Les Jeunes Vieillards, ou Quitte à Quitte

Les Jeunes Vieillards, ou Quitte à Quitte, comédie en un acte en prose mêlée de vaudevilles, d'Ourry et V*** [de Valory], 21 septembre 1807.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Jeunes Vieillards (les), ou Quitte à Quitte

Genre

comédie en vaudevilles

Nombre d'actes :

1

Vers ou prose ,

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

21 septembre 1807

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Ourry et de Valory

Le parcours rapide du Journal de l’Empire des mois de juillet à décembre 1807 permet de repérer 6 représentations, le 21 septembre (première annoncée comme telle), le 25 septembre, le 30 septembre (jour de parution de la critique de la pièce), les 4, 10 et 17 octobre. Elle est désignée sous le titre Quitte à Quitte sauf dans sa critique (30 septembre) et celle du Petit Maître, ou la Leçon des Bonnes Gens (27 octobre, p. 4, où le critique cite les nouveautés du théâtre du Vaudeville dont il a rendu compte) . là, la pièce récupère son titre complet.

Le Catalogue général de la BNF donne la description de la brochure, publie en 1807 chez Barba :

Quitte à quitte, ou les Jeunes Vieillards, comédie en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles ; Par MM. Ourry et V***. Représentée, pour la première fois à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le 21 septembre 1807. A Paris, chez Barba, 1807.

V*** est sans doute le marquis de Valory.

Journal de l’Empire, 30 septembre 1807, p. 3 :

[Article particulièrement négatif sur une pièce présentée comme moins qu’une comédie, fondée « sur des surprises et déguisemens peu vraisemblables », une pièce sans nouveauté. D’ailleurs, les pièces nouvelles ne sont dans leur ensemble « que des habits retournés » : même ton, même forme. Beaucoup de pièces, mais c’est un appauvrissement, car elles gâtent « ce que nous avons de bon ». L’analyse du fonds est cruelle : une intrigue sans vraisemblance, mais des couplets piquants, hélas pas plus neufs que les incidents de la pièce. Et le critique en profite pour souligner combien la nouveauté est absente des pièces nouvelles, dont les couplets utilisent sans cesse les mêmes calembours : l’esprit, loin de croître, diminue. On a bien l'impression que Geoffroy tourne un peu en rond dans son compte rendu.]

THÉÂTRE DU VAUDEVILLE.

Les Jeunes Vieillards, ou Quitte à Quitte.

Ce vaudeville, dont on a déjà donné quelques représentations, est fondé comme beaucoup d'autres sur des surprises et déguisemens peu vraisemblables ; c'est une mascarade plutôt qu’une comédie. On s’étonne que les auteurs puissent fournir à toutes les nouveautés qui se succèdent chaque jour. et qu’ils trouvent de quoi les remplir ; on cessera d'admirer leur fécondité quand on voudra faire attention que toutes ces pièces ne sont que des habits retournés ; que c’est toujours le même ton avec très-peu de changemens dans la forme ; et que dans tous ces ouvrages soi-disant nouveaux, il n'y a rien que du vieux. Cette foule innombrable de petits drames dont nous sommes inondés, non-seulement n'augmente point la masse de nos richesses comiques, .mais ne fait que nous appauvrir, en gâtant ce que nous avons de bon.

Florville, jeune étourdi, pour se venger de son ami Valmont, qui lui a enlevé une maîtresse, veut à son tour traverser son mariage avec madame Saint-Clair : Valmont n'attend pour conclure que le consentement de son père ; mais comme il ne connoît pas son père, chose qu’on ne voit qu'au Vaudeville Florville imagine d'être ce père-là et dte venir avec sa perruque et son autorité paternelle contremander la fête. Mais ce fou de Florville parle tout haut de son projet : madame de Saint-Clair l'entend et se propose de s’en amuser. Elle se déguise aussi en vieille et se présente au faux père comme étant sa femme : il est bien permis au bonhomme Valmont de ne pas connoître sa femme, puisque son fils ne le connoît pas. Cette petite farce se termine par le confusion de Florville, et le mariage deValmont. Si l’intrigue n’est pas fort raisonnable, il y a des couplets piquans ; mais dans ces sortes de pièces, il en est des couplets comme des incidens : les uns ne sont pas plus neufs que les autres ; les pointes sont aussi vieilles que les intrigues, Il n'y a qu'un certain nombre de calemhourgs en circulation ; la masse n'en augmente pas avec la quantité des pièces, parce que ce sont toujours les mêmes calembourgs qui passent de main en main, de 
vaudevilles en vaudevilles. La multitude des nouveautés a beau croître à vue d'œil, on a beau mettre pour cela plus d'esprit dans le commerce ; et même il y en a moins parce que c'est de l'esprit sans onsistance, et qui se fond à mesure qu’on l’emploie.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des sciences, année 1807, tome V, p. 204 :

Théâtre du Vaudeville.

Quitte à quitte ou les Jeunes Vieillards.

