Camille, ou le Souterrain

Camille, ou le Souterrain, comédie en 3 actes, en prose, mêlée de musique, de Marsollier, musique de d'Aleyrac, 19 mars 1791.

Théâtre Italien

Titre :

Camille ou le Souterrain

Genre

comédie

Nombre d'actes :

3

Vers / prose

prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

19 mars 1791

Théâtre :

Théâtre Italien

Auteur(s) des paroles :

M. Marsolier

Compositeur(s) :

M. d’Aleyrac

Almanach des Muses 1792

Intrigue romanesque tirée de l'Adèle et Théodore de madame de Sillery. Plan si compliqué, qu'il faudroit plus d'espace que nous n'en avons pour en indiquer les détails. Des tableaux déchirans. Camille, renfermée depuis plusieurs années dans une affreuse prison, Camille à qui l'on promet de lui rendre pour le reste de sa vie les embrassemens de son enfant, dont on l'a privée, résiste à cette terrible épreuve pour ne pas faire une nouvelle victime, etc.

Sur la page de titre de la brochure,Paris, chez Brunet, 1791 :

Camille ou le Souterrain, comédie en trois actes, en prose, mêlée de musique, Par M. Marsollier, Représentée par les Comédiens Italiens, le 19 mars 1791.

La brochure a également paru chez Maradan, l'an 4 de la République.

Chronique de Paris du 21 mars 1791 :

[Citée par Roger Barny, « La tragédie sur les scènes parisiennes à l'époque révolutionnaires », dans Émancipation, réforme, révolution : hommage à Marita Gilli, Besançon, 2000, p. 202-203.]

Alberti, grand seigneur napolitain, âme impétueuse, porté à la jalousie sombre et barbare, a pris secrètement épouse dans une famille obscure, pour n'être pas trompé. Il ne peut que s'applaudir du choix de Camille, aussi sage que belle. Mais cette infortunée est attaquée par des voleurs dans la forêt noire. Loredeau, neveu d'Alberti, la délivre sans la connaître. Séduit par sa beauté, il la retient quelques jours à Naples, mais ne peut vaincre la résistance de la vertueuse Camille. Après, il lui permet de retrouver son époux, dont il ignore le nom  elle l'assure qu'elle ne nommera jamais celui qui a voulu la déshonorer, elle sacrifiera tout à la reconnaissance qu'elle doit à son libérateur. De retour chez Alberti, elle lui dit le sujet de son absence : il la croit, mais veut savoir le nom de celui qui l'a retenue. Elle s'obstine au silence. Alberti la fait conduire dans un vieux château abandonné, où on lui donne une nourriture grossière, et la fait conduire dans un souterrain dont lui seul connaît l'entrée, jusqu'à ce qu'elle nomme son ravisseur. A l'ouverture de la scène, il y a quelques années qu'elle gémit dans le souterrain. Loredeau, qui voyage arrive par hasard dans le château.

Après cette longue entrée en matières, la suite de l'article raconte ce qui se passe sur la scène. Roger Barny relève la série des ingrédients indispensables dans le mélodrame : une forêt peuplée de brigands, un souterrain, une femme innocente, un agresseur, un sauveur. Il rappelle la belle série des pièces reprenant cette formule :

Mercure de France, tome CXXXIX, n° 13 du samedi 26 mars 1791, p. 147-150 :

[De façon assez inhabituelle, le compte rendu commence par raconter l’avant-scène : ce n’est qu’après nous avoir dit ce qui se passe avant la pièce que le critique nous en donne le titre. Il consacre ensuite une grande partie de son article à raconter l’intrigue de la pièce en insistant sur le caractère dramatique du spectacle. Puis il dit tout le bien qu’il pense de la pièce : du sujet (peu de pièce ont « un sujet aussi heureux, aussi attachant, plus d'intentions dramatiques aussi bien remplies »); du succès, venant de ce qu’elle « joint le plus grand mérite au plus grand effet » ; de la musique, qui relève la beauté du poème  des interprètes, tous excellents (ils jouent « avec une perfection étonnante ». Les auteurs sont nommés.]

THÉATRE ITALIEN.

