Le Capitaine Laroche

Le Capitaine Laroche, comédie en un acte et en prose, de Dumersan et Georges Duval, 21 janvier 1806.

Théâtre de l'Impératrice.

Almanach des Muses 1807.

Comédie retirée après la premiere représentation.

Courrier des spectacles, n° 3279 du 22 janvier 1806, p. 2 :

[Compte rendu d'une extrême sévérité : la pièce proposée est nulle, au point de conduire à la défaite un officier français. Certes ce capitaine est aveugle, mais l'auteur l'est encore plus : il n'a pas vu la « multitude d’inconvenances, de trivialités et d’inepties » que sa pièce comporte. L'auteur n'a pas été nommé, mais l'allusion aux Sapajous ne laisse aucun doute : elle est de Dumersan.. Le critique se refuse à imposer à sa plume l'analyse de « tant de niaiseries plattes et absurdes ».]

Théâtre de l’Impératrice,

Le Capitaine Laroche.

Ce n’est qu’au théâtre, et sous la conduite d’un mauvais auteur qu’un capitaine Français peut essuyer une défaite. Celle du Capitaine Laroche a été complette ; il est vrai que l’auteur l’a supposé aveugle ; mais il est à présumer qu’il l’est beaucoup plus lui-même, puisqu'il n’a pas reconnu cette multitude d’inconvenances, de trivialités et d’inepties qui défigurent partout son ridicule ouvrage. Un proverbe ancien dit : Ne sutor ultra crepidam Quand on est né pour produire des Sapajous, il faut rester dans sa sphère, et ne pas forcer son naturel.

Ce seroit faire trop d’honneur à la plus misérable des rapsodies que d’en entreprendre l’analyse La plume se refuse à retracer tant de niaiseries plattes et absurdes.

Courrier des spectacles, n° du 23 janvier 1806, p. 2 :

[L'échec de sa pièce n'a pas servi de leçon à Dumersan, et il a voulu défendre son œuvre, écrite en commun avec Georges Duval. Le critique du Courrier des spectacles lui répond avec une plume trempée dans l'acide : il ne sait pas «écrire (ni grammaire, ni orthographe), et il se voit comparé à un « petit écolier […] hargneux et mutin ». L'allusion aux Quinze-Vingt rappelle que le personnage du capitaine Laroche est aveugle dans la pièce.]

Théâtre de l'Impératrice.

Le Capitaine Laroche.

J’avois annoncé que je ne reviendrois pas sur cet ouvrage ; mais je dois une petite leçon à l’auteur. Il y a quelque tems que j’avois cru pouvoir lui donner quelques avis paternels Je l’engageois, par exemple, à profiter de l’emploi qu’il remplit pour apprendre suffisamment le français et l’ortographe. Je lui conseillois de lire de bons ouvrages pour meubler sa tête d’idées utiles ; je l’exhortois à réfléchir avant que d’écrire, si cela lui étoit possible ; j’essayois de lui persuader qu’on devoit être modeste, même avec beaucoup de talens ; mais qu’on étoit strictement obligé de le devenir quand on étoit pauvre d’esprit et privé de lumières. M. Dumersan (car c’est de lui qu’il s’agit ici) n’a pas profite de ces bons conseils ; il a continué à écrire en dépit du goût et de la raison.

Après avoir profané nos plus humbles tréteaux par les plus désastreuses rapsodies, il s’est émancipé jusqu’à vouloir monter sur le Théâtre de Louvojs , et c’est lui qui s’y est présenté hier sous le nom du Capitaine Laroche. Si M. Dumersan eût été sage, il se seroit humilié devant son auditoire, qui l’a si universellement baffoué ; il auroit regardé comme un honheur [sic] de ne pas être connu, et se seroit applaudi de son incognito. Mais M. Dumersan aime la célébrité ; il a voulu nous apprendre lui-même qu’il étoit auteur de l’espèce de Quinze-Vingt qu’il a amené si ridiculement sur la scène. Il est venu nous temoigner son horrible mécontentement du jugement que nous avions porté de son ouvrage. Ce petit écolier paroit hargneux et mutin Comme il n’entend pas le sens et la portée d[lacune] il s'expose à chaque instant à balbutier beaucoup d’inepties. Il faut l’en avertir une seconde fois, et l’engager à calmer les irritations de son petit cerveaux, à étudier sa grammaire de Wailly et la Civilité puérile. S’il dédaigne ces avis, nous sommes fâchés de lui dire qu’il est décidément perdu pour les arts et qu’il court risque de remplir complettement sa destinée, qui paroit l’appeler à reculer les limites de la sottise.

S.          

Mercure de France, tome vingt-troisième (1806), n° CCXXXVI (Samedi 25 janvier 1806), p. 175 :

Le théâtre de l'Impératrice a donné, mercredi dernier, la première représentation d'une comédie en un acte, intitulée le Capitaine Laroche. On espère, pour l'honneur de ce théâtre, qu'elle n'y reparoîtra plus.

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