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Palma, ou le Voyage en Grèce

Palma, ou le Voyage en Grèce, opéra en deux actes, de Lemontey, musique de Plantade, 5 fructidor an 6 [22 août 1798].

Théâtre Feydeau.

Titre

Palma, ou le Voyage en Grèce

Genre

opéra

Nombre d'actes :

2

Vers / prose ?

vers au moins pour les airs

Musique :

oui

Date de création :

5 fructidor an 6 [22 août 1798]

Théâtre :

Théâtre Feydeau

Auteur(s) des paroles :

M. Lemontey

Compositeur(s) :

M. Plantade

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, au Bureau Dramatique, chez Vigneret, chez Vente, an VII :

Palma, ou le Voyage en Grèce, opéra en deux actes ; Représenté pour la première fois sur le Théâtre de la rue Feydeau, le 5 fructidor an 6. par P. E. L.... musique de Plantade.

Courrier des spectacles, n° 548 du 6 fructidor an 6 [23 août 1798], p. 2-3 :

[Le début du compte rendu est prometteur : la pièce est proche de la perfection, puisqu’il ne lui manque « qu’un intérêt mieux soutenu, et un dénouement plus heureux ». Sinon, « un plan bien conçu, des caractères bien dessinés et des incidens vraisemblables » ont conduit à un succès « très marqué ». La suite est moins enthousiaste, puisque le critique se lance dans un immense résumé d’une intrigue pleine de clichés théâtraux (la bouteille qui sert à enivrer les gardiens, l’enfermement du méchant dans le palanquin, qui fait qu’on le confond avec la jeune fille au cœur de l’intrigue, les signes de connivence entre amante et amant, et le dénouement parfaitement incroyable, pour ne parler que des éléments que le critique énumère sans les commenter sur le moment). Une fois Palma sauvée, le critique peut donner enfin un avis plus mitigé que ce qu’il avait laissé entendre. Il oppose enfin « toutes les invraisemblances et les petits moyens de scène que présente la fin de cette pièce » (l’acte 2) et la beauté de l’acte 1. Il reprend tous les défauts qu’il a énoncés sans les stigmatiser, il ajoute la trivialité que fait naître l’enfermement de Calini dans le palanquin et qu’il rapproche de la guerre des valets dans Guerre ouverte. « En un mot », des incidents « brusques, de peu d’intérêt, sans liaison et sans vraisemblance », à quoi s’ajoutent des équivoques d’un niveau indigne de l’opéra. Mais il faut aussi reconnaître que cet acte est gai, et vraiment comique. L’acte 1 par contre est « enchanteur, bien conçu, bien dialogué, adroitement ménagé dans ses incidens, et rempli d’effets les plus heureux ». Une scène opposant la délicatesse artistique du Français à la barbarie turque est présentée comme une fort belle scène, montrant Palma perchée sur un socle de statue et cueillant des dattes (esthétique du tableau ?). Jusqu’ici, il n’a été question que de l’intrigue et du texte. L’auteur a choisi de rester anonyme. La musique est rapidement évoquée, et le compte rendu est sur ce point particulièrement déséquilibré. Son auteur est nommé et son travail est valorisé : sa production est conforme à ce qu’on sait de lui et de ses «  recueils de romances pleines de goût et de sentimens ». Le chœur final du premier acte est particulièrement apprécié, « une musique imitative et prise dans les mœurs ou plutôt dans le goût des Turcs ». Deux interprètes sont mis en avant, et tant pis pour les autres.

« Athènes, aujourd'hui Setine », c’est sous ce nom déformé de Sétines qu’Athènes apparaît dans les anciennes cartes, signe de la profone ignorance de ce qu’elle est devenue.

Guerre ouverte ou Ruse contre ruse est une comédie en trois actes et en prose, de Dumaniant, créée sur le Théâtre du Palais Royal le 4 octobre 1786.]

Théâtre Feydeau.

Palma, ou le Voyage en Grèce, opéra en deux actes donné pour la première fois hier à ce théâtre, est du nombre de ces ouvrages auxquels il ne manque, pour être parfaits, qu’un intérêt mieux soutenu, et un dénouement plus heureux. Mais un plan bien conçu, des caractères bien dessinés et des incidens vraisemblables pour la plupart ont motivé le succès de cette production, et ce succès a été très-marqué.

