Le Présomptueux ou l'Heureux imaginaire, comédie en 5 actes et en vers, de Fabre d'Églantine, 7 janvier 1789.
Théâtre Français
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Titre :
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Présomptueux (le) ou l’Heureux imaginaire
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Genre
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comédie
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Nombre d'actes :
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5
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Vers / prose ?
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vers
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Musique :
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non
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Date de création :
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7 janvier 1789
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Théâtre :
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Théâtre Français
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Auteur(s) des paroles :
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Fabre d'Églantine
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Sur la page de titre de la brochure, Paris,chez Prault, 1790 :
Le Présomptueux, ou l'Heureux imaginaire, comédie en cinq actes et en vers, Par Phil. Franç. Nazaire Fabre d'Églantine ; Essayée et habilement étouffée dès la seconde scène du premier acte au Théatre Français, le 7 janvier 1789, et représentée pour la première fois, sur le même Théâtre, le 20 Février 1790, et jours suivans.
L’Esprit des journaux français et étrangers, 1789, tome 2 (février), p. 310-311 :
[Un bel exemple de chute, dans le plus prestigieux théâtre de Paris. Le compte rendu souligne le caractère injuste de cette condamnation, montre les risques d’une telle attitude (pourra-t-on encore écrire pour le théâtre ?), et finit par un paragraphe qui paraît parler de cabale organisée, dont les auteurs rivaux ne seraient pas solidaires, mais est-ce si sûr ?)]
THÉATRE FRANÇOIS.
On ne peut porter aucun jugement, & nous n'entreprendrons pas l'analyse du Présomptueux, ou l'Heureux imaginaire que l'on a essayé de représenter le 7 janvier ; il n'en a été joué que deux actes & demi, & l'on n'en a pas voulu écouter un acte entier. On s'est amuré à la premiere scene, qui a été fort applaudie ; mais dès la seconde, un moment de longueur, dans le rôle du Présomptueux dont le caractere paroissoit assez bien établi, a changé les dispositions du public, qui s'est tout-à-coup impatienté. Qui croiroit que c'est au théatre que nous connoissons le mieux aujourd'hui le prix du tems ? Nous regrettons une minute perdue.
A travers le bruit qui étouffoit la voix des acteurs, M. Molé, par de sages représentations, a paru retarder un moment ce jugement précipité mais les clameurs ont recommencé bientôt, & les acteurs ont été forcés de se retirer. On a mis à la place la comédie de Nanine.
La carriere dramatique a toujours été très-épineuse; elle finira par devenir inabordable, si le public continue d'être aussi cruel qu'il l'est depuis environ trois ans. Nous sommes éloignés de vouloir qu'il porte toujours la patience jusqu'à entendre un long & triste ouvrage, depuis le commencement jusqu'à la fin ; mais nous ne pouvons que répéter ici que ce que nous avons dit vingt fois : » que tout auteur doit être entendu pour être jugé, & qu'il est impossible de prononcer sur un ouvrage avant d'avoir connu en quoi consiste ou peut consister son intérêt. « Les spectateurs d'aujourd'hui ne portent pas si loin la patience ; ils devinent, ils jugent, & ils rejettent.
On assure que le même sujet a été traité par un autre auteur, très justement estimé, dont la piece n'a pas encore été jouée. Cette concurrence est toujours très-dangereuse. Souvent les deux concurrens sont pleins d'une estime mutuelle, tandis que leurs partis défendent leur querelle avec un zele que l'un & l'autre désavouent, quelquefois même avec des moyens que leur délicatesse réprouveroit ; & celui des deux partis qui triomphe, afflige les deux rivaux à la fois.
