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Paris volant, ou la Fabrique d’ailes

Paris volant, ou la Fabrique d’ailes, vaudeville épisodique en un acte, d'Ourry, Moreau et Théaulon, 13 juin 1812.

Théâtre du Vaudeville

Titre

Paris volant, ou la Fabrique d’ailes

Genre

vaudeville épisodique

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose avec couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

13 juin 1812

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

MM. Ourry, Moreau et Théaulon

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Mad. Masson, 1812 :

Paris volant, ou la Fabrique d’ailes, folie épisodique en un acte, en prose et en vaudevilles ; Par MM. Moreau, Ourry et Théaulon. Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le mardi 23 juin 1812.

Journal de Paris politique, commercial et littéraire, n° 176 du 24 juin 1812, p. 1-3 :

[Le compte rendu paru ce 24 juin dans le Journal de Paris compare deux pièces toutes récentes qui célèbrent l'exploit de Degen, un « mécanicien » autrichien qui a réalisé le premier « vol à-tire d'ailes » effectué dans le jardin de Tivoli, le 10 juin 1812. De façon assez exceptionnelle, le critique a choisi de traiter des deux vaudevilles dans le même article. Il commence par des généralités sur cette extraordinaire expérience qui a donné lieu à deux pièces dont le ton moqueur pourrait froisser celui qui l'a réalisée. Mais ces traits d'esprit ne sont pas si méchants et ne peuvent que « chatouiller » sans « piquer au vif ». Et le critique imagine comment le mécanicien pourrait clouer le bec à ses détracteurs, en soulignant qu'il a pris des risques bien plus glorieux que les auteurs des deux pièces. Il commence par parler, au nom de la hiérarchie des théâtres, par la pièce du Théâtre du Vaudeville. C'est une pièce anecdotique, dont il résume l'intrigue, qui se réduit à une suite de rencontres entre l'inventeur des ailes qu'il propose à ceux qui veulent voler : un poète qui veut s'élever au Parnasse, un danseur qui, l'âge venu, a besoin d'aide pour continuer ses évolutions, une famille qui voudrait des ailes pour s'éloigner l'un de l'autre, leur fille rêvant, elle, de quitter par les airs sa pension, un « jeune incroyable très-incrédule » qui ne fait que se moquer des autres. Le dénouement, ensuite, sans grande nouveauté, repose sur l'enlèvement de la fille du fabricant d'ailes par son amant : plus moyen pour le pauvre inventeur de lui refuser la main de sa fille. La deuxième pièce , c'est celle du Théâtre des Variétés qu'il résume ensuite : elle se passe dans l'entourage d'un pâtissier passionné d'expériences, mais trop craintif pour les faire sur lui-même. « Son souffre-douleurs », c'est Vol-au-vent, son garçon, à qui il a déjà fait subir bien des épreuves. Il accepte d etenter cette nouvelle expérience, parce que son patron lui a promis la main de sa fille s'il essaie ses ailes. Mais il a l'affreuse surprise de se voir devancer par un autre garçon de son patron, qui a utilisé des ailes faites par Degen, leur inventeur. Le pauvre Vol-au-vent tombe parce que son patron a oublié de tenir la corde qui devait assurer son vol. Et c'est son rival qui épouse la fille enjeu de cette expérience. Il faut bien comparer les deux pièces. L'une, celle des Variétés, repose tout entière sur le talent de Pothier, son interprète, l'autre vaut surtout par « des couplets pleins d'esprit et de gaieté ». Laquelle vaut mieux ? « Je crois qu’il est encore plus facile de faire de jolis couplets, que de rencontrer un comédien aussi original que Pothier », conclut le critique, avant de nommer les noms des auteurs (deux noms pour le Vaudeville, il manque Théaulon, un nom pour les Variétés, M. Danières, « ce nom-là est connu dans le répertoire de ce théâtre ».

Le titre donné à la pièce des Variétés n'est pas celui de la brochure. Elle a pour titre Vol-au-vent ou le Pâtissier d'Anières et le nom de l'auteur paraît n'être qu'un pseudonyme.]

VAUDEVILLE. VARIÉTÉS.

Paris volant, ou la Fabrique d’ailes ; Vol-au-vent, ou le Vol-à-tire-d’ailes,
folies en un acte, mêlées de couplets.

A peine M. Degen était-il en l’air que déjà plusieurs auteurs prenaient leur élan pour le suivre. Quoique ces messieurs aient donné à leurs pièces le titre de folie, je me garderai bien de leur appliquer ce qu'on a dit d'un héros et de son historien : C'est un fou qui court après un autre.

