Léonidas, ou les Spartiates

Léonidas, ou les Spartiates, opéra en un acte, de Guilbert de Pixerécourt, musique de Persuis et Gresnich, 28 thermidor an 7 [15 août 1799].

Théâtre de la République et des Arts

Almanach des Muses 1800

Sujet si connu, qu'on peut se dispenser d'en donner l'analyse.

Du talent dans le poëme, des morceaux justement applaudis dans la musique.

Courrier des spectacles, n° 906 du 29 thermidor an 7 [16 août 1799], p. 2 :

[Le sujet du nouvel opéra ne permettait qu’un opéra en un acte, ce qui donne une œuvre à la marche rapide, suscitant un intérêt soutenu. Il est inspiré des fameux Voyages du jeune Anacharsis. Il montre le courage du jeune Philotas, qui veut absolument combattre, et celui de ses trois cents compagnons, sous la conduite de Léonidas. Ce courage est célébré par une pompe funèbre anticipée, qui galvanise les guerriers. La pièce a été applaudie pour la simplicité avec laquelle il traite le sujet, la force des images et la qualité du style, dont le critique nous donne un échantillon. Reste à féliciter l’auteur, venu des petits théâtres et qui fait là la démonstration de ses capacités, à vanter la musique, de Persuis et Gresnich, pleine de caractère et à l’harmonie pleine de beautés. Réticences envers le chœur final (pas assez neuf) et peut-être aussi l’ouverture, qui pourrait montrer plus de dignité. L’interprétation est également de qualité. Toutefois, pourquoi les meilleurs artistes de l’opéra n’ont-ils pas pris part à cette réalisation ? Et la cérémonie des jeux funèbres aurait pu également être montée avec plus de pompe, pour être à la hauteur du sacrifice des trois cents Spartiates.]

Théâtre de la République et des Arts.

Le sujet de l’opéra donné hier à ce théâtre, sous le titre de Léonidas ou les Spartiates . n'étoit pas susceptible d’un long développement, aussi ne faut-il ici la matière que d’un seul acte. Il en résulte que, dégagés de tout incident étranger, la marche en est plus rapide et l'intérêt mieux soutenu.

L’auteur l’a traité tel qu’il est produit dans l’ouvrage du célèbre Barthelmy, les Voyages du jeune Anacharsis.

Archelaüs, l’un des chefs des Spartiates, leur annonce que Xerxès, roi de Perse, ravage la Grèce à la tête d’une armée de plus de dix huit cent mille hommes, et menace d’en asservir tous les peuples ; que Sparte compte sur leur courage pour résister à ce torrent de barbares, et pour voler au secours des alliés prêts à subir un joug honteux. Les plus braves d’entr’eux, au nombre de trois cents, ont été choisis pour détendre le passage important des Thermopiles, et cette expédition est confiée à Léonidas. Le jeune Philotas que ce capitaine habile forme au métier des armes, veut participer à la gloire de cette entreprise. Léonidas lui a donné auprès de Timoclès, une mission qui le dispense de courir les hazards du combat, mais Philotas s’y refuse, et le besoin de concourir à la dééfense de la patrie l’emporte sur les considérations de sa jeunesse, de l’affection maternelle, même sur celle d’une mort certaine.

Sûrs de périr, mais de périr couverts de gloire, les Spartiates célèbrent eux-mêmes leur pompe funèbre : ils entourent une obélisque qui est censée couvrir leurs dépouilles ; les femmes de Sparte déposent au pied du monument les couronnes que l’on décernoit ordinairement aux vainqueurs ; enflammés par ce tableau, les guerriers, Léonidas à leur tête, jurent de vaincre ou de périr, et volent au poste périlleux où les attendent à la fois la mort et l’immortalité.

Cet ouvrage a été constamment applaudi, tant à cause de la manière simple dont il est traité, qu’à cause des images que l’auteur a su y ménager et du soin qu’il paroît avoir donné à son style généralement correct et animé. On a écouté avec plaisir ce tableau de l'armée de Xerxès, que Léonidas trace à ses troupes :

                        Par leur immense armée
Comme par un torrent la Grèce est innondée.
Tout s’enfuit devant eux : la mer sous leurs vaisseaux
                Gémit et dérobe ses eaux.
                De cet astre qui nous éclaire
Leurs traits obscurciroient l’éclatante lumière.

Le moment où la mère de Philotas arme le bras de son fils, eu lui déclarant qu’elle ne veut le revoir que vainqueur ou mort, est aussi peint avec force.

Le succès de cet ouvrage, qui est du citoyen Guilbert-Pixerecourt, connu par plusieurs pieces données à nos petits théâtres, est un encouragement pour cet auteur, qui peut et doit entreprendre quelque sujet plus étendu.

