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Le Rendez-vous au bois de Vincennes

Le Rendez-vous au bois de Vincennes, comédie en un acte et en prose, de Dorvigny et Georges Duval. 12 nivose an 12 [3 janvier 1804].

Théâtre de l'Impératrice, rue Louvois

Titre

Rendez-vous au Bois de Vincennes (le)

Genre

comédie

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose

Musique :

non

Date de création :

nivôse an 13 (décembre 1803-janvier 1804)

Théâtre :

Théâtre Louvois

Auteur(s) des paroles :

MM. Dorvigny et Duval

Almanach des Muses 1805

Des quiproquo, des invraisemblances, de l'esprit. Peu de succès.

Courrier des spectacles, n° 2498 du 10 nivôse an 12 [1er janvier 1804], p. 2 :

[L’article commence par dire tout ce qu’on peut reprocher à la pièce, dont le sujet a paru comique, et qui contient « plusieurs scènes [qui] ont fait plaisir » : des longueurs, comme souvent, un rôle mal traité, des expressions mal venues. En changeant ces éléments, la pièce réussira encore mieux. Les auteurs ont d’ailleurs été nommés (mais le critique a entendu Davrigny, là où les autres ont entendu Dorvigny). La suite de l’article se contente de résumer l’intrigue bâtie sur une affaire de duel, sur un Gascon caricatural et peu scrupuleux et sur un quiproquo que le critique juge invraisemblable. Comme toujours, le dénouement résout tout : le Gascon imposteur est démasqué, et le mariage prévu d’emblée se fait. Un acteur est nommé, Picard aîné, qui joue le rôle principal.]

Théâtre Louvois.

Première représentation des Rendez-vous au bois de Vincennes.

L’idée de cette petite comédie a paru comique ; plusieurs scènes ont fait plaisir, mais on y a trouvé des longueurs. Le rôle de Dormeuil sur-tout n’est pas traité avec soin. Au total cette piece a réussi, et l’on pourra assurer son succès en y faisant quelques coupures et en changeant quelques expressions, telles que celles-ci : Commençons par terminer, dans la bouche du jeune Solange. On a demandé l’auteur ; M. Picard est venu nommer MM. Davrigny [sic] et Georges Duval.

M. de Croustignac, dont le nom dénote assez l’origine, a insulté un jeune officier nommé Solange, et celui-ci l’a appelé en duel. Avant de se rendre au rendez-vous, le prudent Gascon a prévenu la maréchaussée, à qui il a parfaitement désigné son adversaire ; mais il a eu garde de se faire connoître pour un des combattans. L’exempt arrive à St-Mandé, lieu indiqué, et voyant venir un jeune militaire il l’interroge, et trompé par un quiproquo il l’arrête. L’officier arrêté est le jeune Saint-André-de-Cusac, qui sur l’invitation de M. Dormeuil, ancien ami de son pere, arrive de Paris a Vincennes pour voir sa fille et l’épouser.

Ce M. Dormeuil ne connoît pas le fils de son ami, ce qui n’est pas vraisemblable, vû la proximité de leurs demeures, mais il a parié avec son épouse qu’il le reconnoîtroit aux linéamens de sa figure. Croustignac est le personnage qu’il rencontre, et dont les traits lui semblent ne laisser aucun doute à ses combinaisons. Croustignac répond d’abord assez mal aux honnêtetés de M. Dormeuil ; mais quand il sait qu’on lui offre une jeune demoiselle avec dix mille livres de rente, il refuse d’autant moins à passer pour St-André-de Cuzac, qu’il est lui-même de la ville de Cuzac et que St-André est son nom de baptême. La vigilance de la maréchaussée est telle, que Solange, l’adversaire de Croustignac est également arrêté au moment où il arrive au rendez-vous. Envain St-André et lui se disent grands amis ; l’exempt ne veut même pas qu’ils s'approchent. Pour les confondre on fait venir Croustignac. L’embarras du Gascon est extrême, et celui des auteurs n’a pas été moindre pour sortir de ce mauvais pas ; c’est là que commencent les longueurs. Nous ne suivrons pas Croustignac dans la série des moyens qu’il emploie ; nous dirons seulement que tout se découvre, que Solange laisse partir son brave adversaire et accompagne son ami dans la maison de M. Dormeuil.