Camille, a été attaquée dans une forêt par des voleurs, & délivrée par Lorédan, jeune homme plein de bravoure, mais un peu libertin, & dont les désirs, allumés par la vue d'une belle personne, sur laquelle il se croit des droits, l'égarent au point de vouloir abuser de sa situation. Il l'emmene chez lui, au lieu de la conduire à Naples, & sollicite pendant deux jours le prix du service qu'il lui a rendu. I.a vertu de Camille fait naître enfin ses remords. Elle appartient à une famille très-distinguée à Naples, & elle aurait tous les moyens de se venger ; mais en la rendant à cette même famille, il lui fait promettre qu'elle ne le nommera jamais. Elle le promet d'autant plus volontiers, qu'elle sait que Lorédan est le neveu chéri de son époux ; mais que cette qualité ne le déroberait pas à sa jalouse vengeance. C'est ici où commence l’action de Camille ou le Souterrain, Drame lyrique, représenté le Samedi 19 de ce mois.

Lorédan égaré la nuit avec son Valet, arrive dans un château où on ne les reçoit qu'avec beaucoup de peines. Le Maître de ce château est peint comme un homme bizarre & sombre, qui ne voit personne & ne parle à personne, pas même à ses gens. Lorsqu'il paraît, il ne dément point l'idée qu'on en a donnée. Alberti, époux de Camille, dévoré du feu de la jalousie, n'ayant pu obtenir de cette infortunée le nom de l'homme qui a voulu l'outrager, l'a crue coupable, & la tient enfermée depuis sept ans dans un souterrain, dont lui seul connaît le secret. Il a publié sa mort, il l'a séparée de son fils ; c'est lui-même qui lui porte chaque jour une nourriture grossiere ; mais si cette vengeance cruelle soulage sa passion jalouse, elle n'a pas éteint la violence de son amour. Il voudrait la croire innocente ; il la croirait telle, si elle lui nommait son ravisseur. Il tente un dernier effort. Il la rappelle pour un moment à la lumiere, & emploie tous les moyens possibles pour lui arracher son secret. Camille, fidélement attachée à son serment, & par la reconnaissance qu'elle doit au coupable qui, d'un autre côté, lui a sauvé la vie, & par les funestes conséquences que ne manquerait pas d'avoir son indiscrétion, d'après le caractere d'Alberti, résiste aux sollicitations les plus pressantes ; son époux emploie cependant un moyen qui l'ébranle. Il lui rend tout à coup le fils adoré qu'il lui avait ravi, en lui défendant de se faire connaître pour sa mere, à moins qu'elle ne révele ce qu'il exige. On conçoit combien cette situation, bien développée, est terrible. Dans un moment d'égarement maternel, elle est prête à tout dire.... une menace de son époux l'arrête...... lorsqu'on vient avertir Alberti qu'un ordre du Roi arrive pour l'arrêter comme meurtrier de sa femme. Le cruel la renvoie dans le souterrain. Il veut en vain empêcher son fils de l'y suivre. Le bruit qu'il entend à la porte ne lui laisse pas le temps de l'arracher de ses bras : il les enferme tous deux.

On l'arrête bientôt en effet, à l'instant où, voulant se rendre à Naples, il confie à son neveu Lorédan la clef du souterrain ; mais il n'a pas le temps de lui en indiquer l’issue, & il part. Le malheureux jeune homme, qui sent tout ce que la position de Camille doit avoir de terrible, brûle de la délivrer : mais comment pénétrer dans le cachot qui la renferme ? il consulte les gens du château, qui n'en savent pas plus que lui ; ils tâchent tous par leurs cris de connaître sa retraite. Ce moment forme un des tableaux les plus neufs & les plus intéressans qu'il y ait au Théatre.

On voit au 3°. Acte la malheureuse mere occupée inutilement à secourir son enfant victime du besoin & du défaut d'air. Cette situation est parfaitement jouée par les deux Actrices, & rend délicieux ce moment qui la suit. Nous ne faisons qu'indiquer ces situations déchirantes : vouloir les peindre ici, ce serait en détruire l’effet.

Peu de Pieces présentent un sujet aussi heureux, aussi attachant, plus d'intentions dramatiques aussi bien remplies. Cet Ouvrage a obtenu dès le premier jour, & doit conserver long-temps tous les genres de succès, puisqu'il joint le plus grand mérite au plus grand effet. La musique, d'accord avec le poëme, en releve encore la beauté. Elle est de M. Daleyrac, qui compte presque autant de triomphes que d'Ouvrages : le poëme est de M. Marsollier. La Piece est jouée avec une perfection étonnante, par Mesdames Dugazon & St-Aubin, & par MM. Philippe, Sollier, Mesnier, Trial, &c.

L'Esprit des journaux français et étrangers, 1791, tome 5 (mai 1791), p. 309-313 :

Camille ou le souterrein, piece en trois actes & en prose, mêlée d'ariettes, paroles de M. Marsollier, musique de M. Daleyrac.

