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Le Marchand provençal

Le Marchand provençal, comédie en deux actes et en prose, de Pigault-Lebrun, 4 janvier 1790.

Théâtre du Palais-Royal.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Cailleau et fils, 1789 :

Le Marchand provençal, comédie en deux actes et en prose, Par M. Le Brun. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Palais-Royal, le 4 Janvier1790.

Dans le tome 2 du Théâtre de Pigault-Lebrun, membre de la société philotechnique publié en 1820 à Bruxelles, sous la liste des personnages et des lieux de la scène (« La scène est à la campagne. Au premier acte, le théâtre représente un jardin ; au second, un salon. »), p. 2, une indication intéressante :

Cette pièce prouve les changemens rapides qui se sont opérés dans les esprits, en affaires politiques.

Le Modérateur, n° 5 du 5 janvier 1790, p. 20 :

[Le critique est sévère envers la pièce, jugée inférieure aux autres pièces de Pigault-Lebrun : il lui reproche « des traits de mauvais goût dans le dialogue, de la négligence dans le style, de l'invraisemblance dans l'action ». L'invraisemblance paraît tourner autour de la condition sociale du personnage principal : comment peut-on faire épouser « une personne de condition » à un épicier ? Ce qui sauve la pièce, c'est son interprète qui « a fait valoir le rôle du marchand Provençal ».]

THÉATRE DU PALAIS-ROYAL.

Le Marchand Provençal, qu'on a donné hier sur ce théâtre, est infiniment au-dessous des autres productions de M. le Brun. On n'y a point reconnu l'auteur de l'Orpheline & du Pessimiste : des traits de mauvais goût dans le dialogue, de la négligence dans le style, de l'invraisemblance dans l'action, voilà ce que l'on y a remarqué. Un marchand épicier de Marseille, bourru, brusque & même brutal, veut épouser une jeune personne de condition, élevée par un noble sot & impudent. L'oncle de cette jeune enfant arrive : quoique noble & militaire il est encore commerçant, & donne avec joie sa niece à l'épicier, qui se trouve être son bienfaiteur. Voilà toute l'intrigue. Michaut a fait valoir le rôle du marchand Provençal, que son talent a fait supporter.

Charles Marie Dorimond de Féletz, Mélanges de philosophie, d'histoire et de littérature, tome troisième, Belles-lettres – Prose (Paris, 1828), p. 344-346 :

[Charles-Marie de Feletz (1767-1850) est un adversaire acharné de la Révolution. Il a été ordonné prêtre par un évêque insermenté et a de ce fait été condamné à la déportation. Après le coup d'État du 18 brumaire, il entame une carrière de critique littéraire dont il publie les meilleures pages (en six volumes). On y trouve le reflet de ses opinions conservatrices, qu'on voit bien dans ce jugement plus que sévère sur la pièce de Pigault-Lebrun, condamnée parce qu'elle montre « les changemens rapides dans les esprits en affaires politiques (la formule figure dans le tome 2 du Théâtre de Pigault-Lebrun citée ci-dessus).]

Le Marchand Provençal est la première pièce (M. de La Harpe, qui aimait le mot propre, aurait dit la première sottise patriotique.) que la révolution ait inspirée à M. Pigault-Lebrun : « Cette pièce, dit l'auteur dans une note, prouve les changemens rapides qui se sont opérés dans les esprits en affaires politiques. » Il me semble que cette pièce ne prouve rien, sinon qu'il ne s'était opéré aucun changement heureux dans l'esprit et le talent de M. Pigault-Lebrun. En effet, elle ne vaut pas mieux que les précédentes : on y voit un monsieur et une madame de Forfanville, absolument calqués sur le baron et la baronne de Sotenville, du Georges Dandin, personnages que Molière avait très-bien voués au ridicule, quoique le changement en affaires politiques ne fût point encore opéré. On y voit encore une demoiselle de condition, sans fortune, épouser un riche marchand : ce sont encore de ces choses qu'on a vues dans tous les temps ; témoin encore ce pauvre Georges Dandin, qui ne s'en applaudissait même pas trop. Il est vrai que le but moral des deux pièces est fort différent : Molière peint de la manière la plus vive et la plus comique, l'inconvénient des alliances disproportionnées ; M. Pigault-Lebrun veut prouver, au contraire, que rien n'est plus convenable ; et, pour le coup, cette différence dans le but moral pourrait bien appartenir à la différence des temps.

Malgré l'à-propos de cette doctrine, le Marchand Provençal ne parvint pas encore aux honneurs de la représentation, non plus que Charles et Caroline, pièce dirigée contre l'ancienne jurisprudence française, les juges et les parlemens : j'ai vu cela dans la préface; car, je l'avoue, je n'ai pas lu la pièce. C'est un drame en cinq actes; et, quelque courage que l'on ait, il ne va pas jusqu'à lire un drame en cinq actes de M. Pigault-Lebrun, surtout lorsqu'on en a déjà lu un (la Joueuse) qui, quoique moins long, tient fortement en garde contre les autres.

Les petites déclamations contre les distinctions sociales, contre les anciennes institutions judiciaires, n'ayant pu encore réussir à M. Pigault-Lebrun dans un temps où elles réussissaient à tout le monde, il prit enfin les grands moyens pour avoir du génie : il plaça un régiment de Dragons dans un couvent de Bénédictines.

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