Rodomont, ou le Petit Don Quichotte

Rodomont, ou le Petit Don Quichotte, mélodrame héroï-comique, mêlé de vaudevilles, en 3 actes, à grand spectacle, de Villiers, Brazier et Armand Gouffé, 7 mars 1807.

Théâtre de la Gaîté.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Fages, 1807 :

Rodomont, ou le Petit Don Quichotte, mélodrame héroï-comique, mêlé de vaudevilles ; En 3 Actes, à grand Spectacle ; Par MM. P. Villiers, Brazier, fils et *** Représenté, pour la première fois, sur le Théâtre de la Gaîté, le 7 mars 1807.

Courrier des spectacles, n° 3680 du 9 mars 1807, p. 2-3 :

[L’article du jour se compose de deux éléments, le compte rendu de la représentation donnée au profit d’une actrice du Théâtre de la Gaîté, puis celui de la pièce créée à cette occasion. Le critique commence donc par l'éloge d e Melle Pariset, une actrice de mélodrame, à la fois mime, « guerrière intrépide » et bonne chanteuse. Le critique s’amuse à accumuler les exploits physiques dont il la croit capable, mais non sans ironie : tous ces exploits sont accomplis « grâce à son adresse et aux soins du machiniste ». La pièce nouvelle est une sorte de mélodrame comique; dont le héros est une sorte de matamore, qui se vante sans cesse des plus grands exploits. Mais il a voulu séduire la belle Armide, et elle l’envoie combattre dans une forêt magique, où il croit entendre des voix qui l’effraient. Il combat deux guerriers qui le dominent, et ce sont Armide et sa suivante. Ce la ne l’empêche pas de se vanter des plus hauts exploits, et il faut que le chevalier servant d’Armide le provoque en champ clos pour le faire lâchement disparaître. Le jugement porté souligne que la pièce révèle de l’esprit chez son auteur, et « plusieurs jolis couplets », mais aussi qu’elle est « souvent froide et chargée de détails inutiles. « L’auteur sait créer, mais il ne sait pas retrancher ». Il est nommé : « M. Brazier et autres » (façon originale de signaler des coauteurs).

Oubli intéressant : les personnages de la pièce rappellent beaucoup ceux de L’Arioste et du Roland furieux, dont la pièce pourrait bien être une parodie, mais le critique n’en dit mot.]

Théâtre de la Gaîté.

Représentation au profit de Mlle Julie Pariset.

Tandis que l’Opéra s’occupoit de consoler Mlle. Aubri de l’effroyable accident dont elle a été la victime, le Théâtre de la Gaîté récompensoit p ar une représentation à bénéfice une de ses plus illustres héroïnes. Mlle. Julie Pariset jouit aux Boulevards de la réputation d’une mime pleine d’intelligence, d’une guerrière intrépide, d’une chanteuse agréable ; personne ne manie mieux l’épée qu’elle ; elle eût défié tous les paladins de l’antiquité. Son amour pour la gloire martiale et son zèle pour le théâtre l’ont souvent exposée à être mutilée par des coups de sabre dans les grandes mêlées du mélodrame, ou à périr au milieu des remparts tombant en ruine, des murs forcés et escaladés, des gloires même venant du ciel ; mais, grâce à son adresse et aux soins du machiniste, elle a échappé à tous les dangers. Ses brillans services demandoient une récompense, elle lui a été accordée. Quand les grands théâtres décernent un pareil prix à leurs sujets, on voit alors l’Académie Impériale, le Théâtre Français, l’Opéra Comique réunir leurs efforts pour fêter l’acteur privilégié ; ici les proportions sont différentes et les réunions sont assorties. Le Théâtre des Variétés Montansier est venu au secours de celui de la Gaîté ; Ribié et Tiercelin ont fait les premiers frais de la représentation au profit de Mlle. Pariset ; des auteurs même ont voulu apporter leur tribut, et l’on a donné une pièce nouvelle intitulée : Rodomont.

Ce Rodomont est une espèce de faux brave qui ne parle que de pourfendre des géants, de combattre des monstres, d’applanir des montagnes, d’emporter des forêts avec autant de facilité qu’Hercule ou Gargantua. Il vient offrir ses services et son cœur à une jeune beauté qui porte le nom d’Armide et en a toute la fierté ; mais déjà Bérenger s’est rendu maître du cœur de cette belle, et l’on prépare tout pour chasser le Rodomont. Armide l’envoye dans les forêts, se signaler par quelques nobles exploits. Il y vole, suivi de Medor son écuyer. A peine y est-il arrivé, que la solitude du bois l’effraie. Il parle, une voix lui répond ; il parle de nouveau, la voix se fait encore entendre. Il se flatte d’abord de n’avoir que l’écho à combattre ; mais deux guerriers se présentent, et font tomber à leurs pieds, demi-morts de frayeur, Rodomont et son écuyer. Quels sont ces deux guerriers ? Armide et sa Suivante. Rodomont n’en va pas moins raconter ses terribles aventures et ses glorieux exploits. Il parle des géans qui l’ont attaqué, qu’il a combattus. Malheureusement Armide arrive pour s’amuser de sa jactance et de sa frayeur. Ce n’est pas tout : Bérenger se joint à Armide, et propose à Rodomont un combat en champ clos. Rodomont fuit à toutes jambes, et Bérenger reste maître de la place.

Cette pièce annonce de l’esprit ; l’auteur l’a enrichie de plusieurs jolis couplets, ce qui ne l’empêche pas néanmoins d’être souvent froide et chargée de détails inutiles. L’auteur sait créer, mais il ne sait pas retrancher.

La pièce est de M. Brazier et autres.

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