Le Mariage extravagant

Le Mariage extravagant, comédie-vaudeville en un acte, de Marc-Antoine Désaugiers, 8 septembre 1812.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Mariage extravagant (le)

Genre

comédie-vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

8 septembre 1812

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Marc-Antoine Désaugiers et V*** (de Valory)

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Mme. Masson, 1812 :

Le Mariage extravagant, comédie vaudeville en un acte, par MM. Desaugiers et de V***. Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le 8 septembre 1812.

Voici le couplet d’annonce :

Air de Lathénie.

Messieurs, si, de tous les enfans,
Le Vaudeville est me moins sage,
D’un asyle d’extravagans,
Il peut bien vous offrir l’image ;
Heureux, si vous revenez tous,
De Momus consultant l’horloge,
Demain, à la maison des fous,
Retenir chacun votre loge.

Mercure de France, journal littéraire et politique, tome cinquante-deuxième (1812), n° DLXXXII (samedi 12 septembre 1812), p. 518-519 :

[Le sujet, dont l’originalité est contestée, ne paraît pas propre à faire rire, et la réussite de ce vaudeville tient, d’après ce compte rendu, à la « gaieté folle » des couplets. La pièce est une imittaion d’une pièce allemande déjà adaptée en Français. L’auteur du compte rendu déplore qu’on aille chercher dans la mise en scène de maladies des sujet de comédie (il a été traumatisé par l’anévrisme de Faldoni !). Grave question : « Pourquoi M. Désaugiers, connu par tant de succès, et qui a souvent fait preuve d'un talent franc et comique, s'est-il laissé entraîner à prodiguer son esprit sur un fonds dont le choix n'est pas heureux ? » ]

Théâtre du Vaudeville. — Première représentation du Mariage extravagant, vaudeville en un acte.

Edouard Blinval, fils d'un négociant de Genève, a été élevé, dans sa plus tendre enfance, avec la fille du docteur Varner, mais depuis l'âge de cinq ans elle en est séparée ; le docteur, cependant, la lui destine pour époux. M. Varner est directeur d'un hôpital de fous, et c'est chez lui que la scène se passe, ce qui ne laisse pas d'être très-recréatif, car on voit sur la scène une loge garnie de gros barreaux de fer. On amène chez le docteur un jeune homme qui a perdu la raison ; son vêtement est en désordre, ses yeux animés, il parle sans cesse d'une certaine Betzy qu'il aime et que cependant il ne connaît pas ; à tous ces signes qui ne le croirait fou ? pourtant il n'en est rien ; ce n'est qu'une gentillesse de sa part, une ruse d'amour pour se rapprocher de celle qu'il aime, et qu'il sait seulement être la fille de M. Varner. Le docteur est prévenu qu’Edouard (c'est le nom du jeune homme) veut, à toute force, épouser sa Betzy. Pour flatter sa manie, et séduit d'ailleurs par l'appât d'une grosse récompense en cas de guérison, il feint de lui donner sa propre fille en mariage, persuadé, dit-il fort sensément, que le fou ne s'apercevra pas de cette petite substitution ; il endosse un habit de notaire ; ses amis prennent des costumes propres à représenter les oncles, tantes et autres parens de la jeune personne ; le faux notaire donne un faux contrat à signer, mais Edouard signe son vrai nom de Blinval, et M. Varner reconnaît que le hasard l'a merveilleusement servi, puisque c'est à ce jeune homme qu'il destinait la main de sa fille : en ce moment on annonce l'arrivée prochaine du fou véritable dont Edouard avait pris la place, et ce mariage extravagant devient une union raisonnable.

Telle est l'intrigue de ce vaudeville. Il existe une assez mauvaise pièce allemande qui a pour titre : l'Amour à la maison des Fous ; il y a quelques années, M. Claparède en donna une espèce de traduction au théâtre de la Cité, sous le nom de Momus à la maison des fous : le Mariage extravagant n'en est qu'une imitation.

On nous l'avait bien dit que le succès de l'anévrisme de Faldoni mettrait les maladies à la mode, et que nous les verrions paraître successivement sur la scène ; nous avions déjà deux fous à l'Opéra-Comique, et je pense que c'était trop ; mais tel n'est pas l'avis des auteurs de l'ouvrage nouveau. Pour enchérir sur leurs devanciers, ils ont mis sur la scène un hôpital ; il n'y a rien de gai dans le spectacle d'une maison d'insensés ; rien au contraire ne me paraît plus propre à porter à des réflexions tristes et affligeantes que la représentation de cette affreuse maladie qui attaque l'homme dans ses plus nobles prérogatives, et dont personne ne peut répondre de n'être pas un jour atteint. Où est la ligne qui sépare la raison de la folie ? Hélas ! pauvres mortels que nous sommes, ce qui nous paraît raisonnable passe souvent aux yeux des autres pour une action insensée.

Les auteurs, MM. Désaugiers et Valory, ont cependant réussi avec de pareils moyens ; mais ce qui doit justifier le parterre de ce succès, c'est que les auteurs ont prodigué, sur un sujet aussi singulier, les mots les plus comiques, des couplets d'une gaieté folle. Pourquoi M. Désaugiers, connu par tant de succès, et qui a souvent fait preuve d'un talent franc et comique, s'est-il laissé entraîner à prodiguer son esprit sur un fonds dont le choix n'est pas heureux ?                          B.

