La Pastorella nobile

La pastorella nobile, opéra bouffe en 2 actes, de Francesco-Saverio Zini, musique de Guglielmi, 12 décembre 1789.

Théâtre de Monsieur.

Titre :

Pastorella nobile (la)

Genre

opéra bouffe

Nombre d'actes :

2

Vers / prose ?

 

Musique :

oui

Date de création :

12 décembre 1789

Théâtre :

Théâtre de Monsieur

Auteur(s) des paroles :

Francesco Saverio Zini

Compositeur(s) :

Guglielmi

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, de l’Imprimerie de Monsieur, 1789 (exemplaire de la collection Marandet) :

La pastorella nobile, dramma giocoso in due atti, da representarsi nel teatro di MONSIEUR. La bergère de qualité, opéra bouffon en deux actes, représenté pour la première fois en décembre 1789 sur le théatre de MONSIEUR.

Le livret italien, de 1788, est disponible dans la bibliothèque de Google.

Mercure de France, tome CXXXVII, n° 52 du samedi 26 décembre 1789, p. 154-158-160 :

[Les livrets des opéras italiens n’ont pas la réputation d’être des modèles de cohére,ce et de vraisemblance. Celui de la Pastorella nobile constitue presque une exception il faudrait peu de choses pour qu’il obtienne « une place distinguée parmi ceux qui embellissent ce Théatre, & des suffrages constans » : « en motivant quelques scènes, & avec d'autres légers changemens, ce sujet seroit l’un des plus réguliers de ce Théatre ». C’est ce qui explique l’analyse précise qui en est faite (mais elle contredit l’impression favorable que le critique voulait en donner : le livret peut facilement sembler un tissu d’incohérences). La fin de l’article est consacrée à louer les interprètes, pour leur voix, mais aussi pour leur jeu d’acteur (pour le seul M. Mandini, qui « se distingue également dans [le rôle] de Don Caloandre, comme Chanteur & comme Acteur ».]

THÉATRE DE MONSIEUR.

On vient de donner à ce Spectacle un Opéra nouveau Italien, intitulé la Pastorella Nobile, la Bergère de Qualité, qui a eu le plus grand succès. Le Pcëme plus court, un peu plus raisonnable, & moins décousu que les deux précédens, les rôles sur-tout plus avantageusement distribués, une musique du style le plus gai, le plus flatteur, & d'une originalité piquante, assurent à cet Ouvrage une place distinguée parmi ceux qui embellissent ce Théatre, & des suffrages constans.

Cette Pastorella, nommée Eurilla, ne connoît pas ses parens. Elle a été élevée par un vieux Berger. Egarée à la recherche d'une brebis, le Seigneur de la Terre del Belprato la rencontre, la trouve charmante , lui parle d'amour. Elle s'en offense, & le fuit. Pour se soustraire à ses poursuites, elle se réfugie dans un château qui se trouve sur sa route, & c'est celui même du Marquis. Elle y trouve le vieux Gouverneur de la seigneurie, & son fils, jeune homme qui n'a rapporté de ses voyages que des ridicules & des dettes, & que cependant elle trouve fort aimable (car il est reçu en Italie que l'Amant favorisé doit toujours être un personnage bouffon.) Le père & le fils s'intéressent à cette jeune Bergère, & veulent la dérober au Marquis, en attendant qu'ils la reconduisent dans son Hameau. Ce Seigneur avoit promis sa main à une certaine D. Florida, dont il n'est pas connu, & qui arrive avec son frère. Pour se débarrasser d'elle, le Marquis Astolfe imagine de présenter sous son nom D. Caloandre, ce fils du Gouverneur, qu'il a surpris donnant à, la Bergère la première leçon d'amour. Ce stratagême produit des quiproquo assez gais qui terminent le premier Acte.

Au second, tout est éclairci. D. Florida connoît celui qui doit être son époux ; mais elle sait aussi qu'il lui est infidèle. Le vieux Gouverneur reconduit Eurilla dans sa cabane ; son fils, qui apprend que ses nombreux Créanciers le poursuivent, s’échappe en même temps du château pour s'aller faire berger. Le Marquis, à qui l'on dit que la Bergère s'enfuit, court après elle ; Eurilla, D. Caloandre & le Marquis se rencontrent dans une forêt. Astolfe est d'abord furieux, mais voyant combien les deux jeunes gens s'aiment, il leur pardonne, & fait le sacrifice de son amour. Cependant le Gouverneur apprend qu’Eurilla est une fille bien née, que la Terre & le Château de Belprato, usurpés par le père du Marquis, lui appartiennent, & il a ordre de l'en remettre en possession. Eurilla reçoit l'hommage de ses nouveaux Vassaux. Devenue riche, elle se charge des dettes de D. Caloandre. Le généreux Marquis, pour se consoler, épousera sans doute D. Florida.