La musique a du caractère et présente des beautés réelles d’harmonie, non seulement dans le bel air de Léonidas : Ah ! cède aux vœux d’une mère expirante, nuis aussi dans plusieurs chœur , et sur-tout dans celui de : O ! Sparte ! ô ma patrie : toutes les idées du beau chœur final ne sont peut-être pas également neuves, mais ce morceau est d’un bel effet ; on pourroit reprocher à l'ouverture de n’avoir pas assez de dignité, quoiqu’elle ait également ses beautés, sur-tout une simplicité précieuse. Cette composition est des citoyens Persuis et Gresnich.

Les rôles de Léonidas et de Philotas sont rendus avec beaucoup de chaleur par les citoyens Dufresne et Laforêt. Mais les applaudissemens très-mérités qu’on leur accorde ne nous dispensent pas de d observer que c’est la première fois fois peut-être que les artistes les plus anciens et si avantageusement famés de ce théâtre, n’occupent point de rôles à une première représentation.

On doit dire encore que la pompe des jeux n’est rien, et qu’il étoit digne du théâtre des Arts de donner tout un autre appareil à cette cérémonie dont l’éclat eût motivé d’autant l'enthousiasme des trois cents Spartiates, et leur empressement à voler à une mort certaine pour le salut de la Grèce.

L'Arlequin, journal de pièces et de morceaux, n° 5, 5 Fructidor, an 7, p. 110-112 :

Il n'est personne qui ne connoisse le dévouement héroïque des trois cents Spartiates, à la tête desquels Léonidas, leur roi, défendit, contre l'année innombrable des Perses, le passage des Thermopyles, et qui trouvèrent, dans ce combat mémorable, la mort et l'immortalité.

L'invasion qui menaçoit la Grèce est à peine connue dans Sparte, que trois cents héros, excités par les discours d'Archelaüs, volent aux Thermopyles, pour y arrêter la marche de Xercès. Léonidas les commande. Certain de périr dans cette entreprise, il veut au moins sauver le jeune Philotas, dont il a formé la vertu guerrière. Il lui donne l'ordre de se rendre auprès de Thimoclès ; mais le jeune homme soupçonne, dans cet ordre, plus de pitié que de nécessité véritable, refuse de s'éloigner, et préfère un trépas certain, mais glorieux.

C'est dans ce trait historique que le cit. Guilbert-Pixerecourt a puisé le sujet d'un opéra représenté avec succès, sous le titre de Léonidas, ou les Spartiates. On ne peut qu'applaudir à l'intention du poëte, et à la manière simple dont il a conduit son ouvrage ; on regrette seulement que la sévérité du sujet ne lui ait point permis de le composer de manière à développer une imagination plus grande, et des connoissances plus approfondies du cœur humain. Il a suivi, presque mot à mot, le récit du célèbre auteur des voyages d'Anacharsis, et n'a pris aucune de ces licences hardies qui décèlent l'habitude de la scène, et ajoutent à l'intérêt dramatique. On pourroit lui faire le même reproche qu'on a fait à Lucain, si pourtant il étoit possible de faire un rapprochement entre Virgile et Quinault. Au reste, son style, quoiqu'il présente quelques beautés, est généralement peu lyrique, obscur, et souvent privé d'harmonie.

La musique a paru conçue avec chaleur ; quelques morceaux ont même enlevé les applaudissemens. Les connoisseurs eussent cependant désiré que les auteurs, pénétrés du caractère de Lacédémone, et du respect profond des Spartiates pour le rythme musical, eussent donné à leur mélodie un coloris plus mâle, et à leur harmonie une plus grande simplicité. Ces auteurs sont les cit. Perthuis et Gresnick.

Avant de partir , les Spartiates célèbrent leur pompe funèbre. Cette idée sublime auroit sans doute produit un très-grand effet, si le théâtre des Arts avoit déployé toutes les ressources pour cet acte héroïque ; mais la mesquinerie du cadre a nui à l'ordonnance du tableau. Ce n'est pas ainsi qu'en use, dans ses propres ouvrages, l'auteur de Psyché, et du Jugement de Paris.

Félix Clément, Pierre Larousse, Dictionnaire lyrique ou histoire des opéras, p. 400 :

Léonidas ou les Spartiates, opéra en trois actes, poëme de Pixérécourt, musique de Persuis et Gresnick, représenté à l'Opéra le 10 septembre 1799. Cet ouvrage n'eut que trois représentations. Gresnick mourut dans la même année ; il avait quarante-sept ans. On attribua sa mort prématurée au chagrin que lui causa la chute de son œuvre.

La base César ne donne que deux représentations à l'Opéra, les 15 et 19 août 1799... Double contradiction des indications de Clément et Larousse ! Emmet Kennedy donne plutôt raison à César (date de création le 14 août, sauf que le Théâtre de la République et des Arts faisait relâche ce soir-là). Le Courrier des spectacles annonce cette première le 28 thermidor an 7 [15 août 1799]. Deuxième représentation le 2 fructidor [19 août], troisième le 12 fructidor [29 août].

La chronologie de ses œuvres établie par Pixerécourt place la création au 15 juin 1799 (mais les dates qu'il donne dans cette chronologie ne sont pas très fiables), et crédite sa pièce de trois représentations à Paris et aucune en province : c'est un bel échec !

 

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