Philippe & Georgette

Philippe & Georgette, comédie en un acte, mêlée d'ariettes, paroles de M. Monvel, musique de M. d'Aleyrac, 18 décembre 1791.

Théâtre Italien.

Titre :

Philippe et Georgette

Genre

comédie mêlée d’ariettes

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

prose, avec des couplets en vers

Musique :

ariettes

Date de création :

18 décembre 1791

Théâtre :

Théâtre Italien

Auteur(s) des paroles :

M. Monvel

Compositeur(s) :

M. d’Aleyrac

On trouve sur internet de nombreuses éditions de la pièce publiées à des dates diverses.

Mercure universel, tome X, n° 301, du jeudi 29 décembre 1791, p. 462-463 :

[Compte rendu enthousiaste de la première de la pièce. Toutes les qualités y sont présentes : « Graces, esprit, gaieté, bonhomie, conduite sage, marche rapide, tout court au but, rien ne languit ». Musique, interprétation, tout concourt à la réussite complète du spectacle.]

THEATRE ITALIEN

On se rappelle sans doute l’anecdote relative aux suisses de Château-Vieux, insérée dans la Chronique du onze novembre dernier.

Ce trait vient de fournir à M. Monvel le sujet d'une comédie, mêlée d'ariettes, pleine à la fois d'intérêt et de gaieté, donnée hier avec un succès qui tient de l'enthousiasme.

La pièce porte le nom des deux principaux personnages, c'est Philippe et Georgette ; voici une légère esquisse des situations de cet intéressant ouvrage.

Georgette tient Philippe caché dans un cabinet, M. Martin, son père, riche marchand de Nancy, la destime à M. Bonne foi, son voisin, qui exerce la même profession ; il y a vingt-qua[tre] heures que Georgette n'a trouvé l'occasion de porter à manger à son cher prisonnier, elle a perdu la clef du cabinet, la gouvernante la lui remet, et par ses caquets lui ravit le plaisir d'entrer ;vient ensuite M. Bonnefoi, que son futur beau-père amène à sa fille pour lui faire sa cour; tant d'importuns désolent l'impatiente Georgette ; enfin demeurée seule, elle donne à boire à Philippe, ne pouvant faire mieux. Toute la maison a décidé de déjeûner dans cette chambre, on arrive avant que Philippe ait eu le tems de rentrer dans le cabinet, Georgette le cache sous la table à déjeûner, la gouvernante veut ôter le tapis verd, quelle inquiétude pour Georgette, on avance la table, Philippe marche sur ses mains, on déjeûne; Georgette ne mange pas, cependant les morceaux disparoissent, elle a soin de tout ce qui l'intéresse : on sort de table, chacun se rend à ses affaires, Philippe rentre dans sa prison, un vieillard arrive, questionne Georgette : l'amour est défiant, elle tremble que ce ne soit un espion ; mais comment se méprendre à l’expression de la tendresse paternelle, c’est son père, c’est lui-même ; il a appris qu’un seul soldat est échappé au supplice. Georgette lui remet son fils, mais ô douleur ! des gens de justice viennent visiter la maison. Philippe se cache dans un caisson, Georgette s’assied dessus, le père est à côté, tandis que les recors fouillent par-tout ; enfin ils sortent, quelle joie ! un père retrouve son fils, une amante a sauvé ce qu’elle a de plus cher au monde, monsieur et madame Martin arrivent avec le prétendu, mais Bonnefoi est généreux, il ne veut pas d’un bonheur acheté aux dépens de deux infortunés : les parents consentent à l’union, l’amnistie est proclamée, et l’héroïsme de l’amour reçoit par un tendre retour et la plus vive reconnoissance, le double prix de son bienfait.

Cette charmante comédie a réuni tous les suffrages, comme elle réunit tous les g[...]es de mérite. Graces, esprit, gaieté, bonhomie, conduite sage, marche rapide, tout court au but, rien ne languit ; on retrouve enfin la profonde connoissance du théâtre de l’auteur de Raoul de Créquy, de Sargines, et de tant d’autres ouvrages qui prouvent que M. Monvel a contracté l’heureuse habitude de faire de bonnes pièces.

La musique a fait le plus grand plaisir. Elle est de M. Daleyrac. On a vivement applaudi une romance très-agréable, chantée avec infiniment de goût par M. Solier.

Les auteurs demandés ont paru.

Madane Gontier a joué la Gouvernante avec ce talent naturel qu'on lui connoît. M. Elleviou a très-bien rendu celui de Philippe. Mais Madame Saint-Aubin a joué Georgette avec une ingénuité, une finesse une perfection qui ne laissent rien à désirer.

