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Lapeyrouse, ou le Voyageur autour du monde

Lapeyrouse, ou le Voyageur autour du monde, tableaux historiques à grand spectacle, en trois actions d'Hapdé, musique de Foignet fils, 13 juin 1810.

Théâtre des Jeux Gymniques.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, 1811 :

Lapeyrouse, ou le Voyageur autour du monde, tableaux historiques à grand Spectacle, en trois actions ; Représentés pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Salle des Jeux Gymniques, 13 juin 1810. Par M. Augustin H***. (Ces tableaux ont été mis en scène par l'Auteur.) Musique de M. Foignet fils,.

La brochure ne mentionne pas le prologue, le Marin provençal, de Martainville.

Geoffroy, Cours de littérature dramatique, volume 6, p. 119-121 :

[Reprise de l'article paru dans le Journal de l'Empire du 19 juin 1810. Le compte rendu de ce mélodrame est très largement favorable. Aucune accusation d'invraisemblance. Regard bienveillant sur des danses de singes dressés (il devait pourtant s'agir de danseurs humains..., mais « ces petits animaux » sont préférables aux niais qu'on trouve habituellement dans les mélodrames). Indulgence pour La Peyrouse, dont la situation matrimoniale est tout de même peu convenable (il est bigame, tout de même). Approbation du dénouement jugé satisfaisant, La Peyrouse abandonnant une de ses épouses et un de ses enfants, sans trouble apparent. Un seul regret : que La Peyrouse ne soit pas revenu en France. Le jugement porté sur la représentation est également très positif : « ces tableaux sont parfaitement exécutés », et l'actrice qui joue le rôle de l'épouse « sauvage » est chaudement félicitée, le public lui ayant fait l'honneur rare dans les mélodrames de la redemander à la fin du spectacle.]

LA PEYROUSE,

OU

LE VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

Dans un prologue ingénieux, semé de jolis couplets, on voit madame La Peyrouse prête à s'embarquer pour chercher son époux, dont elle n'a point de nouvelles depuis trois ans. Ce prologue est bien lié à l'action, puisqu'on retrouve dans les tableaux cette même femme arrivant dans une île sauvage où son époux est confiné. Le voile qui couvre les opérations de La Peyrouse a permis à l'auteur d'imaginer ce qui lui paraîtrait le plus propre à fixer l'attention : or, rien n'est plus intéressant qu'un célèbre voyageur jeté par la tempête avec un seul matelot dans une île déserte, habitée par des singes. Il y fait cependant la connaissance d'une femme charmante, nommée Zora, qui lui sauve la vie dans une incursion que des anthropophages font dans l'île. Cette Zora, c'est la maîtresse de leur chef. La Peyrouse lui paraît plus aimable ; elle se donne à lui, et le rend père de deux beaux enfans. Cette infidélité de La Peyrouse est excusée par le malheur et par la nécessité: il semble que dans un autre monde un homme soit dispensé d'être fidèle aux femmes de ce monde-ci.

Quoi qu'il en soit, La Peyrouse s'amuse à élever ses enfans ; et son compagnon, le matelot Alexis, s'amuse à élever des singes. Il est parvenu à discipliner tous les magots de l'île ; il en a pris trois dont il a fait les domestiques de la maison, et qu'il a formés au service; il s'est contenté d'apprendre aux autres à danser en mesure au son du tambourin. Les grimaces, les contorsions et les singeries de ces petits animaux, sont une des choses les plus plaisantes de ces tableaux, et valent mieux que les bêtises des niais, ornement ordinaire des mélodrames.