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 17e année, 1812, tome V, p. 209 :

[Un rapide résumé de l’intrigue. On trouve dans la pièce « des quiproquos fort comiques, soutenus d'un dialogue piquant et de jolis couplets ». Puis un court paragraphe sur l’origine de la pièce. Désaugiers « a trouvé de l'or dans le fumier d’Ennius ». Et il a aussi trouvé le succès.]

Le Mariage extravagant, comédie-vaudeville en un acte, jouée le 8. août.

Le propriétaire d'un établissement où l'on traite les maladies de l'esprit, attend le même jour un fou et un gendre. Le gendre arrive le premier, et on le prend pour le fou. Un fou véritable, qui a la manie de se croire le maître de l'établissement, passe réellement pour tel aux yeux du jeune homme, et parle de le marier à sa fille, tandis que le véritable père ne parle que de remèdes et de calmans. De là naissent des quiproquos fort comiques, soutenus d'un dialogue piquant et de jolis couplets.

Cet ouvrage ressemble pour le fond à une petits comédie jouée il y a douze ans au théâtre Feydeau ; M. Valory, qui avoit fait cette trouvaille, l'a remise entre les mains de M. Desaugiers. Cet auteur a trouvé de l'or dans le fumier d’Ennius, Son succès a été complet.

L’Esprit des journaux français et étrangers, année 1812, tome X, octobre 1812, p. 294-296 :

[Avant d’arriver à la pièce, quelques considérations (un brin hors sujet) sur la grande abondance des fous dans la société. Les fous dont on rit, comme dans cette pièce, où on peut regretter de n’en rencontrer qu’un, fort drôle en effet. L’analyse de l’intrigue n’est pas si favorable à la pièce, fondée sur des quiproquos pas très naturels. Deux interprètes sont signalés, Joly dans un rôle de fou (le seul de la pièce), et une actrice qui « a su adoucir, par son jeu décent, le rôle un peu égrillard de la fille du docteur ». Le public a déserté le théâtre dès la seconde représentation.]

Le Mariage extravagant.

Que de fous dans le monde, depuis celui qui se ruine sans songer au lendemain, jusqu'à celui qui se prive de tout pour thésauriser, comme s'il devait vivre toujours ! L'ambitieux qui se consume en vains efforts pour arriver au but, tandis que le but recule sans cesse devant lui ; l'homme qui se croit aimé pour lui-même quand il ne l'est que pour sa fortune ; l'artiste qui, en dépit de la froideur du public, se vante d'avoir surpassé ses rivaux ; la femme qui sacrifie son bonheur à un volage, sa réputation à un indiscret, etc., sont-ils autre chose que des fous ?

C'est sans doute à ce grand nombre d'insensés qui peuplent notre pauvre monde, que nous devons le proverbe plus on est de fous, plus on rit ; car, à travers ces calamités, on n'en rit pas moins les uns des autres, et chacun, sans se douter de la sienne, voit fort bien la folie de son voisin. De ce qu'on rit beaucoup quand il y a beaucoup de fous, il en résulte peut-être qu'on ne rit guères quand ils sont en petit nombre : ne serait-ce pas là la cause du peu de gaîté qui règne dans la pièce de MM. Desaugiers et Valory ? Pourquoi n'ont-ils mis dans leur hôpital qu'un seul fou ? On regrette d'autant plus leur parcimonie à cet égard, que celui qu'on y voit est fort amusant.

Le docteur Warner, directeur d'un hôpital de fous, attend le futur mari de sa fille qu'il n'a pas vu depuis quinze ans, lorsqu'une lettre lui annonce l'arrivée d'un jeune homme recommandé avec instance à ses soins. La folie de ce jeune homme est peu commune de nos jours : il ne peut se consoler de la perte de sa maîtresse, morte depuis long-temps, et croit la voir dans toutes les femmes qu'il rencontre. Le docteur, bien instruit de tout cela, préparait déjà ses ordonnances, et attendait impatiemment son malade, lorsqu'au lieu du jeune fou arrive Blinval, le prétendu de sa fille. Méprise des valets du docteur, et du docteur lui-même, qui prend Blinval pour un fou, tandis que celui-ci le regarde, à son tour, comme un insensé. Ce quiproquo, que favorise la véritable folie d'un pensionnaire du docteur qui a la manie de se croire le maître de la maison, amène quelques scènes assez plaisantes. D'un seul mot tout cela pouvait finir ; il semblait même assez naturel que Blinval se nommât, mais cet éclaircissement était réservé pour dénouer l'intrigue.

Il y a, en outre , dans la pièce, un rôle de valet qui se lasse d'être garde-fou, dont les auteurs auraient pu tirer plus de parti.

Joly est très-comique dans le rôle du seul fou que les auteurs nous aient montré dans leur hôpital.

Mlle. Desmares a su adoucir, par son jeu décent, le rôle un peu égrillard de la fille du docteur. Selon l'usage, le trait du couplet d'annonce était un jeu de mots : on avait engagé le public à se pourvoir de loges pour la représentation suivante ; mais le traitement du docteur l'avait radicalement guéri dès la première, et, à la seconde, la salle ne renfermait qu'un très-petit nombre de fous.

La Gazette musicale de Paris de 1857, vingt-quatrième année, n° 26 (28 juin 1857), p. 209, signale (et déplore) la reprise du livret de Désaugiers pour en faire un opéra comique avec la musique d’Eugène Gautier (première représentation le 20 juin 1857).

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