Petite pièce à travestissemens. Imitation de Défiance et Malice. Les auteurs n'ont pas eu grand peine à inventer ; le public ne s'en est pas donné beaucoup pour applaudir ; ainsi, quitte à quitte.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome XI, novembre 1807, p. 282-288 :

[D’une pièce aussi abracadabrante, il est permis de faire un compte rendu peu sérieux. Alors on commence par ne pas parler de la pièce qui, de toute façon n’en vaut pas vraiment la peine, et par dire que les pièces passent bien vite, que c’est sans importance de manquer une pièce, même si souvent on va au théâtre pour assister à leur chute. De toute façon, peu de chutes au Vaudeville, où tous les moyens sont bons dans les pièces, où la raison n’a vraiment pas sa place. Le critique peut entreprendre maintenant de parler de la pièce nouvelle, dont les auteurs « ont tiré de toutes les invraisemblances possibles, permises et non permises, une idée assez comique ». L’analyse de l’intrigue, tout à fait banale (une femme qui veut épouser son amant, mais doit obtenir le consentement du père de celui-ci) est plutôt ironique envers un tissu d’invraisemblances appartenant plus tôt à la catégorie des « non permises : une femme déguisée en vieille femme, un jeune homme qui se fait passer pour le père de son rival, des gens qui ne se connaissent pas (ou ne se reconnaissent pas), etc. Aucune absurdité n’est épargnée aux spectateurs. Le dénouement n’est pas bien compliqué : il suffit à la fausse vieille dame d’abandonner sa tenue et de redevenir la jeune femme à marier pour que tout s’arrange, sans qu’on sache pourquoi « elle a pris tant de peine pour jouer un étourdi qu’elle pouvait tout simplement congédier ». L’essentiel est que le public rie, et il a ri du jeu de Mme Hervey. Mais le dénouement est présenté comme une bien grande facilité. Les couplets sont ou spirituels, ou gais, et certains ont été redemandés. Les acteurs ont été nommés : « succès en règle ».

Les jeunes Vieillards, ou Quitte à Quitte.

Une pièce nouvelle qu'on annonce, quelle qu'elle soit, quelque part que ce soit, est une chose qu'on n'a jamais vue, qu'on ne reverra peut-être jamais, quoiqu'on en puisse voir dans sa vie beaucoup qui lui ressemblent. Un avare disait à son fils, pour lui inspirer une certaine sensibilité pour l'argent auquel il paraissait disposé à s'attacher beaucoup moins que ne l'aurait voulu son père : Vous voyez cet écu, mon fils ; si vous le dépensez, vous ne le reverrez probablement plus ; vous en pourrez voir d'autres, beaucoup d'autres, mais celui-là jamais. Ce vaudeville, cette comédie nouvelle, cet opéra comique que vous laissez échapper, il est possible que vous me le revoyez plus, vous en verrez d'autres d'aussi mauvais ; mais celui-là, jamais. Ce sont des pauvretés que vous ignorerez toujours, un ennui dont vous n'aurez pas l'espoir de jamais prendre votre part. Dépêchez-vous donc si vous en voulez jouir, si vous ne voulez pas que d'autres aient l'avantage d'avoir bâillé et sifflé sans vous. Que de gens vont à une pièce nouvelle, parce qu'il est possible qu'elle soit assez mauvaise pour tomber ! Les auteurs sont en vérité bien heureux d'avoir tant de moyens d'attirer le public.

Au reste, on ne tombe guères au Vaudeville. Les élans y sont peu considérables, et les entreprises modestes. D'ailleurs on s'y sert de tout, ce qui fait qu’on a toujours de la ressource ; des fadeurs et des gaîtés, des naïvetés et des pointes, des travestissemens, des mystifications, des personnages qui cherchent à s'intriguer et point d'intrigue dans la pièce, tout passe, tout est bon. Si le dialogue est languissant, les couplets auront de l'esprit ; s'ils n'ont pas d'esprit, ils auront des équivoques ; où les équivoques manqueront, on mettra des roses ; enfin, si on n'a rien de tout cela , on aura Mme. Hervey en homme ou en femme, en jeune ou en vieille, Laporte en arlequin, et puis l'allemande après, et tout le monde sera content. Excellentes gens ! Comment se refuserait-on à vos plaisirs, quand il faut si peu de chose pour vous en procurer ? Aussi tout le monde s'y prête. Il nous pleut des vaudevilles. Heureusement cela sèche vite ; il ne faut à l'esprit d'un vaudeville qu'avoir été un peu de temps à l'air pour s'évaporer ; on le recueille, puis il sert à d'autres ; cela fait que la consommation n'est pas trop considérable.