On a donné pour la première fois, le samedi 19 mars, Camille ou le Souterrein, piece en trois actes & en prose, mêlée d'ariette, paroles de M. Marsollier, musique de M. Daleyrac.
Cette piece est tirée d'une anecdote très-intéressante recueillie par Mde. de Sillery, dans son roman d'
Ádele & Théodore. L'aventure est véritablement arrivée à la duchesse de Cherìfalco, qui vit encore, & que plusieurs voyageurs François nous ont assuré avoir connue à Naples. Voici comment M. Marsolier l'a arrangée pour la scène.

Alberti, grand seigneur napolitain, doué d'une ame impétueuse & portée à une jalousie sombre & barbare, a pris secrètement une épouse dans une famille obscure, pour n'être pas trompé. Il ne peut que s'applaudir du choix qu'il a fait de Camille, femme aussi sage que belle ; cependant cette infortunée est un jour attaquée par des voleurs dans la forêt noire ; Loredan, neveu d'Alberti la délivre sans la connoître. Il est séduit par sa beauté ; il la retient quelques jours à Naples ; mais rien ne peut vaincre la résistance de la vertueuse Camille. Alors il lui permet de retourner avec son époux dont il ignore le nom, & elle l'assure que jamais elle ne nommera celui qui a voulu la déshonorer, quoiqu'il en puisse arriver, & qu'elle saura tout sacrifier à la reconnoissance qu'elle doit à son libérateur.

De retour chez l'ìmpétueux Alberti, elle lui raconte le sujet de son absence. Il la croit ; mais il veut savoir le nom de celui qui l'a retenue ; son amour, ni ses menaces ne peuvent rien obtenir, elle s'obstine au silence. Le fougueux Alberti fait conduire Camille dans un vieux château abandonné, où on ne lui donne qu'une nourriture grossiere, & il la retient dans un souterrein dont lui seul connoît l'entrée, jusqu'à ce qu'elle nomme son ravisseur.

A l'ouverture de la scene, il y a déja quelques années que l'innocente Camille gémit dans ce souterrein. Loredan, qui voyage & n'a pas trouvé d'auberge, arrive par hasard dans le château. Le jardinier, qui doit bientôt épouser une paysanne du lieu, consent à le cacher jusqu'au lendemain, en lui recommandant sur-tout de ne se pas découvrir. Alberti paroît, il est sombre, agité, il éprouve toutes les fureurs de la jalousie. Le jardinier lui demande la permission de faire la noce dans la salle que la décoration représente ; mais cette salle est précisément sur le souterrein qui recele Camille, Alberti le refuse. Le bruit se répand qu'on a vu dans les environs des hommes armés ; ce récit rend Loredan & son valet, suspect aux paysans. Le valet craint lui-même que ce château ne soit un repaire de voleurs ; cepedant son maître se décide à y passer la nuit.

Le second acte est dans le même lieu. Le valet de Loredan ne peut dormir ; il apperçoit un homme avec un poignard & des pistolets ; il éveille son maître, & ils se retirent dans une chambre voisine pour l'observer. Alberti paroît, il veut encore interroger cette épouse qu'il aime ; il ferme soigneusement toutes les portes, dérange un tableau qui masque l'entrée du souterreìn, & il en tire l'infortunée Camille, qui loin de l'accabler des reproches dûs à sa cruauté, l'assure de sa tendresse, de son innocence, mais persiste dans le refus de l'aveu qu'Alberti exige. Elle demande à yoir son fils qui ignore sa naissance ; Alberti promet de le lui amener, à condition que, si elle lui découvre qu'elle est sa mere, elle fera l'aveu qu'elle refuse. Il amene en effet Adolphe. Camille ne peut voir cet enfant intéressant sans le nommer son fils ; Alberti lui rappelle sa promesse, elle est sur le point de tout découvrir, mais le nom de Loredan, dont elle entend annoncer l'arrivée, lui rappelle sa premiere fermeté. On entend des cris ; Alberti fait rentrer Camille dans le souterrein, son fils s'attache à elle, l'embrasse, la serre, le tems presse ; Alberti les enferme tous deux. Loredan paroît, il instruit Alberti qu'on répand qu'il est marié secrètement, & qu'il a tué sa femme ; que des soldats le cherchent pour l'entraîner à Naple. Alberti n'a que le tems d'instruire rapidement Loredan du sort de Camille, de lui recommander de lui porter de la nourriture. Il lui remet la clef du souterrein ; mais sa raison s'égare, & il est entraîné par les soldats au moment où il va lui indiquer l'entrée du souterrein. Loredan, muni de cette clef qui lui dévient inutile, frémit du sort qui attend la malheureuse Camille, dont il a causé le malheur. Il appelle tous les paysans, leur révele ce fatal secret. Ils font retentir l'air de leurs cris, mais personne ne répond ; ils s'arment de pioches & de flambeaux, résolus à tout employer pour réussir dans leurs recherches.

