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Les Deux Lions ou Monsieur Vinfort

Les Deux Lions, ou Monsieur Vinfort, comédie-vaudeville en un acte, de Barré, Picard, Radet et Desfontaines 2 octobre 1810.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Deux Lions, ou Monsieur Vinfort

Genre

comédie-vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers ou prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

2 octobre 1810

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Barré, Picard, Radet et Desfontaines

Almanach des Muses 1811.

Œuvre de Picard associé au trio Barré, Radet et Desfontaines, les Deux Lions, ou Monsieur Winfort. (Biographie universelle ancienne et moderne, tome XXXIII, p. 178).

Mercure de France, tome quarante-quatrième, n° CCCCLXXXII du samedi 13 octobre 1810, p. 424-425 :

[Le début du compte rendu donne l’analyse du sujet, un vaudeville très classique, avec tous les ingrédients de ce type de pièces populaires, en privilégiant le point central naturel d'une intrigue de vaudeville, le mariage d'un jeune couple d'amants, nécessairement rendu difficile par la rivalité entre le père et la mère de la jeune fille, chacun ayant son prétendant favori, celui du père étant le préféré de la jeune fille. Tout finit par le mariage prévu. Mais ce point central laisse de côté ce que le titre indiquait : deux auberges dont les propriétaires sont rivaux, et qui vont servir de lieu de bataille pour les deux clans, jusqu’à la réconciliation finale, puisque dans le vaudeville tout finit bien, toujours. Puis, de façon plus originale, le critique choisit de ne pas choisir : le succès a été disputé, les uns ont applaudi ce que les autres ont sifflé, mais les auteurs ont été nommés, « signe de succès », mais signe « devenu un peu équivoque » (que de précautions !). L’avis du critique ? les Deux Lions « ne doivent pas se tenir pour battus », « ils réussiront complétement à leurs prochaines tentatives ». Tout le monde a compris ?]

Théâtre du Vaudeville. – Les Deux Lions, ou M. Vin,fort, comédie-vaudeville en un acte, de MM. Barré, Picard, Radet et Desfontaines.

Les quatre auteurs de Lantara satisfaits de leur association se sont réunis de nouveau, et viennent de donner, en compagnie, les Deux Lions, ou M. Vinfort.

La scène se passe à Pantin ; M. Vinfort est un employé au canal de l'Ourq : il a une fille nommée Rose, dont le mariage est, suivant l'usage, le sujet de ce vaudeville nouveau. Deux prétendans aspirent à sa main ; Dufleuret, maître d'armes d'un régiment, est protégé par son père ; Dutrot, commis à cheval dans les droits réunis, est soutenu par Mme Vinfort. Dufleuret est aimé de Rose ; mais Vinfort est une espèce de Cassandre qui n'ose résister à sa femme lorsqu'il est à jeun, et l'on voit que jusqu'ici les avantages des deux rivaux se balancent. En effet, il n'y a point eu de décision de prise tant que les choses sont demeurées en cet état : mais Dufleuret étant parti pour l'armée, Dutrot a obsédé Mme Vinfort. La bonne dame a réduit son faible mari à l'obéissance, et l'on doit enfin se réunir à Pantin, chez la veuve Ledru, à l'auberge du Lion-d'Or, pour la signature du contrat. Mme Vinfort et Dutrot s'y rendent les premiers avec le notaire, et l'on n'attend plus pour terminer que M. et Mme Vinfort.

En face de l’Auberge du Lion-d'Or, est celle du Lion·d'Argent, tenue par Brin d'Amour, ci-devant premier garçon chez Mme Ledru ; Brin d'Amour aspirait à devenir le troisième mari de la tendre veuve ; mais n'ayant pu y parvenir, il s'est établi en face de son ancienne maîtresse, et de-là vient la rivalité des deux lions.