Nous nous sommes étendus sur cette Pièce, parce qu'il nous semble que c'est sur-tout les Ouvrages Italiens, quand ils réussissent, qui ont besoin d'analyse, en ce qu'ils sont à la portée du moindre nombre des Spectateurs. On voit qu'en motivant quelques scènes, & avec d'autres légers changemens, ce sujet seroit l’un des plus réguliers de ce Théatre. Les rôles sont remplis parfaitement. Celui de la Pastorella est joué par Madame Mandini, avec ses graces & sa finesse ordinaire. M. Mandini se distingue également dans celui de Don Caloandre, comme Chanteur & comme Acteur. La belle voix de M. Rovedino, chargé du rôle du Gouverneur, n'est pas moins intéressante dans les morceaux d'ensemble auxquels elle ajoute de l'énergie, que sa manière de chanter n'est flatteuse dans ses Airs seuls. Le Marquis est chanté par M. Mengozzi, dont les talens sont depuis long-temps connus, & toujours également goûtés. Sa voix, sans être forte, est si pure, si nette & si facile ; sa méthode est si excellente, & son chant si élégant dans sa simplicité, qu'il paroît digne de figurer au milieu des plus habiles Virtuoses, & même de les remplacer quelquefois.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1790, tome I (janvier 1790), p. 323-324 :

[Evénement assez rare, le critique ne tarit pas d’éloges pour la musique de Guglielmi, dont le talent éclate tardivement, mais d’une manière éblouissante : il a toutes les qualités sans les défauts qu’ils peuvent induire, il maîtrise tous les aspects de la musique (emploi des instruments, accord entre les voix et l’orchestre, réconciliation des sœurs ennemies, l’harmonie et la mélodie. Même la médiocrité du livret est excusable  il a le mérite pas si fréquent d’être « favorable à la musique ». Et comme la musique est extraordinaire...]

Un nouveau chef-d'œuvre musical vient de paroître sur ce théatre. La pastorella nobile, dont on vient de donner la premiere représentation, a eu un succès prodigieux, & les applaudiſſemens les plus vifs & les plus mérités ont été donnés à M. Guglielmi, son auteur. Un genre neuf & original sans bizarrerie, savant sans affectation, riche sans luxe, piquant & varié sans recherche, un emploi magique d'instrumens, des accords inconnus entre les voix & l'orchestre, l'union de l'harmonie la plus mâle à la mélodie la plus enchanteresse : voilà les principaux mérites qui ont été remarqués & admirés du public.

Mais ce qui doit étonner davantage, c'est qu'un ouvrage, étincelant de tout le feu du génie, soit le fruit d'un homme plus que sexagénaire, & que cette grande vertu musicale. se soit si tard développée en lui. Juſqu'alors, Guglielmi, éleve d'une école fameuse qui a produit les plus grands maîtres, n'avoit joui que d'une réputation ordinaire, lorsque le retour de Paëfiello à Naples excita entre eux un combat d'émulation, dont l'issue, au jugement de l'Italie, a été semblable à celui d'Entelle & de Darès.

Quant au poëme, sans s'amurer à critiquer ce genre de production, on peut dire que s'il est aisé d'en faire de meilleurs, il ne l'est pas d'en faire de plus favorables à la musique. En voici le sujet en peu de mots.

Une jeune fille de qualité a été, dans son enfance , dépouillée de son héritage par le pere du marquis Astolphe. Eurilla, c'est le nom de cette jeune fille, a été élevée dans l'état de bergere. Aſtolphe la rencontre égarée à la poursuite d'une brebis. Il veut lui faire violence ; elle se sauve préciſément dans le château de celui qu'elle fuit. Elle demande asyle & protection au gouverneur du château, dont le fils nouvellement arrivé de voyage, en a rapporté, comme c'est l'ordinaire, le talent de faire l'amour & des dettes. La bergere plaît au jeune-homme & il trouve le moyen de s'en faire écouter, lorsqu'il est surpris par son pere & le marquis Aſtolphe. Ce dernier éprouve un autre contretems ; il a recherché en mariage une Dona Florida, qui arrive avec son frere pour le conclure. Comme cette alliance a été négociée par lettres, & qu'Aſtolphe n'est pas connu d'eux, il force le fils du gouverneur du château , à le représenter, ce qui donne lieu à un imbroglio assez plaisant.

Cependant Dona Florida & son frere découvrent la ruse , & instruits de l'amour du marquis pour Eurilla, ils la font évader. De son côté le fils du gouverneur du château, menacé de priſon par ses créanciers, fuit aussi, retrouve sa bergere, & est encore surpris par Astolphe. Le gouverneur survient ; il a reçu des ordres de la cour, qui lui enjoignent de faire reconnoître Eurilla pour marquise, & de la mettre en possession de la terre du marquis dont elle est l'héritiere. Elle promet de payer les dettes du jeune-homme, & lui fait entrevoir un plus grand bonheur. Aucun mariage, cependant, ne termine la piece, qui finit par un chœur.

La Base César, qui nous donne le nom de l’auteur du « poëme », connaît 21 représentations de l’opéra au Théâtre Feydeau / Théâtre de Monsieur, du 12 décembre 1789 au 9 mars 1791.

On peut ajouter que la première représentation a eu lieu à Naples, au Théâtre del Fondo, le 15 ou le 19 avril 1788 (d’après data.bnf.fr).

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