Le Vaudeville au Caire

Le Vaudeville au Caire, comédie-parade / comédie-folie en un acte mêlée de vaudevilles, de Jouy et Longchamps, 18 frimaire an 8 [9 décembre 1799].

Théâtre du Vaudeville

Titre :

Vaudeville au Caire (le)

Genre

comédie-parade

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

prose, couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

18 frimaire an 8 [9 décembre 1799]

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Jouy et Longchamps

Almanach des Muses 1801

Petit ouvrage de circonstance.

Courrier des spectacles, n° 1011 du 19 frimaire an 8 [10 décembre 1799], p. 2-3 :

[C’est sur un ton léger que le critique annonce une terrible nouvelle : toute la troupe arlequinesque du Théâtre du Vaudeville est parti au Caire (peut-être pour y rejoindre l’armée française et son chef...). Il entreprend de résumer une intrigue plutôt confuse, pleine des rebondissements habituels dans les arlequinades (on se déguise, on fait des contrats trompeurs, etc.). Après bien des péripéties, le mariage habituel couronne les efforts d’Arlequin, tandis que Gilles, une fois de plus, voit Colombine lui échapper. Le jugement porté sur une telle œuvre insiste sur sa longueur excessive : après un bon début riche en couplets saillants, sortis d’une plume exercée, la pièce devient ennuyeuse, et il faudrait en supprimer « ce qui nuit à la marche de l’action, ce qui réfroidit l’intérêt ». A ce prix « la pièce sera très agréable ». Les interprètes sont couverts d’éloges, et l’article reproduit in fine un couplet tout à la gloire du héros de l'Égypte, tellement supérieur à tous les compliments qu’on pourra lui faire. Noter que le nom des auteurs n’est pas donné : on ne les a pas demandés ?]

Théâtre du Vaudeville.

L’enfant joyeux de Momus, le gai, le gentil Vaudeville veut être aussi du voyage en Egypte. Cassandre, Colombine, Arlequin, Gilles et plusieurs autres sont déjà débarqués sur le rivage d’Alexandrie. Comment ? Arlequin nous a abandonnés, direz vous ? Comment ? nous n’irons plus rire avec Gilles, Cassandre, Colombine ? l'Egypte nous les enlève  ? Un moment : ils ne sont point partis, et leur voyage au Caire n’est qu’une jolie comédie dont voici l’analyse :

La troupe du Vaudeville, Cassandre à sa tête, est partie de Paris pour Toulon, d’où elle doit s’embarquer pour le Caire. Arlequin, que veut éloigner Gilles, son rival préféré par Cassandre parce qu’il est plus riche, n'arrive que le 15 pour monter à bord d'un vaisseau parti le 14 avec sa maîtresse. Il trouve un bâtiment Bergamasque et engage le patron à accélérer la traversée : il arrive un jour avant le vaisseau qui porte Cassandre et la troupe. Un de ses amis, nommé Derville, membre de l’Institut d’Egypte et chargé de l’installation des Comédiens, le console de la perte de Colombine, qu’il croit infidelle, et lui fait espérer de la ramener à son premier amour. Bientôt on voit arriver la caravanne des Comédiens qui défilent ; leur bagage est sur le dos d’un chameau, et Gilles sur son âne ferme la marche. Tandis qu’on leur assigne un emplacement pour jouer et loger, Colombine se livre aux regrets que lui cause l’absence d’Arlequin, qu’elle accuse à son tour de l’avoir abandonnée. Envain Gilles fait valoir son amour et l’infidélité prétendue d’Arlequin, elle n'écoute aucune proposition. Cependant Derville, de concert avec Arlequin, vient annoncer à Cassandre qu’un des plus riches Mamelucks, Ismaïlow, épris des charmes de Colombine, qu’il a vu débarquer à Alexandrie, vient exprès vers lui pour la lui demander en mariage. Cassandre accepte avec respect cette proposition et il se prépare à recevoir sa grandeur. Ismaïlow paroit en effet précédé et suivi d’esclaves, et il flatte le père de Colombine par les offres les plus séduisantes.