M. Degen, dit-on, entend très-peu le français, mais je suppose qu'il a du moins une idée assez juste de notre nation pour savoir qu’elle aime à s’amuser de tout, et que les plaisanteries, les caricatures, les chansons, qui accueillent toutes les nouvelles découvertes, n'ôtant rien à l'estime dont nous payons les efforts de ceux qui cherchent à reculer les limites des sciences et des conquêtes que l’homme a faites sur la nature.

Hier , les deux théâtres dont l’à-propos enrichit le répertoire, ont donné chacun une contre épreuve de l’expérience de M. Degen, et l’on a remarqué avec plaisir qu’en tirant au vol le nouveau Dédale, les auteurs ne lui ont décoché que des flèches dont la pointe pouvait tout au plus le chatouiller, mais jamais le piquer au vif. D’ailleurs, le physico-mécanicien a beau jeu pour répondre aux poètes :« Messieurs, pourrait-il leur dire, vous plaisantez aux dépens de mes ailes que je n'ai encore pu diriger qu’au gré du vent ; mais dites-moi franchement si celles de Pégase vous conduisent toujours où vous voulez aller ? Le vent impétueux des sifflets ne vous chasse-t il pas quelquefois loin du but que vous vouliez atteindre ? Que faites-vous alors ? Vous tentez une nouvelle expérience. Eh bien ! c’est ce que je veux faire aussi ; vous prenez votre revanche, j'espère bien prendre la mienne....... Enfin vous ne pouvez pas nier que je n’aie au moins sur vous l’avantage d'un courageux dévouement, car, chute pour chute, vous ne jouez pas si gros jeu que moi »

Hier, par exemple, les auteurs n'exposaient que des bluettes sans conséquence, dont la gaieté fait tout le mérite. Celle du Vaudeville (Commençons par ce grand-petit théâtre, à tout seigneur tout honneur), celle du Vaudeville, dis-je, offre un cadre épisodique.

M. Dumont, partisan fanatique de toutes les nouvelles découvertes dont il s’empare pour les perfectionner, a dépensé une grande partie de sa fortune en expériences plus folles les unes que les autres ; mais il espère bien s’enrichir promptement grâce au vol à tire d'ailes. Il a établi une fabrique d’ailes dont il prétend fournir tout Paris. Déjà les chalands se présentent : le premier est M. Rime-en-l’air, poète lyrique, qui a grand besoin d’ailes pour s’élever au Parnasse ; le second, M. Duplomb, danseur, qui fait les zéphyrs depuis quarante printemps, et qui sent que des ailes lui seraient bien nécessaires pour se soutenir à la même hauteur. Arrive ensuite la famille extravagante composée de M., de Mme et de Mlle Gobe-tout; les deux époux ne désirant des ailes que pour s’envoler bien loin l’un de l’autre, et la petite Nini, leur fille, que pour s’élancer par-dessus les murs de sa pension.

En opposition avec tous ces Gobe-mouches figure M. Frivolet. jeune incroyable très-incrédule, qui persiffle le marchand d’ailes. Il détaille dans un couplet très-piquant et fort bien tourné, la manière dont les oiseaux, à qui nous allons ravir leur domaine, viendront à leur tour se nicher dans cette grande ville. Je regrette que la longueur de ce couplet qu’on appelle, je crois, en termes de l’art, couplet de distribution, m’ait empêché de le retenir. Le dénouement est emprunté de l’ancien théâtre Italien. C’est une vraie mascarade. Dorval, amant de la fille du fabricateur d’ailes, arrive déguisé eu mandarin. Dumont, qui se fait appeler M. Dédale, n'a rien de plus pressé que de régaler S. Fxc. Chinoise du vol à tire-d’ailes. Pendant que tous les yeux sont fixés en l’air, Dorval enlève Adèle, et le faiseur d'expériences, obligé de consentir à leur mariage, est assez surpris de voir que la seule personne qui, chez lui, n’eut pas d’ailes, soit précisément celle qui ait pris sa volée.

Vol-au-vent, aux Variétés, est d’une gaieté encore plus burlesque. M. Meringue, pâtissier à Anières, néglige son four et sa boutique pour se livrer aux expériences que sa poltronnerie l’empêche pourtant de faire sur lui-même. Il dit comme certains docteurs : Faciamus experimentum. super anima vilem....... Son garçon Vol-au-vent est son souffre-douleur. Le pauvre diable est la victime de toutes les inventions essayées par son bourgeois. « Vous le savez, lui dit-il, quand vous avez voulu me faire passer la rivière dans votre scaphandre, j’ai bu un fier bouillon ; vous m'avez fait avaler de 1'huile bouillante, marcher sur du fer rouge... J’ai eu des cloches aux pieds et dans la bouche, j’espère que ça a fait assez de bruit dans le pays ; et pour me refaire, vous m’avez forcé à manger des caillous.,...Celui-là, je ne peux pas le digérer, je l’ai encore là..... »

Tels sont les motifs, assez plausibles je pense, par lesquels Vol-au-vent s'excuse d’essayer les ailes mécaniques fabriquées par M. Meringue ; il se rend pourtant à la promesse que lui fait ce dernier de lui donner sa fille en mariage, et même il se promet bien du plaisir à s’élever si haut qu’il ne verra plus la terre que comme un grain de bled et les hommes et les femmes que comme des noisettes.

