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Charles le Téméraire, ou le Siége de Nancy

Charles le Téméraire, ou le Siége de Nancy, mélodrame historique en trois actes, en prose et à grand spectacle, de Guilbert de Pixerécourt, musique d'Alexandre Piccinni, décors d'Alaux, 26 octobre 1814.

Théâtre de la Gaîté.

Titre :

Charles le Téméraire, ou le Siége de Nancy

Genre

mélodrame historique

Nombre d'actes :

3

Vers / prose

en prose

Musique :

oui

Date de création :

26 octobre 1814

Théâtre :

Théâtre d ela Gaîté

Auteur(s) des paroles :

R. C. Guilbert de Pixerécourt

Compositeur(s) :

Alexandre [Piccinni]

Décorateur(s) :

MM. Alaux

Chose extraordinaire pour un mélodrame, pas de ballet dans la pièce !

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, 1814 :

Charles le Téméraire, ou le Siége de Nancy, mélodrame historique en trois actes, en prose et à Grand spectacle, Par R. C. Guilbert de Pixerécourt ; Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Gaîté, le 26 octobre 1814. La musique de M. Alexandre  les décors de MM. Alaux.

S’il est beau de louer des vertus étrangères,
Il est doux de chanter la gloire de ses pères.

Journal des arts, des sciences, et de littérature, Volume 19, n° 328 (cinquième année (30 octobre 1814, p. 136-137 :

[Pièce d’un Lorrain célébrant « les grandes actions » de sa patrie. L’analyse de l’intrigue est faite acte par acte. Une place particulière est faite à l’acte II, et à son inondation « d’un bel effet ». On a reproché à la pièce de manquer de certains des ingrédients d’un mélodrame, « ni amour, ni ballet, ni niais », mais le critique répond, sans doute avec un peu d’ironie qu’elle contient bien d’autres ingrédiens indispensables, « un enfant, un pont rompu, deux assauts, des combats, un incendie, une inondation, et un tyran qui meurt d'une espèce de Jeanne d'Arc ». Après une première un peu houleuse, la deuxième représentation a été un franc succès. Si la pièce est jouée avec beaucoup d’ensemble, il faudrait apprendre aux acteurs et actrices ne pas venir demander du pain au Gouverneur en riant. Remède : une amende.]

Charles le Téméraire, ou le Siége de Nancy, mélodrame à grand spectacle, en trois actes.

S'il est beau de chanter des vertus étrangères,
Il est doux de vanter la gloire de ses pères.

Telle est l'épigraphe de la pièce nouvelle, d'où je conclus que M. Guilbert-Pixérécourt est Lorrain..... Cet ouvrage ne peut que l'honorer aux yeux de ses compatriotes dont il célèbre les grandes actions. Quoique établi sur des faits historiques, il fourmille d'invraisemblances ; mais l'héroïsme d'une femme fidèle à la mémoire de son mari, et qui venge sa mort, ne peut qu'intéresser les personnes sensibles et vertueuses qui aiment les choses extraordinaires.

Le premier acte est consacré aux tentatives que fait Léontine (la fille du gouverneur de Nancy), pour enlever son fils du camp de Charles, duc de Bourgogne, qui déjà a fait périr le père.

Au second acte, Charles livre un nouvel assaut, s'empare de la ville de Nancy, jure de mettre tout à feu et à sang, et sur les représentations de Commines, son favori, accorde une trève de quinze heures aux malheureux habitans ; c'est un tigre que l'on conduit comme un agneau.

Au troisième acte, Léontine sauve son père, que menaçaient des assassins envoyés par Charles, et qu'il a fait introduire dans des tonneaux ; elle lâche ensuite une écluse, et noye tous les Bourguignons, à l'exception du duc, qu'elle tue en combat singulier, au pied de l'arbre où son mari a reçu la mort.

Le spectacle du second acte est magnifique, et l'inondation d’un bel effet.

Quelques personnes critiquent sérieusement Charles le Téméraire, parce qu'il n'y a, dans cette pièce, ni amour, ni ballet, ni niais. Jugeant par comparaison, elles donnent la préference au Chien de Montargis. Cependant le Siége de Nancy a de quoi satisfaire les plus difficiles, puisqu’on y voit un enfant, un pont rompu, deux assauts, des combats, un incendie, une inondation, et un tyran qui meurt d'une espèce de Jeanne d'Arc.

La première représentation avait excité quelques murmures pendant le troisième acte ; mais dès la seconde, le succès a été complet.

