Créer un site internet

Agnès Sorel

Agnès Sorel, comédie vaudeville en trois actes, de Bouilly et Dupaty, 19 avril 1806.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Agnès Sorel

Genre

comédie vaudeville

Nombre d'actes :

3

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

19 avril 1806

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Bouilly et Dupaty

Almanach des Muses 1807.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez les marchands de nouveautés, 1807 :

Agnès Sorel, comédie en trois actes, mêlée de vaudevilles. Représentée à Paris, au Théâtre du Vaudeville, le 19 Avril 1806. Par J. N. Bouilly et Emm. Dupaty.

Courrier des spectacles, n° 3362 du 20 avril 1806, p. 2 :

[Compte rendu d’une pièce qui ne répond pas à ce qu’on était en droit d’en attendre. D’abord, elle utilise le nom d’un personnage historique prestigieux pour attirer un nombreux public, ce qui se produit, d’autant que le nom des auteurs (et c’est contraire à la règle) était connu d’avance. Mais la pièce n’a pas répondu à l’attente : elle ne fait pas mieux que Fanchon la vielleuse, qui est évidemment loin d’utiliser la même arme du prestige de l’héroïne. Ensuite, elle n’est pas un véritable vaudeville : elle est trop languissante, trop pauvre en action, elle n’a pas d’unité de ton, « tantôt élégiaque, tantôt héroïque, tantôt grivois ou burlesque ». Les personnages sont mal dessinés, que ce soit le roi, pas assez noble, ou Dunois, qui « descend un peu vers le genre bourgeois ». A quoi s’ajoute la nullité de l’action et l’absence de théâtralité du dénouement. Bilan très sévère, qui doit être compensé par un « hommage à plusieurs traits d’esprit, à des scènes qui offrent de l’intérêt, à des intentions dramatiques fort heureuses », mais mal exploitées. Ce n’est qu’après ce bilan très mitigé que l’intrigue est résumée, une rivalité amoureuse entre Dunois et Charles VII déguisé en « jeune officier de la suite du Roi ». Quand Dunois reconnaît le roi, il est décidé de résoudre le conflit par un concours d’adresse auquel Agnès Sorel met fin en disant au roi qu’elle ne répondrait à ses feux qu’après la victoire sur les Anglais. Le public a bien vu les défauts de la pièce, mais elle a connu néanmoins le succès, les auteurs ayant été nommés.]

Théâtre du Vaudeville.

Agnès Sorel.

Cette représentation pourroit fournir un beau chapitre sur la puissance et la magie des noms. Celui d’Agnès Sorel est si brillant, il rappelle une époque et des traits si intéressans, sa beauté, ses amours et son courage lui ont acquis tant de célébrité, que le désir de la voir sur la scène avoit attiré l’affluence la plus nombreuse, et l’auditoire le plus choisi que le Vaudeville ait peut-être jamais possédé. S'il faut en croire les grands nouvellistes des coulisses, toutes les loges sont encore retenues pour trois représentations.

Celle-ci s’annonçoit avec une importance extraordinaire, et le nom des auteurs, qui étoient connus d’avance, promettoit aussi un ouvrage plus distingué qu’à l’ordinaire. Comment Agnès Sorel n’eût-elle point effacé Fanchon la vielleuse ? Cependant la palme reste encore à Fanchon, et le mérite de la pièce n’a pas entièrement répondu à l’attente du public.

Les scènes sont longues, les soupirs encore plus longs que les scènes, les déclarations presque aussi nombreuses que les soupirs , et les doux propos non moins fréquens que les déclarations. En général, il y a beaucoup de dialogue et de chant, et fort peu d’action. L'ouvrage n’appartient point au vaudeville ; il est tantôt élégiaque, tantôt héroïque, tantôt grivois ou burlesque. La majesté royale n’est pas peinte avec des couleurs assez nobles. Le Roi n’a rien de ce caractère chevaleresque qui distingue éminemment son siècle ; il fait l’amour comme un jeune écolier qui craint l’œil de son maître. Le caractère de Danois descend un peu vers le genre bourgeois. L’intrigue est presque nulle, et le dénouement, pour être historique, n’en est pas plus théâtral.

Voilà ce que la critique la plus sévère peut dire ; mais la justice veut aussi que l’on rende hommage à plusieurs traits d’esprit, à des scènes qui offrent de l’intérêt, à des intentions dramatiques fort heureuses, et que les auteurs n’ont pas assez suivies. Ils ont peint Agnès Sorel plutôt comme historiens que comme poètes. Ils ont pensé que pour obtenir les suffrages des Français, il suffisoit de leur présenter des personnages dont les souvenirs leur sont chers.

Au premier acte, on apprend qu’un jeune officier de la suite du Roi a été blessé, et qu’il est soigné avec une attention particulière par Agnès Sorel. Le comte de Dunois arrive au second acte, moins pour chercher le Roi, qui est absent de son armée, que pour offrir ses hommages à la belle Agnès. Sa surprise est extrême en reconnoissant Charles VlI sous le déguisement du jeune Officier. Il ne trahit point le secret de son maître, mais ne renonce point pour cela à ses prétentions.