Le lieu de la scène est Athènes, (aujourd’hui Setine) où un jeune artiste français, nommé Paul, s'est rendu pour dessiner les restes de ces grands monumens que le temps n’a pu détruire encore entièrement. La plus belle portion de ces superbes ruines est dans la propriété d’un Turc qui, loin de les respecter, les sacrifie à ses spéculations ; car il fait abattre les antiques colonnes et en scie les tronçons pour en faire des meules de moulin. Ce turc, homme jovial, qui en est à sa quatrième femme, et n’a jamais connu les chagrins du ménage, parce qu’il les a toujours laissées les maîtresses, a élevé une jeune fille de la plus grande beauté, nommée Palma , qui n’a pu voir Paul sans l’aimer, et en être passionnément aimée ; mais elle est destinée aux plaisirs du grand Sultan ; et l’eunuque chargé de la venir chercher et de la lui amener, est sur le point d’arriver. Les préparatifs de cette conduite sont confiés par le Capitan-Pacha au vénitien Calini, espèce de médecin, ou plutôt de charlatan que de mauvaises affaires ont forcé de s’exiler. Paul trop confiant, allarmé du sort préparé à Palma, fait part de sa passion et de ses inquiétudes à Calini, qui lui promet de tromper la vigilance des conducteurs, et de faciliter la retraite de Palma vers une barque d’un pêcheur gagné à cet effet, dans laquelle elle pourra s’évader avec lui. A peine ces dispositions sont-elles convenues, qu’une marche se fait entendre, et que l’eunuque paroît, précédé d’un nombreux cortège. On amène Palma devant lui, ou lève le voile qui la couvre ; l’étonnement que cause sa beauté est au comble ; l’eunuque lui remet un bouquet de roses en signe d’agrément au nom du Sultan, et commande à ceux qui l’entourent de se prosterner devant elle. Au moment où les turcs obéissent, Palma fait un serment de fidélité indirectement adressé à Paul, qui paroît derrière quelques ruines, et auquel elle a jetté le bouquet, sans que qui que ce fut l’ait apperçue. Palma est reconduite solemnellement chez elle, et l’eunuque se retire avec tout le cortège.

Le père de Palma l’accompagne, et cache dans un coin une bouteille qu’il espère visiter ; cependant deux muets qui gardent et interdisent à tout le monde l'entrée de la demeure de Palma, découvrent le flacon et le vuident. Bientôt ils s’assoupissent sur le seuil de la porte. Arrive Calini, qui fait à part lui le calcul de ce que ses friponneries vont lui rapporter, ce qui se compose de ce que le Pacha lui a donné pour les frais de conduite, du sacrifice que Paul fait pour assurer la fuite de Palma, et des richesses que celui-ci doit emporter avec elle ; il se propose bien d’enlever toute cette pacotille, et Palma elle-même dans la barque du pêcheur. Mais celle-ci a entendu de sa croisée toutes ces combinaisons. Elle sort informer Paul du nouveau danger qui les menace ; comme ils se concertent sur les moyens de l’éviter, des esclaves arrivent et déposent devant la demeure de Palma le palanquin dans lequel elle doit être transportée ; elle s’est cachée aussi-tôt avec Paul sous la voûte d’un vieil aqueduc, situé près de là. Calini est de retour, il apperçoit le palanquin, il imagine de s’y mettre pour donner le change, (à ce qu’il a paru) à ceux qui doivent le porter, et les amans l’y enferment aux verroux. Ici Paul déclare à Calini qu'il va révéler tout son plan de scélératesse, et le mettre ainsi dans le cas d’être empalé, s’il se permet de révéler la moindre chose sur leurs secrets sentimens. Le Pêcheur vient chercher Calini, et c’est l’artiste et Palma qu’il emmène à sa barque ; mais le cortège revient, et jusqu’à-ce qu’il soit parti on se cache encore dans les ruines.

Cependant Calini fait des efforts pour sortir de son étroite prison ; on croit que c’est Palma qui souffre de cette captivité. On ouvre le palanquin, le vénitien en sort et bâtit une histoire ; l’eunuque menace de le faire mourir. Au même instant Paul effrayé du sort dont Calini est menacé, se présente à l’eunuque avec Palma ; il révèle la passion qu’il a pour elle, et demande grâce pour l’Italien ; l’eunuque frappé de cette grandeur d'ame, et pénétré d’ailleurs d'estime pour un Français , pardonne à Calini, et laisse les amans maîtres de leur destinée.