La pièce est jouée avec beaucoup d'ensemble ; M. Marty et Mlle. Bourgeois méritent surtout des éloges. On a remarqué que l'enfant bâillait souvent, et que les Lorrains et surtout les Lorraines, qui, au second acte, viennent demander du pain au Gouverneur, riaient comme s'ils allaient à une partie de plaisir : c'est un contresens qu'il est facile d'éviter en mettant les coupables à l'amende.

René-Charles Guilbert Pixérécourt, Théâtre choisi de G. de Pixerécourt, précédé d'une introduction, Volume 3, p. 216-223 :

[Pixerécourt est très attentif à promouvoir ses pièces, et il fait figurer dans ce recueil de ses pièces d’une part des articles de journaux parlant de sa pièce, d’autre part des indications concernant la mise en scène de sa pièce. Les articles, positifs, bien sûr, accordent une large place à l’aspect historique de la pièce. Un d’entre eux s’attache à minimiser l’importance des anachronismes et erreurs que la pièce contient. Après avoir donné la parole aux divers critiques, c’est le travail du décorateur que le rédacteur met en avant. Les explications données sont très concrètes : il s’agit d’expliquer comment on peut réaliser les différentes cascades qui donnent à la pièce son aspect de grand spectacle.]

JUGEMENTS DES JOURNAUX.

Gazette de France. — 31 octobre 1814. M. de Pixerécourt, dont l'imagination féconde suffirait pour alimenter tous les théatres du boulevard, vient d'ajouter encore un nouveau fleuron à sa couronne mélodramatique. Le succès de Charles-le-Téméraire surpassera peut-être celui du Chien de Montargis. Les situations les plus terribles se succèdent avec rapidité, et la dernière catastrophe offre un nouvel exemple du sort qui attend les ambitieux.

Charles-le-Téméraire surpassait par sa magnificence tous les souverains de l'Europe ; ses domaines étaient immenses ; la victoire avait longtemps couronné ses armes. Au lieu de laisser respirer ses peuples, il rêvait sans cesse de nouvelles conquêtes ; des guerres injustes soulevèrent les nations contre lui ; il abusa de son bonheur, son bonheur l'abandonna. Son insatiable ambition, sa cruauté, sa mauvaise foi, lui firent perdre en peu d'instants le fruit de tant d'années de travaux : du moins il sut mourir en soldat.

Sous les prétextes les plus frivoles, il avait attaqué René, duc de Lorraine, et s'était emparé de ses états. A peine était-il entré vainqueur à Nancy, en 1475, qu'il déclara la guerre aux Suisses. En vain, ceux-ci lui représentent-ils que tout leur pays ne vaut pas les éperons d'or de ses chevaliers ; Charles poursuit ses projets, et pour les effrayer, il passe au fil de l'épée la garnison de la première place qui tombe en son pouvoir. Cet acte de barbarie annonça le terme de ses prospérités ; les Suisses réunissent toutes leurs forces, et Charles est battu à Granson et à Morat. Le duc de Bourgogne accourt pour défendre sa conquête ; mais la défection d'un de ses généraux décide sa chute. Il s'obstine à combattre ; son armée est enfoncée ; entraîné lui-même par les fuyards, il est précipité de son cheval, et tombe dans un fossé, où il est tué d'un coup de lance porté par une main obscure. Charles avait quarante-quatre ans ; son corps, couvert de boue et de sang, ne fut retrouvé que deux jours après la bataille ; sa tête prise entre des glaçons, était tellement défigurée, qu'on ne le reconnut qu'à la longueur de sa barbe et de ses ongles, qu'il avait laissés croître depuis la défaite de Morat. On montre encore aux environs de Nancy le lieu où se passa cet événement.

Telle est la catastrophe que M. de Pixerécourt a retracée dans la seconde attaque de Nancy. Charles assiége la ville ; les habitants, désolés par la famine, sont réduits aux plus cruelles extrémités ; mais leur haine contre le duc de Bourgogne est portée au plus haut degré par un acte de barbarie dont ce prince vient de se rendre coupable. Au mépris du droit des gens, Charles a fait assassiner Cifron, gendre du gouverneur. Brûlant de se venger, Léontine, épouse de Cifron, s'échappe de la ville, s'introduit dans le camp du Duc, assiste à son conseil sans être vue, et parvient à soustraire à ses recherches son jeune fils, que Charles voudrait aussi sacrifier.