Mercure français, n° 3 du 21 janvier 1792, p. 79-81 :

[Le compte rendu de cette pièce qualifiée d’« extrêmement jolie » (l’adjectif peut surprendre) est largement consacré à un résumé linéaire, presque naïf, de l’intrigue, résumé qui ne fait guère apparaître l’intérêt que la pièce présente. En particulier, sa signification politique (un Suisse, après l’affaire de Nancy, l’amnistie) n’est pas soulignée. Le jugement porté ensuite souligne que la pièce est riche en situations, et plus encore «  de détails naturels & piquans, de mots comiques & heureux ». La musique est « pleine de charme & d’esprit », plus originale encore que les œuvres précédentes de l’auteur. Les deux auteurs ont été demandés, et ils ont été obligés de paraître, en raison de « ce despotisme auquel malheureusement on accoutume trop le Public » (la claque ?). L’actrice principale a paru elle aussi.]

Le Théâtre Italien vient de donner une Piece en un Acte, extrêmement jolie, de MM. Monvel & Dalayrac ; elle est intitulée Philippe & Georgette. C’est l’Anecdote, insérée il y a quelque temps dans la Chronique, de ce Suisse de Château-Vieux, qui, après l’affaire de Nancy, allant au supplice avec ses camarades, trouve le moyen de s’échapper dans une maison voisine. Il est recueilli par une jeune fille qu’il aime, dont il est tendrement aimé, & qui parvient à le soustraire à tous les regards. Elle l’enferme dans un cabinet qui se trouve dans le magasin de son pere. Mais elle en a perdu la clef, & son amant y souffre la faim & la soif. Cette clef a été trouvée par la Servante de la maison, & Georgette parvient à s’en ressaisir. Le jeune Soldat sort de sa niche ; on entend monter, il n’a pas le temps d’y rentrer, il se cache sous une table couverte d’un long tapis. C’est le pere, la mere & le Prétendu de Georgette qui viennent déjeûner. La circonstance est embarrassante ; mais elle finit par être heureuse. Georgette, aidée par son pere, avance doucement la table, de maniere que Philippe puisse en suivre les mouvemens. Elle lui passe adroitement des morceaux de pain, de pâté, des verres de vin, & reçoit les complimens qu’on lui fait sur son grand appétit. Enfin on se leve de table, & on la met hors d’inquiétude. Un étranger la demande ; c’est pour s’informer de Philippe. Ses questions l’alarment : elle le prend pour un espion. Mais il se déclare son pere, & l’intérêt qu’il a paru prendre au sort du jeune Suisse ne permettant pas à Georgette d’en douter, elle se fie à lui, & conduit Philippe dans ses bras. On entend du bruit ; ce sont des Huissiers qui viennent faire une nouvelle recherche dans la maison. On n’a que le temps de faire cacher le Soldat dans une caisse, sur laquelle son pere & Georgette s’asseyent ; la jeune Amante se trouve mal d’effroi, & cet accident empêche les Recors de porteur leurs regards jusque-là. Ils se retirent ; mais Philippe est bientôt surpris par la mere de Georgette & par son rival, homme généreux, qui, loin d’être capable de le trahir, lui offre son secours pour le mieux cacher. L’amnistie que l’on proclame alors le dispense de ce soin, & Philippe, d’un consentement unanime, devient l’époux de Georgette.

Cette Piece est pleine, comme on voit, de situations ; mais ce qu’on ne saurait voir dans une analyse, c’est la foule de détails naturels & piquans, de mots comiques & heureux dont elle est remplie. La musique est par-tout pleine de charme & d’esprit. Il y regne encore plus d’originalité que dans les autres Ouvrages du même Auteur. On les a demandés tous deux à la premiere représentation, avec ce despotisme auquel malheureusement on accoutume trop le Public. Ils ont paru l’un & l’autre. On a demandé aussi & couvert d’applaudissemens Madame Saint-Aubin.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 3 (mars 1792), p. 315-318 :

[La pièce fait bien entendu allusion à la révolte des Suisses à Nancy. Mais Monvel a choisi de ne pas parler des événemnts proprement dits, et il se limite à des allusions. Le compte rendu est très favorable : la pièce suscite un très fort intérêt dans le public, et « on y voit briller par-tout la connoissance la plus rare de la scene & des effets. Il n'y a pas la moindre longueur ; tout y est juste, pressé & naturel, quoique chargé d'incidens. » : on ne peut pas faire plus intéressant sur un fonds aussi léger. La musique sert très bien la pièce, de même que le jeu et le chant des acteurs.]

THÉATRE ITALIEN.

On a donné le mercredi 18 décembre, la premiere représentation de Philippe & Georgette, comédie en un acte, mêlée d'ariettes, paroles de M. Monvel, musique de M. d'Aleyrac.