Il n’est pas besoin de faire sentir ici toutes les invraisemblances et les petits moyens de scène que présente la fin de cette pièce, dont le premier acte au contraire est très-beau ; Calini enfermé dans un palanquin, quitte le caractère pour tomber dans le trivial ; ce jeu, d’ailleurs, rentre dans celui qui se passe entre les valets dans guerre ouverte, et cette imitation est indigne d’un tel sujet. C’est encore un bien foible moyen que celui d’une bouteille laissée à la disposition des gardiens de Palma, pour que celle-ci puisse profiter ensuite de leur ivresse , et se joindre à son amant. En un mot , les incidens de ce second acte sont brusques, de peu d’intérêt, sans liaison et sans vraisemblance ; à ces reproches, on en ajoutera encore qui frappent sur des équivoques, comme quand on dit à l’eunuque qui vient de chanter : Pour chanter aussi bien il a du vous en coûter beaucoup. Cependant il règne dans cet acte même, malgré ses défauts, une gaité soutenue, et un véritable ton de comique. Quant au premier, on doit dire qu’il est enchanteur, bien conçu, bien dialogué, adroitement ménagé dans ses incidens, et rempli d’effets les plus heureux. Rien de plus ingénieux que la scène où Palma, pour cueillir les dattes d’un palmier, monte sur le soc d’une statue, que les barbares ont fait disparoître , pour en faire servir les débris à un abreuvoir. L’artiste dessine alors, et le turc scie un tronçon de colonne, en riant de l’enthousiasme du peintre pour un chef-d’œuvre qui n’existe que dans son imagination.

L’auteur a gardé l’anonyme, après avoir été généralement demandé ; celui de la musique a seul paru, c’est le citoyen Plantade, connu par des recueils de romances pleines de goût et de sentimens. Le même caractère règne dans cette production ; mais il y a sur-tout une grande richesse et une grande vérité d’expression dans le chœur final du premier acte ; c’est-là une musique imitative et prise dans les mœurs ou plutôt dans le goût des Turcs.

Cette pièce est jouée avec beaucoup de soin, chacun est parfai[te]ment dans son rôle ; la cit. Scio n’est pas moins intéressante dans celui de Palma, que le cit. Juliet n’est plaisant dans celui de Calini.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 4e année, 1798, tome III, p. 243-244 :

[L’attribution de la pièce à un nommé Demoncy d’une pièce que tout et tous attribuent à Pierre-Edouard Lemontey (ou Lémontey, on trouve les deux orthographes) est pour moi sans explication... autre que des problèmes d’audition du critique qui a assisté à la pièce, si toutefois son nom a été prononcé !]

On a donné au théâtre Feydeau, sous le titre de Palma ou le Voyage en Grèce, un opéra qui a eu le plus brillant succès.

Palma passe pour la fille d'un Grec : elle habite avec lui au milieu de quelques ruines que ce Grec fait exploiter, et qu'il fait servir à des constructions nouvelles. Paul, jeune artiste français, est venu en Grèce pour dessiner ces ruines : il est amoureux de Palma ; il apprend d'un fourbe italien nommé Calini, que cette jeune personne n'est pas ce qu'on croit, mais une Géorgienne achetée par le Grec et destinée au sérail. Eu effet, on annonce le grand eunuque accompagné de sa suite : il vient voir si Palma est telle qu'on la lui a annoncée ; et la trouvant plus belle encore qu'il ne croyoit, il en donne le prix sur-le-champ et lui fait présent d'un écrin de pierreries. Calini, que Paul a pris pour confident, prend la résolution d'enlever Palma et la cassette : pour cela, il se met dans un palanquin qu'il veut faire introduire dans l'appartement de Palma : mais celle-ci, qui a surpris ses projets, en avertit Paul. Calini est enfermé dans le palanquin, et pris par l'eunuque pour la sultane. Mais enfin tout se découvre : l'eunuque ne peut pas se résoudre à offrir au sultan une femme qui a été au pouvoir d'un infidelle, et par un trait de générosité, peut-être bien, ou vraisemblable de la part d'un Turc et d'un eunuque, il laisse au Grec le prix de Palma qu'il donne au jeune Français.

Telle est l'intrigue de cette pièce,dont la décoration est d'un effet surprenant (1) : les chœurs d'esclaves et d'ouvriers turcs et grecs la rendent extrêmement brillante. Le citoyen Juliet a été vivement applaudi dans le rôle de Calini, ainsi que la citoyenne Scio dans le rôle de Palma. La musique est du citoyen Plantade. L'auteur des paroles est le citoyen Demoncy.

