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Le Gâteau des rois (Destival, Valcour)

Le Gâteau des rois, opéra allégorique, en un acte, de Destival et Plancher de Valcour. 5 janvier, l'an quatrième de la liberté [5 janvier 1792].

Théâtre patriotique.

Eugène Jauffret, le Théâtre révolutionnaire (1789-1799), Paris, 1869, p. 153-155 :

[Jauffret analyse la pièce de Destival et Valcour, en affirmant d'emblée qu'elle n'est pas sur le ton des Étrennes de la mère Duchesne, qualifiée de pièce royaliste. Les auteurs ont choisi de passer par une belle allégorie destinée à « réveiller le feu endormi du patriotisme ». Jauffret reproduit leur déclaration d'intention : non pas faire renaître les violences des années récentes, mais persuader du danger que court la Révolution (« l'État est en danger »). Ce gâteau des rois, c'est la fête de l'épiphanie, et le gâteau apporté contient une fève nouvelle, chaque part contenant un bonnet rouge. La pièce s'achève par l'affirmation, par la Liberté, de l'avenir mondial de la Révolution : « Du Danube aux rives du Tage / On imitera les Français. ».]

Le Gâteau des rois, opéra allégorique en un acte, de Destival et Valcour, représenté le 5 janvier, avait été inspiré par un tout autre esprit. Les auteurs s'étaient proposé de réveiller le feu endormi du patriotisme. Le but était noble et digne de la poésie ; le tort qu'ils eurent fut d'avoir montré derrière la muse le spectre des discordes civiles.

« On va dire, s'écrient-ils, que nous voudrions que toutes les lanternes fussent garnies de victimes, et que les processions de têtes coupées recommençassent. Non. Nous ne demandons point que de pareilles scènes se renouvellent. Nous ne serions point fâchés que de grands coupables, que des ministres perturbateurs, que des embaucheurs perfides tombassent sous le fer des lois, parce que les lois seules ont le droit de frapper. Nous voudrions que chaque Français se persuadât que l'État est en danger ; que nos ennemis sont de deux espèces, intrà muros, extrà muros. Les premiers sont ceux qui vivaient des abus que la constitution a détruits. Depuis le simple marchand jusqu'au duc et pair la chaîne se prolonge. Les seconds sont désignés depuis longtemps sous le nom d'émigrés. Leur foyer est à « Coblentz.

La pièce ainsi caractérisée, les auteurs ont placé la scène sur les débris de la Bastille, et choisi pour personnages la Liberté, l'Égalité, Mars, des esclaves, et les génies des peuples de l'Europe. Un homme contemple les ruines de cette forteresse, et chante les vers suivants :

La Liberté, captive trop longtemps
Sous les remparts de la Bastille,
De l'univers, en dépit des tyrans,
Ne fera plus qu'une famille.

Tout à coup le ciel s'obscurcit. Le tonnerre gronde. Huit esclaves, sous le costume des différents peuples, s'avancent chargés de chaînes.

            Liberté ! Liberté !
Viens nous soustraire à l'esclavage.

L'orage se dissipe. La Liberté paraît. Les chaînes tombent. Sous le costume de Mars, qui est celui de la garde nationale, l'homme qui contemplait les ruines de la Bastille reconnaît le héros du nouveau monde. On apporte le gâteau des rois. La Liberté, avant de procéder au tirage de la fève, prononce les paroles suivantes :

La fève du gâteau des rois
Est l'image d'une couronne.
Sans raison, sans titre et sans choix,
C'est le hasard seul qui la donne.
Souvent, en aveugle, à tâtons,
A son gré le sort vous élève ;
Il met le bandeau sur vos fronts,
Ainsi qu'il accorde la fève.

C'est au génie de la France qu'elle échoit. De chaque part sort un bonnet de la liberté. Messieurs, dit la déesse,

Messieurs, voici la vérité.
Ce phénomène vous présage
Mon triomphe sur vos sujets.
Du Danube aux rives du Tage
On imitera les Français.

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