Croustignac est le rôle le plus important de cette pièce. Picard l’ainé y fait beaucoup rire.

Journal de Paris, n° 100 du 10 nivôse an 12 [1er janvier 1804], p. 621 :

[Autre regard sur la pièce, dont on se demande parfois si c’est bien la même dont il est question. Le critique ne trouve pas la pièce mauvaise, l’équivoque sur laquelle elle reposes est « assez gaie », mais tout de même construite sur un sujet assez mince (on retient le jeu de mots : une scène, pas Vincennes !). Le résumé de l’intrigue ne cache pas un certain embarras, surtout dans la deuxième partie de la pièce, dans les tentatives d’explication de Croustignac. Mais le critique est rassuré : il a cru comprendre qu’il y avait bien à la fin un mariage. Bilan : « de l'esprit & quelques traits piquans dans cette bluette », mais une certaine réticence à parler de comédie (le mot a sa dignité !). Picard est excellent dans le rôle principal, « le moins foible de la pièce », l’auteur a été demandé, et ils étaient deux.]

Théâtre de Louvois.

On représenta hier pour la première fois, à ce théâtre, une très-petite pièce intitulée : le Rendez-vous au Bois de Vincennes ; & malgré l'extrême foiblesse du sujet, le parterre applaudit beaucoup ; nous disons le parterre, car les loges craignirent de se compromettre, & gardèrent la neutralité. Applaudir est de si mauvais ton !

Toute l'intrigue de cette comédie roule sur une équivoque assez gaie, mais qui sembloit ne devoir fournir qu'une scène ; ce qui a fait dire à de mauvais plaisans, qu'elle ne convenoit pas à Vincennes.

Deux jeunes gens qui portent le même nom, (Saint-André), ont reçu chacun un rendez-vous le même jour, & pour le même lieu ; mais la lettre destinée à l'un a été remise à l'autre, selon l'usage, & vice versa. L'un se rend au lieu indiqué, pour y rencontrer son beau-père & sa future, qu'il n'a jamais vus, & l'autre pour se battre avec un chevalier de Croustignac, à qui il veut donner une leçon. Le chevalier, qui a le malheur de n'être pas brave, avertit d'avance la gendarmerie pour qu'elle empêche le combat, d'où il advient que le Saint-André, mandé à Vincennes, .pour y traiter de son mariage, est arrêté comme contrevenant aux lois sur le duel, & que, d'autre part, le beau-père qui cherche son gendre, croit reconnoître ce jeune homme dans le chevalier de Croustignac. Ce quiproquo donne lieu à un grand nombre d'allées & venues, qui nous ont parues tant soit peu obscures & assez foiblement motivées ; mais après s'être perdus un instant dans le dédale, on resaisit un bout de fil vers le dénouement, & il devient alors très-clair pour tout le monde, que la pièce finit par un mariage.

Il y a de l'esprit & quelques traits piquans dans cette bluette ; mais on lui a fait beaucoup trop d'honneur en la qualifiant de comédie. Picard est très-plaisant dans le rôle de Croustignac, qui est le moins foible de la pièce. L'auteur a été demandé, & l'on a nommé deux personnes, MM. Dorvigny & Georges Duval.

Mercure de France, littéraire et politique, tome quinzième, n° CXXXII (16 nivôse an 12, samedi 6 janvier 1804), p. 121-122 :

[Article repris dans le Nouvel Esprit des journaux français et étrangers, tome cinquième, pluviôse an XII [janvier 1804], p. 278-280

L’article s’ouvre sur une profession de foi :une pièce de théâtre n’est pas une simple conversation de salon. En résumé, une intrigue totalement prévisible (on connaît la fin dès le début), languissante après un début vif. Mais un succès quand même, grâce au naturel et au comique du dialogue et au jeu de l’acteur qui « fait » le Gascon.]

THÉATRE LOUVOIS.

Le Rendez-vous au bois de Vincennes, comédie en un acte et en prose; par MM. Dorvigny et Duval.

