La Suite de Zélia, opéra en trois actes, paroles de Dubuisson, musique de Deshayes, 25 février 1792.
Théâtre de la rue de Louvois.
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Titre :
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Suite de Zélia (la)
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Genre
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opéra
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Nombre d'actes :
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3
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Vers / prose
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Musique :
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oui
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Date de création :
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25 février 1792
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Théâtre :
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Théâtre de la rue de Louvois
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Auteur(s) des paroles :
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Dubuisson
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Compositeur(s) :
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Deshayes
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Mercure universel, tome 12, n° 361 du lundi 27 février 1792, p. 431-432 :
[Les « suites » sont souvent difficiles à écrire, et Zélia n'échappe pas à ce qui est presque une règle. Elle a pourtant réussi. Le résumé de l'intrigue est fait d'une manière un peu décousue. On assiste d'abord à la construction d'une maison destinée à Zélia, marquant la reconnaissance de tous pour ses bienfaits. Arrive le père de Zélia, il constate le chagrin qui ronge sa fille et veut se battre contre Fontorbe qu'il estime responsable de la tristesse de sa fille. Mais il ne fait qu'inciter Cécile à fuir, elle tombe et meurt. « Et la toile tombe ». Si l'acte 1 s'ouvre sur un tableau pittoresque, le duel à l'acte 2 est peu dramatique, et la mort de Cécile n'a pas eu l'assentiment du public. Par contre, il a « vivement applaudi » un couplet contre les vœux monastiques, prouvant l'adhésion du public à l'opinion qui veut que les femmes sont maîtresses d'elle-mêmes. La pièce s'inscrit donc dans la ligne des critiques souvent montrées au théâtre de l'enfermement des jeunes femmes dans les couvents. La musique est qualifiée de sublime, et le critique énumère toute une série de morceaux remarquables. Elle est « pleine de verve, d'expression et d'énergie. Son auteur est cité, tout comme « celui des paroles », moins mis en valeur. L'interprète qui joue Zélia a fait forte impression dans un « rôle très-fatiguant », montrant un cœur « comme une arène où les passions combattent à l'envi. Elle a été demandée « après la pièce ».]
Theatre de Louvois:
Le succès mérité de Zélia a piqué la curiosité du public, pour savoir comment l’auteur en offriroit la suite. On l’a donnée samedi, elle a réussi.
Au lever du rideau, on voit tout le village occupé à bâtir une maison à Zélia. La reconnoissance de ses bienfaits donne le double de courage et le travail devient un plaisir. Fontorbe s’est réuni à Cécile, et Zélia éprouve le tourment de l’absence ; un étranger sir Ervé cherche sa fille Zélia. Il est venu descendre dans l’auberge de madame Tatillon, on lui procure une entrevue avec sa fille, il est bientôt dans ses bras. JYldis il s’apperçoit du noir chagrin qui la dévore, elle a un époux et tout à la fois n’en a point. Sir Ervé, irrité contre Fontorbe qui a tué son fils, enlevé et ensuite abandonné sa fille, veut se battre avec lui ; désespoir de Zélia, tout le village accourt, Cécile apprend ce funeste évènement, se précipite, fait une chûte sur un pont, le coup est mortel, elle expire et la toile tombe.
Le tableau qui ouvre le premier acte est pittoresque. Cet acte est long. Le duel du second est d'un effet peu dramatique, et la mort presque subite de Cécile a déplu assez généralement. On a vivement applaudi un couplet plein de force et d’énergie sur l’imprudence des vœux : le public a prouvé, par son accueil, que l’opinion est formée, au point de regarder comme maîtresse d’elle-même, en dépit des préjugés, toute femme, quoiqu'en chaînée par des liens cruels que la raison, la philosophie et 1'humanité ne peuvent manquer tôt ou tard de briser.
La musique est sublime. Le duo du premier acte, le songe, qui est rempli d’explosion, la finale, le duo qui ouvre le second acte, la finale du même acte, et le duo du troisième ; tous ces morceaux méritent d’être cités avec éloge. En général, la musique est pleine de verve, d’expression et d’énergie. M. Deshayes en est l’auteur ; M. Dubuisson, celui des paroles.
Mad. Ducaire a rendu avec beaucoup de force et d’ame le rôle très-fatiguant de Zélia, dont le cœur est comme une arène où les passions combattent à l’envi. Le public l’a demandée après la pièce.
