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Le Peintre français en Espagne, ou le Dernier soupir de l’Inquisition

Le Peintre français en Espagne, ou le Dernier soupir de l’Inquisition, comédie-vaudeville en un acte, par MM. Barré, Radet et Desfontaines, 11 mars 1809.

Théâtre du Vaudeville.

Titre

Peintre français en Espagne (le), ou le dernier Soupir de l’Inquisition

Genre

comédie-vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

11 mars 1809

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

MM. Barré, Radet et Desfontaines

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Fages, 1809 :

Le Peintre français en Espagne, ou le dernier Soupir de l’Inquisition, comédie-vaudeville, en un acte, Par MM. Barré, Radet, Desfontaines. Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le 11 Mars 1809.

Dans la même veine (gloire de l'Empereur et arriération espagnole sous l'Inquisiiton, on peut voir aussi La Belle espagnole ou l'Entrée triomphale des Français à Madrid de Cuvelier.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome IV, avril 1809, p. 292-296 :

[En pleine guerre d’Espagne, les rois du Vaudeville veulent bien sûr apporter leur obole à la glorification de la France et de ses armées, et ils y vont de leur vaudeville. Ils proposent une pièce étroitement nationaliste, à la gloire de la France et de ses multiples qualités (conquérants, amoureux sans jalousie, etc.) et à la dérision des autres peuples, Anglais et Espagnols, fort maltraités les uns et les autres, à grands coups de clichés (baragouin pour les Anglais, inquisition et pieuses femmes rébarbatives pour les Espagnols). Hélas ils ont choisi un sujet fort peu propice au comique, ce que le critique fait remarquer ironiquement. L’analyse du sujet montre son incroyable complication et son ridicule (la scène finale montre bien un mariage, rien de surprenant, mais sous la protection de huit grenadiers, ce qui l’est plus). Le vaudeville final, très court, n’a pas su changer l’opinion du public, de plus en plus hostile au fil de la pièce, et les auteurs n’ont pas été nommés.]

Le Peintre Français à Madrid, ou le Dernier Soupir de l'Inquisition.

Les Français savent vaincre et chanter leurs conquêtes, disait-on dans un temps où nous faisions beaucoup moins de conquêtes et je crois aussi moins de chansons, quoique nous en fissions beaucoup. Nous devrions nous être également perfectionnés dans les deux genres ; ce n'est pas au moins l'habitude qui nous manque. Eh bien, aujourd'hui malheur à qui

Croit que l'on fait des vers comme l'on prend des villes ,

et qui aura été au vaudeville d'hier pour applaudir à-la-fois nos chansons et nos conquêtes ; il aura trouvé que, comme nous l'avons entendu dire des chansons et des dettes que se piquait de faire Champcenets,

Les premières sont sans façon.

Oh ! très-fort sans façon. C'est bien de ce vaudeville qu'on peut dire que

La liberté française en ses vers se déploie :

Les auteurs ne se sont assurément pas gênés. On sait aussi que

Cet enfant du plaisir veut naître dans la joie,

c'est ce qui fait qu'ils ont choisi pour nous divertir le Dernier Soupir de l'Inquisition ; on sent quelle prodigieuse gaîté doit sortir de ce sujet-là. Aussi la pièce est-elle conduite par un inquisiteur, égayée par un conspirateur, agréablement coupée par une émeute, et dénouée par un. détachement de grenadiers ; si ensuite

Tout finit par des chanson ,

C'est que cela est de coutume au Vaudeville ; car il aurait été plus convenable que cela finît par un ordre du jour ou par une séance de tribunal. Qu'on dise ensuite que nous sommes frivoles. Des gens qui nous jugeraient sur notre ancienne réputation, s'imagineraient que le Vaudeville, ayant à chanter nos victoires en Espagne, aurait choisi pour cadre la liberté rendue à quelque belle Espagnole retenue sous l'empire d'un jaloux, aurait fait de la cause des femmes, la cause qui anime les Français, et aurait célébré la chûte de la tyrannie des maris, plutôt que la chûte de la tyrannie de l'inquisition. Il est vrai, m'a-t-on dit, que depuis long-temps la tyrannie des maris n'était plus en Espagne extrêmement redoutable, mais celle de l'inquisition l'est encore moins aujourd'hui qu'elle est détruite, et puisque nous ne pouvons plus avoir à nous égayer que sur des souvenirs, j'ai toujours pensé qu'un jaloux était un personnage encore plus plaisant qu'un inquisiteur.