Le second acte se passe dans la ville. Le gouverneur et sa fille exhortent les habitants à la plus vigoureuse résistance. On sonne le tocsin, on bat la générale ; hommes, femmes, enfants, tous travaillent à la défense commune ; les uns trainent des canons, les autres apportent des fascines, les plus faibles roulent des barils de poudre. Le canon de l'ennemi se fait entendre ; l'attaque commence, les maisons s'écroulent, Charles est vainqueur. Nouvel Attila, il parait au milieu des flammes et de la fumée. Il aurait grande envie de faire massacrer tout le monde ; mais cédant aux prières de Philippe de Commines, il se contente de faire décimer les habitants. On procède sur la scène au choix des victimes. Ici, le pathétique est à son comble ; mais ce n'est rien encore, Charles veut faire périr le fils de Léontine : il ordonne qu'on l'attache à un poteau, et qu'on braque un canon sur lui. Commines prie de nouveau, et Charles accorde quinze heures de répit ; consent même à envoyer des vivres aux habitants. Charles se retire donc sans avoir fait de mal à personne. Mais bientôt une nouvelle trahison des Bourguignons, dont l'auteur du mélodrame paraît avoir pris l'idée dans l'histoire des quarante voleurs des Mille et une nuits, amène de nouveaux incidents et de nouveaux périls. La trêve est rompue, l'attaque recommence ; les Bourguignons sont repoussés. On les voit poursuivis et précipités dans des terrains marécageux qui ont été inondés par un stratagème de Léontine. Charles, battu sur tous les points, séparé de son armée, est attaqué par cette héroïne et tombe sous ses coups.

Les décorations sont admirables et font le plus grand honneur au machiniste.

C'est Lafargue qui joue le rôle de Charles ; sa voix ténébreuse, son maintien fier et terrible conviennent bien à ce rôle. Melle Bourgeois représente Léontine ; elle a beaucoup d'énergie et se bat avec une adresse surprenante.

COLNET.

Journal des Arts. 31 Octobre 1814.

Le mélodrame sans niais, sans ballets et sans amour : voilà à coup sûr un tour de force auquel on ne s'attendait pas aux Boulevards. Il n'appartient qu'à un auteur qui compte ses succès par ses ouvrages, et qui a reculé les bornes du mélodrame, d'opérer un pareil prodige. Quoi, dira-t-on, point de danses ? — pas le plus petit entrechat ? — point de niais ? — Celui qui remplit l'emploi en chef est chargé du rôle d'un brave soldat, rôle qu'il remplit à merveille. — Mais, enfin, il faut nécessairement de l'amour ; car l'amour est l'âme des pièces de théâtre ; c'est la vie des mélodrames. J'en conviens ; cependant, point d'amour ; l'auteur est parvenu à s'en passer, il lui a substitué l'héroïsme, et c'est une femme qui en est le modèle.

De quoi n'est point capable une femme, quand elle est animée par l'honneur, quand elle a son époux à venger et son fils à sauver. Telle est la position de Léontine. Elle est enfermée avec son père, Gérard Daviller, dans Nancy qui est assiégé par Charles, duc de Bourgogne, surnommé le Téméraire. La place est réduite aux dernières extrémités : mais Léontine et Gérard ont résolu de mourir plutôt que de se rendre. Léontine, à la faveur d'un déguisement, s'est introduite dans le camp des ennemis ; elle a assisté, sans être vue, au conseil de Charles, et là, elle a appris que le duc René venait au secours de Nancy, avec une armée de douze mille Suisses. Ce n'est pas tout, ce qui est bien consolant pour le cœur d'une mère, elle a enlevé son fils qui était entre les mains de son plus cruel ennemi : chargée d'un si doux fardeau, elle rentre dans Nancy, au moment où un envoyé de Charles, avec une lettre supposée de René, engageait les Lorrains à se rendre. Démasquer l'imposture, montrer son fils aux assiégés, donner une nouvelle face aux affaires, n'est pour elle qu'un instant.

Cependant, Charles, pour prévenir le secours qui va défendre Nancy, fait attaquer la ville. Ici commence un siége régulier : le bruit des armes, le feu de l'artillerie, des bombes et de la mousqueterie, le tocsin, le roulement des tambours, les préparatifs d'attaque et de défense, tout retrace un siége véritable ; après une longue et vigoureuse résistance, la place est emportée d'assaut. C'est alors que Charles-le-Téméraire va tirer un vengeance exemplaire de la longue opiniâtreté des assiégés ; il ordonne que les habitants soient passés au fil de l'épée. Cependant, à la prière de Philippe de Commines, il consent à commuer la peine ; ils ne seront que décimés ; mais sa première victime doit être le fils de Léontine. Il le fait attacher à un poteau, un canon est braqué, il va périr : c'est alors que l'amour maternel s'avise d'un stratagème pour sauver une seconde fois la vie à son fils.