Il est difficile de voir un succès plus brillant & plus mérité que celui qu'a obtenu Philippe & Georgette, dont il suffit de nommer les auteurs, pour préparer à l'éloge que nous devons en faire. Une anecdote récente & de circonstance, forme le fonds de cet ouvrage, où, chose étonnante, & qui prouve l'adresse de son auteur, il n'y a pas un mot de circonstance.

L'action se passe à Nancy. Philippe, suisse de Châteauvieux, est depuis long-tems l'objet des vœux secrets de Georgette, fille de M. Martin, Md. mercier. Philippe, enveloppé dans la proscription qui a frappé quelques-uns des soldats de ce régiment, se voyant traîné au supplice avec ses camarades, a trouvé le moyen de s'échapper & de se sauver dans le magasin du Md. mercier, pendant son absence, & dans un moment où Georgette y étoit seule & livrée à sa douleur. Georgette l'a fait cacher dans un cabinet, où il éprouve, depuis long-tems, les besoins les plus pressans, attendu que Georgette a perdu la clef de ce cabinet, & qu'elle n'a pu lui donner aucune nourriture. Babet, vieille servante de la maison, a trouvé cette clef ; Georgette emploie l'adresse pour la lui reprendre, ainsi que celle du buffet. Cependant Georgette est promise à un voisin, nommé Bonnefoy, homme un peu suffisant, mais doué d'un bon cœur : il arrive : Georgette n'a pas eu le tems de faire rentrer Philippe dans le cabinet ; elle l'a caché sous une grande table couverte d'un tapis. Bonnefoy parle de sa flamme, de ses espérances... On devine avec quelle impatience il est écouté. Cependant M. & Mde. Martin veulent lui donner à déjeûner ; on veut déplacer la table : Georgette effrayée, se charge de ce soin avec son pere : elle transporte la table si doucement, que Philippe, caché dessous, a le tems de la suivre, sans être vu, jusques sur l'avant-scene. On se met à table, on mange, & Georgette a l'attention de glisser à son amant, à travers le défaut du tapis, des morceaux de pain, de pâté, des verres de vin, &c. Chacun lui fait compliment sur son grand appétit. On s'attendrit sur le sort de Philippe, dont on ignore la retraite : on parle des perquisitions que la justice fait faire dans tontes les maisons : Georgette s'effraie. Mais bientôt on se leve de table ; M. & Mde. Martin sortent pour affaire : Bonnefoy reste seul avec Georgette, & cette derniere ne sachant comment avertir son amant de la maniere dont il doit rentrer dans son cabinet, s'avise de chanter une chanson dans laquelle elle lui parle d'une clef, qu'elle lui passe en même tems sous la table. Enfin, celui-ci rentré dans son premier asyle, un vieillard se présente à Georgette ; il parle de Philippe, nomme son fils ; Georgette le lui présente, il l'embrasse, & soudain des gens de justice viennent remplir le magasin : Georgette fait cacher son amant dans une caisse vuide, s'assis [sic] dessus, & les gens de justice, ne trouvant point Philippe, se retirent : alors on entend publier une amnistie générale, M. & Mde. Martin rentrent, reconnoissent Philippe, & Bonnefoy lui-même les engage à donner leur fille a ce jeune infortuné.

Telles font les principales situations de cette piece, où rien de ce qui peut accroître l'intérêt n'est oublié. On y voit briller par-tout la connoissance la plus rare de la scene & des effets. Il n'y a pas la moindre longueur ; tout y est juste, pressé & naturel, quoique chargé d'incidens. En un mot, il est impossible de faire un ouvrage plus intéressant sur un fonds aussi léger : la musique, comme le poème, est dramatique, fraîche & chantante. On a demandé les auteurs à grands cris, & l'on a vu paroître ces deux artistes qui, unis ensemble, ont déja enrichi ce théatre, des productions les plus estimables.

Cette piece a été parfaitement jouée par Mesd. S. Aubin, Gautier, Desforges, & Mrs. Solier, Chenard, Menier & Elleviou. Ce dernier, qui chante avec infiniment de goût, a été très-applaudi : en effet, ce jeune-homme justifie de jour en jour les espérances qu'ont données ses débuts. Mde. Gontier, qui fait le rôle de la bonne domestique, est d'une vérité qui ne peut être portée plus loin, soit dans son ton, soit dans son costume.

D’après la base César, la pièce de Monvel et Dalayrac a connu un succès tout à fait considérable : après les 2 représentations de 1791, il y en eut 42 en 1792, 20 en 1793, 20 en 1794, 36 en 1795, 30 en 1796, 18 en 1797, 24 en 1798, 9 en 1799. soit 208 représentations en moins de 9 ans. Et toutes au Théâtre Italien, sauf trois.

Ajouter un commentaire

Anti-spam