(1) Elle représente un site d'Athènes auprès du Parthenon : les dessins ont été faits d'après le Voyage de la Grèce de Choiseul-Gouffier.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1798 (vingt-septième année), tome IX (septembre 1798, fructidor, an VI),p. 196-198 :

[Sous le titre de Voyage de la Grèce se cache donc Palma, ou le Voyage en Grèce, un des grands succès de l’opéra-comique du temps. Succès reconnu par l’Esprit des journaux. Le compte rendu s’ouvre par la présentation du trio des personnages principaux, le couple des amoureux et celui qui fait obstacle à cet amour, pour une fois non un membre de la famille de l’un ou l’autre, mais un Turc (goût de l’exotisme, mais aussi dénonciation de la barbarie des destructeurs des monuments antiques). S’ajoute le personnage peu glorieux d’un Vénitien cherchant à tirer profit de tous. Tout s’arrange grâce à la bienveillance assez surprenante de l’eunuque chargé de veiller sur Palma, la jeune fille (le critique s’en étonne, comme il s’étonne généralement du dénouement). Le critique a été fortement impressionné par le dispositif de scène, qui supprime les coulisses et laisse voir la profondeur du décor, imité d’un tableau célèbre. Le public a aimé la pièce, et c’est la musique qui est mise en avant, « riche en morceaux d’effet », bien interprétée par l’orchestre comme par les chanteurs. Si le nom du compositeur est donné, celui du parolier reste inconnu.]

THEATRE DE LA RUE FEYDEAU.

Voyage de la Grèce.

La première représentation du Voyage en Grèce a eu le succès le plus marqué. Le premier acte en particulier a été applaudi avec enthousiasme.

La scène est à Athènes. Les personnages sont un Turc, propriétaire de portions de ruines de monumens antiques, qu'il fait exploiter pour son commerce : les colonnes surtout sont à ses yeux d'un grand prix, parce que pour devenir des meules, elles n'ont besoin que d'être sciées ; d'un grand nombre d'esclaves occupés de ce travail, d'une jeune fille nommée Palma, élevée par ce Turc, mais destinée, par sa beauté, à garnir le sérail du grand-seigneur, un peintre français, nommé Paul, arrivé pour y dessiner les vues. & les ruines, & qui finit par préférer la jeune Grecque à toute l'antiquité. La difficulté est de l'arracher à sa destination. Paul se confie à un charlatan vénitien, nommé Calini, qui feint de le vouloir servir, mais qui, dans le fait, veut mettre à profit toutes les passions des autres. Il tire de l'argent du Turc, du peintre ; il se fait donner la cassette donnée à Palma, & veut l'enlever elle même avec toutes ses richesses. Ses plans sont découverts par Paul, qui parvient à le faire prendre dans ses propres filets, & qui obtient de l'eunuque, chargé de la conduite de Palma, le consentement à son mariage avec elle.

Cette représentation est riche en effets de théâtre. Une décoration brillante, des chœurs nombreux d'esclaves occupés, soit à la démolition des ruines, soit à orner la marche de l'arrivée de l'eunuque, rendent le spectacle riche & varié. Nous devons observer que cette décoration est exécutée d'après le fameux tableau des ruines du temple de Diane à Athènes, par le célèbre Robert ; il offre même une nouveauté qui n'a encore été introduite que sur ce théâtre, c'est la suppression des coulisses, de façon que le site n'éprouve aucun intervalle. Nous engageons cette même administration à perfectionner ce systême & à l'adopter même pour les salons dans la comédie.

On pourroit désirer plus de vraisemblance dans plusieurs détails ; le dénouement en particulier péche par un grand nombre d'incidens peu naturels. L'auteur auroit dû sentir, par exemple, qu'un eunuque turc n'est pas susceptible du sentiment généreux dont il se sert pour dénouer sa pièce, & que, l'eût-il, il ne peut prendre sur lui de l'effectuer. Il ne le pourroit sous aucun gouvernement, moins encore sous celui où un mot suffit pour faire empaler sans délai ni remise.

Malgré ces défauts, le public a paru satisfait. La musique, riche en morceaux d'effet & exécutée avec supériorité, tant de la part des acteurs que de celle de l'orchestre, a obtenu les suffrages universels. Les auteurs ont été demandés ; le C. Plantade, auteur de la musique, a paru, & l'on a annoncé que celui du poème est inconnu.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1798 (vingt-septième année), tome X (octobre 1798, vendémiaire, an VII), p. 209-212 :

[Deuxième article sur la pièce de Lemontey (toujours anonyme) et Plantade (nommé à la fin). Ce nouveau compte rendu commence de façon très classique par le résumé de l’intrigue qui conduit à un dénouement que le critique juge « brusque & forcé ». Les deux actes de la pièce sont jugés de façon assez diverse : sévérité envers l’acte deux au « comique assez usé », éloge de l’acte un, dans lequel il trouve « des détails spirituels, des tableaux gracieux, des situations neuves & intéressantes ». Le bilan est finalement positif : « Il est peu d'actes au théâtre qui réunissent autant de coloris & de charme », et dialogue comme musique sont appréciés. C’est la musique qui fait principalement le charme de la pièce, avec l’interprétation de tous les acteurs.]

