime assez son frère pour lui faire le sacrifice de son amour. Il le lui offre, mais comme si Waldamir avouoit qu’il est aimé, la tragédie finiroit, et qu’elle n’est encore qu’au troisième acte, Arzeline lui a fait faire le serment de garder le secret. Il fuit chez des religieux et vient demander des consolations à Edouard leur chef ; mais il est bientôt suivi par Arzeline, qui veut à toute force s’unir à lui. Son amitié pour son frère l’empêche d’y consentir.

Ce dernier arrive ; il annonce qu'Erox est disgracié, que leur père et celui de Arzeline sont rétablis dans leur place : mais bientôt la fureur le transporte contre son frère ; Arzeline le calme, en disant qu’elle ne sera jamais ni à l’un, ni à l’autre, attendu qu’elle a disposé de son cœur. Elle les quitte, leur défendant de la suivre ; bientôt on la ramène engourdie par le froid : on la croit morte ; les deux frères se désolent, un soupir ranime leur espérance ; elle nomme Waldamir pour son époux.

Phœdor ne se contient plus, il veut percer son frère : retenu par les Religieux, il reconnoit ses torts, unit les deux amans, malgré le serment d’Arzeline, fait d’abord penser qu’il va se faire religieux, et finit par se tuer.

Gazette nationale ou le Moniteur universel, volume 27 (du n° 101, 11 nivôse an 9 au n° 281, 11 messidor an 9), n° 218 (Octidi, 8 floréal an 9), p. 915-916 :

Nous ne nous sommes point engagés à rendre compte de la premiere représentation de Phœdor et Waldamir. Si les scenes tumultueuses qui s'y sont succédées [sic] ont dû être affligeantes pour l'auteur, l'immense majorité des spectateurs en était également blessée. Elle se demandait comment, à un goût aussi sévere en apparence, une partie du public conjurée contre la piece, joignait la plus turbulente exaltation ? comment elle conciliait sa fureur avec sa justice, et son refus d'entendre avec son desir de prononcer ? elle s'indignait de voir quelques jeunes gens plus jaloux de trouver le côté ridicule d'une production de l'esprit ou des arts, que de se livrer de bonne foi au sentiment d'admiration qu'inspirent ses beautés ; d'entendre quelques spectateurs se disputer l'honneur d'indiquer au parodiste ses plus folles caricatures : arrêter un vers faible pour détruire ensuite l'effet d'un beau vers, noter une expression hazardée pour contester la beauté d'une expression hardie. Sans doute si quelqu'obstacle était de nature à décourager un jeune athlete s'élançant dans la carriere périlleuse du théâtre, si un pas malheureux fait à la fin d'une course rapide et glorieuse, pouvait altérer le souvenir des nombreux succès qu'on a mérités, rien ne serait funeste à l'art dramatique comme de semblables scenes, comme de semblables jugemens. Si même en cette partie le remede ne semblait pire que le mal ; si la liberté des spectateurs n'avait encore plus d'avantages que la licence et l'injustice de quelques-uns d'entre eux ne peut avoir d'inconvéniens, l'idée de la nécessité d'un moyen de répression quelconque naîtrait naturellement à l'esprit : toutes fois nous sommes loin de le demander.

En réduisant à trois actes Phœdor et Waldamir, dont le sujet paraît avoir au fond beaucoup de ressemblance avec les Deux Iroquois, de Saint-Lambert ; l'auteur n'a apporté aucun changement essentiel au plan de son ouvrage. Les trois premiers actes sont fondus dans les deux premiers, les deux derniers dans le troisième. Voici quelle est actuellement la marche de cette tragédie.