Dufleuret, qui a obtenu un congé, arrive à Pantin chez son ami Brin d'Amour ; ils tiennent conseil pour rompre le mariage de M. Dutrot, et lorsque M. Vinfort arrive enfin au rendez-vous avec sa fille, on lui persuade que sa femme l'attend au Lion-d'Argent. Il y trouve Dufleuret qui lui rappelle sa promesse ; M. Vinfort penche toujours pour lui ; mais pour le faire vouloir il faut le faire boire, et c'est de quoi s'occupent aussitôt Brin d'Amour et Dufleuret. Ils lui versent à l'envi du caractère, et à la fin de la seconde bouteille, M. Vinfort retrouve toute sa vigueur. Il fait substituer, sur le contrat, le nom de Dufleuret à celui de Dutrot, et lorsque Mme Vinfort rejoint la compagnie, elle trouve sa fille mariée ; elle entre d'abord dans une violente colère, elle veut soutenir les droits de son protégé ; mais Dutrot, que son rival vient d'effrayer par une scène de matamore, renonce lui-même à ses prétentions, et Mme Vinfort se console de perdre un gendre aussi poltron. Mme Ledru, apparemment pour faire partie carrée, épouse aussi Brin d'Amour.

Les spectateurs ont exprimé, chacun à leur manière, l'impression que M. Vinfort avait faite sur eux, je ne vois pas pourquoi les journalistes ne jouiraient pas du même privilége : les uns ont annoncé que M. Vinfort avait été applaudi, et ils ont raison ; les autres ont dit qu'il avait été sifflé, et ceux-là ont encore raison. Il resterait maintenant à apprendre aux lecteurs lequel des deux partis a remporté la victoire, ou des siffleurs ou des applaudisseurs. Tout ce que nous pouvons leur dire, c'est que les auteurs ont -été nommés. C'est toujours un signe de succès, mais qui malheureusement est devenu un peu équivoque.

Après avoir impartialement rendu compte de la première représentation de M. Vinfort,qu'il me soit permis de dire aussi mon opinion : je pense que les Deux Lions, quoique un peu effarouchés de la réception que le parterre leur a faite, ne doivent pas se tenir pour battus, et qu'ils réussiront complétement à leurs prochaines tentatives.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome XI, novembre 1810, p. 284-289 :

[Un bon vaudeville, par le trio roi de ce genre de théâtre (il manque curieusement le nom de Picard, associé à cette pièce). Tout est du plus pur classicisme en matière de vaudeville : non pas une auberge, mais deux, des rivalités commerciales et plus encore amoureuses, des personnages ridicules, un contrat de mariage en blanc, et qui est rempli par un personnage à qui le vin a fait perdre sa lucidité, mais qui arrange bien tout le monde. Un seul regret, que la pièce se prolonge par des éléments qui ne sont pas jugés utiles. La signature du contrat de mariage aurait dû constituer le dénouement. Cette prolongation a irrité le public, et il a failli empêcher que les auteurs soient nommés. « C'est dans le plan de cet ouvrage qu'est son principal défaut. » Sinon, des personnages « fort bien dessinés » et fort bien interprétés, un dialogue naturel, des couplets « gais, spirituels, exempts d'affectation, de jeux de mots et dans le véritable genre du Vaudeville ». Certes on peut trouver un peu trop libre le ton général de la pièce, mais c’est faire preuve d’une bien grande sévérité. Et le problème du plan mal conçu est plus difficile à corriger que « quelques mots à retrancher ».]

Les Deux Lions, ou M. Vinfort, comédie-vaudeville en un acte, de MM. Barré, Radet et Desfontaines.

Les Deux Lions du Vaudeville ne doivent effrayer personne ; ce sont tout simplement les enseignes de deux cabarets tenus à Pantin, l'un au Lion d'or et l'autre au Lion d'argent, par Mme. Ledru et Brind'amour, ci-devant son premier garçon, qu'elle a refusé d'épouser en troisièmes noces. C'est pour se venger d'elle que Brind'amour a élevé autel contre autel ; le sien c'est pas encore aussi achalandé que celui de la courageuse veuve. Nous apprenons au lever de la toile qu'il n'attend qu'une espèce de noce pour le lendemain, et Mme. Ledru attend le jour même une noce véritable. Nous apprenons aussi que cette noce véritable est celle de M. Dutrot, commis à cheval dans les droits réunis, avec Mlle. Rose Vinfort, fille de M. Vinfort, un des principaux employés du canal de l'Ourcq. Cette union n'est pas du goût de Brindamour ; il regarde avec raison M. Dutrot comme un imbécille, et il est depuis long-temps l'ami d'un certain M. Dufleuret, amant préféré de Mlle. Rose, et de plus sergent et maître en fait d'armes dans le 32e. régiment. M. Vinfort lui avait bien promis la main de sa fille ; mais Dufleuret fut obligé de rejoindre sa garnison , et Mme. Vinfort a profité de son absence pour lui substituer son protégé Dutrot. Ce petit triomphe ne lui a pas coûté beaucoup de peine. Son mari est une espèce de Cassandre, qui ne prend un peu de courage que lorsqu'il a bu beaucoup de vin, et Dufleuret n'était plus là pour lui en verser, comme Brind’amour l'observe avec beaucoup de justesse.