Mais il n'est pas question de jalousie dans cette pièce, l'intrigue amoureuse est au contraire extrêmement simplifiée. C'est le propre des Français de simplifier les intrigues de ce genre ; car on devine bien que l'amoureux est un Français et l'amoureuse une Espagnole, que le père ou la mère détestent les Français (ici c'est la mère, dona Ignatia), et que par conséquent le père, don Félix, les aime à la folie. Il a eu le bonheur, lors de l'insurrection de Madrid, de sauver la vie à Merval, peintre français, qu'il a amené dans le village dont il est alcade. Il lui a conseillé de prendre l'habit et le nom d'un Castillan, tant pour ne pas effaroucher dona Ignatia que pour se dérober aux dangers qu'il pourrait courir dans ce village actuellement séparé de l'armée française par l'insurrection, et où toute la sagesse de l'alcade don Félix suffit à peine à maintenir la tranquillité que cherchent continuellement à troubler Jackson, officier anglais, et Barbarusco, inquisiteur. Nous ne voyons pas celui-ci sur. le théâtre, attendu qu'il est malade ; mais nous recevons ses lettres, ses avis, ses exhortations et ses ordres par son agent Caffardino. Caffardino parle beaucoup de la santé de l'inquisiteur ; dona Ignatia parle encore plus des saints ; Flora, la jeune fille, parle un peu de son amour, pendant que son père est allé appaiser une émeute qui est venue là pour lui en laisser le temps. L'Anglais parle son patois moitié anglais, moitié français ; Merval parle des triomphes des Français, et tout le monde parle continuellement des moines. Angelo, écolier de Salamanque, et faisant partie de la troupe qui a marché contre les Français, avait promis à son oncle Barbarusco de lui mander la nouvelle de ses exploits, mais revient battu par les Français, sans fusil, sans sabre, rapportant seulement la moitié de son habit. Cette espèce de niais a un peu plus diverti que le reste. Mais il ne divertit point l'Anglais Jackson qui attend de Londres des nouvelles d'Espagne beaucoup plus favorables que celles que débite Angelo, et qui ne veut point que celui-ci les démente. Enfin, ces nouvelles arrivent par un ballon que l'on voit passer au-dessus du. théâtre ; de la nacelle un petit garçon jette une quantité de bulletins de fabrique anglaise, ce qui donne occasion de chanter que l'on répand

Beaucoup de nouvelles en l'air.

On chante aussi à l'Anglais:

Vous soufflez le feu sans le craindre,
Et ce n'est jamais pour l'éteindre
Que vous vous tenez près de l'eau.

Du reste l'Anglais, qui n'entend pas la plaisanterie, pas plus que les auteurs de ce vaudeville, a engagé l'inquisiteur à le venger de Merval, qui s'est moqué de lui, et dont l'habit castillan d'ailleurs n'a pu tout-à-fait lui cacher un Français : on vient au nom de l'inquisition arrêter Merval chez dona Félix et don Félix lui-même pour avoir reçu Merval. Ici désolation, courage, bravades, emportement ; il faudrait moins que rien pour faire de tout cela une scène de mélodrame : mais les Français arrivent, mettent en fuite l'inquisition, délivrent les deux prisonniers, etc. Pendant qu'ils sont là, don Félix se dépèche de marier sa fille à son ami Merval, malgré sa femme que tiennent en respect huit grenadiers sous les armes, placés au fond du théâtre. C'est un excellent moyen à indiquer aux maris pour être maîtres chez eux, que d'y avoir une escouade de grenadiers français. Un vaudeville très court a terminé ce triste vaudeville, que n'a pu réchauffer l'intérêt des objets offerts aux applaudissemens du public ; sa bonne volonté, manifestée d'abord avec franchise, mais lassée par degrés, s'est bornée enfin à ne pas encourager quelques sifflets qui, de temps en temps, croyaient devoir prendre acte de l'ennui général. Les auteurs n'ont point été nommés.                            P.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 14e année, 1809, tome II, p. 173-174 :

[La hiérarchie des théâtres et des genres qu’on y représente exclut que le théâtre du Vaudeville, théâtre secondaire, se mêle de représenter les grandes victoires de la France napoléoniennes.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Le Peintre Français en Espagne, ou le dernier Soupir de l’Inquisition, vaudeville, joué le 11 mars.

Je ne sais si les événemens politiques sont bien placés sur le théâtre ; mais je crois que si on peut les y admettre, c'est moins au Vaudeville que partout ailleurs. Nos victoires en Espagne sont un sujet qui ne prête guères à une petite comédie en couplets. De tout temps nos refrains ont été consacrés à la gloire de nos armes ; mais une mauvaise pièce risque de faire siffler les plus grands hommes, c'est ce qui arrive surtout souvent au Vaudeville, et ce qui est arrivé encore cette fois.

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