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Vadé à la Grenouillère

Vadé à la Grenouillère, vaudeville en un acte, d'Armand-Gouffé et Georges Duval, 23 fructidor an 7 [9 septembre 1799].

Théâtre des Troubadours

Titre :

Vadé à la Grenouillère

Genre

folie poissarde mêlée de vaudevilles

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

prose, avec couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

23 fructidor an 7 [9 septembre 1799]

Théâtre :

Théâtre des Troubadours

Auteur(s) des paroles :

Armand Gouffé et Georges Duval

Almanach des Muses 1801

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez le Libraire au Théâtre des Troubadours, an VIII :

Vadé à la Grenouillère, folie poissarde en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles. Par les Citoyens Armand Gouffé et Georges Duval. Représentée, pour la première fois, sur le Théâtre des Troubadours, le 23 Fructidor, an VII.

Courrier des spectacles, n° 931 du 24 fructidor an 7 [10 septembre 1799], p. 2 :

[L’intrigue est vite résumée : un mariage compromis, que Vadé sauve en donnant du travail au futur marié, tandis que ses amis dotent sa fiancée. Il y avait du monde, plusieurs couplets ont été redemandés. La pièce a fait rire, ce que le critique juge ce qu’on doit exiger de ce genre de pièce. Il n’approuve ni les rares siffleurs, ni encore moins ceux qui ont voulu les faire taire : on en déduira que la pièce ne mérite ni blâme, ni éloge trop marqués, et que le critique est très attaché à « la liberté de blâmer, sans laquelle il n'est pas d'éloge flatteur ». Les auteurs ont été nommés.]

Théâtre des Troubadours.

Jérôme est sur le point d’épouser Nanette, fille de Mad. Dubus, lorsque celle-ci, changeant d’avis, veut la marier au commis de la Patache. Heureusement que Vadé, qui a voulu assister à la nôce, parvient à ramener la mère Dubus en donnant une place a Jérôme. Des amis de Vadé, qu’i1 a amenés au Gros-Caillou, se chargent de dotter Nanette, et tout le village se livre à la joie.

Tel est le sujet de la petite pièce donnée hier à ce théâtre sous le titre de Vadè à la Grenouillere, et qui avoit attiré beaucoup de monde.

Plusieurs couplets bien tournés ont été répétés à la demande du public qui s’est montré fort indulgent pour cette bluette. Au reste , elle a fait rire, et on ne devoit pas en exiger davantage. Nous ne sommes donc pas de l’avis de deux ou trois personnes qui ont sifflé après la représentation, mais nous partageons encore bien moins le sentiment de ceux qui ont voulu leur imposer silence. On a demandé l’auteur, on est venu nommer les citoyens Armand-Gouffé et Duval, les mêmes qui ont donné à ce théâtre le Val-de-Vire et Clément-Marot.

La Décade philosophique, littéraire et politique, an 8, Ier trimestre, n° 1, du 10 Vendémiaire, p. 53 :

On a donné aux Troubadours, avec succès, Vadé à la Grenouillère, par les citoyens Armand Gouffé et Georges Duval. Le langage des halles s'y trouve assez naturellement rappelé ; mais on y compare Vadé à Téniers, et Vadé ne mérite pas de tenir en poésie le rang que Téniers tient dans la peinture.

L’Arlequin, journal de pièces et de morceaux, an 7, premier trimestre, n° 9 (25 fructidor, an 7) p. 202-206 :

Théâtre des Troubadours.

Le 23 Fructidor, les artistes de ce théâtre ont donné la première représentation de Vadé à la Grenouillère.

Jean-Joseph Vadé naquit à Ham, en Picardie, en Janvier 1720. Il fut conduit à Paris, à l'âge de cinq ans, par son père, qui exerçoit le commerce. Mais en vain on voulut lui faire faire ses études. Sa vivacité, sa pétulance, ne purent s'accommoder des entraves du collége. Il ne sut jamais que très-peu de latin ; mais il lut, en revanche, avec attention, avec fruit, tous nos bons auteurs françois, et le style de ses poésies prouve, dans plus d'un endroit, qu'il connoissoit la langue, et savoit mettre à profit ses beautés.

Mais Vadé se distingua surtout dans un genre dont il fut le créateur : le genre poissard. Ce genre est voisin du burlesque ; mais il ne doit pas être confondu avec lui. Vadé peint la nature ; basse à la vérité ; mais c'est toujours la nature, et il sait répandre sur ses tableaux un charme, un intérêt, dont avant lui on ne les croyoit pas susceptibles. C'est le Téniers de la poésie.

