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Lovelace

Lovelace, drame en cinq actes & en vers, de Népomucène-Louis Mercier, 20 avril 1792.

Théâtre de la Nation.

Titre :

Lovelace

Genre

dram

Nombre d'actes :

5

Vers / prose

en vers

Musique :

non

Date de création :

20 avril 1792

Théâtre :

Théâtre de la Nation

Auteur(s) des paroles :

Népomucène-Louis Mercier

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 7 (juillet 1792), p. 311-313 :

[Il s’agit de rendre compte d’une pièce inspirée d’une œuvre majeure du temps, la Clarisse Harlowe de Samuel Richardson (1748). Le premier point soulevé, c’est la difficulté de mettre en scène une œuvre narrative :que de détails « si nécessaires dans le roman, & impossibles à transporter dans une piece de théatre ». Puis il s’agit de montrer le caractère profondément moral de la pièce, « orgueil de la vertu contre l’orgueil du vice ». Malgré l’aptitude de l’auteur à faire parler la passion, la pièce n’a pas reçu un accueil chaleureux : le critique énumère les raisons de cette froideur, l’impossibilité pour la pièce de rendre compte de la richesse du roman de Richardson, l’étrangeté pour des Français du caractère de Lovelace, le ridicule de certains moyens transposés sur la scène, insupportables au théâtre alors qu’ils étaient supportables dans le roman, la vue sur la scène des amants après leur « crime », Clarisse, dont la présence « cause une impression pénible » comme Lovelace, dont la présence « fait horreur ». Le compte rendu traite enfin une question générale, que pose la pièce de Lemercier : faut-il être un roué pour peindre la rouerie ? Cette idée est pour le critique tout à fait déplacée, ce qu’il illustre par l’exemple de Richardson, bien éloigné de la perversité de son personnage de Lovelace.

Méléagre est une tragédie en cinq actes et en vers de Lemercier, créée sur le Théâtre Français le 29 février 1788, et qui a connu un bel échec.]

THÉATRE DE LA NATION.

On a donné, le vendredi 20 avril, la premiere représentation de Lovelace, drame en cinq actes & en vers, par M. Louis Mercier, auteur de la tragédie de Méléagre.

« Je connois la maison des Harlove comme la mienne, a dit autrefois Diderot, en parlant du roman de Clarisse ; je me suis fait une image des personnages que l'auteur a mis en scene ; je les reconnois dans les rues, dans les places publiques, dans les maisons. » L'auteur du drame de Lovelace, a compté vraisemblablement sur la même disposition dans ses spectateurs. Il a cru qu'elle pouvoit le dispenser d'une grande partie de ces détails si nécessaires dans le roman, & impossibles à transporter dans une piece de théatre. Du reste, il a formé son intrigue des principaux stratagèmes de Lovelace pour faire tomber dans ses filets la vertueuse Clarisse, & s'est attaché à conserver les traits les plus remarquables du caractere de ces deux personnages. Tout le sujet se trouve heureusement enfermé dans cette exclamation de Lovelace : Vanité des deux parts !....

L’orgueil de la vertu contre l'orgueil du. vice !

Et c’est ce qui rend ce sujet si moral ; car l'orgueil de la vertu éleve la nature humaine jusqu'à son auteur, & l'orgueil du vice ne paroît la faire lutter qu'avec les puissances infernales. Enfin le dénouement, tel à-peu-près qu'on le lit dans Richardson, est mis en action dans. les deux derniers actes. Il y a de la chaleur & même une sorte de profondeur dans cette partie du nouveau drame. Plusieurs endroits ont été applaudis. L'auteur y prouve qu'il sait faire parler aux passions le langage qui leur est propre : il y exprime avec énergie le délire de la malheureuse Clarisse, l'horreur que lui inspire la vue de Lovelace, & l’imperturbable scélératesse de ce dernier personnage. Comment est-il donc arrivé qu'en général la piece, sans exciter presqu'aucuns murmures, a été froidement accueillie ? 1°. On se souvient toujours, comme malgré soi, de cet immense édifice qui compose l'ouvrage anglois ; & il étoit impossible que l'imitation, nécessairement privée de ces superbes développemens, ne perdît pas à la comparaison. 2°. Certaines nuances du caractere de Lovelace sont trop étrangeres à nos mœurs. 3°. La plupart des moyens qu'il emploie, supportables dans un récit , ne le sont pas sur la scene : par exemple, Lovelace contrefaisant le vieillard en baissant la tête dans son manteau, est presque ridicule. 4°. La présence de Clarisse, après la consommation du crime de son profanateur, cause une impression pénible, & celle de Lovelace fait horreur.

Le rôle de ce dernier a été rendu avec beaucoup d'art & de talent par M. Fleury, & Mme. Petit a très-bien exprimé tout ce que doit éprouver l'infortunée Clarisse.

On a reproché à l'auteur de n'avoir pas présenté bien exactement le caractere du héros de Richardson ; on a eu raison ; mais on l'a, pour ainsi dire, excusé de ce défaut, en disant, « que pour bien peindre les roueries, il faut être un peu roué soi- même. » Certes, voilà une étrange assertion ! c'est comme si l'on disoit que pour peintre Atrée, il falloit être un scélérat, & un empoisonneur pour peintre Cléopâtre. Richardson, au reste, est la preuve la plus complette de la fausseté la plus absolue de cette bisarre observation. Il a peint, dans Lovelace, le plus grand caractere de roué, qui soit connu encore, & cependant c'étoit l'homme le plus doux, le plus tranquille, le plus ami de la vertu & de la solitude. Il parloit peu, ne se répandoit dans le monde, que pour l'observer, & retournoit dans sa retraite, pour méditer sur ce que son coup-d'œil perçant & profond avoit cherché à connoître. Certaines gens ont la fureur d'établir en principe, leurs idées vagabondes, qui croient dire des choses magnifiques, & marchent de sottises en sottises..... Qu'il est misérable l'orgueil du bavardage !

D’après la base César, l'auteur, c'est Népomucène Louis Lemercier. La pièce n'a eu que trois représentations : le 20 avril, le 24 mai et le 11 juin 1792. Elles ont été données au Théâtre de la ,Nation Française (c'est-à-dire à la Comédie Française).

Bernard Anthony Facteau, les Romans de Richardson sur la scène française, PUF, 1927, attribue à la pièce de Lemercier cinq représentations, la pièce ayant reçu un accueil froid. Même résultat dans l'ouvrage de A. Joannidès, la Comédie-Française de 1680 à 1920: Tableau des représentations (Paris, 1921).

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