Je ne veux pas aller plus loin dans l'analyse de ce nouveau mélodrame, j'en ai dit assez pour inspirer un vif désir de le voir ; j'ajouterai que les décorations sont magnifiques, et que l'administration n'a rien épargné de ce qui peut augmenter la pompe du spectacle.

Lafargue, le meilleur acteur des Boulevards, est chargé du rôle de Charles; il le remplit avec noblesse et dignité. Mlle Bourgeois met beaucoup de chaleur et d'énergie dans le rôle de Léontine. Marty s'est distingué dans celui de Philippe de Commines.

DUSAULCHOY.

Journal Royal. 51 Octobre 1814.

Charles-le-Téméraire, le-Hardi, le-Terrible (l'histoire lui accorde tous ces noms), dernier rejeton de la maison de Bourgogne, se rendit célèbre dans le quinzième siècle, par son ambition et les excès auxquels il se porta. Il avait conçu le projet de se rendre indépendant, en faisant ériger ses états en royaume, sous le titre de royaume de Bourgogne, et, pour l'exécuter plus facilement, il chercha à s'emparer de toutes les places du Rhin jusqu'à Bâle. Il obtint d'abord quelques succès ; mais bientôt il éprouva des revers, et le 5 janvier 1477, il trouva la mort au siége de Nancy, ayant été trahi par Campo-Basso, napolitain. Dans le mélodrame de M. de Pixerécourt, Charles-le-Téméraire reçoit la mort de la main d'une femme. Cette femme est Léontine, épouse de Cifron qui a été pendu par les ordres du duc de Bourgogne.

Le siége est devant Nancy. Le fils de Cifron est au pouvoir de Charles qui se propose, pour avancer ses affaires, d'envoyer la tête de cet enfant à Daviller, gouverneur de la ville et grand-père de ce petit infortuné. Il fait froid, et l'on juge bien qu'il faut se chauffer dans le camp de Charles, comme ailleurs ; des bûcherons apportent du bois, et parmi eux se trouve Léontine, qui a pris le déguisement d'une des femmes de ces braves gens. Charles tient son conseil ; elle y assiste sans être vue, et, après beaucoup de tourments, d'inquiétudes et d'alarmes, elle parvient à sauver son fils, en le cachant dans un fagot qui se trouve disposé pour cela.

Au deuxième acte, on est dans la ville. Bientôt le canon se fait entendre ; on se défend vigoureusement ; mais, enfin, Charles est vainqueur. Il arrive sur la scène, ne respirant que le carnage et la barbarie ; il annonce qu'il fera massacrer tous les habitants ; Philippe de Commines le conjure de ne point se souiller d'un aussi grand crime ; il obtient seulement que les habitants ne seront que décimés. Le choix se fait sur la scène. Pour commencer par un exemple frappant, Charles fait attacher le fils de Léontine à un poteau et ordonne de braquer un canon sur lui. Impatient, irrité de la lenteur de l'exécution, il s'approche lui-même du canon et va y mettre le feu, lorsque Commines supplie de nouveau, et porte Charles à accorder une trève de quinze heures.

Charles s'est repenti, en rentrant dans son camp, d'avoir cédé aux instances de Commines; mais il a promis d'envoyer des vivres aux assiégés, et il ne peut manquer à sa promesse. Ses affidés s'offrent pour pénétrer dans la ville, et se cachent dans des tonneaux ; ils y pénètrent en effet, et sont découverts au moment même où ils vont s'emparer des clefs de la ville, qui sont dans la chambre du gouverneur. Cependant, la trêve expire. Le siége recommence, les Bourguignons sont repoussés, et ils sont précipités dans l'étang St.-Jean, que Léontine a fait remplir. Charles, qui se trouvait séparé de son armée, arrive précisément pour être vaincu par Léontine. Cette héroïne a pris l'armure et les habits d'un chevalier ; elle en avait déjà le courage. Le combat est terrible, Charles succombe enfin, et reconnaît en mourant sa redoutable ennemie. Ce mélodrame aura le plus grand succès ; il réunit, au plus haut degré, tout ce que les amateurs du genre aiment à y trouver, beaucoup d'énergie, du bruit, de la fumée, des changements de décorations, un oppresseur et une opprimée, et mille autres qualités dont l'énumération serait trop longue.

Lafargue, qui remplit le rôle de Charles, saisit bien ce caractère sombre et farouche. Marty s'acquitte fort bien du rôle de Commines ; Melle Bourgeois, dans celui de Léontine, s'est un peu corrigée de sa volubilité. Les connaisseurs ont remarqué qu'elle se bat fort bien. On a couru au théâtre de la Gaîté pour voir le Chien de Montargis ; on y courra maintenant pour voir et entendre un enfant qui joue avec une intelligence rare à cet âge, le rôle du fils de Léontine.

