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La Servante de qualité

La Servante de qualité, drame en 3 actes et en prose, de Pelletier-Volméranges, 11 décembre 1810.

Théâtre de l’Odéon, Théâtre de l’Impératrice.

Titre :

Servante de qualité (la)

Genre

drame

Nombre d'actes :

3

Vers / prose

prose

Musique :

non

Date de création :

7 ou 11 décembre 1810

Théâtre :

Théâtre de l’Odéon. Théâtre de l’Impératrice

Auteur(s) des paroles :

M. Pelletier-Volmeranges

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, 1811 :

La Servante de qualité, drame en trois actes et en prose, Par M. Pelletier-Volméranges, Représenté, pour la première fois, sur le Théâtre de Sa majesté l’Impératrice et Reine, le 11 décembre 1810

Journal de l’Empire, du 13 décembre 1810, p. 3-4 :

[Le titre est discuté : la servante n’en est pas vraiment une. Et la pièce a réussi parce qu’elle est une sorte de « roman dialogué », qu’on hésite à siffler : on ne siffle pas « une épouse infortunée » pour ne pas paraître sans cœur. L’intrigue montre une épouse abandonnée par son mari devenue servante chez une bourgeoise qui doit épouser un aventurier venu d’Amérique, lequel est bien sûr l’ancien mari de celle qui se fait passer pour une servante. Celle-ci, chargée de faire la robe de sa maîtresse, reproduit sa propre robe de mariage et fait proposer à sa rivale le portrait de son ex-mari. Bien sûr, le marquis est bien embarrassé par la réapparition de son ancienne femme, d’autant que Jenny a remboursé ses dettes, et il finit pas lui rendre ses droits d’épouse, tandis que sa rivale rend à Jenny le portrait de son mari. Le jugement porté par le critique est mitigé : le dénouement est jugé froid, mais « le drame cependant en vaut bien un autre » et ila obtenu du succès, puisque son auteur est nommé, « auteur fécond de beaucoup d’autres drames ». L’interprétation est détaillé, deux des acteurs ayant droit à un compliment spécifique (« joué avec beaucoup de talent », « remplit fort bien le personnage de l’oncle ».]

THÉÂTRE DE L’IMPÉRATRICE.

Première représentation de la Servante de Qualité

Servante est un mot un peu dur : l’héroïne de la pièce est une marquise femme de chambre chez une bourgeoise qui est sa rivale. On voit tout de suite que c'est un roman dialogué ; mais ne méprisons pas ces romans-là ; ils réussissent presque toujours sur certains théâtres : on croiroit en les sifflant commettre un crime de lèse-sensibilité. Ce sont les comédies que l'on siffle impitoyablement ; ce sont les plaisanteries que l'on juge avec la dernière rigueur, parce qu’on s'imagine en cela faire briller son esprit ; mais en maltraitant sur la scène une épouse infortunée, on craindroit de montrer un mauvais cœur.

La marquise de Montbel est cette épouse infortunée ; elle s'est mariée à un marquis sans le consentement de son oncle, lequel a fait casser le mariage. Le mari a fait des dettes, perdu sa fortune au jeu, abandonné sa femme. Après avoir été fort mauvais sujet dans ce monde, il passe dans un autre où il devient. un héros ; ses exploits en Amérique l’élevant au rang de général ; il va bientôt épouser une riche veuve, Mad. de Belmar ; mais cette veuve a pour femme de chambre Jennv, jeune française, qui fera manquer le mariage. L'oncle de Mad. de Belmar prend le plus vif intérêt à Jenny, qui lui raconte ses aventures sans lui dire son nom. Chargée de faire faire la robe de noces de sa maîtresse, elle a eu soin qu’elle fût toute semblable à celle qu’elle portait elle-même le jour de son mariage ; ce qui suppose que la robe de noces de Mad. de Belmar sera une robe à la vieille mode ; mais n'importe, Jenny veut par-là porter le premier coup à son infidèle. Le marquis en effet est frappé de la ressemblance après tant d'aventures qui lui ont fait oublier sa femme, il est étrange qu'il se souvienne si bien de la robe qu’elle avoit quand il l’a épousée. Jenny ne s’en tient pas là : elle a un vieux domestique affidé qui se déguise en juif, et vient apporter à la veuve, entr’autres bijoux le portrait du marquis ; la veuve est étonnée de voir le portrait de son futur entre les mains d’un juif, et sa surprise redouble quand elle apprend que le juif tient ce portrait de la marquise de Montbel ; elle ne trouve point gai que son prétendu ait une autre femme.

Le marquis, mandé pour éclaircir le fait, nie d'abord qu'il ait été marié. Jenny lui soutient le contraire et la pièce pourroit finir là, par la reconnoissance et la réconciliation des deux époux ; mais l’auteur a encore plus d'uu acte à fournir ; il faut qu'il file le dénouement. Le marquis, forcé de convenir qu’ila été marié, proteste que ses nœuds sont rompus, qu'il est libre et qu’il assurera un sort honnête à sa première femme. La veuve va donc en avant : elle signe le contrat ; mais son oncle refuse sa signature, et disant d'un ton railleur que le marquis sait se passer du consentement des oncles, il prédit à sa nièce toutes sortes de malheurs, et déclare qu'il va épouser Jenny et partir avec elle pour la France.

Mais une entrevue de Jenny avec le marquis change la face des affaires : déjà touché de la situation et de l’attachement de cette malheureuse femme, le marquis est encore affecté d’une manière p!us décisive quand il apprend que cette généreuse Jenny a payé ses dettes en France. Il ne tient pas à ce dernier trait et croit ne pouvoir mieux acquitter sa dette envers sa bienfaitrice qu'en lui rendant les droits d’épouse. Ainsi Mad. Belmar, qui avoit déjà pendu à son cou le portrait du marquis, l’en ôte tristement pour le mettre au cou de Jenny Ce dénouement est un peu froid : le drame cependant en vaut bien un autre; if a été fort applaudi, et l’auteur demandé. C'est M Volmeranges, auteur fécond de beaucoup d'autres drames qui tous ont eu du succès. Le rôle de Mad. de Belmar est joué avec beaucoup de talent par Mad. Henri ; c’est un rôle de coquette. Dugrand remplit fort bien le personnage de l’oncle ; et Perroud celui du vieux domestique Jérôme ; Thérigny représente le marquis, et Mlle Delille la marquise, sous le nom de Jenny.

Geoffroy.          

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 15e année, 1810, tome VI, p. 393 :

ODÉON. THÉATRE DE L'IMPÉRATRICE.

La Servante de qualité, drame en trois actes et en prose, jouée le 7 Décembre.

L'époux de Jenny Montbel, profitant de ce qu'un tuteur a fait casser son mariage, et fuyant de nombreux créanciers, est parti de Paris pour les Etats-Unis. Il y a fait connoissance de Madame Belmar , riche veuve, à laquelle il va donner la main. Jenny a suivi l'infidèle, dont elle a généreusement payé les dettes ; elle se met au service de sa rivale, en qualité de femme de chambre ; lui fait donner avis que Montbel est marié, intéresse vivement l'oncle de cette femme, revoit son époux, qui reconnoît ses torts, renonce à son amour pour la veuve, et rend sa tendresse à Jenny.

Cette pièce ressemble un peu pour le fonds à Claudine de Florian. Elle a réussi : les acteurs l'ont jouée avec beaucoup d'ensemble ; et l'auteur, demandé avec instance, a paru au milieu des applaudissemens. C'est M. Pelletier-Volmeranges.

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