Créer un site internet

Boileau à Auteuil

Boileau à Auteuil, comédie en un acte et en prose mêlée de vaudevilles, de Moreau et Francis, 17 avril 1806.

Théâtre Montansier.

Almanach des Muses 1807.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Barba, 1806 :

Boileau à Auteuil, comédie en un acte et en prose ; mêlée de vaudevilles ; Par MM. Moreau et Francis, Auteurs des Chevilles de Maître Adam. Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le théâtre Montansier-Variétés, le jeudi 17 avril 1806.

Courrier des spectacles, n° 3360 du 18 avril 1806, p. 2-3 :

[Le compte rendu est sous le signe de la joliesse, la pièce du jour partageant cette qualité avec celle qui a précédé. Comme les Chevilles de Maître Adam, les auteurs ont fait preuve d'esprit, de gaîté, de bon goût, sans tomber dans « cette nature basse, abjecte et dégradée qui amuse la multitude et révolte la délicatesse de l’homme de goût ». L'intrigue est facile à résumer : on organise dans sa propriété d'Auteuil une fête pour Boileau, à laquelle contribue Perrault, dont on sait qu'il n'est pas un ami de Boileau, qui s'est souvent moqué de lui. Un exempt arrive pour signifier à Boileau qu'il doit se rendre à la Bastille. Boileau en rend responsable Perrault, qui se justifie en montrant une lettre annulant la décision royale d'enfermer Boileau, ce qui scelle la réconciliation définitive des deux hommes. Le sujet est rendu gai par « quelques scènes villageoises ». Les interprètes sont jugés remarquables, et le critique souligne le succès des couplets, dont il cite deux exemples qui « ont paru sur-tout mériter les honneurs du bis ». Mais il faut tout de même que le critique souligne que la vérité historique souffre un peu dans la pièce, même si les deux points qu'il indique sont mineurs à ses yeux. Il ne reste plus qu'à nommer les auteurs.]

Théâtre Montansier.

Boileau à Auteuil.

On rendroit beaucoup de service au Théâtre Montansier, si l’on pouvoit régéner [sic] son répertoire et l’enrichir de jolis ouvrages tels que les Chevilles de Maître Adam et le joli vaudeville qu’on y a joué hier.

Les auteurs des Chevilles ont déjà prouvé que l'on pouvoit obtenir beaucoup de succès à ce théâtre, sans descendre jusqu’à l’imitation de cette nature basse, abjecte et dégradée qui amuse la multitude et révolte la délicatesse de l’homme de goût. Boileau dans son jardin d'Auteuil est une nouvelle preuve qu’ils viennent d’ajouter à la première. Cette pièce a réussi par les mêmes moyens que les Chevilles de Maître Adam, c’est-à-dire par beaucoup d’esprit mêlé à beaucoup de gaîté, par un style pur, facile, élégant, par des mots heureux qui ne sont infectés ni de calembourgs, ni de turlupinades.

Boileau est attendu à Auteuil ; son fermier, son jardinier, et Mathurin le meûnier lui préparent une fête ; la joie est générale, car Boileau est aussi aimé au village, qu’il est redouté à la ville. Tandis que l’on s’occupe des préparatifs, Perrault arrive. Le jardinier Antoine s’effraye, mais Perrault , loin de s’annoncer comme ennemi, se prête galamment à la circonstance, et sur la demande des bons villageois, leur fait de» couplets pour la fête. Boileau paroît, les fleurs et les couronnes lui sont offertes ; il est charmé des couplets que l’on chante, il désire en connaître l’auteur : on lui indique Perrault. Il est alors honteux des épigrammes qu’il s’est permises contre lui, et en témoigne ses regrets.

En ce moment , on lui annonce qu’on l’a desservi à la cour, en lui attribuant des vers dont le gouvernement est mécontent. Despréaux ne s’en effraye pas  ; mais à l’instant même arrive un exempt qui lui intime l’ordre de se rendre à la Bastille. Boileau croit reconnoître dans cette disgrâce l’ouvrage de Perrault, et lui en fait des reproches ; l’illustre architecte du Louvre ne lui répond qu’en lui montrant une lettre de Colbert qui annonce à Boileau que le Roi mieux instruit a révoqué les ordres donnés contre lui. Boileau est de nouveau frappé de cette générosité, et se reconcilie pour jamais avec Perrault.

On a mêlé à ce sujet quelques scènes villageoises qui donnent de la gaîté à l’ouvrage. Le rôle d’Antoine est joué d’une manière très-originale par Brunet. Gavaudan s’acquitte avec une dignité convenable de celui de Boileau, et Mlle. Caroline chante très agréablement dans un personnage de jeune villageoise. La représentation a eu beaucoup de succès. Presque tous les couplets ont été vivement applaudis, on a voulu en entendre plusieurs une seconde fois ; les deux suivans ont paru sur-tout mériter les honneurs du bis. Boileau dit à son jardinier :

Non, d’une science inutile
Ne cherche point le vain éclat.
Le jardinier le plus habile
Ne doit savoir que son état.
Sortant des mains de la nature,
Quand l'art ne l’a point élevé,
Moins son esprit a de culture,
Mieux son jardin est cultivé.

Le couplet suivant est adressé à Chapelle :

Air : L’Hymen est un lien charmant.

Fils des Grâces et de Momus,
Va planter la vigne à Cythère,
Couronne les amours de lierre,
Sur des roses endors Bacchus.
Du Pinde va trouver l’ombrage,
Et te livrant à ta gaîté,
De ce joli Pèlerinage
Retrace-nous l’heureuse image,
Songe qu’à la postérité
Tu dois compte de ton voyage.

Cet ouvrage n’est pas d’une exactitude historique bien rigoureuse. Boileau ne fut jamais menacé de la Bastille ; mais on chercha souvent à indisposer Louis XIV contre lui. Les auteurs ont aussi réuni les deux Perrault en un seul et supposé que l’auteur de la colonnade du Louvre étoit aussi celui de Peau-d'âne ; c’est une licence poétique qui ne sauroit tirer à conséquence. Ce nouvel ouvrage est encore de MM. Francis et Moreau.

Ajouter un commentaire

Anti-spam