Pendant que les singes dansent, les sauvages troublent le bal en débarquant dans l'île ; ils y amènent des prisonniers pour les faire rôtir et les manger ; ces victimes sont madame La Peyrouse et son fils. Son mari, le fidèle matelot et Zora elle-même, se mettent en embuscade, font feu sur les sauvages ; les prisonniers sont délivrés. Zora frémit à l'aspect des caresses conjugales de La Peyrouse et de sa femme ; sa jalousie se tourne en rage ; elle veut faire périr son infidèle par les mains du sauvage son ancien amant ; elle s'empoisonne elle-même avec un fruit du pays. La situation de La Peyrouse entre ses deux femmes est déchirante, et l'une des plus théâtrales que l'on connaisse. Cependant tout s'arrange : Zora est guérie par la vertu d'une herbe qui est un contre-poison ; elle demande elle-même au sauvage, son amant, la vie de La Peyrouse ; le célèbre voyageur lui laisse en partant le plus jeune des enfans qu'il a eus d'elle. Ce dénouement est satisfaisant, et le serait bien davantage si les spectateurs pouvaient espérer que La Peyrouse, en quittant cette île, reviendra en France. Ces tableaux sont parfaitement exécutés ; le rôle de Zora est très-bien rendu par mademoiselle Dumouchel, actrice qui excelle dans la pantomime ; le public goûte beaucoup son talent, et lui fait même l'honneur de la redemander à la fin du spectacle : distinction rare sur ces théâtres. (19 juin 1810.)

Louis Henry Lecomte, Histoire des théâtres de Paris: les Jeux gymniques, 1810-1812, le Panorama dramatique, 1821-1823 (Paris, 1908), p. 18-19 :

13 juin : Lapeyrouse, ou le Voyageur autour du monde, tableaux historiques en 3 actions, par Augustin *** (Hapdé), musique de Foignet fils, précédés du Marin provençal, prologue-vaudeville en 1 acte, par Martainville.

Sabord, Alexis

MM.  

Foignet.

Lapeyrouse

 

Chevalier.

Karoubé

 

Lefèvre.

Deux chefs

 

Creuseton, Justin.

Un contre amiral

 

Dumouchel.

Un officier de marine

 

Berthe.

Un pilote

 

Vincent.

Deux matelots

 

Thierry, Beaudot.

Rosette

Mme   

Camus.

Mme Lapeyrouse

 

Bellement?

Juliette

 

Julie.

Zora

 

Dumouchel.

Bien qu'amputé d'un bras, le matelot provençal Sabord doit épouser Rosette, femme de chambre de Mme Lapeyrouse ; mais, apprenant que l'Assemblée Nationale envoie deux frégates à la recherche du voyageur dont, depuis trois années, on ne reçoit aucune nouvelle, Sabord, que Lapeyrouse a comblé de bienfaits, décide de se joindre à l'expédition. Rosette l'en félicite, promet de l'attendre et, pour 1'encourager, l'embrasse et l'autorise à la tutoyer dans les lettres qu'il lui écrira.

Lapeyrouse, naufragé, habite une île inconnue. Zora, jeune sauvage, lui ayant sauvé la vie, il l'a aimée et a eu d'elle deux enfants II s'amuse aux ébats de singes dressés par Alexis, seul matelot restant de tout son équipage, quand l'arrivée subite d'une horde féroce oblige les deux Français à se cacher dans une caverne. Les sauvages, que conduit Karoubé, ont avec eux une femme et un enfant qui vont périr sur un bûcher lorsque Lapeyrouse et Alexis font feu sur leurs bourreaux. Ceux-ci prennent la fuite, et, dans les deux sauvés, Lapeyrouse reconnaît avec stupéfaction sa femme et son fils. Les caresses qu'il leur prodigue sont loin de plaire à Zora qui, mise au courant de la situation, s'évanouit de douleur. Quand elle reprend ses sens, Karoubé qui l'a jadis aimée, la presse de telle façon qu'elle promet d'être à lui s'il la venge de l'ingrat étranger. Zora se repent bientôt de ce serment et s'empoisonne pour ne le point tenir, après avoir mis Lapeyrouse en garde contre Karoubé. Ce dernier, venu pour tuer son rival, laisse tomber son arme à la vue de Zora mourante ; au moyen d'herbages arrachés en hâte, il la sauve et jure d'épargner Lapeyrouse si elle se sépare de lui. Zora, qui aime toujours l'explorateur, accepte ce sacrifice, confie l'aîné de ses enfants à Mme Lapeyrouse et garde l'autre avec le consentement de son nouveau maître. Les sauvages ont brûlé une des frégates envoyées au secours de Lapeyrouse, mais la seconde, commandée par un vice-amiral, prend à son bord Lapeyrouse qui va s'exposer à de nouveaux périls.

La plus grande fantaisie avait présidé à la confection de ces tableaux soi-disant historiques ; diversifiés, présentés habilement, ils furent reçus avec faveur.

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