Pour faciliter son vol, il se fait hisser jusqu’au haut d’un mat, mais à l’instant où il va prendre sa volée, on voit planer dans les airs un homme volant. C’est Durouleau, autre garçon de M. Meringue, qui, protégé par le véritable inventeur des ailes mécaniques, a imaginé ce moyen de devenir le gendre du pâtissier-physicien.

Frappé de surprise et d’admiration, Meringue lâche la corde qui retient l’oiseau de sa façon, et voilà le malencontreux Vol-au-vent dégringolant jusqu’à terre, d’où il se relève tout meurtri pour être témoin du bonheur de son rival. On sent qu’il donne de bon cœur à tous les diables la physique, la mécanique et toutes les expériences.

Jusqu’à présent j’ai placé les deux ouvrages à-peu-près sur la même ligne ; il est temps de rétablir la distance que le sort a mise entre eux. Tous deux ont réussi; mais il est tant de nuances dans les succès ! Vol-au-vent a dû presque tout le sien au jeu de Pothier. Des couplets pleins d esprit et de gaieté ont assuré celui de Paris volant. Je conseille aux auteurs d'être tous contens de leur lot, et je crois qu’il est encore plus facile de faire de jolis couplets, que de rencontrer un comédien aussi original que Pothier... La pièce du Vaudeville est de MM. Ourry et Moreau. Aux Variétés, on a nommé M. Danières : ce nom-là est connu dans le répertoire de ce théâtre.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 17e année, 1812, tome IV, p. 199-200 :

[Le personnage principal est une sorte de savant fou qui, après d'autres expériences, propose de vendre des ailes. Les clients affluent, désireux pour d'étonnantes raisons de prendre leur envol, jusqu'à ce qu'un incroyable vienne sur scène se moquer de cette envie de voler l'espace aux oiseaux. La pièce s'achève par une « vraie mascarade » au cours de laquelle l'amant de la fille du marchand d'ailes, déguisé en chinois, enlève sa bien aimée, son père étant bien obligé de consentir au mariage (une jeune fille qui a été enlevée ne pourrait plus se marier, si son ravisseur l'abandonnait). La pièce vaut surtout par « de fort jolis couplets, pointes et méchancetés ». Les auteurs sont nommés, gage de succès de la pièce.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Paris volant, ou la fabrique d'ailes, vaudeville épisodique en un acte.

M. Dumont, partisan fanatique de tontes les nouvelles découvertes dont il s'empare pour les perfectionner, a dépensé une grande partie de sa fortune en expériences plus folles les unes que les autres ; mais il espère bien s'enrichir promptement grâce au vol à tire d'ailes. Il a établi une fabrique d'ailes dont il prétend fournir tout Paris. Deja les chalands se présentent:  le premier est M. Rime-en-l'air, poète lyrique, qui a grand besoin d'ailes pour s'élever au Parnasse; le second, M. Duplomb, danseur, qui fait les Zéphirs depuis quarante printemps, et qui sent que des ailes lui seroient bien nécessaires pour se soutenir à la même hauteur. Arrive ensuite une famille extravagante composée de Monsieur, de Madame et de Mademoiselle Gobe-tout ; les deux époux ne désirent des ailes que pour s'envoler bien loin l'un de l'autre, et la petite Nini, leur fille, que pour s'élancer par-dessus les murs de sa pension.
En opposition avec tous ces gobe-mouches figure M. Frivolet, jeune, incroyable très-incrédule, qui persiffle le marchand d'ailes. Il détaille, dans un couplet très-piquant et fort bien tourné, la manière dont les oiseaux, à qui nous allons ravir leur domaine, viendront à leur tour se nicher dans cette grande ville. Le dénouement est une vraie mascarade. Doryal, amant de la fille du fabricateur d'ailes, arrive déguisé en mandarin. Dumont, qui se fait appeler M. Dédale, n'a rien de plus pressé que de régaler S. Exc. chinoise du vol à tire d'ailes. Pendant que fous les yeux sont fixés en l'air, Dorval enlève Adèle; et le faiseur d'expériences, obligé de consentir à leur mariage, est assez surpris de voir que la seule personne qui, chez lui, n'eût pas d'ailes, soit précisément celle qui ait pris sa volée.
De fort jolis couplets, pointes et méchancetés, ont assuré le succès de cette folie de MM. Ourry, Moreau et Théaulon.

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