La Soirée anglaise, ou le Mariage à la course

La Soirée anglaise, ou le Mariage à la course, vaudeville, par M. Henri Simon, 17 mai 1813.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Soirée anglaise (la), ou le Mariage à la course

Genre

comédie-vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

prose, avec couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

17 mai 1813

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

M. Henri Simon

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez les marchands de nouveautés, 1815 :

Le Soirée anglaise, ou le Mariage à la course, Comédie-Vaudeville en un acte, Par M. Henry Simon ; Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le 17 mai 1813.

Journal de l’Empire, jeudi 20 mai 1813, p. 3-4 :

[Geoffroy, l’illustre critique du Journal de l’Empire, n’est pas amateur de vaudeville, et le compte rendu qu’il donne de la pièce montre ses réticences : la pièce n’est pas conforme à la logique, et le personnage principal, madame de Roseval, est à ses yeux « folle à lier ». La première représentation s’est mal passée, mais Geoffroy pense qu’il s’agit d’une conjuration: il y a tout de même « de jolis couplets et même de jolies scènes ».]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

La Soirée anglaise, ou le Mariage à la course.

Mad. de Roseval est veuve d'un lord ; mais ce n'est point une Anglaise : c'est une des Françaises les plus étourdies, les plus vives, et les plus folles qui aient jamais existé ; et il falloit bien que cela fût ainsi pour donner une ombre de vraisemblance à l'extravagant projet de donner sa fortune et sa main au meilleur coureur.

Mad de Roseval a trois amans, et il paroît que la quantité ne lui déplait pas. Je suis étonné qu'avec son caractère elle en aime un des trois ; c'est le colonel Selmours, amant tendre, délicat et sensible : les deux autres sont intéressés, libertins, mauvais sujets ; l’un s’appelle Darling, ci devant jeune homme : et l'autre, Belton, petit-maître insolent. Vous me demanderez peut-être pourquoi Mad de Roseval, qui ne doit pas être incertaine du choix, puisque sur trois amans elle n'en a qu'un de passable, ne s'empare pas promptement de celui-ci et ne congédie pas les autres ? La question ne seroit pas impertinente si Mad. de Roseval étoit tant soit peu raisonnable : mais elle est folle à lier ; et voila pourquoi, au lieu d'épouser Selmours, elle promet sa main à celui de ses trois amans qui partant à la même heure du même point, sera le plus tôt arrivé chez elle. Se donner ainsi au premier venu n'est pas l'action d'une femme qui jouisse de son bon sens ; mais la belle veuve vient d'assister à une course : elle a sans doute admiré tout ce que les concurrens ont déployé d'énergie et d'adresse ; sa main ne lui paroît pas un trop digne prix d'un si beau talent.

Quand son oncle le commandeur apprend ce trait de folie, il en est étonné, quoiqu'il doive y être habitué. La dame elle-même commence à réfléchir, et sent tout son malheur si le vainqueur à la course n'est pas celui qu'elle aime Le plus agile coureur est rarement le plus fidele mari : l'amant qui court le mieux est meilleur pour attraper que pour épouser sa maîtresse Lorsque Atalante se fit le prix de sa course, elle étoit bien sûre d'être plus légère que Hippomène et que tous ses autres amans : si elle fut prise, ce fut avec des pommes d'or.

Mad. de Roseval prie son oncle de recevoir le vainqueur, et de donner à souper aux trois coureurs : elle se retire sous le prétexte d'une indisposition, et revient déguisée en chasseur, avec une livrée verte, et le sabre au côté. Les trois rivaux arrivent, à une minute d'intervalle l'un de l'autre. Belton est le premier, et, comme vainqueur. il se croit déjà propriétaire des domaines de Mad. de Roseval ; déjà il parle d'abattre une avenue pour payer une lettre-de-change. Darling et lui ne se gênent pas : ils poussent même l'impudence jusqu'à s'exprimer sur la belle veuve en termes peu mesurés. Selmours leur en fait les plus vifs reproches. Mad. de Roseval qui les observoit sous son déguisement, se fait alors connoître ; et, attendu que sa promesse n’est pas faite par-devant notaire, elle donne sa main au généreux Selmours, quoiqu'il ne soit pas le meilleur coureur.