Romanow et Clodoski ont essuyé l'un de ces revers si communs à la cour de Moskow. Exilés en Sibérie, ils y ont été suivis, l'un par Phœdor et Waldamir ses fils, l'autre par sa fille Arzeline. Les deux fils de Romanow sont épris de cette jeune beauté : leur passion s'est accrue dans la solitude et le silence, c'est l'unique secret que dans leur tendre amitié les deux freres aient conservé l'un pour l'autre. Arzeline ignore encore les sentimens qu'elle inspire, lorsqu'un jour, (et c'est à ce moment que l'action commence) arrachée par Phœdor à une mort inévitable, elle reçoit l'aveu de l'amour de son libérateur qui, enhardi par ce titre et la regardant comme sa conquête, n'a pu demeurer maître de son secret. Arzeline a laissé entrevoir que sa reconnaissance était le seul sentiment auquel Phœdor pût s'attendre. Waldamir, au contraire, désespéré d'avoir connu l'état du cœur de son frere, le croyant aimé d'Arzeline, et prêt à fuir l'asyle qui leur est commun, voit Arzeline, lui dévoile aussi son amour, et surprend l'aveu du retour le plus tendre. La fureur de Phœdor, jaloux et dédaigné, leur impose la loi d'un profond mystere ; ils se promettent un secret mutuel : mais bientôt Waldamir ne peut résister au spectacle déchirant de son frere, livré au plus cruel désespoir, appelant pour le combattre et le déchirer, le rival dont il soupçonne l'existence, et succombant sous les efforts d'une rage impuissante : Waldamir le voit près d'expirer : il se détermine à sacrifier son amour, sa maîtresse et sa vie au bonheur de son frere : il fuit, il va chercher un asile qui le cache à tous les yeux au sein d'un pieux monastere ; Arzeline l'y suit et l'y découvre : elle lui rappelle ses sermens et les liens qui doivent les unir.

Phœdor les surprend tous deux dans cet entretien mystérieux. Sa fureur a rencontré l'objet que cherchait si impatiemment sa jalousie : il leve sur son frere un bras menaçant ; Arzeline les sépare, jure qu'elle n'est pas maîtresse de son cœur, mais que maîtresse de son secret, elle ne sera l'épouse ni de Phœdor ni de Waldamir. Elle les presse, au nom de leur constante amitié de demeurer unis. Elle s'éloigne. Phœdor tombe entre les bras de son frere qu'il conjure de lui pardonner. Edmont, le chef du saint asyle où ils sont réunis, lui prodigue les consolations et les soins, lorsque des hospitaliers apportent le corps d'une jeune femme que, dans un sentier voisin, l'excessive rigueur du froid a saisie et glacée : on la regarde comme sans vie.... c est Arzeline. Les deux freres au désespoir se précipitent sur le corps inanimé ; quelques instans s'écoulent.... Tout à coup un léger mouvement se fait sentir.... Les deux freres s'arrêtent, un soupir se fait entendre ; on s'empresse, Arzeline profere quelques mots.... on se tait.... Dans l'égarement qui suit un long évanouissement, Arzeline croit s'être élevée jusqu'à la demeure céleste, et là être réunie à celui qu'elle aimait sur la terre. A ce mot, Phœdor jaloux et furieux frémit, Waldamir tremble....... Arzeline profere son nom. Tout est connu, Phœdor a découvert qu'il avait un rival dans son frere : mais il apprend que ce frere généreux avait voulu lui sacrifier son amour. Ce sacrifice est au-dessus de ses forces, celui de la vie lui est plus facile. Il se perce le sein ; ses dernieres paroles expriment le vœu qu'unie à Waldamir Arzeline soit long-tems heureuse.

Tel est le plan de cet ouvrage. Sa réduction en trois actes a fait disparaître quelques scenes qui ralentissaient inutilement l'action, quelques détails dont la répétion devenait fatigante, mais elle n'a pu remédier aux vices inhérens au sujet. Des défauts essentiels qu'il est presqu'inutile de rappeller, parce qu'ils ont été généralement sentis, subsistent toujours. Il en est même que la réduction en trois actes a rendus plus sensibles : nous indiquerons sommairement ici au nombre de ces défauts : le caractere indécis et trop peu prononcé de Waldamir aimant trop peu sa maîtresse ou son frere pour devenir intéressant par le sacrifice absolu de son amour ou de son amitié ; le rôle d'Arzeline, réduite par sa situation à une conduite, à une feinte qui doit être étrangere aux mœurs du pays qu'elle habite, rôle à l'égard duquel, d'ailleurs, les incidens se multiplient avec une rapidité peu naturelle ; enfin le peu de liaison des rôles de Clodoski et de Romanow à l'action principale. En avouant ces défauts, nous acquérons sans doute le droit de faire croire à l'impartialité de quelques éloges dûs au touchant intérêt qu'inspire l'ouvrage, au rôle passionné et vraiment tragique de Phœdor. à la situation neuve et terrible du 5e acte, dont à la seconde représentation le public a pu reconnaître et apprécier toute la beauté.