Colombine elle même est mandée par le Mameluck qui doit avoir avec elle un moment d'entretien. Elle reconnoit bientôt son cher, son infidèle Arlequin, et Arlequin revoit sa chère et infidèle Colombine Une explication a bientôt dissipé les nuages de la jalousie et du soupçon : mais Gilles qui prend toujours Arlequin pour un Mameluck, lui apprend qu’elle est comédienne, et de plus sa maitresse. Arlequin feint de n’en plus vouloir, et prête à Gilles ses habits de Musulman pour obtenir Colombine de son père, et bientôt on dresse l’acte d'union. Arlequin qui est censé interprète de Gilles, dicte les conditions. L'acte se signe, lorsque tout-à-coup Derville vient annoncer qu’Ism aïlow est menacé de périr si on le découvre, et Gilles qui en a les habits les jette et les rend à Arlequin qui, maître du contrat, se fait reconnoître au père, et obtient son consentement à son mariage.

La fin de ce vaudeville n’a pas répondu au commencement qui fourmille de couplets extrêmement saillans. Les passages que l’on a justement applaudis annoncent une plume à qui les plaisanteries et le sarcasme sont familiers. Cette pièce est fort longue t et même trop longue, puisqu’elle languit vers la fin. Que l’on retranche ce qui nuit à la marche de l'action, ce qui réfroidit l’intérêt, qu'on ne laisse pas le spectateur bailler après l’avoir amusé par de jolis vaudevilles, et la pièce sera très-agréable.

Le citoyen Laporte a rendu le rôle d’Arlequin avec toute la finesse qu’on lui connoit ; Carpentier celui de Gilles avec beaucoup de naïveté ; Julien et la citoyenne Aubert ceux de Derville et Colombine avec infiniment de grace et d’aisance.

Voici un des couplets qui ont eu les honneurs du Bis.

Cassandre cherche un grand homme qu’il puisse justement célébrer sur le théâtre du Caire : il pense au Héros d’Egypte, mais Derville- lui répond :

Vos foibles chansons d’un héros
Peuvent-elles vanter la gloire ?
Peut-il entendre vos pipeaux
Au milieu des chants de victoire ?
A de plus sublimes concerts
Son oreille est accoutumée :
Son théâtre, c’est l’Univers,
Et son chantre, la Renommée.

G.          

Courrier des spectacles, n° 1012 du 20 frimaire an 8 [11 décembre 1799], p. 2 :

[Un second article pour dire que des corrections heureuses ont amélioré la pièce, mieux accueillie, pour donner le nom des auteurs (réparation d’un oubli ou succès plus franc qu’à la première représentation ?), et pour citer une série de couplets jugés remarquables, le dernier citant un tout récent succès de Picard.]

La seconde représentation du Vaudeville au Caire a offert bien des corrections, sur-tout dans le dénouement, qui est beaucoup plus court et qui a fait plus de plaisir. Nous ne pouvons nous empêcher de citer quelques couplets qui ont été redemandés, ainsi que celui transcrit dans l’analyse de l’ouvrage. On a demandé les auteurs ; ce sont les citoyens Longchamp et Jouy, et une citoyenne qui a désiré garder l’anonyme.

On parle des Momies d’Egypte — « Qu'est-ce jj que c’est que des Momies, demande Gilles ? » — Déterville répond :

Grace à des parfums précieux,
Le corps d'un homme ou d’une femme
Conserve sa forme à nos yeux,
Quoiqu’au dedans froid et sans ame.

Gilles.

Ce n’est que cela ?

Si c’est le nom qu’en ce pays
On donne aux beautés recrépies,
Oh ! mon Dieu, combien à Paris
      J’ai laissé de momies !