Il en résulte une rivalité amicale entre le Prince et le Comte. Le Roi promet de renoncer à ses amours, si Dunois peut le vaincre en adresse. Ceci amène plusieurs scènes dont l’effet est de forcer le Roi à se découvrir. Alors Agnès Sorel déploie toute l’élévation de son caractère, et déclare au Roi qu’elle ne répondra à ses feux que lorsqu’il aura triomphé des Anglais.

Malgré les défauts que le public a remarqués dans cet ouvrage, il a obtenu un succès assez brillant. Les auteurs ont été demandés et nommés; ce sont MM. Dupaty et Bouilly.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, année 1806, tome III, p. 203-205 :

[Comment un théâtre de second ordre comme le théâtre du Vaudeville peut avoir l’audace de mettre un roi sur sa scène normalement vouée aux couplets grivois ? Il faut dire qu’il s’agit de Charles VII, dont le critique fait un tableau peu flatteur, au contraire des grands guerriers de son règne, dont Jeanne d’Arc, que le compte rendu défend avec ardeur contre « l’affront des vers de Voltaire ». La pièce traite des amours d’Agnès, « encore aussi vertueuse que belle » et de Charles VII « déguisé en chevalier », qui trouve un rival dans Dunois. La pièce est bâtie sur cette rivalité, jusqu’à ce que les circonstances obligent le roi à retourner à ses devoirs de souverain. Elle n’est pas sans défauts aux yeux du critique : « Les épisodes ne sont pas heureux », et le critique cite toute une série d’épisodes qu’il juge mauvais, et « le style de la pièce nous a paru négligé » : « il s'y trouve des phrases hasardées, des expressions triviales ». Et l’actrice incarnant Agnès Sorel « n’a pu désarmer la critique ». Le compte rendu s’achève sur le scepticisme du critique face aux coupures effectuées par les auteurs : « la pièce péchera toujours par le fond ; elle manque d'intérêt et de gaîté : l'un ou l'autre doit cependant être la base de tout ouvrage dramatique » (l’un ou l’autre : un ouvrage dramatique repose soit sur l’intérêt, avec le sens particulier que ce mot a dans ce contexte, soit sur la gaîté).]

Agnès Sorel, comédie-vaudeville en trois actes, par MM. Bouilly et Dupaty.

Les rois jusqu'à présent furent du domaine de la tragédie. Il étoit rare que même dans une comédie noble, on osât en introduire. Comment croire que le petit vaudeville eût formé le projet d'en mettre un sur la scène où Piron, Dancourt et Santeuil nous ont fait rire avec leurs couplets grivois. Il est vrai que les auteurs ont choisi un pauvre sire. Ce Charles VII qui perdoit son royaume si gaîment, qui pensoit à des bals et à des fêtes pendant que les Anglais ravageoient son royaume, et que l'on surnomma le Roi de Bourges. Son indolence et sa foiblesse sont devenues d'autant plus célèbres, que son règne fut fertile en grands guerriers. La France doit se faire honneur des Richemont, des Lahire, des Dunois et de la fameuse Jeanne d'Arc, sur la mémoire de laquelle un grand poëte sera toujours blâmé d'avoir jeté du ridicule. La fin malheureuse de Jeanne, aussi déshonorante pour les Anglais qui l'assassinèrent, que pour le roi qui souffrit sa mort et ne la vengea point, auroit dû lui sauver l'affront des vers de Voltaire.

Revenons à Agnès. Elle est encore aussi vertueuse que belle, lorsque la pièce commence. Charles VII est déguisé en simple chevalier, et file auprès d'elle le parfait amour ; une blessure légère qu'il s'est faite au genou en tombant de cheval à la chasse, lui sert de motif pour rester au château habité par Agnès ; mais ce qu'il y a de singulier, c'est que personne ne sait où il est ; ses généraux même ignorent sa cachette. Il est plaisant de voir un roi de France perdu ; aussi Dunois le cherche-t-il partout. Il arrive, par hasard, au château de la Meignelaie, et reconnoît le roi : mais il ne le nomme pas, le roi lui a fait signe d'être discret. Cependant il est le rival de Charles ; ici s'élève une lutte singulière entre le sujet et son prince, ils se défient; mais tout le monde sait qu'Agnès aime le roi, qu'il n'a qu'à se nommer pour faire tout finir. Charles, pour se défaire de Dunois, le nomme généralissime de ses armées, et lui donne l'ordre de partir sur-le-champ. Dunois, comme généralissime, ordonne à tous les officiers de rejoindre leurs drapeaux, et Charles, qui n'est au château qu'un simple officier, se voit forcé de partir ou de se nommer. C'est en ce moment que l'on vient annoncer que les Anglais sont maîtres de Paris, et que le royaume est perdu si Charles ne se montre pas. Il hésite encore ! Agnès l'a reconnu, et lui fait un beau sermon pour l'engager à la quitter. Le roi commence à entendre raison, il se décide, et Dunois s'écrie : la France est sauvée ! Voilà toute la pièce. Les épisodes ne sont pas heureux. Le petit page ne fait qu'aller et venir sans sujet. L'oncle d'Agnès, qui se méfie de Dunois, et l'envoie promener dans un labyrinthe pour laisser Agnès seule avec Charles, fait un très-sot rôle. Il y a encore une petite cousine fort amoureuse du page, et un sire de la Rapinière, gentillâtre sot et poltron, dont les propos n'ont point fait rire. Il parle à tout moment de son grade dans l'arrière ban, et de ses odes, quoique alors les gentilshommes fissent fort peu d'odes. Le style de la pièce nous a paru négligé ; il s'y trouve des phrases hasardées, des expressions triviales. C'est en vain que madame Belmont s'est montrée dans la belle des belles, elle n'a pu désarmer la critique ; il y a eu presque autant de marques d'improbation que d'applaudissemens. On dit que les auteurs ont fait beaucoup de coupures ; la pièce péchera toujours par le fond ; elle manque d'intérêt et de gaîté : l'un ou l'autre doit cependant être la base de tout ouvrage dramatique.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome VI, juin 1806, p. 287-289 :