Quant au style, quoiqu'en général noble, élevé, harmonieux et poétique, il n'est pas toujours exempt de reproches. Souvent l'auteur, en cédant au desir de peindre les lieux où il a placé ses personnages, a perdu de vue ces personnages eux-mêmes, et ajouté une nouvelle preuve à cette vérité déjà reconnue, qu'au théâtre le langage descriptif, épique et figuré, quelque brillant qu il soit, ne peut tenir lieu de celui de la passion. Quelques tirades descriptives ont paru déplacées ; mais tel est leur rare mérite poétique, que même accueillies défavorablement au théâtre, elles doivent être recherchées à la lecture. Qu'on nous permette quelques citations. Romanow peint ainsi le pays dans lequel il est exilé.

. . . . Comment échapper à ces vastes climats ?
Combien de fois pourtant au milieu des frimats
Me figurant au loin une terre nouvelle,
Déjà libre en espoir, j'eus la douleur cruelle
De voir la Sibérie au bout de l'horison,
Recommencer sans cesse, et m'offrir sa prison !
Loin des tours de Tobolsc d'où l'active puissance,
Contient tout par le fer et veille à sa vengeance ;
Loin des bords de l'Irtis où l'or sous ses glaçons,
De l'art du délateur paie encore les leçons.
Enfin daignant fixer leur course vagabonde,
Le ciel tourne nos pas vers ces bornes du monde,
Des éternels hivers, empire illimite
Sous l'horreur des frimats couvrant la pauvreté,
Vaste lit de douleur durci par la froidure,
Où le pouvoir des rois meurt avec la nature.

La comparaison suivante, imitée des anciens, est placée dans la bouche de Phœdor, dans le moment où, déchiré par des soupçons jaloux, il menace le rival qu'il ne peut découvrir :

Je sais qu'un vil serpent par un aigle enlevé,
Loin de son sol impur jusqu'au ciel élevé,
S'agite en cent replis sous sa serre sanglante,
Qu'il s'attache à son sein, le blesse, le tourmente,
Qu'il se gonfle de rage et siffle de courroux,
Et de son triple dard lui prodigue les coups ;
Oui : mais le roi des airs planant dans son empire,
En fait pleuvoir le sang, le perce, le déchire,
Dénoue en les tranchant ses replis odieux,
Les jette sur la terre, et se perd dans les cieux.

Le chef des hospitaliers dépeint ainsi les rigueurs du climat qu il habite.

Un effroyable hiver, horreur de ces rivages,
A partout de la vie effacé les images.
L'air tue, il glace l'homme, et du fond de son sein,
S'échappant en nuage, il est blanchi soudain.
Les voyageurs hâtant leurs courses vagabondes,
Cherchent les bois épais, les cavernes profondes ;
Les enfans réveillés par un air si cruel,
Se pressent en pleurant sur le sein maternel.
Le vieillard sous sa hute et s'enfonce et soupire ;
Dans son froid aliment sa triste lampe expire.
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Le malheureux muet et les sens affaissés ?
Offre un œil immobile où ses pleurs sont glacés,
Ces immenses frimats qu'entassa la froidure
Sont comme un drap de mort jetté sur la nature.