Au troisieme acte on voit Camille dans le souterrein ; son fils dort sur ses genoux : il s'éveille ; Camille veut lui cacher son effroi ; mais enfin le besoin de nourriture les épuise tous les deux. Camille apperçoit par une ouverture une lueur de flambeaux ; elle entend des cris ; mais ces cris & cette clarté s'éloignent. Plus d'espoir, il faut mourir de faim avec son fils ; ils s'embrassent ; ils attendent la mort, lorsqu'un bruit de pioches & de marteaux se fait entendre. Le mur s'écroule sous les bras vigoureux qui le renversent. Lorédan & sa suite arrivent & délivrent Camille. Aussi-tôt on annonce qu'Alberti, repentant, a avoué sa faute, & qu'il revient lui même sauver les jours de son épouse. Il paroît; maïs le pere de Camille veut venger sa fille ; Camille soutient qu'elle est coupable pour soustraire son époux à la vengeance. Loredan se déclare lui-même l'auteur de l'enlevement de Camille, & tout est mutuellement pardonné.

A l'exception de la scene trop longue & trop pénible où l'on a devant les yeux un enfant mourant de faim sans presque aucun espoir de secours; & du dénouement, qui a paru peu motivé : cette piece a eu un brillant succès. Toutes les ames ont été fortement émues, & les pleurs ont coulé de tous les yeux. Quelques rôles épisodiques, la fille du concierge dont on célebre la noce ce jour-là, & un valet très-peureux, servent à jetter dans la piece des teintes un peu moins sombres. Le sujet, en général, est traité, sur-tout dans les deux premiers actes, avec la plus touchante expression, & l'auteur de la musique l'a parfaitement rendu. On a distingué diffèrens morceaux d'ensemble d'une grande énergie, un duo où la passion jalouse du duc éclate dans toute sa force, une romance qui rappelle celle de M. Berquin: Dors, mon enfant, &c. &c.

Les acteurs ont semblé se surpasser. M. Solier a donné de nouvelles preuves de son intelligence & de son goût de chant exquis dans le rôle du neveu; M. Philippe a très-bien rendu celui du duc, qui est difficile & important ; & celui du jeune enfant a été rempli par M. de St.-Aubin avec beaucoup de sensibilité. Mais rien n'est au dessus de Mde. Dugazon dans le rôle de Camille ; elle y est souvent sublime, & il est difficile d'imaginer rien de supérieur au talent qu'elle y a déployé. M. Trial a joué le rôle du valet peureux ; Mlle. Carline, celui de la jeune fille qui se marie. Ils y ont aussi obtenu des applaudissement mérités.

Cet ouvrage a obtenu, dès le premier jour, &.doit conserver long-tems tous les genres de succès, puisqu'il joint le plus grand intérêt au plus grand succès.

Mercure de France, tome CXXXIX, n° 40 du samedi 1er octobre 1791, p. 45 :

Camille, ou le Souterrain, Comédie en 3 Actes en prose, mêlée de musique ; par M. Marsollier ; représentée par les Comédiens Italiens, le 19 Mars 179 I. Prix, 24 s. A Paris, chez Brunet, Lib. rue de Marivaux , place du Théâtre Italien.

Cet Ouvrage profond au Théâtre peut encore faire beaucoup de plaisir à la lecture.

D’après la base César : l'auteur de la musique est Nicolas Dalayrac.

La pièce a connu un grand succès : 21 représentations en 1791, 28 en 1792, 21 en 1793, 24 en 1794, 11 en 1795, 15 en 1796, 8 en 1797, 9 en 1798, 4 en 1799, soit 141 représentations dans les années 90.

Commentaires

  • jeanphilippecondamy

    1 jeanphilippecondamy Le 21/01/2021

    A été aussi publié à la même date chez Maradan ,libraire rue du Cimetiere André -des-Arts ,N° 9
    An IV de la REPUBLIQUE FRANCAISE
    soleinne

    soleinne Le 21/01/2021

    Je vais mettre l'information sur la page de la pièce. Merci.

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