Les Rigueurs du Cloître

Les Rigueurs du Cloître, drame lyrique / comédie en 2 actes, en prose, mêlée d'ariettes, de M. Fiévée, musique de Berton, 23 août 1790.

Théâtre Italien (Comédiens italiens ordinaires du Roi)

Titre

Rigueurs du cloître (les)

Genre

comédie

Nombre d'actes :

2

Vers / prose ?

prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui (ariettes)

Date de création :

23 août 1790

Théâtre :

Théâtre Italien

Auteur(s) des paroles :

Fiévée

Compositeur(s) :

Berton

Almanach des Muses 1792

Tableau frappant des rigueurs imputées à quelques couvens de filles.

La victime, dans cette pièce plus triste que comique, est sœur Lucile, qu'on a fait religieuse malgré elle. Une lettre de son amant tombe entre les mains de l'abesse qui assemble le chapitre, et a la cruauté de faire lire à l'infortunée cet écrit qu'elle soupçonne lui être adressé. On condamne Lucile à passer le reste de sa vie au pain et à l'eau, dans un obscur souterrain. Deux religieuses l'y conduisent lentement, plus morte que vive, lorsque son amant et un autre jeune homme, habillés en gardes nationales, viennent la delivrer en annonçant le changement opéré dans les lois, relativement aux monastères.

Des scènes touchantes. Cette pièce est une des premières qui ait exposé des religieuses sue la scène.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, de l’Imprimerie de l'Auteur :

Les Rigueurs du Cloître, Comédie En deux Actes en prose, mêlée d'Ariettes ; représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi, le 23 août 1790. Paroles de M. Fiévée. Musique de M. Berton.

Sur la partition publiée chez Deslauriers, la pièce est qualifiée de « drame lyrique en deux actes et en prose ».

Journal de Paris, n° 242 (lundi 30 Aoust 1790), p. 988 :

[Le compte rendu, fait à la veille de la deuxième représentation, est un modèle de prudence : le succès initial de la pièce, jugé piquante, risque de devenir « triste et monotone » par sa répétition. Le résumé de l’intrigue montre combien celle-ci est conforme à, l’air du temps : l’affreuse situation des jeunes filles opprimées dans les couvents de femmes est mise à mal par l’intervention des nouvelles lois de la Révolution. L’auteur est un jeune homme ce dont on s’aperçoit « tant au style qu'à l'exaltation des idées ». Mais le sujet choisi, la critique des « vœux monastiques », fait que la pièce ne pouvait échouer. Elle est d’ailleurs conforme à ce qu’on sait « de ce qui a dû se passer souvent dans les cloîtres ». Les actrices ont su bien jouer leur rôle. C’est la musique qui est le mieux traitée. Les auteurs ont été nommés, et on a fait paraître l’actrice principale.]

THEATRE ITALIEN.

L'espèce de Drame qu'on a donné lundi 23 août sous le titre des Rigueurs du Cloître, & qui est annoncé pour demain, a été accueilli. On s'attendoit à voir un Convent entier sur le Théâtre. Dans la nouveauté ce Spectacle est assez piquant ; mais pour peu qu'on le multiplie, il est aisé de prévoir qu'il ne sera plus que triste & monotone.

Dans cette Pièce, la victime des rigueurs du Cloître est sœur Lucile, qu'on a fait religieuse malgré elle. Une lettre de son amant tombe entre les mais de l'Abbesse, qui assemble le Chapitre. L'infortunée Lucile est condamnée à passer le reste de sa vie au pain & à l'eau dans un affreux souterrain ; deux Religieuses l'y conduisent lentement plus morte que vive, lorsque son amant & un autre jeune homme, habillé en Garde Nationale, viennent la délivrer en annonçant le changement opéré dans les Lois relativement aux Monastères.

L'auteur de ce Drame est un jeune homme : on s'en apperçoit tant au style qu'à l'exaltation des idées ; mais une Pièce contre les vœux monastiques devoit aujourd'hui réussir, & celle-ci d'ailleurs n'est rien moins que dépourvue de mérite. On a trouvé très ingénieuse l'idée de faire lire par Lucile la lettre qu'on soupçonnoit lui être adressée, & il y a dans le cours de l'Ouvrage des scènes fort touchantes. On y voit une représentation assez fidèle de ce qui a dû se passer souvent dans les cloîtres. Le rôle de Lucile sur-tout a beaucoup d'intérêt : il a été rempli avec autant d'intelligence que de sensibilité par Mme Saint-Aubin. L'austérité sèche de l'Abbesse a aussi été parfaitement rendue par Mme Desforges.

La musique en général est du grand genre ; elle a des effets brillans. On y a applaudi principalement de beaux morceaux d'ensemble, un duo entre Lucile & son amie, & un chœur charmant où le caquetage des religieuses est exprimé d'une façon très piquante. Le Public ayant demandé les Auteurs, celui de la musiuqe a paru : c'est le jeune M. le Breton, dont on ne peut trop encourager les progrès. A l'égard de l'Auteur des paroles, un Acteur est venu annoncer qu'il se nomme M. Fiévé. On a ensuite demandé Mme St-Aubin qui a paru au milieu des applaudissemens bien mérités de tous les Spectateurs.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1790, tome IX (septembre 1790), p. 318-320 :

[Le compte rendu reconnaît le succès de la pièce, qui doit moins à l’intrigue, trop lente et mal construite (une partie de l’exposition se trouve à la fin), qu’à la musique et à l’interprétation, saluées par le public.]