(Mercure de France ; Journal de Paris)
Mercure de France, tome CXXXVIII, n° 26 du samedi 26 juin 1790, p. 160-163 :
[Après s’être interrogé sur ce qui peut provoquer le retournement du public, d’abord hostile, puis favorable à une pièce (et en ne considérant pas la cabale comme une explication, parce que trop facile à incriminer), le critique dresse un constat clair : d’abord tombé après deux actes et demi en 1789, le Présomptueux « vient de réussir complètement ». Il commence son examen de la pièce par une mise au point du sens à donner au mot « présomptueux » : c’est le sous-titre qui en donne l’explication. Il passe ensuite à un résumé de l'intrigue, dont il donne les nombreux rebondissements, tout en précisant qu’il ne « fait qu'indiquer quelques situations ». Le caractère est-il outré, « trop prononcé » ? Le critique le croit volontiers, mais est-ce bien un reproche ? La situation du héros qui se charge d’exécuter « un ordre obtenu contre lui-même » (on aperçoit là les abysses de la justice d’ancien régime !) est empruntée à la Métromanie, mais l’auteur a su la faire sienne. Des reproches donc, mais qui ne masquent pas le talent évident de Fabre d’Eglantine. L’interprète principal, seul évoqué, a été excellent.]
THÉATRE DE LA NATION.
Ce seroit peut-être un sujet de discussion assez curieux que de chercher pourquoi un Ouvrage Dramatique, joué sur le même Théatre & devant les mêmes Spectateurs, sifflé un jour, applaudi l'autre, éprouve dans les deux cas un sort absolument contraire ; peut-être traiterons-nous une autre fois cette question que nous ne pouvons qu'indiquer ici. Nous observerons seulement que dans une nombreuse assemblée, souvent l’homme de goût lui-même juge moins d'après sa raison, que d’après l’impulsion générale ; que son jugement cède à une séduction d'autant plus irrésistible, qu'elle n'est point soupçonnée; qu'en un mot, le Critique le plus clairvoyant est souvent trompé, parce qu'on se trompe autour de lui.
Il est inutile d'avertir qu'en posant cette question comme un problême, nous faisons abstraction de la cabale, car ce mot-là explique tout.
Sans chercher le motif qui avoit fait la première destinée du Présomptueux, ou l'Heureux Imaginaire , qu'on voit en ce moment sur la Scène Françoise, toujours est-il certain qu'il étoit tombé à sa première représentation, qu'il n'.avoit pu arriver que jusqu'au milieu du troisième Acte, & qu'il vient de réussir complètement.
Le Héros de cette Comédie se croit assuré de tous les bonheurs de ce monde, par la raison qu'il croit les mériter tous ; c'est-à dire, que le motif de son erreur est dans sa présomption. Cette nuance est nécessaire à observer, car nous croyons qu'il est une autre espèce d'Heureux Imaginaire ; mais c'est celui que devoit peindre M Fabre d’Eglantine, puisque c'est celui qu'il avoit promis par le titre de son Ouvrage. Voici une idée du plan qu'il a adopté.
Le présomptueux Valère rencontre en voyageant une jeune & jolie personne avec ses père & mère. Il en devient amoureux ; rien de plus ordinaire ; mais ce qui l'est moins c'est que d'un coup d'œil, & avec un mot il croit avoir subjugué 1cute la famille ; & qu'à l'entendre le père n'attend qu'un second mot de lui pour lui donner sa fille en mariage. Cette confiance devient comique, lorsqu'au premicr entretien qu'il a avec le prétendu beau-père, celui ci s'excuse en le saluant sur ce qu'il n'a pas l'honneur de le connoitre.
Dans l’Hôtel où ils viennent tous loger, arrive aussi en même temps d'Orsange, à qui la jeune personne a été réellement promise, & qui vient essayer de plaire à sa Maîtresse sans en être connu. Les propos avantageux de Valère ont fait croire à tout le monde qu'il est le gendre avoué, ce qui met d'Orsange dans la situation la plus fâcheuse. Tandis que ce bruit persuade la mère elle-même, & alarme sérieusement la fille, le père se trouve chargé par hasard de faire arrêter Valère, en vertu d'un ordre obtenu par ses parens, & qu'on vient de lui envoyer pour le faire exécuter. Valère entend parler vaguement de cette commission ; & comme il ne croit jamais qu'un évènement fâcheux puisse le regarder, il se charge lui-même de faire exécuter l'ordre, & paye sans hésiter & d'avance les frais de l’exécution.