Vadé étoit doux, poli, probe, généreux, sincère. Il avoit cette gaîté vive et franche, qui n'est l'appanage que des âmes honnêtes. Son amabilité le faisoit désirer partout, et partout il portoit la joie avec lui. Il amusoit par ses chansons, par ses propos, et surtout par le ton poissard qu'il avoit étudié et qu'il possédoit très-bien.

Il aimoit le plaisir. Il s'y livra sans retenue, et périt à la fleur de l'âge, victime de ses excès. Il est mort le 4 juillet 1757.

Les citoyens Duval, et Armant-Gouffé, auteurs de la Pièce dont je rends compte, ont supposé que Nanette Dubut, blanchisseuse, doit épouser Jérôme Dubois, pêcheur du Gros-Caillou. Ces deux personnages sont assez connus par les Lettres de la Gremouillère de Vadé. Mais la mère de Nanette rompt tout-à-coup cet hymen, et veut donner à sa fille Cadet Eustache, commis de la Patache, plus riche que Jérôme. Vadé, qui a été invité à la nôce, comme ami, arrive fort à propos, pour raccommoder les choses, et décider la mère de Nanette en faveur de Jérôme, auquel il promet un emploi plus lucratif encore que celui de son rival.

Pour réparer, autant que possible, le défaut d'intrigue, les auteurs font accompagner Vadé par un petit maître et une petite maîtresse de la bonne compagnie, dont les manières contrastent avec les façons des habitans du Gros-Caillou.

Mais ce moyen, trop foible , n'a pas réparé le principal défaut de cet ouvrage, qui manque d'intrigue et d'intérêt.

D'ailleurs, le personnage de Vadé n'est qu'esquissé, et à peine esquissé. Son rôle est très-secondaire ; il semble n'être là que pour le dénouement, et la pièce est moins Vadé à la Grenouillère, que le tableau de la Grenouillère.

Enfin, des longueurs, des scènes froidement dialoguées, quelques-unes de manquées, font de cet ouvrage une production médiocre.

Mais à l'esprit des détails, à la facilité des couplets, on a reconnu des auteurs exercés dans le genre du Vaudeville, et l'on a regretté que Vadé soit sorti de la même plume que Clément Marot, et le Val-de- Vire.

Je ne rapporterai pas tous les couplets qui ont été répétés. Plusieurs ont mérité cette flatteuse distinction. En voici un que le public a vivement redemandé, et qui mérite d'être cite comme un modèle de goût et de facilité.

Air : Du pas de Zéphyr, dans Psyché.

Poissard
Et sans fard,
Son esprit
Qu’on chérit,
S’embellit,
S’ennoblit
Par un sel
Naturel.
Pannard
Et Favart
Sont jolis,
Sont polis ;
Mais leurs traits,
Leurs portraits
Sont moins vrais.

Auteur,
Créateur,
Et du port
Sans effort
Imitant,
Et mettant
Sous nos yeux
Tous les jeux,
Troqueurs,
Racoleurs,
Avec goût
Il peint tout
Dans ses vers ;
Et Téniers
N'a cédé
Qu’à Vadé.

Poissard, etc.

La comédie,
La parodie,
Par ses couplets
Ont aussi
Réussi ;
Rondeaux,
Madrigaux,
Vers malins,
Gais refreins,
Et bouquets
Qu'il a faits,
Sont parfaits.

Poissard, etc.

Les acteurs ont joué avec intelligence ; ils n'avoient peut-être pas tout l'à-plomb que l'on auroit pu désirer. Mais la difficulté réelle du ton poissard, d'ailleurs peu usité à la scène, jointe aux inquiétudes d'une première représentation, a produit cet effet, qui nuit à l'ensemble de l'ouvrage, et qui disparoîtra sans doute aux représentations suivantes.

Le Citoyen Tiercelin ; les Citoyennes Remi, Delille, et la Porte-Dantier, ont rendu avec esprit leur rôle, et les applaudissemens du public leur ont souvent prouvé sa satisfaction.

D’après la base César, la pièce de Gouffé et Duval a été jouée 35 fois au Théâtre des Troubadours, du 9 septembre au 7 novembre 1799 (sans présumer de la suite...).

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