Roger Bontemps, ou la Fête des Foux

Roger Bontemps, ou la Fête des Foux, vaudeville en un acte, de Favart fils et Dupin, 27 mars 1809.

Théâtre du Vaudeville.

En fait, Favart fils désigne ici Antoine Favart, le petit fils du grand Favart.

Titre

Roger Bontemps, ou la Fête des Fous

Genre

vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

27 mars 1809

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Favart fils et Dupin

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 14e année, 1809, tome II, p. 174-175 :

[Le compte rendu s'ouvre sur un rappel de la personnalité de cet étrange Roger Bontemps, que le critique prend plaisir à présenter comme un original bien digne d'être « président des foux ». L'anecdote que l'intrigue raconte méritait mieux que ce que les auteurs en ont fait, le critique insiste sur la pauvreté de ce que les auteurs en ont tiré; et pour lui il reste à l'exploiter comme elle le mérite.]

Roger Bontemps, ou la Féte des Foux, vaudeville, joué le 27 mars.

Les poésies de Roger Bontemps sont aujourd'hui bien peu connues : mais c'est sans doute son nom plutôt que son talent qui a engagé les auteurs de la nouvelle pièce à le prendre pour leur héros. Quoi qu'il en soit, ce Roger Bontemps est d'un caractère assez rare : il a assez de gaieté ou plutôt de philosophie pour rire pendant que la goutte le tourmente, qu'un procès le ruine, et qu'on enlève ses meubles. Il trinque même avec l'huissier qui vient l'exécuter. Assurément il méritoit l'honneur qu'on lui décerne dans la pièce, en le nommant président des foux. Ce hasard fait le dénouement : un voisin riche et avare qui refuse d'unir son fils à la nièce du pauvre Roger, le même qui fait saisir les meubles, a manqué à la fête des foux qui veulent le punir de ce mépris. Il est contraint de se cacher dans la maison de Roger, qui obtient sa grâce, à condition qu'on mariera les jeunes gens, et qu'il sera quitte de quarante écus qu'il doit au voisin. Il y a plus de bruit que de vraie gaieté dans cette pièce : ce n'est pas en disant rions, chantons, qu'on amuse, c'est par des situations gaies et spirituelles. La Féte des Foux, que le titre annonçoit, est loin d’être représentée dans cette pièce. C'étoit une mine féconde et comique à exploiter ; ses cérémonies singulières eussent fait sans doute beaucoup d'effet au théâtre : les auteurs n'en ayant point profité, quelqu'autre plus adroit pourra s'en emparer. Quelques couplets ont été applaudis. Les auteurs sont MM. Favart fils, et Henri Dupin.

L’Esprit des journaux français et étrangers, année 1809, tome V (mai 1809), p. 287-294 :

[Un bien long compte rendu pour une œuvre qui ne méritait peut-être pas un tel honneur. Il commence par des considérations générales sur le vaudeville, où il semble qu’il faille, aux yeux du critique, ne pas craindre l’utilisation des grands moyens, en particulier le chant en chœur, dont plusieurs exemples montrent l’efficacité dramatique. Toutes ces considérations pour regretter que les auteurs de Roger Bontemps n’aient pas usé de la possibilité d’utiliser des chœurs que lui fournissait la fête des Fous et ses enfants. Sinon, le compte rendu pose la délicate question des relations entre convenances et vraisemblance, la seconde pouvant être négligée au profit de la préservation des premières. Toutefois, les anachronismes ne plaisent manifestement pas au critique ! Mais il a le droit de se contredire... Comme de juste, le compte rendu s’achève par la révélation du nom des auteurs. Dommage simplement que le critique n’ait pas bien entendu le nom d’un des deux.]

Théatre du Vaudeville.

Roger Bontems, ou la Féte des Fous.