Ces divers morceaux ont été vivement applaudis, mais il en est un qui a réuni tous les suffrages, c'est le récit de Phœdor au premier acte. Arzeline suivait sur un lac glacé les traces d'une renne écartée du troupeau : soudain, dit Phœdor ,

Le lac au loin s'entrouvre, et tremble sous ses pas.
Je la vois qui pâlit, vers elle je m'avance,
Du ciel, des eaux, des airs implorant le silence.
Le lac se fend, s'écarte, et gronde entre nous deux.
Je m'elance à l'instant sur ce debris affreux
Pâle, j'arrive enfin jusqu'à l'île flottante,
D'où me tendait les bras Arzeline tremblante.
Trois fois j'en prends le bord, je le serre, et soudain
Trois fois ce bord m'échappe et glisse de ma main.
Je tente encor l'accès de ce bord infidelle,
Le ciel m'a secondé, je me trouve auprès d'elle.
O quel moment heureux ! Là, d'un char délaissé,
J'apperçois près de nous le débris dispersé.
Pour Arzéline et moi j'en forme avec adresse
Une rame, un rempart, un aide à sa faiblesse.
Je m'avance en tremblant, mais le lac furieux
S'enfle, brise ses fers, les disperse à nos yeux !
Du glaçon qui nous porte enfin l'étroit asile
Frappe, est frappé, s'égare et se perd entre mille.
Chaque moment alors est celui du trépas,
AIzeline se meurt, je tombe entre ses bras ;
Les siens sont impuissans. Je l'abandonne errante
Aux glaçons, aux rochers, à la vague écumante,
L'abime s'entrouvrait, et le bord a paru ;
Soudain, par le moment, par le Ciel secouru,
Je la saisis tremblante ; et, malgré ma faiblesse,
La pressant sur mon cœur palpitant d'allégresse,
Entre la mort, la vie et la crainte et l'espoir,
Je m'elance, la sauve, et vous allez la voir.

Il est difficile de payer aux acteurs un juste tribut d'éloges : leur talent est assez connu et assez souvent loué ; mais ici c'est leur zele affectueux, leur empressement, leur piété filiale. (Ils ne désavoueront pas cette expression employée à l'égard de l'auteur de Macbeth, d'Hamlet, d'Othello, et surtout d'Œdipe chez Admete) qui méritent d'être remarqués. Après avoir nommé Monvel, Talma, Damas, nous devons terminer par citer Mad. Petit qui, dans le rôle peu favorable d'Arzeline, est suivie de ce charme inexprimable qui séduit lorsqu'on la voit, et qui, lorsqu'on l'entend, séduit plus encore.

Les décorations et les accessoires sont établis avec un soin et une vérité dignes du Théâtre Français.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, VIe année (an IX – 1801), tome VI, p. 553-554

Théâtre Français de la République.

Phœdor et Waldamir.

Cette pièce, jouée le 4 floréal, sous le titre de tragédie, méritoit plutôt celui de drame, ou même de pastorale.

Le nom de l'auteur, connu d'avance d'une grande partie du public, loin de disposer à l'indulgence, faisoit attendre un ouvrage digne d'Oédipe [sic] et d'Othello : mais les spectateurs ont été trompés dans leur attente, et les plus modérés se sont contentés de comparer Ducis à Voltaire, et Phœdor à Irène.

La scène est en Sibérie. Deux exilés de la cour de Russie y élèvent leurs enfans dans la condition de simples bergers. L'un a deux fils, Phœdor et Waldamir ; l'autre n'a qu'une fille, c'est Arzeline, également aimée des deux frères. Phœdor lui sauve la vie, et se croit par là autorisé à lui déclarer son amour ; mais Arzeline aime Waldamir, et refuse l'offre de Phœdor qui veut poignarder son rival. Cependant, comme il chérit tendrement son frère, il veut lui faire le sacrifice de son amour. Celui-ci ne veut pas avouer qu'il est aimé ; Arzeline lui a fait faire serment de garder le secret. Il fuit chez des religieux, et vient demander des consolations à Edmont, leur chef. Il est suivi par Arzeline qui veut s'unir à lui : son amitié pour son frère l'empêche d'y consentir.

Phœdor vient annoncer que l'homme puissant, qui avoit causé l'exil de leur père et de celui d'Arzeline, est disgracié, et qu'ils vont retourner à la cour. La fureur le transporte bientôt contre son frère ; Arzeline le calme en promettant de n'être jamais ni à l'un ni à l'autre ; elle les quitte et leur défend de la suivre. Quelque temps après, on la ramène engourdie par le froid : on la croit morte ; elle sort de son évanouissement, et nomme Waldamir, l'appelle son époux. Phœdor veut encore percer son frère. Il est retenu par les religieux, reconnoît ses torts, unit les amans, et finit par se tuer.