Cependant d'Orsange qui s'explique avec son rival, le force d'aller se battre ; ce der nier est enchanté de cette proposition, & l'impute à sa bonne fortune, parce que rarement, dit il, on a l'occasion de prouver sa bravoure à sa Maîtresse , & que la bravoure est auprès de la beauté le plus puissant moyen de plaire. On sent que l’édifice du bonheur de Valère doit être détruit au dénouement. Une simple explication le renverse en effet, & le Présomptueux, puni sans être corrigé, retourne gaîment vers son père, parce qu'il ne doute point qu'il ne parvienne à le fléchir, à le charmer par le simple exposé de ses projets.
Nous n'avons fait qu'indiquer quelques situations, mais on sent qu'elles sont propres à développer le caractère qui est mis en scène. Quelques personnes en ont trouvé la peinture un peu exagérée ; c'est-à dire, que le caractère est trop prononcé, & nous croyons qu'elles ont raison ; mais peut-être, en fait d'Ouvrage Dramatique, il est plus rare qu'on n'imagine de mériter un pareil reproche.
On a trouvé aussi que la situation de Valère, se chargeant de faire exécuter un ordre obtenu contre lui-même, est imitée de la Métromanie. En avouant que ce reproche est fondé, l'équité nous fait un devoir d'ajouter que M. Fabre d'Eglantine s'est approprié cette situation autant qu'il étoit possible, puisqu'il en a fait un trait de caractère, qui exprime avec vérité l'étourderie présomptueuse de son Héros. Enfin si la Critique a quelques justes reproches à faire à cet Ouvrage, l'empreinte du vrai talent qui le distingue a frappé les vrais connoisseurs, & les deux Comédies de M. d'Eglantine doivent le classer avantageusement parmi les Auteurs qui fondent l'espoir du Théatre Comique.
M. Molé, chargé du premier rôle de cette Comédie, a réuni tous les suffrages, & excité le plus vif enthousiasme. Il étoit impossible en effet d'y mettre plus d'abandon, plus de verve comique.
L’Esprit des journaux français et étrangers, 1790, tome 7 (juillet 1790), p. 374-375 :
[Rappel de l'échec de la pièce le 7 janvier 1789. Et analyse de son succès.]
Le présomptueux, ou l'heureux imaginaire, comédie en cinq actes & en vers de M. Fabre d'Eglantine vient d'obtenir un beau succès. On avoit voulu jouer cette piece le 7 janvier 1789 : mais le public, par un de ces caprices qui ne sont pas rares chez lui, s'étoit gendarmé contre l'ouvrage dès le premier acte, & n'avoit pas voulu en laisser commencer le troisieme. Le mérite de Philinte, ou la suite du Misanthrope, comédie du même auteur, a rappellé l'injustice faite à M. Fabre d'Eglantine, & le parterre a demandé que le présomptueux fût remis au théâtre.
Le principal personnage est un homme à visions qui présume toujours en faveur de sa bonne étoile, qui voit par-tout pour lui des succès, de la gloire, de l'illustration, de la fortune, du crédit & du bonheur, & qui finit, sans renoncer à ses visions, par être remis aux mains de sa famille qui le cherche depuis long-tems.
Ce caractère très-original est gai, plaisant, souvent comique, toujours aimable, malgré sa folie, & M. Molé le rend d'une maniere supérieure. On pourroit reprocher à l'action une marche quelquefois vague, au style de la négligence, & quelque chose de trop bouffon quelquefois ; mais il ne faut pas être sévère avec ceux qui n'ont déja eu que trop à se plaindre ou des caprices de leurs juges, ou des persécutions de la cabale.
D’après la base César, l'auteur est Philippe-François-Nazaire Fabre, dit Fabre d’Églantine. La pièce est en effet tombée à la première représentation. La seconde première a eu lieu le 5 juin 1790 au Théâtre de la Nation. La pièce y a été jouée 10 fois jusqu'au 20 juillet 1790 (9 fois seulement, si on suit la base La Grange de la Comédie Française).
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