Dorville demande à Arlequin des nouvelles politiques ; Arlequin répond :

Moi, vous parler de politique ?
Ne voyez-vous pas mon habit ?
La bigarrure en politique
Aujourd’hui n’est plus en crédit.
J’abandonnai la politique
Le jour où nos heureux destins
De la carrière politique
Ont chassé tous les Arlequins.

        Arlequin sur nos auteurs modernes.

Des modèles dans la carrière
Il n’est pas aisé d’approcher ;
Pourtant sur les pas de Molière
Plus d’un auteur cherche a marcher.
Et cet écrivain sans reproche
Qui n’eut point encor de rival,
Au défaut d’héritier plus proche,
Dumoins trouve un Collatéral.

Et le Collatéral est soit une comédie de Fabre d'Églantine (le Collatéral, ou l’Amour et l’intérêt), soit plutôt une comédie toute récente de Picard, le Collatéral ou la Diligence de Joigny. Plutôt la pièce de Picard ?

La Décade philosophique, littéraire et politique, an VIII, n° 9 (30 frimaire) p. 562 :

On a donné dans cette décade avec succès au théâtre du Vaudeville de la rue de Malte :

Le Vaudeville au Caire, pièce de circonstance : on y a remarqué ces deux vers qui sont au-dessus du genre ordinaire de la chanson, en parlant du héros :

Son théâtre c'est l'Univers
Et son chantre la renommée.

Les auteurs sont les CC. Jouy et Longchamps : la pièce a eu d'abord un succès équivoque ; elle s'est relevée depuis.

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, V. année (an VIII – 1799), tome quatrième, p. 552 :

Le Vaudeville au Caire.

On se lasse de tout, le public commence à se lasser des arlequinades : celle jouée le 18 frimaire n'a pas eu un grand succès : quelques jolis couplets out été applaudis et redemandé : mais le fond de la pièce qui ne rouloit que sur une rivalité entre Arlequin et Gilles, un dédit et une infidélité supposée dont Arlequin se désabuse en se déguisant en mameluk, a paru trop léger. Quand la toile a été baissée, quelques voix ont demandé l'auteur, d'autres ont répondu par des sifflets, et il n'a pas été nommé. Aux représentations suivantes, des corrections et des coupures ont rendu la marche plus rapide, le dénouement ne traîne plus en longueur, et la pièce se rejoue : mais on lui fera toujours le reproche d'une trop grande quantité d'esprit, qui ne consiste qu'en pointes et en calembours.

E. Jauffret, le Théâtre révolutionnaire, Paris, 1869, p. 429 :

Encore une pièce de circonstance, ce sera la dernière. C'est une comédie-folie en un acte, des citoyens Jouy et Longchamps, qui fut représentée le 18 frimaire an VII (9 décembre 1799), sur le théâtre du Vaudeville. Elle est intitulée le Vaudeville au Caire, et ne contient qu'une seule allusion politique; mais cela suffit pour indiquer et la pensée des auteurs et l'esprit de l'époque.

Arlequin aime Colombine ; mais Cassandre, malgré sa promesse, veut la donner à Gilles, parce qu'il est plus riche. Arlequin a trouvé au Caire un de ses amis, Dorville, auquel il conte ses malheurs, et qui lui promet son assistance. Après cela, Dorville lui demande des nouvelles de la France. « Moi, répond Arlequin,

Moi, vous parler de politique!
Ah! regardez donc mon habit.
La bigarrure politique
Aujourd'hui n'est plus en crédit.
J'abandonnai la politique,
Le jour où nos heureux destins
De la carrière politique
Chassèrent tous les arlequins.

Le citoyen Etienne, dit Jouy ou de Jouy, ne pensait pas à lui assurément, quand il daubait les bigarrures politiques. Il n'avait encore reçu ni les faveurs de l'Empire, ni les bontés de la Restauration. C'était un habile homme que M. de Jouy ; il savait l'art de ménager les transitions, et son habit, pour être un habit d'Arlequin, n'eut jamais ces tons éclatants qui relevèrent le zèle de tant de conversions.

Ajouter un commentaire

Anti-spam
 
×