Long-temps les roses ont fleuri sur ce théâtre, et une ancienne habitude les y fait recevoir encore avec politesse ; mais on voit bien que la saison en est passée : il faut du mouvement et de la gaîté au vaudeville, et l'on commence à s'appercevoir qu'un joyeux refrain répété bruyamment en chœur par une douzaine de voix, y fait plus d'effet que la plus jolie douzaine de madrigaux. Aussi depuis quelque temps nos auteurs s'évertuent à mettre en train toute la troupe, et il n'y a presque plus de vaudeville où, si les scènes sont vides, le théâtre ne soit au moins très-rempli ; c'est toujours cela. Cependant il faudrait quelque chose de plus. Ce mouvement qui occupe le théâtre ne fait son effet sur l'esprit du spectateur, n'attire tout-à-fait son attention qu'autant qu'il se mêle au mouvement de l'action dont on veut suivre la marche. Il faut que la foule qui est sur le théâtre s'unisse d'intention avec la foule qui est dans le parterre, si elle veut que celle-ci partage sa gaîté. Ainsi, dans un de nos plus jolis vaudevilles, les Pages du duc de Vendôme, cette troupe de pages toujours sur le théâtre, toujours en mouvement, est si nécessaire à l'action, que sans eux elle n'aurait pas lieu. C'est leur nombre qui fait l'embarras du duc, leur malice qui l'augmente ; il n'y a pas un des mouvemens de leur bande joyeuse qui ne serve les deux amans auxquels on s'intéresse. S'il faut remonter plus haut, dans les Vendangeurs, c'est la malice des vendangeurs amis de Colin et de Lucette qui guinde le bailli au haut de l'escarpolette, d'où il est forcé de consentir au mariage des deux amans. Dans la Veillée villageoise, c'est la marche de l'action qui amène nécessairement l'assemblée des jeunes filles auxquelles il faut essayer le fatal sabot. Voilà comment les chœurs au vaudeville peuvent être employés d'une manière intéressante. Les auteurs du vaudeville en ont senti quelque chose ; le chœur des enfans de la Folie sert au dénouement, mais il ne prend pas assez de part au reste de la pièce ; le sujet est bien choisi ; la Fête des Fous, c'est la fête du vaudeville. Un vieux conseiller ivrogne et avare, un poète buveur, un avocat braillard, un huissier, sans compter un amoureux et une amoureuse qu'on ne veut pas marier, quoiqu'ils en aient bien envie, voilà précisément les personnages qui conviennent. Le poëte, c'est Roger Colville, poëte, un peu gai du temps de François Ier, qui avait pris le surnom de Bontems. La scène est à Dijon, sa patrie, siége de la fameuse Féte des Fous, que toute l'autorité des évêques eut tant de peine à abolir, et qu'on y célébrait de temps immémorial, comme à Arras, se célébrait la Fête des Anes, et comme dans d'autres villes se célébraient d'autres fêtes aussi bizarres qui commençaient dans l'église et finissaient au cabaret, quand toutefois on ne faisait pas un cabaret de l'église. La jeune Adèle, nièce de Roger Bontens, est aimée du jeune Victor, fils du conseiller Armand de Givière, voisin de Roger, et qui lui a prêté quarante écus Le conseiller ne veut ni donner Adèle à son fils, ni laisser son argent à Roger. Il est excité contre celui-ci par un vieux domestique sournois, qui est furieux de ce que Roger s'est moqué de lui et l'a appellé Cerbère. Ces poètes embellissent tout, lui observe le conseiller. Cependant la jeune Adèle vient, avant le jour, attendre son amant, qui ne peut lui parler qu'à l'insu de son père. Les enfans de la Folie arrivent (c'est ainsi que se nommait la confrérie qui célébrait la fête des fous); Adèle s'éloigne; c'est déjà un premier défaut ; on voit dès-lors que ces deux parties de la pièce seront séparées : il faudrait que, dès la première scène, les enfans de la Folie entrassent dans les intérêts des jeunes amans ; n'est-ce pas cause commune ? Ils vont frapper à toutes les portes ; c'est le jour de la fête, on doit nommer un président : ils viennent, au son du tambourin et des grelots, inviter leurs compatriotes à se joindre à eux. Le conseiller refuse de leur ouvrir ; ils menacent de s'en venger. Si ce projet de vengeance était combiné avec le désir de servir les jeunes amans, s'il avait pour but d'amener leur mariage et de débarrasser Roger Bontems des poursuites du conseiller qui veut r'avoir ses quarante écus, on voit que les enfans de la Folie, continuellement sur le théâtre, continuellement en action, donneraient à tout ce dont ils se mêleraient le mouvement et la gaité qui doit suivre une semblable troupe ; mais ils ne se mêlent de rien et ne reparaissent plus jusqu'au dénouement. Le théâtre est occupé par le joyeux Roger Bontemps, que la goutte retient chez lui et empêche de se joindre aux enfans de la Folie, ses camarades