Le Retour de Jean Bart

Le Retour de Jean Bart, vaudeville, par MM. Barré, Radet et Desfontaines, 23 décembre 1807.

[Date fournie par le Journal de l’Empire du 23 décembre 1807].

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Retour de Jean Bart (le)

Genre

comédie vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose, avec couplets en evrs

Musique :

vaudevilles

Date de création :

23 décembre 1807

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

MM. Barré, Radet et Desfontaines

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 12e année, 1807, tome VI, p. 420 :

Le Retour de Jean Bart.

Le titre dit le sujet de la pièce. Elle avait été faite pour le camp de Boulogne, et n'a pas eu ici beaucoup de succès. Ce n'est qu'un tableau qui a paru froid et sans couleur.

MM. Barré, Radet et Desfontaines ont fait mieux très-souvent, et sans doute le feront encore.

L’Esprit des journaux français et étrangers, année 1808, tome I (janvier 1808), p. 282-287 :

[Gare au critique qui s’en prendra à Jean Bart ! Un tel homme ne devait pas être commode. La pièce reprend très fidèlement la vie de l’illustre corsaire, même si le critique trouve curieux qu’on fasse visiter à Jean Bart un jardin anglais en France : tous les exploits du corsaire y sont racontés, aucun n’est hélas montré, et c’est un Jean Bart qui parle qu’on voit sur la scène. Mais il arrive fort tard, et le début de la pièce est une attente de son arrivée, retardée par de menus incidents. Le critique s’étend fort longtemps sur des détails infimes à nos yeux (le peu de cas que Jean Bart fait de son anoblissement, la libération d’un capitaine anglais), mais c’est pour mieux regretter que ses vrais exploits ne soient pas évoqués. Ce qui pose le problème de savoir si on peut faire un vaudeville amusant simplement avec le récit d’une vie, même s’il s’agit de la vie d’un Jean Bart. Le public a fini par signifier par des sifflets qu’il s‘ennuyait, ce qui n’empêche pas qu’il ait applaudi, mais sans aller jusqu’à demander le nom de l’auteur.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Du Retour de Jean Bart.

Corsaires attaquant corsaires,
Ne font pas, dit-on, leurs affaires

Aussi j'imagine que les critiques y regarderont à deux fois avant que de se jouer à Jean Bart ; au reste, qu'ils n'aient pas trop peur, ils n'auront affaire qu'à lui, car l'auteur n'a point été nommé. Cet auteur, il avait lu avant de faire sa pièce, comme moi, avant de l'aller voir, la vie de Jean Bart dans le recueil des Illustres Marins. Nous nous sommes rencontrés, j'en suis bien aise ; il est bon de savoir où prendre ses autorités ; aussi puis-je répondre de celles qu'a choisies l'auteur du Retour de Jean Bart. Son vaudeville est dans l'histoire mot à mot, je dirais presque vers pour vers, ou du moins ne serais-je nullement étonné qu'il en eût trouvé un grand nombre de ceux de ses couplets tout faits dans la prose de l'historien. Il n'y aura cependant pas trouvé, je pense, ce M. de Saint-Foix qui fait voir à un de ses amis son jardin anglais ; du temps où Lenôtre allait faire des jardins français en Angleterre, il y avait, je crois, fort peu de jardins anglais en France ; mais passons cela, ce n'est pas le défaut d'exactitude qu'il faut reprocher au vaudeville d'hier. Les faits piquans de la vie de Jean Bart y sont presque tous racontés ; à la vérité, il n'y en a pas un seul dans la pièce, excepté ceux qu'on y raconte, et je crois que c'est pour la première fois de sa vie que Jean Bart a si long-temps de suite parlé sans rien faire ; il est vrai que, pour forcer son naturel le moins possible, on l'a fait arriver le plus tard qu'on a pu ; la dernière scène se passe à l'écouter,

…...Et le reste à l'attendre.

C'est à Dunkerque qu'il est attendu par M. et Mme. de Saint-Foix, dont la nièce, qui est sa filleule, l'attend encore plus impatiemment, parce qu'il doit la doter et la marier à son amant Alphonse.

