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Cange, ou le Commissionnaire de Saint-Lazare

Cange, ou le Commisionnaire de Saint-Lazare, fait historique, en un acte, en prose, par le C. Gamas. 9 brumaire an 3 [30 octobre 1794].

Théâtre de la République

Titre :

Cange, ou le Commissionnaire de Saint-Lazare

Genre

fait historique

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose

Musique :

non

Date de création :

9 brumaire an 3 [30 octobre 1794]

Théâtre :

Théâtre de la République

Auteur(s) des paroles :

Gamas

Almanach des Muses 1796.

Décade philosophique, littéraire et politique, an III, tome troisième, n° 20 (20 Brumaire, 10 novembre 1794), p. 296-299 :

[Où l’on voit que les unités ont encore beaucoup d'importance ! « L'auteur a fidèlement respecté l'unité de lieu et celle de tems ; mais il a, comme on voit, un peu négligé celle d'action, la plus nécessaire des trois de beaucoup, puisque l'intérêt en dépend. »

La pièce du théâtre de la Cité-Variétés est la pièce de Villiers et Armand [Gouffé], Cange ou le Commissionnaire bienfaisant.]

Théâtres de la République et de la Cité-Variétés.

Cange, ou le Commissionnaire de Saint-Lazare.

On se souvient que dans notre numéro 17me., en rendant compte de la séance du Lycée des Arts, nous citâmes l'action généreuse de ce commissionnaire de Saint-Lazare, qui, chargé par un mari prisonnier de porter de ses nouvelles à sa femme, et la trouvant dans la plus affreuse misère, lui remit 50 livres, comme venant de la part de son mari, puis revenant ensuite vers le mari, lui en remit autant de la part de sa femme : ce trait a fourni deux comédies ; l'une au théâtre de la République, l'autre à celui de la Cité -Variétés.

Ce sujet n'était pas facile a mettre au théâtre; car, comment suivre Cange (c'est le nom du commissionnaire de Saint-Lazare) chez la famille indigente, et delà à Saint-Lazare, où il acheva son bienfait ? Comment rendre le spectateur témoin de cette action, qui se passa sous la domination de Robespierre, et de l'éclaircissement qui n'eut lieu qu'après la mort de ce tyran ? Voici la manière dont Gamas a traité ce sujet au théâtre de la République.

L'action se passe après le 9 thermidor ; et cela suffit pour détruire une partie de l'intérêt, car le spectateur ne peut plus concevoir d'inquiétudes sur le compte du prisonnier, qu'il sait être innocent ; d'ailleurs, l'action de Cange n'est plus aussi méritoire : car, à l'époque où il la fit, le prisonnier était exposé à une mort presqu'inévitable ; toute explication devenait par conséquent impossible, et le bienfait devait rester enseveli dans l'oubli ; et de plus, avant le 9 thermidor, la misère, l'abandon, le désespoir de cette famille infortunée devaient être bien plus cuisans, et le bien plus opportun.

Dans la pièce dont nous parlons, l'épouse, la mère se nomme la citoyenne Durand ; c'est dans son appartement que se passe toute l'action ; elle a une grande fille, un fils de quinze ans et une autre fille en bas âge. Le fils de quinze ans, afin de procurer quelques secours à sa mère, va secrètement, tous les jours, faire le métier de commissionnaire. L'auteur a encore mis sur la scène un ami prétendu, qui joue l'officieux, qui se donne pour travailler à la délivrance de Durand, et qui, au contraire, aggrave sous main ses dangers, par les dénonciations les plus noires, qui suscite des poursuites de créanciers à cette malheureuse famille, et cherche à en séduire la fille. On sent que l'exposition de ces circonstances embarrasse la marche de l'action, et paraît longue au spectateur, impatient de connaître le fait essentiel. L'auteur a fidèlement respecté l'unité de lieu et celle de tems ; mais il a, comme on voit, un peu négligé celle d'action, la plus nécessaire des trois de beaucoup, puisque l'intérêt en dépend.

Le rôle de ce faux ami est complètement inutile; et l'auteur ferait encore bien de le supprimer, quand même il ne serait pas révoltant. Nous ne prétendons pas nous faire ici les avocats de la race humaine ; mais cependant nous croyons qu'un scélérat aussi bas, aussi noir que celui-là, est fort rare ; et que, s'il en existe, il ne peut être permis d'en offrir l'horrible image au public, que lorsqu'il en peut résulter de grands effets.

Le père est enfin délivré par les soins d'un député qui connaît sa probité, et qui a obtenu son élargissement. Il paraît pour recevoir les embrassemens de sa famille. Des questions mutuelles dévoilent bientôt la générosité de Cange, qu'on va chercher pour l'accabler des bénédictions qui lui sont dues. Les auteurs du théâtre de la Cité-Variétés (Armand et Viliers) ont conçu ce sujet d'une manière à-peu-près semblable.

L'action se passe encore ici toute entière dans l'appartement de la femme du détenu ; mais elle commence avant le 9, et finit après. Cange est représenté comme un Auvergnat bien simple, caractère que l'acteur seul (Tiercelin) lui a peut-être donné, à cause du talent particulier qu'il a pour contrefaire les habitans de ce pays. Les enfans ne sont pas aussi intéressans qu'ils pourraient l'être. Ils sont fort jeunes, et n'ont point le langage de leur âge ; en disant leur rôle, ils ont l'air de réciter une leçon, et ce qu'on applaudit chez eux, ce sont les soins qu'on a pris pour la leur enseigner. Mais dans le reste de la pièce, les personnages parlent assez convenablement ; il s'y trouve plus de traits forts ou plaisans que dans celle du théâtre de la République, et même une certaine franchise de style que nous louerons d'autant plus volontiers qu'elle est plus rare. — C'est un des restes de l'ancien régime, que l'habitude qu'ont encore beaucoup d'auteurs dramatiques de mépriser le mot propre le mot de la chose, pour enchâsser leur pensée dans une phrase hors de l'usage commun, qui donne le ton de la déclamation à une idée souvent simple et vraie, et qui serait bien mieux sentie étant plus simplement exprimée.

On voit ici encore un faux ami comme dans l'autre pièce ; mais celui-ci a un caractère de plus : c'est un terroriste, qui prétend user de son influence, pour obtenir de la malheureuse épouse une condescendance coupable ; il n'a qu'une seule scène, et l'on apprend, au dénouement, qu'il a été enveloppé dans le désastre des triumvirs. De manière qu'il sort quelque moralité de ce rôle, et qu'il apprend au peuple à détester de plus en plus ces hommes, qui couvrent du manteau révolutionnaire des vices bas ou atroces, ces hommes

« D'autant plus dangereux, dans leur âpre colère,
Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère. »

Malgré les défauts que nous avons remarqués dans ces deux pièces, elles attendrissent jusqu'aux larmes ; ce qui prouve qu'indépendamment de l'influence d'un sujet aussi touchant, leurs auteurs savent parler à l'ame ; et l'on peut être surpris qu'ils aient fait aussi bien, en aussi peu de tems.

Le héros des deux pièces, le véritable Cange, a assisté aux deux représentations dont nous rendons compte : il y avait été invité par les artistes de ces deux théâtres. A tous les deux, il a été vivement applaudi par le public, qui a voulu qu'il vînt sur le théâtre, recevoir le tribut de l'admiration générale.

D’après la base César, la pièce, de Gamas, a eu 3 représentations, au Théâtre français de la rue de Richelieu, les 30 octobre et 7 et 8 novembre 1794.

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