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Alcibiade solitaire

Alcibiade solitaire, opéra en deux actes (réduit ensuite à un); de M. Cuvelier, musique de M. Alexandre Piccini, ballet de M. Millon, 8 mars 1814.

Académie de Musique.

Titre :

Alcibiade solitaire

Genre

opéra

Nombre d'actes :

2, puis 1

Vers ou prose ?

en vers

Musique :

oui

Date de création :

8 mars 1814

Théâtre :

Académie de Musique

Auteur(s) des paroles :

M. Cuvelier

Compositeur(s) :

M. Alexandre Piccini

Chorégraphe(s) :

M. Millon

Almanach des Muses 1815.

Poëme qui a paru manquer d'intérêt et dont le style a semblé faible. Musique dans laquelle plusieurs morceaux ont été goûtés.

La base Chronopéra connaît trois représentations d’Alcibiade solitaire, les 8, 11 et 18 mars 1814.

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 19e année, 1814, tome II, p. 158-159 :

[Article reproduit dans le Mémorial dramatique pour l'an 1815, neuvième année, p. 14-16.

Une pièce sur Alcibiade qui ne repose pas sur Plutarque, mais sur la Bibliothèque des romans, ça fait un peu frémir. Elle raconte une conjuration de Socrate et d’Aspasie contre Alcibiade, l’un voulant attaquer sa raison, l’autre voulant conquérir son cœur. L’intrigue peu vraisemblable (Alcibiade ne connaîtrait pas Aspasie) recourt à un double déguisement et finit par le triomphe de l'amour. Pas de succès. Poème mal écrit, musique à laquelle on a trouvé de la grâce, mais elle a le défaut de faire plus de place à l’harmonie qu’au chant. Auteur et compositeur sont nommés.]

ACADÉMIE DE MUSIQUE.

Alcibiade solitaire, opéra en deux actes, joué le 11mars.

Ce n'est ni dans la Vie d'Alcibiade, par Plutarque, ni dans aucun des auteurs qui nous ont transmis des notions sur ce célèbre athénien, que le poète, à qui l'on doit le nouvel opéra, a puisé son sujet. Il l'a tiré d'un conte imprimé dans la Bibliothéque des Romans.

Un refus du Sénat, la perfidie de quelques belles ont jeté Alcibiade dans une philosophie âpre et rude. Il abandonne Athènes, et vit dans un désert ; il renonce à l'école de Socrate, et prend des leçons de Diogène. Il se forme une conspiration contre lui ; il faut le rendre à l'amour et à la gloire. Les deux principaux conjurés sont Socrate et Aspasie ; l'un veut attaquer sa raison, l'autre entreprend de parler à son cœur.

Aspasie, qu'Alcibiade n'a jamais vue, (ce qui ne paroît pas très-vraisemblable), s'habille en bergère, et s'abandonne dans une barque au cours d'un torrent ; à l'aspect d'une femme en danger, Alcibiade se précipite, la sauve, reçoit le tribut de sa reconnoissance : on s'attache à l'objet de ses bienfaits, la plus douce intimité s'établit entre la fausse bergère et le misanthrope novice qui feint aussi d'être un pasteur. Il veut vivre et mourir avec cette innocente beauté. Il croit la suivre dans son modeste asile, et il arrive dans un séjour délicieux embelli de toutes les merveilles que peut enfanter le luxe dirigé par le goût. C'est le temple de la volupté, la Déesse se fait connoître, Alcibiade tombe à ses pieds, et l'amour le ramène à la raison.

Cet opéra n'a point obtenu de succès. Le poème est écrit d'une manière peu élégante, et la musique manque de couleur. On y a trouvé quelquefois de la grâce, mais plus d'harmonie que de chant. Le poème est de M. CUVELIER ; la musique de M. Alexandre PICCINI.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome II, février 1814, p. 284-290 :

[Le compte rendu commence par une curieuse affirmation de l’universalité de la demande à l’Opéra de pièces appartenant « à ce qu'on nomme le demi-genre », mais l’opéra nouveau n’entre pas dans ce cadre : il n’est pas amusant (et c’est un critère majeur du « demi-genre », qui doit aussi « intéresser et plaire »), et il n’appartient à aucun genre, ni tragédie lyrique, ni opéra-comique, sinon le genre proscrit qu’un adjectif impossible à dire décrit, à la suite de Voltaire. Les auteurs ont gardé l’anonymat, ce que l’absence de succès explique très bien. Ils affirment avoir utilisé une anecdote athénienne, mais n’en donnent pas la source sans grande vraisemblance. Ce que le critique dit de l’intrigue en montre le peu de cohérence, avant de révéler le dénouement, qui voit Alcibiade laisser là Aspasie pour aller combattre. Ce dénouement n’en est pas un selon le critique, et le style a déplu au public. La musique de Piccini est mieux traitée : petit-fils de l’illustre Nicolo Piccinni, il fait là un début réussi à l’opéra. Elle a des qualités, « quelques morceaux d'un genre gracieux, des chœurs bien faits, et de jolis airs de danse », mais on y sent aussi que l’auteur a trop composé des œuvres d’un genre inférieur. Le ballet ne paraît qu’au second acte, sans qu’un seul premier sujet y participe. Les chanteurs ont réalisé une prestation peu satisfaisante, en raison sans doute de rôles plutôt faibles. Il eût mieux valu ressusciter l’Aspasie de Grétry, bien qu’elle ne soit pas un chef d'œuvre.]

ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE.

Alcibiade Solitaire.

Tout le monde s'accorde à demander que l'Opéra, descendant quelquefois de sa dignité tragique, ou cessant de se reposer sur le maître des ballets du soin de varier le spectacle, s'adonne plus souvent à ce qu'on nomme le demi-genre ; ceux qui vont tous les jours à l'Opéra le désirent, pour n'y être pas toujours entraînés par l'habitude seulement ; ceux qui n'y vont jamais, le désirent aussi, afin qu'il puisse leur prendre envie d'y aller quelquefois : peut-être le jury de l'Opéra a-t-il cru céder à ce vœu unanime en admettant Alcibiade Solitaire : peut-être a-t-il cru qu'en effet cet ouvrage pouvait être considéré comme de demi-genre, parce qu'il n'est ni tout-à-fait sérieux, ni tout-à-fait comique. L'expérience a prouvé que le jury s'est trompé : Alcibiade Solitaire n'appartient, il est vrai, ni à la tragédie-lyrique, ni à l'opéra-comique proprement dits ; il serait de demi genre s'il était amusant, s'il pouvait intéresser et plaire ; mais il est impossible de le dissimuler, il appartient à ce genre proscrit dont nous ne rappellerons pas l'épithète, et à l'exception duquel Voltaire admet si volontiers tous les autres.

Les auteurs ont gardé l'anonyme : un grand succès eût peut-être déterminé leur modestie à rompre le silence, ou leur amour-propre à parler ; mais il est douteux que rien les force à rompre l’incognito. C'est ainsi qu'au bal on ne cherche guères à deviner sous le masque que la personne dont la tournure élégante a séduit, dont la conversation spirituelle et piquante a charmé ; tout le reste passe, même à visage découvert, sans être reconnu et sans être arrêté.

En ouvrant le programme, on lit que nos auteurs ont dédié leur Alcibiade solitaire à un ami, armateur à Boulogne-sur-Mer ; voilà qui importerait assez peu au public, si la dédicace ne devait donner à l'avance une idée de leur talent poétique ; cette petite pièce est en effet écrite avec assez d'élégance ; mais pour le savoir, il ne faut pas s'arrêter au premier vers :

Thétys seule, aujourd'hui, cher Thiesset, te captive.

Ce vers est assurément peu lyrique : heureusement il n'est que de ceux qu'on peut se dispenser de lire, et non de ceux qu'on doit entendre chanter.

Une anecdote athénienne, disent nos deux poètes, nous a fourni le canevas que nous offrons au public ; cette anecdote est sans nom d'auteur ; mais dès-lors qui a pu garantir aux nôtres qu'elle était athénienne ; ce n'est assurément pas sa vraisemblance, et ils le font observer eux-mêmes. Comment, disent-ils, supposer qu'Alcibiade ne connut pas les traits d'Aspasie, la plus jolie et la plus spirituelle femme d'Athènes, dans le temps où lui-même en était le plus bel homme, et que sa réputation de galanterie remplissait toute la Grèce ? Cette invraisemblance ne les a point arrêtés ; c'est sur elle que repose leur fable ainsi que l'anecdote : il semble même qu'ils ont pris à tâche de l'aggraver, en faisant dire à Aspasie, au moment où elle se déguise pour séduire Alcibiade :

Si je suis toujours Aspasie
Je dois tenter ce grand projet,
Et j'espère que sa folie
Aura bientôt changé d'objet.

Ces mots si je suis toujours Aspasie, prouvent que cette femme célèbre a déjà souvent essayé le pouvoir de ses charmes ; elle semble même convenir qu'il est peu sage de l'aimer, puisqu'en voulant arracher Alcibiade à sa misantrophie [sic] passagère et à sa solitude, elle espère que sa folie aura bientôt changé d’objet. Il est donc évident que l'opéra renchérit sur l'invraisemblance de l'anecdote, et qu'on y a commis la faute d'un auteur qui traitant un sujet galant du siècle dernier, nous dirait que Richelieu ne connaissait pas les traits de Mme. de Pompadour.

Qui a pu rendre Alcibiade solitaire ? Un mécontentement politique : dans Athènes il a été trompé tour à-tour par

L'amour, les hommes et l'étude......

Et dés-lors il s'est exilé avec le bonheur dans son désert ; cependant

Couché durement chaque nuit (dit-il),
Je n'ai pu retrouver encore
Le sommeil qui me fuit

N'importe, l'homme est fait pour cet état sauvage.