Jean Bart est parti pour aller escorter un convoi de farine qu'il doit amener à Dunkerque, et toujours en l'attendant, la famine est, nous dit-on, dans la ville ; mais pour que cela ne nous fasse pas trop d'impression ;

Car il est des objets que l'art judicieux
Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux.

on a soin de nous rassurer par le spectacle d'un déjeûner de famille, et la famine est là pour la conversation ; cela vaut encore mieux que si elle y était en personne, et il faut bien causer de quelque chose quand on n'a rien de mieux à faire. On cause avec un nouvelliste ridicule, avec le jeune amoureux Alphonse ; on parle de la pluie et du beau temps ; on annonce qu'il va changer ; on a signalé le convoi dans la rade : un orage survient, il tonne, ces dames ont peur, et le temps passe. L'orage passe aussi ; Jean Bart arrive, on l'embrasse, on le harangue ; une Anglaise vient lui demander la liberté de son mari ; c'est la femme d'un capitaine anglais qui, à Bergues, ayant invité Jean Bart à venir déjeûner avec lui sur son bord avant de s'aller battre en pleine mer, avait voulu ensuite l’y retenir prisonnier. Jean Bart, indigné de cette infamie, s’était saisi d’une mèche, et courant sur un baril de poudre ; Je ne serai pas ton prisonnier, dit-il, car ton vaisseau va sauter. Pendant l'indécision que cette action mettait dans les mouvemens de l'équipage anglais, les Français, à la voix de leur capitaine, avaient gagné, à force de rames, le bâtiment anglais, montaient sur le pont, taillaient l'équipage en pièces, et Jean Bart demeurait maître du vaisseau et du capitaine. Voilà comment le fait est raconté dans la vie de Jean Bart. Forbin n'en parle pas : mais, vrai ou non, il l'est bien assez pour un vaudeville. Ce qui l'est moins, c'est que Jean Bart, en recevant ses lettres de noblesse, paraisse en faire fort peu de cas, parce que ; dit-il,

Ce n'est pas sur du parchemin,
C'est dans le cœur qu'elle est écrite.

J'entends bien cela ; mais, dans deux ou trois cents ans, elle aura beau avoir été écrite dans son cœur, ses descendans ne seront pas fâchés d'avoir sur du parchemin quelque chose qui constate qu'elle leur vient de Jean Bart. Je ne vois pas pourquoi un homme comme Jean Bart ne serait pas fort aise de laisser cet héritage-là à ses enfans ; on peut attacher quelque prix aux privilèges de la noblesse, quand celui de qui on les tient en a fourni en même-temps l'illustration, et ils seront bien dégoûtés ceux qui mépriseront les honneurs qui leur viennent de la succession d'un héros. Que le Vaudeville prenne garde à ne se pas fourvoyer en philosophie, passe pour un livre de morale ; mais le Vaudeville est une autorité populaire ; et que de gens dont l'esprit n'a jamais passé la dose de réflexion contenue dans le refrain d'un couplet !

J'ai oublié de dire, au reste, mais on le devine bien, que Jean Bart accorde la liberté de l'Anglais, marie les jeunes gens et va souper à l'intendance. S'il n'avait fait que cela, je crois qu'on ne l'aurait pas mis au Vaudeville ; et n'a-t-il pas droit de se plaindre qu'on n'ait représenté sur ce théâtre que ceux des traits de sa vie auxquels il ne doit rien de la gloire d'y être monté ? Il en avait de si propres à l'y faire briller ! C'est un vrai héros de vaudeville que Jean Bart ; brave et grossier, généreux et brutal, fier, colère et bon, il a de quoi remplir de ses boutades dix vaudevilles pour un : rien que son voyage à Versailles était une source de gaité folle ; il est vrai que, s'il eût été plaisant de montrer Jean Bart à la cour, il n'était pas aisé de montrer au Vaudeville la cour de Louis XIV. Mais ce qui était impossible, c'était de faire en récits un Vaudeville amusant : un récit peut amuser dans un livre et ennuyer au spectacle ; on n'attend d'un livre autre chose que ce qu'il peut contenir, et le lecteur veut bien aider de son imagination le soin qu'on a pris de le divertir ; mais c'est pour s'épargner les frais d'imagination qu'il va au spectacle ; là il ne se représente plus les choses, il veut qu'on les lui représente ; il faut que l'effet soit tout préparé, qu'il n'ait plus qu'à le recevoir ; s'il est obligé de le chercher, il s'ennuie, et Jean Bart l'a ennuyé. Ses sentimens s'étaient exprimés d'abord simplement par la froideur ; mais, pendant la dernière scène, un sifflet modéré, doux, je dirais presque amical, s'est fait entendre ; ses sons prolongés avaient une sorte de mélancolie qui n'annonçait point des intentions perverses ; c'était presque un soupir ou, si l'on veut, un avertissement. Cependant le parterre ne l'a pas pris en bonne part ; d'ailleurs Mme. Hervey lui disait si bien :

Des critiques d'humeur sévère
Ce n'est pas là notre parterre,

que, sensible à sa politesse, il a cru devoir la lui rendre, et s'est acquitté par des applaudissemens ; mais la sienne n'a pas été jusqu'à demander le nom de l'auteur : peut-être a-t-il jugé qu'ici la civilité consistait dans la discrétion,                    P.

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