L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 6 (juin 1792), p. 338-340 :
[La pièce nouvelle est la suite d’un opéra à succès, et le compte rendu souligne qu’il n’est pas évident de continuer une histoire qui amène nécessairement à la mort d’un des deux personnages féminins. Le dénouement choisi par les auteurs, que le critique approuve, n’a pas contenté le public, mais cela n’a pas empêché le succès : les auteurs ont été nommés sans paraître. Appréciation positive de la musique comme de l’interprétation (tous les acteurs ont été demandés, et eux ont paru : ce genre de reconnaissance est très important).]
Théatre de la rue de Louvois.
On a donné, à ce théatre, la suite de Zélia ; opéra en trois actes, paroles de M. Dubuisson, musique de M. Deshayes.
Presque tous les amateurs du théatre ont vu Zélia, opéra en 3 actes, dans lequel un homme, qui se croit veuf, a enlevé, en Amérique, une fille à ses parens, & est venu s'établir en Allemagne, où le hasard lui fait rencontrer sa premiere épouse : Fontorbe, c'est le nom de ce mari à deux femmes, croit devoir donner la préférence, quoiqu'il les aime tendrement toutes deux, à Cécile, de laquelle il a une fille nommée Lucy. Zélia, livrée au dernier désespoir, veut fuir de la terre de l'homme qui fut son époux ; mais les paysans qui la chérissent, arrêtent ses pas, & elle consent à vivre parmi eux. Sans doute il étoit difficile de faire à cet ouvrage, une suite dont le dénouement fut satisfaisant, & on ne pouvoit le faire qu'en faisant mourir une des deux femmes de Fontorbe. Voici comment l'auteur a conçu le plan de la suite de Zélia, qui a eu du succès, & dont le sujet est entierement d'imagination.
Tous les paysans sont occupés à construire une maison pour Zélia (tableau charmant) ; mais cette femme infortunée n'en forme pas moins le dessein de fuir ce lieu qui lui rappelle des souvenirs douloureux : elle est logée chez Mde. Tatillon aubergiste, chez qui sir Hervey vient de descendre par hasard : sir Hervey est le pere de Zélia : il vient pour pardonner à sa fille, à Fontorbe qui la lui a enlevée, en privant du jour un de ses fils ; mais sir Hervey apprend le malheur de Zélia ; il apprend qu'elle n'est plus l'épouse de Fontorbe. Ce pere furieux, qui auroit tout pardonné, ne brûle plus que du désir de venger son fils : Fontorbe & lui vont se battre au pistolet, lorsque tous les paysans viennent s'opposer à ce funeste projet. Mde. Tatillon, en semant par-tout l'alarme, a effrayé Cécile : cette premiere épouse de Fontorbe, en voulant courir à sa défense, passe sur un petit pont qui se brise sous elle ; Cécile tombe avec les débris du pont ; elle est blessée à mort : on l'apporte sur la scene, où elle expire au milieu de ses amis, en recommandant à Fontorbe de faire cesser les malheurs de Zélia.
Puisqu'il falloit que Cécile mourût, sans doute il est plus adroit de la faire mourir par un accident qui fait honneur à son cœur, que par tout autre moyen qui auroit pu compromettra la tendresse ou la vertu de son époux & de Zélia ; mais le public a paru ne pas goûter ce dénouement, qui cependant est forcé. Du reste, la piece a été très-applaudie : on a demandé les auteurs, qui n'ont point paru. La musique de M. Deshayes ne le cede en rien à celle de Zélia : elle offre des morceaux superbes, & une facture dramatique qui doit assigner à son auteur une place parmi nos plus célebres compositeurs. Cette piece est mise avec soin : Mde. Ducaire a de très-beaux momens dans le rôle fatiguant de Zélia : M. Valville montre un véritable talent dans celui de Julien : Mlle. Dénarelle tire un grand parti de celui de Cécile ; & les autres sont joués d'une maniere si satisfaisante, par Mrs. Ducaire, Josse, Fleuriot, & Mlles. Lacaille & Sérigny, que le public a demandé, après la piece, tous les acteurs, qui ont paru.
La base César donne comme titre Cécile, ou la suite de Zélia (c’est aussi le titre qu’on trouve employé dans la Bibliothèque de Soleinne). Les auteurs sont donnés comme inconnus. 10 représentations, du 25 février 1792 au 31 mars 1792.
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