Après ces premiers éclaircissemens donnés dans une scène fort gaie et même un peu leste entre Brind'amour et Mme. Ledru ; après une seconde scène non moins plaisante où Dutrot répète les leçons d'escrime qu'il a prises depuis trois mois pour être en état de faire tête à Dufleuret lorsqu'il reviendra de l'armée, l'action commence à marcher. Mme. Vinfort arrive la première avec Dutrot et un clerc de notaire chargé de rédiger le contrat ; M. Vinfort doit arriver avec sa fille par une autre route ; et pour les attendre plus commodément, on entre au Lion d’or. Brind'amour observe tout d'un air inquiet ; mais au lieu du bonhomme Vinfort, c'est son ami Dufleuret qu'il voir paraître. Il l'instruit de tout ce qui se passe, et le bouillant Dufleuret ne parle d'abord que de pourfendre son rival.

Brind'amour calme sa colère, l'engage à garder au moins ce parti violent pour le dernier, et à profiter auparavant de tous les moyens que les circonstances pourront £aire naître. Dufleuret s'y détermine et il n'attend pas longtemps.

Vinfort arrive avec sa sœur et l'aimable Rose. Il ne se souvient plus bien clairement si c'est au Lion d'or, ou au Lion d'argent qu'est fixé le rendez-vous ; et l'on sent que Brind'amour tourne bientôt cette incertitude à son avantage. Dufleuret se présente d'abord à Rose ; puis s’adressant à M. Vinfort, il lui rappelle sa parole ; et Brind'amour vient au secours de son ami, une bouteille à la main. Si l'éloquence de Dufleuret a peu d'empire sur le bonhomme, le vin de Brind'amour en a beaucoup. A chaque verre que Vinfort avale, son hésitation diminue, son courage augmente ; il fait enfin le vœu d'être maître à la maison. Pendant cette scène, Mme. Vinfort et Dutrot, impatientés de l'attendre, sont allés au-devant de lui par deux chemins différens ; le clerc de notaire, resté seul au Lion d'or, s'ennuie à son tour de ne voir revenir personne : il sort un moment pour voir ce qui se passe, et aussi tôt la société du Lion d'argent s'empare de lui. Il tient à la. main le contrat où il ne manque plus que les noms et prénoms du futur époux ; et M. Vinfort, fort en effet du vin qu'il a bu, de la présence de ses amis et de l'absence de sa femme, oblige le clerc de remplir le vide des noms de M. Dufleuret.

Il est fâcheux que l'intrigue de la pièce n'ait pas été arrangée de manière que cette scène pût en être le dénouement ; celles qui suivent l'éloignent sans nécessité et n'ont pas été entendues sans impatience. En effet, le contrat une fois signé par les deux époux et par le père, le consentement de Mme. Vinfort et 1a résignation de Dutrot n'étaient pas des choses assez importantes pour soutenir l'attention et l'intérêt des spectateurs. L'un et l’autre s'obtiennent d'ailleurs d'une manière qui n'est ni bien neuve, ni bien piquante. Dufleuret fait peur à Dutrot, qui, malgré ses leçons d'escrime, ne se croit plus en état de lui disputer la main de Rose; et Mme. Vinfort, choquée de sa poltronerie, renonce elle-même à le protéger. Pour terminer la pièce à la satisfaction d'un plus grand nombre de personnages, on a fait suivre cette réconciliation et ce mariage de la réconciliation et du mariage de Mme. Ledru avec Brind'amour. Mais le public, qui avait oublié leur brouillerie depuis les. premières scènes, n'y a pas pris beaucoup de part. Des sifflets se sont fait entendre, et l'on a même eu quelque peine à faire nommer les auteurs.