[La pièce consacrée à Agnès Sorel a tant de succès, croissant de représentation en représentation, que le critique croit la voir détrôner Fanchon la Vielleuse, cette progression étant attribuée à d’abondantes coupures : à ce compte, la pièce deviendra si légère qu’elle pourra imiter un ballon et monter dans le ciel. L’analyse de l’intrigue montre qu’elle respecte un scénario assez conventionnel : un roi qui se cache sous une fausse identité dans un château où il tente de séduire la fille de l’hôte, elle même courtisée par Dunois, bâtard et séducteur. La pièce raconte la rivalité des deux hommes, et s’achève comme il convient par le triomphe du roi, qui part à a reconquête de son royaume après avoir conquis le cœur de la belle. Le compte rendu s’achève sur cette analyse, sans porter aucun jugement critique : sans doute l’auteur de l’article préfère-t-il ne pas dire ce qu’il en pense, parce qu’il n’en pense pas beaucoup de bien, ce que le début de l’article laissait entendre.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Agnès Sorel.

Première représentation : du succès.

Deuxième représentation : grand succès.

Troisième : succès prodigieux.

Pour peu que cela continue, Fanchon, la superbe Fauchon, sera supplantée par Agnès.

Mais la recette va-t-elle augmenter en proportion de ce brillant crescendo ? Quelques personnes prétendent le contraire; et rapportent à ce sujet un joli vers de Dorat :

Travaillez vos succès autant que vos ouvrages,

comme si les auteurs de la nouveauté avaient, en second lieu, profité du conseil.... Pure médisance ; ces auteurs «ont fait des coupures, de grandes coupures, et voilà indubitablement pourquoi leur triomphe du lendemain a si étonamment surpassé le succès de la veille ; encore quelques réductions de ce genre, ce sera du lest qu'ils jetteront, et leur pièce montera au troisième ciel.

L'action commence par une chûte ; c'est un assez mauvais augure, mais il n'a pas de fâcheux effets. On apporte au château d'un gentilhomme tourangeau, oncle d'Agnès, un jeune et galant officier, qui s'est blessé en tombant de cheval. Agnès, qui a le cœur très-sensible, prend un soin tout particulier de cet intéressant chevalier, et selon l'usage en pareil cas, lui inspire un ardent amour. Arrive le célèbre Dunois ; ce beau BATARD a coutume de transmettre son titre en ligne indirecte, et voudrait agir en conséquence avec la belle garde-malade ; mais il reconnaît le roi Charles V1I, dans la personne du chevalier blessé, et cet auguste rival a au moins droit à de la déférence. Charles, qui ne veut pas être connu de ses hôtes, fait signe à Dunois de se taire ; et celui-ci, tout en respectant le secret de son maître, persiste dans le dessein de plaire à la belle.

« Voyons qui de nous deux l'emportera, dit à Dunois le généreux monarque. — Voyons, sire, répond le hardi chevalier », et ils font dès-lors tout ce qu'ils peuvent pour se supplanter loyalement. Dunois représente à Charles VII l'état déplorable où se trouve la monarchie française, et voudrait le déterminer à partir sur le champ pour la guerre ; néant ; de son côté le Roi nomme Dunois son généralissime, et le force par-là de se rendre à son poste.... — Cette reculade d'un roi français peut bien avoir quelque chose de comique, mais il s'en faut qu'elle soit noble.

Dunois cependant part et revient ; il annonce les plus grands désastres ; les Anglais triomphent par-tout ; Henri VI est déclaré roi de France ; ici beau mouvement de Charles VII : il ne respire plus que vengeance, et veut que tous les Français marchent avec lui pour vaincre ou mourir..... Mais son enthousiasme le trahit, et Agnès, surprise d’une si noble ardeur, reconnaît en lui son souverain ; c'est lui qu'elle aimait secrettement ; elle ne craint plus de le déclarer, mais s'il veut qu'elle cède à ses vœux, il doit reconquérir son royaume.

La beauté fait toujours voler à la victoire.

Charles, enflammé, promet de vaincre, et se hâte d'aller tenir parole.

Ajouter un commentaire

Anti-spam
 
×