Une matinée du Pont-Neuf

Une matinée du Pont-Neuf, vaudeville, par MM. Dupaty, Dieu-la-Foi, Désaugiers et Francis, 1806.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Une Matinée du Pont-Neuf

Genre

divertissement-parade mêlé de vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose, avec couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

janvier 1806 (d’après la brochure)

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

MM. Dupaty, Dieu-la-Foi, Désaugiers et Francis

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barban 1806 :

Une Matinée du Pont-Neuf, divertissement-parade en un acte, mêlé de vaudeville ; Par MM. Dieu-la-Foy, Francis, Desaugiers et Em. Dupaty. Représenté à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le     janvier 1806.

[Pa pièce nouvelle pose problème à tous les critiques : elle semble plus proche des productions de la foire que des pièces du Vaudeville, où l’on attend autre chose que des « farce[s] de carnaval ».

Mercure de France, littéraire et poltique, tome vingt-deuxième, n° CCXXXII (30 frimaire an 14, samedi 21 décembre 1805), p. 609-611 :

Théâtre Du Vaudeville.

Une Matinée du Pont Neuf; par MM. Francis , Desaugiers, Dieu-la-Foi et Dupaty.

Cette Matinée a été jouée deux mois trop tôt ; c'est une vraie farce de carnaval, qu'il eût été convenable de remettre à cette saison, comme on le fit l'an passé pour l’Intrigue aux Fenêtres, autre farce jouée à l'Opéra-Çomique. Une matinée du Pont- Neuf annonçojt une pièce à tiroir. C'est le pendant du Pont des Arts, qui fait les délices de la multitude au théâtre Montansier. Mais on assure que le Pont des Arts ne peut soutenir la concurrence ; aussi la foule se porte-t-elle au Pont-Neuf : l'autre d'ailleurs commence à vieillir.

Peu-à-peu le vaudeville se dénature ; car avant le Pont-Neuf, parade de boulevards, on avoit joué le Jaloux malade, qui n'est autre chose qu'un opéra comique. Cette diversité, au reste, commence à devenir en quelque sorte nécessaire ; car trois vaudevilles dans la même soirée, produisent presque toujours une monotonie d'autant plus fatigante, qu'il est difficile et rare que l'un d'eux, au moins,ne soit ou médiocre, ou médiocrement joué.

L'annonce de celui-ci étoit un calembourg, suivant l'usage . « Notre Poni-Neuf, disoient ses auteurs, ne sauroit tomber, si

Tous ceux qu'il soutient le soutiennent.

L'intrigue, s'il y en a une, est un mariage qu'un marchand de sel du Havre se met en tête de faire avec une Parisienne. Elle étoit déjà fiancée à un sculpteur, d'assez mauvaise mine, qui éconduit son rival. On se soucie fort peu et des rivaux et de la maîtresse ; ce qui occupe, c'est un spectacle assez semblable à celui de la lanterne magique : une foule de gens de toute espèce, qui se heurtent, qui se froissent ; un juge en robe, couvert de poudre par un perruquier ; un décrotteur qui, dans une bagarre, crotte sa pratique.

Au milieu de toute cette cohue, i! s'établit cependant des colloques, et l'esprit, les pointes, les calembourgs, y sont semés avec prodigalité.

Un auteur dramatique annonce qu'il cherche un canevas. On lui observe d'abord qu'il fait glissant, puis on lui conseille de mettre sur la scène des valets, des petits-maîtres, des coquettes. — Mauvais sujets, dit-il; — Eh bien ! le serpent à sonnettes.— Non plus.

Jamais de serpent au théâtre ;
Assez d'autres sifflent sans lui.

Divers charlatans prônent leurs secrets. L'on possède celui de procréer à volonté des gens d'esprit. « Pourquoi, s'écrie un passant, mon père ne le connoissoit-il pas ? » Un autre publie un remède à son de trompe. Quelqu'un prétend que c'est « la trompette du jugement dernier. » « Point du tout, réplique son voisin, ce remède m'a guéri trois ou quatre fois radicalement. » Consulté pour un œil malade, le charlatan, sous prétexte de l'examiner, couvre de sa main les deux yeux. On s'en plaint ; il dit que la fonction d'un médecin est presque toujours

De fermer les yeux du malade.

Le marsouin qui attroupa, il y a un mois, tous les badauds de Paris, joue aussi un grand rôle dans la pièce. C'est une bonne fortune pour l'auteur dramatique, un sujet tout trouvé. « Celui-là au moins surnagera. » Enfin, le docteur Gall comparoît en personne sur ce pont, « l'image du monde où l'on voit monter un sot, tandis qu'un sage descend. » Il débite su doctrine, indique le caractère des personnes suivant la qualité de leurs cerveaux:

Les cerveaux lourds sont les critiques.

Ce qu'il y a de plus curieux dans cette farce, c'est madame Belmont travestie en poissarde. Ses grâces piquantes n'ont pu l'abandonner tout-à-fait sous ce travestissement ; mais elle auroit tort d'en essayer beaucoup de semblables, et c'est aussi assez, d'une ou deux pièces de ce genre au Vaudeville.

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 11e année, 1806, tome I, p. 186 :

Une Matinée du Pont-Neuf.

