Bah ! C'est singulier

Bah ! C'est singulier, parodie de C'est le diable [de J.-G.-A. Cuvelier, musique arrangée par Othon Vander Brock, ballets de la composition de Richard], de Périn et Hector Chaussier, 6 décembre 1797.

Théâtre des Jeunes Artistes.

Le Courrier des spectacles n° 288 du 16 frimaire an 6 [6 décembre 1797] présente la parodie comme une « horreur-bouffonne en 5 chapitres, ornée de dialogues en vers, chants, danses, travestissemens, changemens, combats et décorations, etc. etc. etc. parodie de C’est le Diable ou la Bohémienne.

Le même jour, le Théâtre d'Émulation présentait une autre parodie de C'est le diable, due à Hector Chaussier et Rousseau, Ah ! ah ! C'est inconcevable. On note que Chaussier est impliqué dans les deux parodies.

Courrier des spectacles, n° 289 du 17 frimaire an 6 [7 décembre 1797], p. 2-3 :

[Une parodie qui suit pas à pas l'intrigue de la pièce parodiée. Après avoir expliqué la façon dont les personnages de la pantomime originelle sont transformés dans la parodie, le critique souligne quelques défauts de la pantomime que la parodie critique « avec adresse », abus des changements de décor, sorties de personnages non motivées, place excessive des accessoires (décors, costumes et machines) au point qu'on peut se demander ce qui reste à l'auteur. Chaque critique est montrée par un extrait de couplet. Pour bien apprécier la parodie, il faut avoir vu la pièce d'origine. Les auteurs de la parodie ont été demandés, et un des deux a paru.]

Théâtre des Jeunes Artistes.

On donna hier à ce théâtre la première représentation d’une parodie de C'est le Diable, pantomime qui se joue avec succès au théâtre de l’Ambigu com. Cette parodie ayant pour titre : Bah ! c'est singulier, paroit calquée scène pour scène sur l’autre pièce. Les crimes du comte de Munster dans la première, ses injustices envers Venceslas, son triomphe momentané et la punition qui le suit, sont tout ce que commet et éprouve dans le second Onleveut, marchand de vin. Son rival est un violon de Guinguettes, et le lieu de la scène est analogue aux personnages ; la boutique du marchand de vins est opposée au palais du comte de Munster ; la tour où celui-ci fait enfermer Elvina est représentée chez Onleveut par un paravent, et la cave de ce dernier devient pour lui, au moyen des chaines dont il est chargé, aussi affreuse que peut l’être le cachot où le comte est retenu. On peut remarquer la même ressemblance dans le reste de la pièce.

Les auteurs de cette parodie ont critiqué avec adresse, mais avec honnêteté, plusieurs défauts de la pantomime, en parlant des changemens de décorations trop multipliés dans cette pièce, les auteurs de la parodie font dire par Onleveut à Peutêtre , son premier garçon,

Quoi , n’es-tu pas las de me promener ?
A peine a-t-on le temps de regarder.

Les personnages de Maurissot et de Mme Paterne, dont la sortie n'est pas motivée dans la pantomime, sont copiés dans la parodie ; ils sortent en disant :

Nous sortons pour ne plus rentre ;
      Notre tâche est remplie :
Nous allons nous déshabiller ;
      Adieu la compagnie.

Mais un couplet plus sérieux, et dont le public a senti toute la vérité, puisqu'il l’a fait répéter, c’est celui-ci ;

On voit dans une pantomime
Briller le peintre et le tailleur ;
Le machiniste aussi s’escrime :
Que reste-t-il donc à l’auteur ?

      Mais l’ouvrage attire ;
      Le public l’admire ;

          C'est singulier.

Cette parodie qui ne peut être goûtée que par ceux qui ont vu la pièce, ne détruit point l’effet agréable que produisent les belles décorations dont j’ai parlé en en rendant compte. Ce nouvel ouvrage est des cit. Périn et Hector-Chaussier ; ils ont été demandés, et le premier a paru.

L. P.          

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