Nous ne nous permettrons aucune réflexion sur cet ouvrage. Nous dirons seulement que beaucoup de longueurs lui ayant nui à la première représentation, on l'a réduit en trois actes. Ce qui a précipité l'action, mais sans corriger des défauts qui sont dans le sujet lui-même. Aussi la pièce a-t elle absolument tombé à la troisième représentation.

L’Esprit des journaux français et étrangers, trentième année, tome IX, prairial an IX [juin 1801], p. 184-189 :

[Il y a des difficultés de lecture pour la page 184.

La première représentation s’est bien mal passée, et le critique commence par s’indigner de la manière dont une partie du public s’est comportée. Il appelle au respect de l’auteur et à l’objectivité du jugement, qui reconnaît les beautés malgré les défauts. Il entreprend ensuite l’analyse du sujet, histoire complexe de deux frères aux caractères contrastant fortement se disputant une femme, histoire qui s’achève tragiquement. Le jugement porté souligne que « ce fonds [...] n'étoit pas dénué d'intérêt », même si l’opposition de tempérament de deux frères ne soit pas une idée neuve. L’auteur aurait pu tirer un meilleur parti de cette opposition, au lieu de privilégier le caractère de Phœdor. Le style est aussi mis en cause : il est « plus épique que tragique », privilégiant la description à l’action. Défaut commun dans les pièces actuelles, nuisible à l’action et aux sentiments. C’est sur des exemples de cet abus que la critique s’achève, sans parler de l’interprétation.]

THÉATRE DE LA RÉPUBLIQUE.

Phœdor et Valdamyr, tragédie en cinq actes et en vers.

Cette nouvelle tragédie, annoncée très-long-temps , attendue avec impatience par tous ceux pour qui le nom de l’auteur sera toujours un titre de confiance, n’a été écoutée qu'avec la plus indécente légéreté.

C'est malheureusement pour les écrivains qui se consacrent à la carrière dramatique, un obstacle de plus à vaincre aujourd’hui que l’inhumanité du plus grand nombre des spectateurs actuels.

Eh! comment ne pas éprouver une juste indignation contre cette partie du public, turbulente, inattentive, ignorante ou blasée, sur qui les sentimens doux et les émotions affectueuses n’ont presque plus d’empire, qui ne paroît désireux [?] que de spectacles monstrueux ou de triviales bouffonneries, & qu’on a vu dans la même décade applaudir avec fureur Jocrisse et Kokoli, & siffler les Plaideurs de Racine.

Ce n’est pas que la nouvelle tragédie ne soit assurément susceptible de reproches assez graves du côté du plan, des situations & des caractères ; mais ce qui pouvoit prêter à la sévérité d’une critique décente et raisonnée, et encore bien loin de maîtriser la manière injurieuse dont nos bruyans perturbateurs se font maintenant une habitude & un plaisir. Quant le nom, l'âge & les succès d'un auteur estimable n'eussent pas été d'abord des motifs d'égard & d'indulgence, les beautés même de cet ouvrage, tout défectueux qu'il peut être, les récits poëtiques dont il est abondamment semé, étoient encore de nature à balancer la sévérité des juges impartiaux

Phœdor & Valdamyr sont deux frères jumeaux unis dès l'enfance par les nœuds d'une étroite amitié : relégués dans les déserts glacés de la Sibérie par la disgrace éclatante de leurs parens à la cour du czar, ils ignorent leur naissance & se croient orphelins. Cette circonstance paroît assez inutile, & servoit sans doute à quelque développement de l'action qu'on aura supprimé, car elle n'influe en rien sur le reste de l'ouvrage, & ne fait qu'allonger l'exposition faite par deux personnages qui ne reparoissent plus.