L'auteur ou plutôt les auteurs du dernier vaudeville, car on n'est jamais moins de deux à ce grand œuvre, en ont employé une dose fort raisonnable ; ils en pourront même fournir à d'autres : mais qu'on ne leur demande pas autre chose, pas de raison sur-tout, pas le plus petit soin de la vraisemblance. Oh ! quant à cela, il faut absolument les en dispenser. Point de raison ! que Dieu vous a fait, messieurs, une belle grace ! comme disait le père Canaye au maréchal d'Hocquincourt ; les bonnes maximes trouvent partout leur application. Je parie que tous nos auteurs de vaudevilles et quelques autres s'imagineront que c'est à cette grace-là qu'ils doivent d'avoir de l'esprit. Ceux-ci ont tiré de toutes les invraisemblances possibles, permises et non permises, une idée assez comique. Mme. de Saint-Clair, au moment d'épouser son amant Valmont, n'attend que l'arrivée et le consentement du père de celui-ci, que ni l'un, ni l'autre n'ont jamais vu. Forville, à qui Valmont a enlevé l'année passée une maîtresse, voudrait bien cette année-ci lui enlever sa femme et sur-tout une fortune qui conviendrait fort aux créanciers de Forville. Il est venu pour cela briser sa chaise à l'entrée de l'avenue du château de Mme. de Saint-Clair : après l'avoir vue trois jours, il s'imagine, je ne sais pourquoi, qu'il lui plaît ; suppose, je ne sais comment, qu'il pourra empêcher le mariage en se faisant passer, au moyen d'un déguisement, pour le père de Valmont qu'on attend. Il écrit ce beau projet à un ami, relit tout haut, comme c'est l'usage, la lettre qu'il vient d'écrire ; et Mme. de Saint-Clair, qui, comme c'est l'usage aussi, est entrée sans qu'on l'entendît, apprend ainsi le projet de Forville, qu'elle saisit tout de suite, ce qui prouve assurément qu'elle a l'imagination vive et l'intelligence prompte, et se promet bien de s'en moquer,

Et de traiter ce père-là
En enfant de bonne famille.

Son moyen est de se déguiser de son côté en vieille, sous le nom de Mme. de Vieuxville, sa tante, que Forville ni Valmont ne connaissent pas plus que Valmont le père ; car on ne connaît et on ne reconnaît personne dans cette pièce-là. Aussitôt que Forville, qui a feint de prendre congé de Mme. de Saint-Clair, est arrivé déguisé en vieux marin et sous le nom de Valmont le père, Mme. de Vieuxville accourt pour se réjouir de son arrivée ; il est, dit-elle, son mari ; il y a vingt ans (elle n'en avait alors que quarante) qu'il la fit consentir à un mariage secret ; elle a un peu changé depuis ce temps-là ; la faiblesse de sa vue l’empêche de bien distinguer les traits de cet époux chéri, mais son cœur l'instruit à défaut de ses yeux. Le faux Valmont, fort embarrassé, désespéré surtout d'un tête-à-tête qu'on lui ménage avec sa tendre épouse, commence par tout nier, finit par convenir à moitié, de peur de se rendre suspect, ne sait trop où donner de la tête, et, toujours en attendant, déclare qu'il ne consentira point au mariage de son fils avec Mme. de Saint-Clair : celle-ci, qui a reparu dans son véritable costume, lui dit qu'elle est enchantée de cet obstacle, qu'elle n'aime plus Valmont, et qu'elle s'est prise de goût pour un jeune homme nommé Forville. Le faux Valmont, enchanté, lui propose de l'amener à Forville qui est encore au bout de l'avenue, pour la marier sur-le-champ avec lui, apparemment dans l'avenue. Mme. de Saint-Clair consent à tout ; seulement elle aime mieux se rendre de son côté au rendez-vous, et au lieu d'y aller, va reprendre ses habits de vieille ; ce qui fait que Valmont, fils, qui ne retrouve plus sa maîtresse, car il ne l'a pas plus reconnue que Forville, arrive désespéré de ce qu'on ne la trouve plus dans le château. On pouvait lui répondre, ce me semble, qu'elle est peut-être dans le jardin, et qu'il n'y a pas encore, depuis cinq minutes qu'elle est disparue, de quoi jetter les hauts cris ; mais Forville aime mieux se découvrir et dire qu'il l'a enlevée ; Valmont, comme de raison, lui propose de se battre ; mais au même instant, le grand bonnet et le mantelet de Mme. de Vieuxville tombent aussi et laissent voir Mme. de Saint Clair, qui se moque de Forville et le réconcilie avec Valmont. Si vous voulez savoir pourquoi elle a pris tant de peine pour jouer un étourdi qu’elle pouvait tout simplement congédier, c'est pour vous divertir un instant, messieurs, mesdames ; elle ne pouvait pas avoir d'autre motif. Aussi le public lui a-t-il su gré de l'intention, et a trouvé qu'elle avait assez d'esprit pour se passer de sens commun. Il a ri de fort bon cœur de la malice de Mme. Hervey sous son costume de vieille, de l'embarras de Forville sous son nom de Valmont, quoique cependant le danger ne fût pas assez réel pour rendre la situation aussi plaisante qu'elle le pouvait être. Voilà l'inconvénient des mystifications au théâtre ; c'est que, dans quelqu'embarras qu'elles mettent un personnage, on sait toujours comment il s'en tirera : c'est pour cela, que nos auteurs les aiment. Une perruque à ôter, un bonnet à détacher, cela rend les dénouemens faciles.

On a fait répéter plusieurs couplets, dont les uns sont spirituels, les autres sur-tout fort gais, ce qui dispense d'y mettre autant d'esprit. On a ri, applaudi, demandé les auteurs qui sont MM. Ourry et Valory. C'est un succès en règle.

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