C'est dans le plan de cet ouvrage qu'est son principal défaut. Il est digne, dans tout le reste, de la réputation de MM Barré , Radet et Desfontaines. La plupart des personnages, Vinfort, Dufleuret, Dutrot, Mme. Ledru, sont des originaux fort bien dessinés et joués à merveille par Chapelle , Séveste , Joly et Mme. Duchaume. Le dialogue est naturel. Les couplets sont gais, spirituels, exempts d'affectation, de jeux de mots et dans le véritable genre du Vaudeville. Les censeurs austères trouveront peut-être le ton général de la pièce un peu trop libre ; mais nous avouerons qu'à ce théâtre nous n’y regardons pas de si près. Nous ne voyons dans tout l’ouvrage que quelques mots à retrancher et cela sera bien facile. Nous voudrions qu'il ne fût pas plus difficile de corriger les défauts du plan.                      G.

Mémorial dramatique ou Almanach théâtral pour l’an 1811 (Ve année), p. 158-159 :

[Compte rendu sans surprise : un résumé de l’intrigue (qui commence toutefois par Brin d’Amour, qui n’est pourtant pas de façon évidente le centre de l’intrigue) qui montre une intrigue de vaudeville d’un absolu classicisme, une phrase constatant le succès. Presque pas de point de vue critique.]

LES DEUX LIONS, ou M. Vinfort, vaudeville en un acte, par MM. Barré, Picard, Radet et Desfontaines. (2 octobre.)

Brin-d'Amour, long-tems garçon dans l'auberge de Mad. Ledru, a quitté le Lion d'or, et s'est établi vis-à-vis, au Lion d'argent. Un repas de noce se prépare chez la veuve, au Lion d'or. Mlle. Vinfort, fille d'un employé au canal de l'Ourcq, doit épouser M. Dutrot, commis voyageur à cheval. Ce mariage se fait par l'autorité de Mad. Vinfort, qui protège M. Dutrot ; le mari eût préféré M. Dufleuret, maître en fait d'armes d'un régiment. Ce spadassin est aussi l'amant chéri de la fille et l'intime ami de Brin-d'Amour. Cet aubergiste voit avec le même chagrin le tort que l'on fait à son auberge et à son ami ; il est furieux qu'un autre que lui soit chargé du repas, et que Mlle Vinfort épouse un autre que Dufleuret ; mais la volonté de Mad. Vinfort s'accomplit : son mari n'est homme que quand il a bu, et Mad. Vinfort l'empêche de boire ; la famille de M. de Vinfort, qui doit se rassembler au Lion d'or pour la signature du contrat, se sépare en chemin. La mère, avec son gendre M. Dutrot, arrive la première. La fille vient ensuite d'un autre côt », avec sa tente et son père ; ils ne savent pas trop bien où est le rendez-vous, ils entrent au Lion d'argent pendant qu'on les attend au Lion d'or. On fait boire M. Vinfort ; en buvant il prend du caractère. Ce Cassandre si soumis se change en despote ; il rompt de son autorité le mariage de sa fille avec M. Dutrot ; il force le notaire de substituer le nom de Dufleuret à celui de Dutrot. Voilà les amans mariés sans que Mad. Vinfort en sache rien. Il s'agit d'avoir son consentement, Dufleuret menace son rival d'une mort certaine, s'il ne dispose Mad. Vinfort à ratifier ce changement de gendre. Dutrot n'a pas besoin pour cela d'étaler son éloquence ; il lui suffit de montrer sa poltronnerie. Mad. Vinfort comptait que son protégé soutiendrait son choix à la pointe de l'épée ; quand elle ne voit en lui qu'un lâche, elle se tourne vers le brave Dufleuret et lui accorde sa fille. Le mariage de M. Dufleuret et de Mlle. Vinfort fait faire des réflexions à la veuve le Dru ; son cœur altier se résoud [sic] à plier sous le joug de l'hymen. Le fier Brin-d'Amour devient le maître du Lion d'or, et les deux noces réunissent les deux auberges.

Cette pièce, qui est fort amusante, a eu beaucoup de succès.

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