Il y a de jolis couplets et même de jolies scènes dans la pièce : on l'a écoutée avec plaisir; mais je crois qu'il y avoit un prix proposé, non pas au plus habile coureur, mais au plus intrépide siffleur qui réussiroit à troubler le dénoûment. Quelques voix ont demandé l'auteur, et cette demande a été un prétexte pour les conjurés ; quand on est venu pour nommer l'auteur, ils ont prétendu qu'on ne l'avoit pas demandé : tout cet orage paroissoit dirigé, moins encore contre M. Henri Simon, l'auteur, que contre Mlle Rivière l'actrice, qui, par son talent, fait trouver bonne la nouveauté à laquelle on en veut. Mlle Rivière a joué avec beaucoup de vivacité, d’enjouement et de comique, le rôle de Mad. de Roseval. Mlle Betzy a été fort agréable dans celui de la soubrette. Henri, Hippolyte et Seveste ont très bien représenté les trois rivaux.                   Geoffroy.

Journal des arts, des sciences et de la littérature, n° 224 (quatrième année), 20 mai 1813, p. 235-236 :

[Le critique du Journal des arts a assisté à une chute complète, malgré l’assistance des amis de l’auteur. Il trouve cet échec justifié...]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Première représentation d'une Soirée Anglaise, ou le Mariage à la Course, vaudeville en un acte, de M. *** (Henri Simon).

La campagne dramatique est à peu près terminée : la belle saison commence à exercer son influence sur les spectacles. Les premières représentations deviennent moins fréquentes, et les auteurs s'occupent déjà de leurs préparatifs pour l'hiver prochain. Parmi cette foule de gens plus ou moins avides de gloire, il reste quelques traînards qui veulent encore essayer de légers engagemens avec le public. M. Henri Simon, que l'on n'a pas nommé hier, a voulu faire nombre avec eux en donnant une Soirée Anglaise ou le Mariage à la Course.

La scène se passe à Londres. Une jeune veuve assez folle, sollicitée par trois amans de se remarier au plus vîte, ne trouve pas de meilleur moyen, pour fixer son choix, que de leur proposer une course et de s'offrir pour le prix du vainqueur. Ainsi, dit son oncle,c'est la vitesse d'un cheval qui décidera du bonheur de ta vie ! Réflexion judicieuse et tout à fait sentimentale dont l'auteur a fait la morale de sa pièce. Il faut lui savoir quelque gré de cette pieuse intention.

Quoi qu'il en soit, le vainqueur à la course est le baronnet Betton, fort mauvais sujet, criblé de dettes et perdu de réputation. A peine arrivé chez la belle veuve, il s'érige en maître, fait abattre les vieux arbres plantés par les aïeux, ce qui n'est pas moins sacrilége que de brûler des portraits de famille, bouleverse la cave et s'enivre avec ses amis. Ce qu'il y a de malheureux pour sir Betton, c'est que la jeune veuve s'est déguisée en chasseur, et qu'elle sert à boire à ces Messieurs, afin de connaître le caractère de son futur époux. Elle est saisie d'horreur, quand elle s'entend traiter de folle, d'étourdie, d'inconséquente, et surtout quand sir Betton propose de la jouer contre une jument. La pauvre dame n'y tient pas, elle se fait reconnaître comme dans les mélodrames, rompt le contrat qu'elle avait passé avec les coureurs, et donne sa main à un jeune officier philosophe et galant que l'on nomme Seimours.

La pièce était soutenue par un bon nombre d'amis ; mais leurs efforts n'ont pu réussir à lui donner un quart-d’heure d'existence. L'ouvrage a été sifflé d'un bout à l’autre, et certes le parterre n'était pas injuste. Mlle. Rivière, qui jouait la jeune veuve, n'a pas peu contribué à cette chûte complète, en voulant imiter l'accent anglais et en baragouinant de la manière la plus ridicule. Il semblait que l'actrice eut essayé de se mettre à la hauteur de l'ouvrage dont on lui avait confie la fortune. Jamais, dans aucune pièce Mlle Rivière n'a paru si fort au-dessous du mediocre.

Au vaudeville final, on a fait une application maligne du dernier couplet à la situation fâcheuse de M. Henri Simon :

Auteurs qui recueillez déjà
Des bons mots pour faire vos pièces,
Cite-t-on des traits de finesses ?
Mettez çà sur votre agenda.
Mais si l’on dit que vos bluettes,
Vrais bijoux de société,
Iront à la postérité,
Rayez cela de vos tablettes.

Quand le parterre s'avise de lancer des épigrammes, il est plus malin encore que le vaudeville, et quelquefois plus sévère qu’un journaliste.