THEATRE DE LA RUE FEYDEAU.

Palma, ou le Voyage en Grèce.

Un Grec moderne, c'est à dire dégénéré, habitant du bourg de Setines, jadis Athènes, & faisant tout uniment des meules de moulin avec les superbes colonnes d'un temple antique, se trouve avoir en sa possession une jeune & belle Grecque, nommée Palma. Le dessein du grec cupide est, comme de raison, de tirer parti de la beauté de Palma, en la réservant au Harem de quelque lourd pacha.

Un peintre français, dans la jeunesse de l’âge & du talent, qui voyage pour consulter les savans débris de l'antiquité, & très-amateur de ces belles ruines, ne l'est pas moins des formes jeunes & heureuses de la grecque moderne : il l'aime & en est aimé. Tandis que le père de Palma s'occupe à plaisanter l'artiste sur son respect pour des décombres, sa fille se place sur le piédestal d'une Hébé qu'on a inhumainement renversée, & le dédommage du regret qu'il avoit de voir disparoître la statue.

Un médecin vénitien, fourbe, intrigant & intéressé, qui s'est chargé de faire vendre Palma, & qui a fait déjà son prix avec le chef des eunuques du pacha, cherche à profiter de l'amour du jeune peintre pour s'approprier tout à la fois Palma, l'argent du pacha, celui du français, à tromper, tout le monde. Les deux amans découvrent la fourberie. A la faveur du palanquin fermé, destiné à transporter Palma, il forme le projet de s'introduire chez elle ; mais au moment où il s'y place, Palma & son amie l'y enferment & se sauvent. Le chef des eunuques & tout le cortège qui doit accompagner Palma, voyant le palanquin fermé & le voile de la jeune grecque déployé dessus, ne doutent pas que l'esclave ne soit déjà dans sa voiture, & n'osent pas se permettre de violer les usages en ouvrant indiscrètement le palanquin d'une femme. Cependant le mouvement que le médecin enfermé s'y donne, fait soupçonner que la jeune grecque a besoin de secours : le chef des eunuques permet d'ouvrir, & la surprise est générale à la vue du médecin occupant la place de Palma.

Alors le français trop généreux pour laisser la victime de sa supercherie, exposée aux graves punitions que pourroit entraîner l'aventure, se déclare & obtient de la générosité réciproque du chef des eunuques, la cession de l'objet qu'il aime.

Telle est la fable du poëme dont le dénouement peut paroître brusque & forcé, dont le second acte rappelle peut-être des situations trop communes, & présente un comique assez usé : mais dont tout le premier acte offre des détails spirituels, des tableaux gracieux, des situations neuves & intéressantes, & annonce la plume d'un homme de goût instruit. On y trouve surtout une scène d'une invention neuve, fraîche, pittoresque, & dont le tableau ne peut manquer son effet : c'est celle où le chef des eunuques, à la vue de Palma, fait prosterner tout son cortège, & où celle-ci debout au milieu de tous ces esclaves , le visage contre terre, jette à son amant qui l'observe, le bouquet que vient de lui offrir le chef des eunuques au nom du pacha.

Il est peu d'actes au théâtre qui réunissent autant de coloris & de charme : le dialogue en est pur & aimable, la musique toujours placée avec adresse.

Celle-ci, du C. Plantade, répond parfaitement à l'idée que ses romances avoient donnée de son talent; elle est presque toujours fraîche & spirituelle, neuve sans bizarrerie, & chantante sans réminiscences. L'ouvrage jouit aussi d’un succès bien mérité ; il est fort bien exécuté par les citoyennes Scio & Verseuil, & par les CC. Lebrun, Vallière & Juliette.

La Biographie nouvelle des contemporains, Volume 11, p. 533, dans la biographie de Pierre-Edouard Lémontey :

Il donna, en 1798, l’opéra de Palma ou le voyage en Grèce, qui obtint du succès et qui eut plus de cent représentations très-suivies. En faisant paraître sur la scène les barbares qui démolissaient les chefs-d'œuvre des arts dans la Grèce, l’auteur cherchait à jeter sur les vandales, destructeurs des monuments de la France, l’odieux qu’ils méritaient.

D’après la base César, la pièce, créée le 22 août 1798, a été représentée 50 fois avant la fin de 1799 (19 en 1798, 31 en 1799). Sans préjuger de la suite...

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