MARTAINVILE.

La Quotidienne. — 51 octobre 1814.

Charles, dit le Hardi, le Téméraire, après avoir rempli l'Europe du bruit de ses sanglantes victoires, vient mettre le siége devant Nancy. Mais cette ville, gouvernée par un homme fidèle à la cause de René II, résiste assez longtemps pour être secourue et délivrée. René, à la tête de douze mille Suisses, fait lever le blocus, bat les assiégeants et réduit Charles à un tel désespoir, que la mort est son seul refuge. Charles périt dans l'étang Saint-Jean.

M. de Pixerécourt, Lorrain lui-même, a pris ce trait pour le sujet de sa pièce.

Il ne faut pas faire un crime à l'auteur d'avoir blessé quelquefois la vérité historique : une comédie, un vaudeville, un mélodrame ne sont point des annales ; c'est un insupportable pédantisme que celui de certain censeur qui relève gravement des anachronismes dans un genre d'ouvrage où l'on ne va chercher que du plaisir. L'administration du théâtre de la Gaîté n'a rien épargné pour monter avec splendeur celui dont nous parlons

La pièce entière a produit un effet prodigieux.

Les auteurs sont, M. de Pixerécourt, pour les paroles, M. Alaux, pour les décors, et M. Alexandre Piccinni pour la musique.

MERLE.

DÉCORS ET COSTUMES.

Les costumes sont, pour les Bourguignons, des armures complètes, en fer. Les Lorrains sont vêtus en chevaliers, avec une croix de Lorraine devant et derrière.

Le fagot que porte Léontine est creux, en osier, et recouvert de branches longues et menues. On y a pratiqué une petite porte du côté opposé aux bretelles, de manière que dans la scène XVII, quand Léontine pose son fagot sur une table placée dans la tente près de la coulisse, on escamote l'enfant par cette petite porte, et l'actrice se trouve ainsi débarrassée d'un poids qui la gênerait beaucoup pour le passage du ravin.

Il est utile aussi de développer le mouvement qui finit l'acte. La planche que l'acteur arrache de la palissade n'est pas la même sur laquelle passe Léontine. Celle-ci, plus épaisse, se trouve tout équipée et boulonnée sur le plancher qui mène au ravin. Elle est trouée, par le milieu, dans la longueur et presque d'un bout à l'autre, de manière qu'on peut la tirer ou la repousser sans qu'elle change de direction, puisqu'elle est maintenue par le boulon de fer. On a imaginé ce moyen, pour diminuer la charge qui pèserait sur la tête de Thierry. Dans le cas où cet acteur serait d'une taille médiocre , au lieu de baisser le plancher qui mène au ravin, on placera dans l'eau une pierre sur laquelle il montera.

Le moyen, qui semble effrayant de faire descendre Léontine de dessus le balcon, ou plutôt le toit, est fort simple. Elle pose le pied droit sur un étrier de fer scellé à un fort battant maintenu dans un coulisseau faisant l'angle de la maison, et qui monte et descend à volonté, au moyen d'une guinde que le machiniste, placé dans la maison, ne lâche qu'autant que l'actrice le lui dit. Elle passe son bras droit dans un crochet de fer arrondi et attaché en haut de ce même battant. On comprend bien que l'étrier et le crochet sont à demeure, par conséquent, très-solides. C'est le battant seul qui, en glissant dans le coulisseau, fait monter ou descendre la personne placée sur l'étrier. L'actrice paraît suspendue par le bras à une draperie. Ainsi, l'on produit, sans le moindre danger, un effet prodigieux, et qui augmente en raison de l'élévation. A Paris, le plancher d'où l'actrice descend est à quatorze pieds.

Indépendamment des bandes d'eau que l'on fait venir de dessous à Paris, on a encore employé un moyen fort simple et à la portée des théâtres qui ne sont pas machinés. Ce sont de petits rideaux peints, d'un pied de haut et représentant de l'eau. Ils sont plissés dans les coulisses de droite, et on les tire à la fois avec des fils d'appel derrière les roseaux, ce qui figure très-bien l'effet d'une digue qui se rompt.

A Paris, les Bourguignons qui viennent à l'assaut, ne sont vus qu'à moitié du corps, parce que le théâtre étant machiné d'un bout à l'autre, ou à peu près, on a pu lever les trappes, et pratiquer dans le dessous, à chaque rue, un plancher surbaissé de deux pieds. Quelques théâtres pourront produire le même effet; mais dans ceux où les trappes ne seront pas mobiles, on fera avancer les hommes à genoux, cachés par les roseaux : l'effet sera le même.

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