Mercure de France, journal politique littéraire et politique, tome cinquante-cinquième, n° DCXXII (samedi 19 juin 1813), p. 567-568 :

[Le compte rendu de cette pièce est largement ironique : le critique avait pris soin de ne pas faire de compte rendu, et il ne le fait que parce qu’on le lui a réclamé. Et son opinion est sévère : même pour un vaudeville, c’est une mauvaise pièce !]

Théâtre du Vaudeville. — Première représentation des Bêtes Savantes, vaudeville en un acte, de MM. Théaulon, Dartois et Dumersan.

Les nouveautés se succèdent à ce théâtre avec une rapidité qui fait honneur à la fécondité des auteurs et au zèle des acteurs. Mais toutes, cela serait impossible, ne sont pas également bonnes ; la prétendue parodie des Abencerrages et la Soirée anglaise compensent bien le plaisir que nous ont causé Elle et Lui et les Bêtes Savantes. J'ai parlé de la jolie arlequinade qui a pour titre Elle et Lui; je vais m'occuper des Bêtes Savantes, et je réparerai en même tems le tort que j'ai eu d'oublier la Soirée anglaise, vaudeville de M. Henry Simon.

Ce qui distingue les productions de M. Henry Simon, c'est une connaissance parfaite des peuples qu'il met en scène. Dans la Soirée anglaise, par exemple, il est fort question d'un cheval limousin qui a remporté le prix de la course à Neumarket ; quatre anglais, en se mettant à table, commencent par chanter à gorge déployée, ainsi que le font des garçons cordonniers le dimanche à la Courtille ; on ne parle à table que de vin de Pomard, tandis qu'il est à la connaissance de tout le monde que le vin de Bourgogne ne supporte pas la mer, et qu'il est très-rare d'en trouver en Angleterre ; enfin une jeune et jolie Lady, oubliant toute retenue, se déguise en chasseur, couvre ses jolies lèvres de vilaines moustaches noires, et se présente hardiment pour servir à sa propre table trois hommes qui lui font l'honneur d'aspirer à sa main.

Quel nom donner à une aussi faible production ? Je serais tenté de croire que les Pères du Vaudeville, MM. Barré, Radet et Desfontaines, ne laissent de tems en tems paraître de semblables ouvrages que pour faire mieux sentir le mérite de leurs jolies pièces, qui n'ont pourtant pas besoin de la comparaison pour être estimées à leur juste valeur.

J'avais gardé le silence sur la Soirée anglaise : on a voulu connaître mon opinion ; je la donne, et si elle déplaît à l'auteur, il ne doit s'en prendre qu'aux amis indiscrets qui m'ont forcé de rompre un silence favorable.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome VI, juin 1813, p. 292-295 :

[L’article commence mal pour la pièce : dès le couplet d'annonce, on savait qu’elle était mauvaise, l’auteur ne sachant « ni tourner un vers, ni aiguiser un trait », celui qui fermait le couplet étant « une espèce d'amphigouri. ». L’analyse qui suit résume une intrigue compliquée, sans cohérence et qui s’achève par un dénouement assez arbitraire. Bilan : des personnages inconsistants, une pièce sans esprit ni gaîté, « des inconvenances choquantes, qui prouvent assez que l'auteur ne connaît ni le monde ni le théâtre ». Le meilleur acteur interprète un rôle muet, mais qui revêt un excellent costume. Le mieux, c’est de ne pas aller voir les pièces de l’auteur (qui a été nommé ).]

La Soirée anglaise , ou le Mariage à la Course.

La Soirée anglaise n'est point une soirée amusante. Dès le couplet d'annonce, l'alarme s'est répandue dans la salle. Sur cet échantillon, on a jugé tout de suite que l'auteur ne savait ni tourner un vers, ni aiguiser un trait, et qu'il tâchait en vain de s'élever jusqu'au calembourg. On n'a point compris une espèce d’amphigouri qui finissait par ces trois lignes rimées :

De cette folie aimable
Vous rendrez l'acte durable
Si vous signez au contrat.

Quoique les énigmes soient à la mode, celle-la n'a pas plu ; au lieu de signer, le public a sifflé. Mais l'auteur paraît aguerri contre de pareilles mésaventures : loin de se tenir pour bien averti qu'un vaudeville est au-dessus de ses forces, il s'obstine à tenter de nouveau la fortune, et se donne beaucoup de peine pour faire rire ; on rit, mais ce n'est pas de la pièce. Toute mauvaise qu'elle puisse être, disons pourtant quelques mots de la Soirée Anglaise.