Ces deux frères ont l'affreux malheur d'éprouver le même sentiment d'amour pour la fille d'un illustre proscrit, mais qui se croit orpheline aussi, l'on ne sait trop pourquoi. Arzéline, c'est son nom, préfère le doux & sensible Valdamyr à l’impétueux & bouillant Phœdor, quoiqu'elle ait reçu de celui-ci des preuves d'amour beaucoup plus éclatantes. La fougue passionnée de Phœdor & ses transports effrénés de jalousie sont, pour les deux amans, & sur tout pour un frère tendre, un motif de cacher l'amour heureux qui seroit le désespoir de l'amitié. C'est de la prolongation de ce mystère, des soupçons de Phœdor & des combats de Valdamyr, que résulte tout l'intérêt : Valdamyr pousse la délicatesse de l'amour fraternel jusqu'à vouloir immoler son amour au repos de son frère ; mais l'amour d'Arzéline offensé de ce mouvement courageux de l'amitié, suit Valdamyr jusques dans l'hermitage où il se réfugioit : c'est là qu'elle vient lui reprocher son indifférence & que Phœdor qui les surprend ensemble les croit d'intelligence ; il est prêt de s'emporter au dernier excès de la fureur en se croyant trompé par son ami ; mais Arzéline se jette entre eux, leur déclare qu'elle renonce à tous deux, leur défend impérieusement de la suivre, & s'éloigne.

Phœdor, rassuré par cette fausse déclaration, quitte ses soupçons contre son frère, & non pas son amour furieux pour Arzéline. Le hasard ramène la catastrophe & le dénouement. La froidure & les frimats ont tellement redoublé, les vents glacés se sont tellement déchaînés, qu'Arzéline n'a pu y résister pendant le voyage qu'elle avoit à faire pour retourner à son habitation. Les pieux hospitaliers chargés de veiller sur les voyageurs, la rencontrent déjà privée de tout mouvement, & la portent dans l'hospice où se trouvent encore les deux frères : tandis qu'ils se livrent ensemble à la douleur de l'avoir perdue, un mouvement de la victime réveille leur espoir; en effet, elle revit assez pour proférer quelques paroles que le délire laisse échapper : ces paroles mêmes sont un coup de foudre pour Phœdor ;. elle a nommé Valdamyr son amant, son époux. Phœdor ne se possède plus, se livre à tous les transports de sa rage, veut se jeter sur Valdamyr ; mais les religieux hospitaliers s'y opposent, le front rougi de son égarement, lui apprennent le généreux sacrifice de son frère, & c'est alors qu'en horreur à lui-même, détestant son crime, son amour & la vie, il se frappe aux yeux même de ses nombreux témoins, qui peut-être auroient dû le surveiller davantage, & aux yeux d'Arzéline qui s'est réveillée tout exprès pour voir le danger de son amant.

Ce fonds, comme l'on voit, n'étoit pas dénué d'intérêt, quoique la variété des deux frères ne fût pas une chose neuve au théâtre, non plus que les combats de l'amour aux prises avec l'amitié : mais autant qu'il m'a été possible d'en juger à travers le tumulte qui a souvent interrompu la représentation, l'auteur n'a pas tiré de ces situations, d'effet vraiment tragique : il n'a pas donné à ses caractères & à son action cette vraisemblance dramatique si nécessaire à l'intérêt : ses scènes manquent souvent de liaison & de développement. Les caractères de Valdamyr & d'Arzéline sont trop sacrifiés à celui de Phœdor, qui a quelquefois de très-beaux mouvemens. Arzéline est froide, son rôle a quelques circonvenances de style ; mais l'on y remarque une scène assez bien faite, celle où moitié par dépit, moitié par un sentiment généreux, elle renonce aux deux frères.

Le style est, presque par-tout, plus épique que tragique : le coloris ne consiste pas uniquenent à décrire poëtiquement & hors de propos, le climat où l’on est & les phénomènes qu'il presente. Il est d'autant plus essentiel de reproduire cette vérité, que cette manière devient celle de presque tous nos auteurs tragiques actuels : toute description est superflue & déplacée quand elle nuit à l'action & aux sentimens, qui sont le principal ressort d'un ouvrage dramatique. Elle l'est encore plus dans le dévelopement du langage passionné où le poëte doit disparoître pour ne laisser voir que le personnage. On ne sauroit trop répéter combien cette prétendue couleur ossianique est fausse & destrustive de toute illusion : elle produit donc l’effet contraire à celui qu'on attend, en vous montrant le cabinet & l'encrier du poète, au lieu de la scène & de la marche de l’action.