Le lundi 23 août, on a donné la premiere représentation des rigueurs de cloître, comédie en deux actes mêlée d'ariettes, paroles de M. Fiévé, musique de M. Berton.

Comme on n'avoit pas encore imaginé de mettre en opéra-comique un couvent de religieuses, il est facile de concevoir la sensation qu'a dû produire à ce spectacle la piece nouvelle. Voici le fond de cette nouveauté.

Lucile a perdu son pere : persécutée par un homme puissant, dans le dessein de la dégager des liens d'un amour honnête, la sœur de cet homme puissant, abbesse d'une maison, la force à prendre le voile, & même à prononcer des vœux. Un comte, amant de Lucile, trouve le moyen de s'introduire dans le couvent sous l'habit d'un jardinier. Lucile le force à fuir ; mais l’abbesse a trouvé dans le jardin une lettre amoureuse : c'est la pomme de discorde. Elle assemble toutes ses religieuses, & contraint Lucile à faire lecture du billet scandaleux : son trouble, en le lisant, la décele, elle tombe évanouie. La coupable est connue; on va aux voix pour savoir quelle peine on lui infligera Les jeunes religieuses opinent pour la clémence, les vieilles pour la sévérité, enfin il est décidé que Lucile sera enfermée dans un noir souterrein tout le reste de ses jours : elle descend à peine dans cette tombe affreuse, que son amant arrive à la tête d'un détachement de garde nationale ; il arrache Lucile à cette prion odieuse. On signifie à l'abbesse, le décret de l'assemblée nationale, qui permet à toute religieuse de briser ses fers. Celle-ci se retire furieuse, suivie de toutes les vieilles, Les jeunes passent du côté de Lucile, & tout le monde est heureux.

Il y a dans cette piece une religieuse, tendre amie de Lucile, dont la vertu forme un contraste frappant, avec la dureté de ses compagnes.

Quoique cette comédie ou plutôt ce drame, renferme des longueurs qui nuisent à la marche de l'action, & qu'une partie de l'exposition se trouve dans l'avant-derniere scene, son succès n'en a pas été moins complet. Cet ouvrage, il est vrai, le doit en partie, au costume qui y regne, à la singularité du dénouement, & sur-tout à la musique , dont les beautés ajoutent infiniment à l'intérêt de la plupart des situations. Le public, pour témoigner sa satisfaction au compositeur, l'a demandé à la fin de la piece, ainsi que Mde. S. Aubin, qui a parfaitement rendu le rôle de la sensible & malheureuse Lucile.

Mercure de France, tome CXXXIX, n° 48 du samedi 27 novembre 1790, p. 145 :

[Article de rattrapage suite à l’interruption des rubriques sur les spectacles depuis l’été de 1790. La première pièce évoquée est donc les Rigueurs du Cloître, rapidement analysée, et jugée de façon plutôt positive, tant pour le livret que pour la musique, pour laquelle le critique ne tarit pas d’éloges. Le compositeur connaît l’harmonie, mais n’en abuse pas, et c’est un grand compliment.]

THÉATRE ITALIEN.

On a donné cinq Nouveautés à ce Théatre dans l’intervalle que nous parcourons (depuis le 15 Juin) ; & avant que cet article paroisse, nous aurons à y ajouter encore. La première, intitulée les Rigueurs du Cloître offre une jeune fille condamnée par des ordres despotiques, à consacrer au Cicl un cœur qu'elle destinoit au monde & à l'amour. La correspondance qu'elle entretenoit avec son amant est découvcrte. On l'en punit avec une rigueur tout-à-fait religieuse ; mais au moment où elle est prête à descendre vivante dans un cachot, son amant vient la délivrer, suivi d'un détachement de la Garde Nationale, dont le Ccmnandant apporte le Décret qui supprime les vœux.

Ce sujet intéressant est soutenu d'un dialogue naturel & agréable, & d'une musique remplie de grandes beautés. Les morceaux d'ensemble sur tout ont un mérite particulier, & on voit que l'Auteur, M. le Breton est nourri d'excellens modèles sur lesquels il a su se former sans les copier. On a distingué sur-tout un chœur de Religieuses qui, sur un motif très-original, peint parfaitement le caquetage de nos bonnes Sœurs, & le morceau où la Religieuse coupable va être précipitée dans le cachot. Ce chœur, dont les accompagnemens rappellent l’ouverture, est d'un grand caractère, sans trop s'éloigner cependant du ton général, & produit toute la terreur qui convient à la situation. M. le Brcton , très jeune encore, nous paroît dans la véritable route de la musique dramatique , conmoissant à fond l'harmonie, il n'en prodigue pas les effets pour le vain plaisir d'étaler du savoir. Il les réserve & est toujours sûr de les trouver, pour les momens où ils sont exigés par la situation. L'Auteur du Poëme est M. Fiévée.

D'après la base César, la pièce de Fiévée, musique de Berton a été jouée 66 fois au Théâtre Italien (salle Favart) du 23 août 1790 au 15 janvier 1796 (23 fois en 1790, 17 fois en 1791 (+ 1 fois à Caen), 5 fois en 1792, 6 fois en 1793 (+ 1 représentation à Toulouse), 13 fois en 1794, 1 fois en 1795, 1 fois en 1796) ; elle a été reprise en 1799 au Théâtre Molière (5 représentations du 21 janvier au 10 mars).

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