Une historiette contée avec esprit peut occuper agréablement une société pendant quelques minutes ; mais loin de fournir la matière d'une comédie, elle n'offre pas souvent de quoi remplir une scène : ce qui est très-plaisant dan» un salon ne l'est pas toujours sur le théâtre, et c'est une erreur de croire qu'on puisse assembler douze cents personnes pour n'entendre qu'un bon mot. Il en est de la fin d'un conte, comme du trait d'un épigramme ; elle ne doit pas se faire attendre trop long-tems, et dès qu'on a deviné Ce que vous allez dire, tous ces jolis riens, dont on brode un récit, ne paraissent plus qu'un bavardage insipide. D'ailleurs, quand un sujet est naturellement aride, un auteur épuise en vain son imagination pour en déguiser la stérilité ; ses efforts n'aboutissent qu'à lui donner un embonpoint factice qui laisse bientôt à nu sa véritable maigreur.

Croustignac, chevalier gascon. s'est fait une affaire avec Saint André de Solanges, jeune militaire, qu'il a insulté. Très-exact à se trouver au rendez-vous. il arrive le premier au bois de Vincennes. Il est vrai que pour mettre à l'abri son honneur, sans exposer sa vie, il a eu la petite précaution de faire avertir la police de l'heure et du lieu du combat. Tandis que les gendarmes sont aux aguets, survient un autre militaire nommé Saint-André de Cuzac. Celui-ci ne vient pas se battre, mais se marier. Dormeuil, son beau-père futur, qui se pique d'être grand physionomiste, a parié qu'il reconnaîtrait son gendre sans jamais l'avoir vu, et lui a écrit qu'il irait à sa rencontre. Par un quiproquo assez plaisant, l'officier de gendarmerie, trompé par la ressemblance des noms, arrête l'épouseur au lieu du duelliste, et le fait reconduire à Paris. Dormeuil arrive. et ne trouve plus que le chevalier de Croustignac. Il l'aborde, l'examine, et ne doute pas que ce ne soit son gendre, le gascon est d'abord fort intrigué, parce que les gendarmes se sont éloignés, et qu'il prend Dormeuil pour un témoin de son adversaire. Bientôt il s'apperçoit de la méprise; mais. il espère en profiter, parce que Saint-André est son nom de baptême, et qu'il est de Cuzac. Il entre avec le beau-père dans l'auberge voisine. Cependant, Saint-André de Solanges vient d'être arrêté à son tour ; il est fort surpris de voir venir. Saint André de Cuzac, qui a trouvé le moyen d'échapper à ses conducteurs, et se trouve être son ami intime. Ils se demandent réciproquement compte de cette bizarre aventure : mais comme on est persuadé qu'ils veulent se battre, plus ils font d'efforts pour se réunir, plus on met d'obstination à les séparer. Enfin, pour débrouiller ce mystère, on va chercher le gascon. Tout alors se découvre, Croustignac se retire confus, et le véritable épouseur va terminer son mariage.

Pour arriver à ce dénouement fort simple et trop prévu, les auteurs ont multiplié les imbroglios et les méprises ; et malgré tout cet échafaudage, leur pièce, dont le début était assez vif. est très-languissante vers la fin. Cependant, le dialogue en est naturel et souvent comique. Le rôle du gascon, rendu par Picard d'une manière fort plaisante, en a décidé le succès. Les auteurs ont été demandés et nommés au bruit des applaudissemens.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, IXe année (an XI – 1803), tome IV, p. 538-539 :

THÉATRE LOUVOIS.

Les Rendez-vous au bois de Vincennes.

[Le pluriel du titre est une erreur...]

M. de Croustignac, chevalier gascon, pour prévenir les suites d’un duel qui doit avoir lieu entre lui et Saint-André de Solanges, jeune militaire, fait avertir la police du lieu et de l'heure du rendez-vous. Un jeune homme qui vient pour se marier et non pour se battre, est arrêté par les gendarmes, et comme son prénom se trouve être celui de Saint-André, on le conduit à Paris. Le beau-père, grand physionomiste, qui le faisoit venir pour épouser sa fille, quoiqu’il.ne l'eût jamais vu, trouvant au lieu où il lui avoit donné rendez-vous, notre chevalier gascon, le prend pour son gendre futur ; celui-ci veut profiter de la méprise : mais le véritable épouseur ayant échappé à ses conducteurs, revient et trouve Saint-André de Solanges pour lequel il avoit été arrêté et qui est un de ses grands amis. Tout s'explique bientôt et le gascon seul est dupe de ses gasconades. Ce rôle est joué par Picard d’une manière très-comique, qui a assuré le succès de la pièce. Elle est de MM. DORVIGNY et DUVAL.

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