Ces abus de tout décrire est poussé à tel point dans l'ouvrage, qu'il se trouve une scène où Monvel fait un tableau poétique de la Sibérie & de ses glaces, dans un moment où le nœud de l'action, l'intérêt des personnages qui l'écoutent, & le sien même, exigeroient qu'il dît tout le contraire, ou du moins qu'il se tût. Il en est de même d'une comparaison de Phœdor : au milieu d'un mouvement jaloux & passionné, l'auteur lui fait faire le tableau de l'aigle & du serpent , que Cicéron a traduit d'Homère, & que Voltaire a si bien rendu. Assurément la lutte avoit dans ce cas un double désavantage, d'abord d'être un hors d'œuvre, puisque les comparaisons épiques ne sont tolérables dans le langage passionné que quand elles sont rapides, & ensuite de n'être que l'imitation d'une imitation.

Journal littéraire et bibliographie, Hambourg, décembre 1801, p. 459-

Phœdor et Valdamir, tragédie en 5 actes et en vers, par Ducis.

Deux exilés de la cour de Russie, Romanoff, général d'armée, et . . . ., ministre d'Alexiowitz, ont été, par les brigues d'Erox, confinés dans les déserts de la Sibérie. Le premier a deux fils : Phœdor et Waldamir ; il leur a caché leur naissance, et les élève dans la condition de simples bergers. Le ministre a suivi le même plan de conduite pour sa fille Arzéline. Les deux pères s'applaudissent d'avoir épargné des regrets à leurs enfans ; mais comme il n'y a point là de sujet de tragédie, et qu'il en faut absolument un, la crainte de voir les deux frères devenir rivaux vient troubler leur satisfaction ; et cette crainte est fondée. Phœdor sauve la vie à Arzeline prête à périr dans la mer ; le danger qu'elle a couru, le secours qu'il lui a donné, le déterminent à déclarer son amour. Cet aveu porte le désespoir dans les cœurs d'Arzéline et de Waldamir qui s'aiment depuis long-temps.

Phœdor refusé, est furieux, et veut d'abord poignarder son rival ; cependant il aime assez son frère pour lui faire le sacrifice de son amour. Il lui offre ce sacrifice ; mais comme si Waldamir avouoit qu'il est aimé, la tragédie finiroit, et qu'elle n'est encore qu'au troisième acte, Arzélime lui a fait faire le serment de garder le secret. Il fuit chez des religieux et vient demander des consolations à Edouard leur chef; mais il est bientôt suivi par Arzéline, qui veut à toute force s'unir à lui. Son amitié pour son frère l'empêche d'y consentir.

Ce - dernier arrive ; il annonce qu'Erox est disgracié, que leur père et celui de Arzéline sont rétablis dans leur place; mais bientôt la fureur le transporte contre son frère ; Arzéline le calme, en disant qu'elle ne sera jamais ni à l'un, ni à l'autre, et qu'elle a disposé de son cœur. Elle les quitte, leur défendant de la suivre ; bientôt on la ramène engourdie par le froid : on la croit morte ; les deux frères se désolent, un soupir ranime leur espérance : elle nomme Waldamir pour son époux.

Phœdor me se contient plus, il veut percer son frère : retenu par les Religieux, il reconnoît ses torts, unit les deux amans, malgré le serment d'Arzéline, fait d'abord penser qu'il va se faire moine, et finit par se tuer.

Nous ne croyons pas qu'il y ait au théâtre un seul caractère dont la nullité soit aussi soutenue que celle de Waldamir. (Pas même celle du pieux Enée dans Didon.) Si ce personnage paroît excessivement gauche en faisant sa déclaration d'amour, en revanche la jeune fille se montre singulièrement précoce et apprivoisée ; non seulement elle exprime en une minute ce qu'il n'a pu dire en un quart-d'heure, mais encore elle lui donne des leçons de prudence et de dissimulation qui pourroient faire douter de son innocence, si elle m'avait pas toujours vécu éloignée du monde. D'autres défauts non moins graves ont encore choqué les spectateurs.