Des villes l'étroit horizon
Est le cercle de l'esclavage,
Diogène l'a dit..........

Socrate arrive à ce mot pour répondre que Diogène blesse la raison. Mais la voix de la philosophie et de l'amitié se fait vainement entendre ; Alcibiade résiste, et le sage Socrate, pour ramener son jeune ami, est obligé d'en abandonner la gloire à Aspasie.

Quoique cette belle Grecque n'ait jamais été vue d'Alcibiade, elle croit avoir besoin pour le séduire et pour l'enchaîner, de deux déguisemens ; elle paraît d'abord sous les traits d’une bergère en proie à la fureur d'un torrent. La prétendue Daphné trouve en Alcibiade, son libérateur, un faux Daphnis qui, auprès d'elle, oublie bientôt ses sermens ; c'est ensuite dans ses élégans jardins, sur un trône voluptueux et aux pieds de la statue de Vénus qu'elle l'appelle pour se nommer et recevoir ses sermens. Alcibiade ne se plaint plus de Socrate, ni du rôle que le philosophe a joué ; il trouve même que son illustre maître

A joué son rôle fort bien........

Mais déjà il avait deviné Aspasie ; déjà inspiré par l'amour, il avait écrit ces vers :

          Par une aimable fantaisie
         Daphné voudrait pour me tromper,
D'un voile impénétrable ici s'envelopper ;
Ici, comme au torrent,mon cœur nomme Aspasie...

A l'instant la trompette belliqueuse se fait entendre ; Athènes appelle son héros, Alcibiade prend les armes, et cet autre Renaud quitte son Armide sans s'être vu chargé de liens de fleurs.

Telle est la marche du nouvel opéra ; on ne voit que trop combien la conception en est faible ; on voit qu'aucune situation n'y peut paraître neuve et piquante, et que le dénouement n'en est pas un. D'étranges négligences dans le style ont souvent indisposé le public, qui s'est montré cette fois pour des vers d'opéra beaucoup plus sévère que de coutume.

L'auteur de la musique est M. Alexandre Piccini. Voici un grand nom, et un premier ouvrage sur un théâtre, où ce même nom, tant de fois couronné, est aujourd'hui si complettement négligé. Le poëme n'était pas de nature à échauffer singulièrement la verve du compositeur; cependant quelques morceaux d'un genre gracieux, des chœurs bien faits, et de jolis airs de danse ont été remarqués et applaudis. Le style du compositeur a une élégance et une facilité soutenues : le chant domine toujours dans sa composition, et l'orchestre est travaillé d'une manière agréable : mais cette couleur locale qui s'empare d'un sujet, et lui imprime son véritable caractère, mais ces traits de chant neufs, inspirés, qui se gravent dans la mémoire, mais cet élan, cette chaleur, ou cette grace indéfinissable qui entraînent ou charment l'auditeur dans les productions des grands maîtres, manquent à cette composition.

Son auteur a eu le malheur de prodiguer en quelque sorte son talent dans des productions d'un ordre secondaire. Un musicien quelqu'habile qu'il soit ; n'a dans la tête qu'un cercle borné d'idées ; s'il les dépense partiellement, il lui est difficile de les réunir ensuite dans un grand ouvrage sans craindre de se répéter, et cette crainte seule est un écueil redoutable. Peut-être M. Alexandre Piccini a-t-il fait l'épreuve de cette vérité qui n'est pas décourageante, mais qui peut être utilement reproduite, parce qu'elle s'applique à d'autres arts que la musique, et à des talens d'un autre ordre.

M. Millon avait dessiné fort agréablement un petit ballet au second acte : aucun premier sujet n'y a paru, et cependant il a été exécuté à merveille, tant les jeunes sujets de la danse se forment et se succèdent avec rapidité.

Lays, Lavigne, Mme. Branchu chantent dans l'opéra nouveau. Dans son rôle de philosophe le premier ne pouvait avoir rien de bien lyrique, et c'est sans doute un des plus étranges privilèges de l'opéra que d'avoir fait chanter Socrate. Lavigue a paru moins bien dans Alcibiade que dans nos rôles chevaleresques modernes ; sa voix et son accent l'ont trahi plus d'une fois. Le rôle eût peut-être mieux convenu à Nourrit : celui d'Aspasie réclamait le premier talent de l'opéra, et Mme. Branchu en a très-habilement dissimulé la faiblesse. C'est peut-être ici l'occasion de rappeller qu'il existe une Aspasie de Grétry : cet ouvrage n'est pas un des chefs-d'œuvre de son auteur ; mais sa reprise eût été une sorte de nouveauté préférable à celle-ci, qui, s'il faut en croire les plaisanteries du foyer, ne justifiera peut-être que trop son titre d’Alcibiade solitaire.             S...

Carrière à l'Opéra :

​3 représentations en 1814 (08/03 – 18/03).

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