On ne devoit pas s'attendre à une pièce régulière, mais bien à une folie, égayée par des tableaux variés et par des couplets piquans ; l'attente a été surpassée. La pièce est pleine d'esprit et de gaîté.

Le docteur Gall, le marsouin, les ballons, les charlatans, les journaux, le serpent-sonnette, les éléphans et les puces, en un mot, tout ce qui occupe journellement les nombreux oisifs de la capitale, fournit matière à une revue amusante et spirituelle. Madame Belmont en marchande d'orange, et Julien en petit-maître du Marais, ne contribuent pas peu au plaisir des spectateurs. Il y a peut-être dans la pièce un peu d'embarras et de cohue , mais cela n'en représente que mieux le Pont-Neuf. Les auteurs sont MM. Dupaty, Dieulafoi, Desaugiers et Francis.

T. D.

La Revue philosophique, littéraire et politique, an XIV (1805), Ie trimestre (30 frimaire, 21 décembre 1805), p. 560-561 :

[Une part notable de ce compte rendu insiste sur le nécessaire respect des règles du vaudeville, manifestement mises à mal dans la pièce nouvelle : cité par Boileau (la référence par excellence), le vaudeville doit rester digne et ne pas tomber au niveau de productions encore plus populaires. Et Une Matinée du Pont-Neuf ne semble pas respecter cette dignité.]

Théâtre du Vaudeville.

Une Matinée du Pont-Neuf.

Si le théâtre du Vaudeville mérite de tenir son rang parmi les théâtres vraiment nationaux, c'est lorsque, fidèle à sa première institution, il se consacre à rappeler, à maintenir la gaîté française, mais à la revêtir d'esprit, de grâce, de finesse et de goût, ou lorsqu'il donne à la malice un vernis aimable et spirituel qui la fait excuser. C'est-là, je pense, le vaudeville qui mérita du sévère législateur de notre Parnasse, l'honneur d'une mention dans son Art poétique. Mais Momus, son premier fondateur, doit, ce me semble , rougir de se déguiser en Tabarin et d'assimiler son asyle à tous les tréteaux des modernes Thespis. Plus il voit ces derniers se former et s'accumuler autour de lui, plus il doit mettre de soins et de scrupule à s'en faire distinguer, de peur qu'on ne lui fasse l'injure de le confondre avec eux. Je suis donc tenté de regarder comme vraiment coupables de lèze-vaudeville, des hommes d'esprit qui, dérogeant eux-mêmes à leurs propres principes, au talent dont ils ont fait preuve, avilissent leur luth et leurs pinceaux A tracer de grossières enseignes.

La circonstance du Marsouin qui se présenta naguères dam le bassin de la Seine , entre les ponts, a fourni à MM. Dupati, Dieu-la-Foi, Francis et Désaugiers, l'idée de peindre une matinée du Pont-Neuf. Ce cadre et cette réunion de talens connus semblaient d'abord promettre quelque chose de piquant. Hélas! ce n'est qu'un tableau mouvant dont les personnages sont aussi mal choisis que grossièrement dessinés, et qui ne présente à l'œil aucun ensemble, à l'esprit aucune jouissance. L'action principale paraît être la mystification d'un pauvre diable bien bête et bien crédule, dupe et victime de tous les charlatans du monde, et sur-tout très-confiant au système du docteur Gall. Il ne veut point donner sa fille à un jeune sculpteur qu'elle aime et dont elle est aimée , parce qu'il s'est engoué d'un marinier qui vient de conduire un bateau de sel du Havre à Paris. Une fruitière-orangère du Pont-Neuf a pitié des amans, et pour effrayer le père Dindon, fait endosser à un de ses courtisans le costume du docteur Gall : celui ci, d'après l'examen de l'os frontal et de l'os occipital du pauvre diable, lui déclare que s'il persiste à vouloir habiter un port de mer, il est menacé d'être victime d'un monstre marin. Or comme en ce moment le marsouin paraît sur la Seine et attire la curiosité de tous les passans sur le pont, notre imbécille se persuade que la prédiction du docteur Gall se vérifie , et pour ne point aller au Havre, il consent à donner sa fille au sculpteur. Ajoutez à ce fond des tableaux épisodiques de ce qu'on voit journellement sur le Pont-Neuf, des rixes de décroteurs , des querelles de harangères, un poëte dramatique bien ridicule et bien bas, suivant l'usage, force rébus populaires, un déluge de pointes et de calembourgs, et vous aurez à peu près l'analyse de cette facétie que les auteurs eux-mêmes ont appelée parade, et dans laquelle se trouvent noyés deux ou trois couplets fins et spirituels. Cette prétendue facétie eût été peut-être excusable dans la saison du carnaval, et lorsqu'il n'y avait pas encore, à Paris, un théâtre exclusivement consacré à ce genre de quolibets. Mais je dois cependant à la vérité de dire que jamais plus d'applaudissernens et de bravos n'accueillirent peut-être le meilleur ouvrage. Les auteurs ont été demandés avec fureur et leurs noms applaudis avec enthousiasme. Moi j'en appelle de ce succès à leurs noms même, et je suis sûr que de tous ceux que ces auteurs ont obtenus, ce n'est pas celui qui flatte le plus leur conscience.                             L. C.

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