Romanoff et le père d'Arzéline, s'annoncent dès le commencement de la pièce comme devant veiller attentivement sur la conduite de leurs enfans . . . . et, après le second acte, ils ne reparoissent plus.

Phœdor, jaloux de tous les étrangers qui passent rapidement en traîneaux près de son habitation, remarque parmi eux un inconnu qui ressemble à Waldamir ; on croit que cette particularité va découvrir quelque mystère . . . . erreur ; la ressemblance ne sert à rien, et il n'en est plus parlé dans la pièce.

Le rôle important que l'auteur fait jouer à l'arbre de l'amitié, a souvent paru plus comique que tragique. On a remarqué qu'il y avoit aussi des arbres dans presque toutes les pièces de Ducis. En effet, l'amante d'Otello chante le saule pleureur ; et Abufar a deux palmiers, qui lui font faire des réflexions très – morales.

Phœdor, qui est ou doit être un héros, se voyant dédaigné par Arzéline, est tout fâché de lui avoir sauvé la vie . . . . Ce regret n'a pas paru, digne d'une âme héroïque.

Nous avons bien remarqué cinq sermens dans le cours de la tragédie, mais il nous eût été impossible de compter toutes les descriptions que l'auteur y a accumulées ; une comparaison nous a pourtant frappés par sa force poétique, qui malheureusement ne justifie pas son inutilité ; c'est celle qui est imitée de Cicéron.

Hic Jovis altisoni subito pinnata satelles
Arboris é trunco, serpentis saucia morsu . . .. etc.

(Poëme sur Marius.)

On sent combien ce morceau doit paroître déplacé dans une tragédie, surtout lorsqu'on attend le dénouement ; mais les dermiers actes offrent des amplifications bien autrement bizarres. Nous y avons remarqué jusqu'à une démonstration physique sur la congélation subite des vapeurs qui s'échappent l'hiver de notre poitrine, et qui forment un petit nuage blanc sur le , bord de, nos lèvres . . . . . Les ignorans qui n'y comprenoient rien, et les personnes qui en avoient appris davantage aux cours de Robert, se sont unies pour rire au nez du démonstrateur. Au milieu de toutes ces folies, on a pourtant trouvé des vers admirables et des idées sublimes. Le premier acte, quoique trop lent, est souvent étincelant de génie. Le récit de Phœdor, plein de mouvement et de chaleur, a surtout produit une grande sensation, et a été applaudi avec transport. Mais, plus l'auteur s'étoit élevé à son début, moins, ensuite, il a obtenu d'indulgence. A l'admiration a succédé l'ennui ; à l'ennui, une vive impatience ; et, si le public a fait relever la toile à la fin du troisième acte, ce n'a été que pour voir jusqu'où pourroit aller l'extravagance d'un poëte tragique qui s'est mis au-dessus de toutes les règles et de toutes les convenances.

Quand au style, quelques expressions en pourront donner une idée.

» Moi j'emporte ma force et mon arc . . . Cet instinct est l'œil de mon ame. – Je sens ce que je dis, je sais ce qu'il faut faire . . . – L'hiver tue . . . – J'ai peut-être désappris la nature. – Ils m'ont désenchanté. Altérer la vertu, c'est altérer l'amour. – Emmenez avec vous ces animaux fidèles. Dieu, je suis sur la terre ! etc. »

Malgré plusieurs changemens que l'auteur a fait, cette pièce ne peut rester au théâtre ; cependant on ne sauroit trop dire qu'à côté des platitudes et des extravagances que nous venons de citer, on trouve des idées pleines de sens et des vers pleins de beautés, qui feront toujours lire ce monstrueux ouvrage avec un certain intérêt.

On trouve le texte de la version en cinq actes dans les Œuvres posthumes de J. F. Ducis, tome I (Paris, 1827), p. 181-271.

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