Mme, de Rosevvall, jeune Française, veuve d'un riche lord, habite une maison de campagne. Cette petite- maîtresse, qui court intrépidement par monts et par vaux, parle sans cesse de sa migraine et de ses nerfs. Depuis quelque-temps , elle vit dans la retraite, et ne va plus, dit sa suivante, qu'à quatre bals par semaine, ou, ce qui est à-peu-près la même chose, à vingt fêtes par mois. Un oncle, auquel l'auteur n'a pas eu la complaisance de donner la moindre couleur, vient pour quereller sa nièce et lui reprocher ses étourderies ; mais la veuve est partie pour aller voir une course de chevaux à New-Market. Bientôt elle arrive, et apprend à son oncle qu'elle précède trois de ses adorateurs, et qu'elle a promis sa main à celui qui la suivrait de plus prés au château. Voilà le Mariage à la Course ; ce qui ressemble un peu au Premier-Venu ; mais voici qui ne ressemble à rien : tout-à-coup Mme. de Rosewall se repent de sa promesse, forme le projet d'étudier le caractère de ces messieurs, qu'apparemment elle ne connaissait pas encore, et prie sou oncle de faire les honneurs de la maison. Elle ignore quel est le vainqueur. Sera-ce sir Belton, jeune fat, perdu de dettes ; Darling, vieux garçon sans volonté comme sans esprit, ou bien Sennemours, jeune lord, riche et amoureux ? Sennemours et Darling arrivent pour crier à tue-tête qu'ils ne sont pas vainqueurs ; Belton les suit, tout fier de sa victoire. Comme il ne peut voir sa future , il va, en attendant le souper, visiter la maison. En dix minutes, il a le temps de faire abattre des arbres, de renvoyer des valets, et n'interrompt ses occupations que pour venir se mettre à table avec ses deux rivaux. La conversation des convives est digne du reste. Belton se félicite devant l'oncle d'avoir enfin trouvé l'occasion de payer ses dettes ; il fait l'énumération des défauts de Mme. de Rosewall, boit à la santé de son cheval, qui lui a déjà valu cinq ou six femmes, et propose de jouer sa future contre je ne sais quelle Emilie. Mme. de Rosewall, déguisée en chasseur, sert les convives, et jouit du plaisir d'entendre faire ainsi son panégyrique. A la fin, Sennemours se scandalise, et quitte la table pour chanter des couplets d'Almanach, qui n'ont aucun rapport à la pièce. Ces couplets décident la veuve ; elle déclare à Belton qu'elle ne tiendra pas sa promesse, et qu'elle épousera Sennemours. Pour toute réponse, il s'écrie : « Ah ! Madame, quel tort vous faites à mes créanciers » !

Telle est cette pièce dont les personnages ne savent, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent : on y trouve, au lieu d'esprit et de gaîté, des inconvenances choquantes, qui prouvent assez que l'auteur ne connaît ni le monde ni le théâtre. Le meilleur rôle est celui de Darling, joué par Hippolyte. Cet acteur n'a rien à dire, à la vérité ; mais son costume est excellent, et lui donne l'air d'un véritable John Bull. Le public, qui a fait preuve de la plus admirable patience, s'est pourtant révolté au vaudeville de la fin, dont le refrain était :

Mettez ça sur votre agenda !

La seule chose à mettre sur son agenda , c'est de ne pas retourner aux pièces de M. Henri Simon.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 18e année, 1813, tome III, p. 173-174 :

[Une chute apparemment non prévue : au calme a succédé la tempête, et c’est l’auteur qui en a fait les frais. Sinon, pièce sans qualité : ni esprit, ni goût, ni couleur locale...]

La Soirée Angloise, ou le Mariage à la Course, vaudeville en un acte, joué le 17 mai.

Une jeune folle fait de sa main le prix d'une course de chevaux, au lieu de choisir parmi les rivaux celui qu'elle préfère. Désolée d'être tombée entre les mains d'un mauvais sujet, elle se déguise en héduque, et écoute la conversation de ses amans qui soupent sans façon chez elle, et la traitent assez cavalièrement. Quand elle se croit assez mystifiée, elle se découvre, et renvoye son insolent vainqueur. Il ne manque à celle pièce que de l'esprit et du goût ; les mœurs angloises et le ton de la bonne compagnie, y sont estropiés à chaque mot.

L'auteur a eu la modestie de se faire nommer au milieu d'un orage d'autant plus violent qu'il avoit été précédé d'un calme trompeur. C'est M. Henry Simon.

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