chéris. Il reçoit successivement la visite du vieux conseiller, qui lui refuse de marier son fils avec Adèle et qui redemande son argent ; de son avocat qui vient lui annoncer la perte d'un procès qui devait relever sa fortune ; d'un officier de justice qui vient lui signifier que, vu les indécences que renferment ses œuvres, le parlement de Paris lui défend d'en publier la seconde édition qui devait servir à payer ses dettes ; enfin d'un huissier qui vient saisir ses meubles au nom du vieux conseiller et de ses quarante écus. Roger Bontems trou ve à tout des motifs de consolation et même de gaité ; il boit malgré sa goutte, fait boire tout le monde, et compte bien, quand il arrivera aux enfers, y faire boire Caron et Pluton ; aussi quelqu'un dit-il que le roi des morts aura là chez-lui un boa vivant. Le dialogue de ces scènes est gai, les couplets en sont jolis ; cependant elles ont paru longues, parce qu'elles n'avancent rien ; elles ont réfroidi la pièce et le parterre, que le mouvement du commencement avait animés. Enfin le vieux, conseiller et son valet Eloi arrivent tout tremblans : les enfans de la Folie ont consulté leurs registres ; ils y ont vu que, si quelqu'un de leurs concitoyens refuse de se joindre à eux et de leur ouvrir la porte, ils ont le droit d'entrer chez lui de force et de piller sa maison. Roger Bontems ne voit qu'un moyen de la sauver. Il se présente à la place du conseiller aux enfans de la Folie, qui viennent de l'élire pour leur président, et leur annonce que cette maison lui appartient ; il en a fait tout à-l'heure l'échange avec le conseiller contre la sienne, dont, pour preuve, on vient de faire emporter tous les meubles. Rien n'est plus simple, dit la troupe, c’est à l'autre que nous allons mettre le feu ; mais le conseiller s'y est caché. Point du tout, dit Roger, le conseiller et moi nous venons de convenir de marier ensemble ma nièce et son fils, qui n’est pas coupable de ses torts, et de leur assurer nos deux maisons, ainsi que les quarante écus que je dois à son père ; demandez-la au conseiller lui même, il. pourra vous le dire. Le conseiller ne sait trop ce qu’il dira, mais le vieux valet, qui meurt de peur, se donne pour témoin de l'engagement, il en faut bien passer par-là. Ce dénouement est gai ; je voudrais seulement que la menace de démolir la maison du conseiller ne fut pas si sérieuse ; elle n'a rien d'invraisemblable, vu la licence de ces fêtes et l'espèce de fureur avec laquelle on s'y portait ; les auteurs en auront même probablement pris l'idée dans quelque détail historique ; mais de pareils détails sont plus historiques que plaisans. Cette menace pourrait être une suite d'un projet concerté pour unir les deux amans; et il serait alors possible d'en rendre l'exécution encore plus gaie, en y ajoutant des circonstances toutes combinées pour augmenter la peur du conseiller. Cela sauverait d'ailleurs l'inconvénient de nous montrer Victor, jeune militaire, qui se tient tranquille tandis qu'on vient pour démolir la maison de son père, et qui ne s'avise de tirer le sabre que quand on veut le brûler vif dans celle de Roger. Je crois, au reste, que les conseillers de ce temps-là mettaient très-peu leurs fils au service ; ce que je crois aussi, c'est qu'on ferait bien de rétablir dans nos vaudevilles l'ancien rôle des tuteurs à la place des pères ; ces pères, cela gêne, comme l'observe le plus spirituel arlequin du vaudeville. Cela gêne, en effet, et nuit beaucoup, et par le respect qu'on leur doit, et par celui qu'on ne leur garde pas. Il y a une foule de tours extrèmement gais qu'on n'ose pas jouer à un père, et ceux qu'on leur joue le sont encore souvent beaucoup trop. Ce qu'il faut dans cette situation, c'est un personnage qui ait beaucoup d'autorité, la force en main, sans avoir des droits naturels au respect, qui puisse être ridicule en toute sûreté de conscience, parce qu'on pourra se moquer de lui avec toute liberté. Des tuteurs, des baillis, c'étaient là les personnages de nos anciens opéra comiques. Un tuteur de comédie n'est pas plus invraisemblable aujourd'hui, qu'il ne l'était il y a vingt-cinq ans; et ce n'est pas d'ailleurs de la vraisemblance qu'on demandera à un vaudeville. On a trouvé cependant qu'il n'y en avait pas assez à supposer dans un couplet qu'Homère a profité des critiques de Zoile venu cinq ou six cents ans après lui. Il y a dans ce vaudeville de l'esprit, de la gaîté et une très-bonne idée, dont, avec de si bons moyens, on pouvait, je crois, tirer un meilleur parti. Il a obtenu du succès, et les auteurs ont été demandés ; ce sont MM. Henri Pain et Favart.

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