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Le Mariage renoué, ou les Méprises

Le Mariage renoué, ou les Méprises, comédie en un acte mêlée de vaudevilles, 3 brumaire an 8 [25 octobre 1799].

Théâtre du Vaudeville

Almanach des Muses 1801

Pièce qui n'a point réussi.

Courrier des spectacles, n° 977 du 4 brumaire an 8 [26 octobre 1799], p. 2 :

[Pas tout à fait une chute, mais en tout cas pas un succès, « l’auteur n’a même pas été demandé » (il n’avait donc pas d’amis dans la salle ?). Les raisons sont les mêmes que d’habitude : plan mal conçu, absence d’intérêt et même de comique, couplets faibles, plaisanteries osées. L’intrigue repose sur un quiproquo : le futur mari se croit trompé et fuit. Son futur beau-père croit le retrouver, mais il est trompé par un changement d’habits avec un inconnu, lequel est près d'épouser la charmante Constance (la dot ne le laisse pas indifférent). Mais cet inconnu est marié avec une femme au service de Constance (belle coïncidence !) et tout peut rentrer dans l’ordre : le jeune couple se reforme, et les deux époux se réconcilient. Pas de commentaire, pas de jugement, le compte rendu se termine par le récit d’un petit accident au cours de la représentation de la petite pièce, l’inusable Arlequin afficheur. Là aussi, plus de peur que de mal.]

Théâtre du Vaudeville.

La pièce donnée hier à ce théâtre, sous le titre du Mariage renoué, ou les Méprises, a été écoutée assez froidement. L’auteur n’a même pas été demandé. Un plan très-foiblement connçu, point d'intérêt, peu de comique, point de couplets saillans, quelques plaisanteries hasardées, telles sont les causes qui nous faisoient craindre pour cet ouvrage une catastrophe plus malheureuse.

Sainville, sur le point d’épouser Constance, lui a surpris une lettre de Gercourt, dans laquelle ce dernier la remercioit du portrait qu’il avoit reçu : Sainville, se croyant trompé, a pris le parti de fuir une infidelle ; mais l’oncle de Constance, voyant dans cette fuite un outrage fait à sa famille, s’est mis à la poursuite de Sainville , et arrive à Bordeaux dans l’hôtel garni où il loge. Quelques instans avant, Sainville, qui n’est connu de l’oncle de sa maîtresse que par la peinture qu’on lui en a faite, et la couleur de son habit, vient de troquer son habillement avec un certain Geronimo, un de ces hommes qui ne s’occupant jamais du lendemain, se trouvent totalement au dépourvu lorsqu’il arrive. Geronimo revêtu de l’habit de Sainville, passe pour lui aux yeux de l’oncle de Constance. Ce dernier, après de vifs reproches, auxquels le prétendu coupable n’entend rien, lui déclare qu’il faut, ou épouser sa nièce, ou mourir. Geronimo résiste d’autant moins à épouser Constance, que sa dot est de cent mille francs. Il trouve bien quelques difficultés à ce mariage, telles que celui qu’il a contracté dix ans auparavant avec Gêorgina, qu’il a abandonnée : mais les raisons de l’oncle de Constance sont si puissantes qu’elles ne permettent pas d’objections. Geronimo signe donc le contrat qui lui est présenté par l’oncle de Constance. Mais comme il n’y a apposé que sa propre signature, pendant qu’il veut s’expliquer à ce sujet, Sainville, qui a été détrompé sur le compte de Constance par Géorgina, qui se trouve être à son service, Sainville, disons-nous, signe le contrat. Grande surprise de Geronimo lorsqu’il s’en apperçoit. Sainville vient le tirer d’embarras. La p»ix se fait entre les deux amans, et, ce qui n’est pas moins difficile, entre les deux époux, Geronimo et Géorgina.

Cette pièce avoit été précédée d'Arlequin afficheur. Ce joli vaudeville est toujours revu avec plaisir. A l’instant où le cit. Laporte, successeur de Carlin, saute par la fenêtre dans la maison de sa maîtresse, le pied étant venu à lui manquer, il a manqué de tomber : le public effrayé a témoigné le plus vif intérêt à cet acteur justement chéri, qui a continué de jouer la pièce.

La Décade philosophique, littéraire et politique, n° 5, an VIII de la République 20 Brumaire, p. 295-296 :

Théâtre du Vaudeville.

Le Mariage renoué, ou les Méprises, comédie en un acte, représentée le 3 Brumaire.

Saint-Ville, près d'épouser Constance, à Bayonne, la croit infidelle ; il part sans bruit pour Bordeaux. Constance l'y suit avec un vieil oncle. Celui-ci rencontre dans l'auberge où ils sont descendus, un aventurier qu'il prend pour Saint-Ville; il le saisit au collet, en lui disant :

Il faut sans sortir de ce lieu,
Que je vous tue ou vous marie.

Cette méprise est éclaircie par la présence du véritable Saint—Ville, qui ne tarde pas à reconnaître qu'en soupçonnant la fidélité de sa maîtresse, il s'était mépris lui-même. Le Mariage est donc renoué.

Tel est le fonds de cette nouveauté. Nous pourrions observer que l'auteur et les acteurs se sont bien autrement mépris que Saint-Ville et le vieil oncle, en se flattant que cet ouvrage méritât quelque succès ; mais nous préférons de dire avec l'Arlequin du Vaudeville:

On doit plaindre celui qui fait
Un mauvais mariage.

C'est aussi par un sentiment de compassion très louable que le public a laissé paisiblement expirer cet ouvrage, sans se soucier d'apprendre quel en était l'auteur.

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