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Anacréon, ou l'amour fugitif

Anacréon, ou l'amour fugitif, opéra en deux actes, paroles de M. Mendouze, musique de M. Cherubini ; 10 vendémiaire an 12 (13 octobre 1803).

Académie Impériale de Musique

Titre :

Anacréon, ou l’Amour fugitif

Genre

opéra

Nombre d'actes :

2

Vers / prose ?

en vers ?

Musique :

oui

Date de création :

10 vendémiaire an 12 (13 octobre 1803)

Théâtre :

Académie Impériale de Musique

Auteur(s) des paroles :

Mendouze

Compositeur(s) :

Chérubini

Almanach des Muses 1805

Sujet tiré du joli conte de La Fontaine. Musique agréable, mais quelquefois un peu trop savante, pour le genre de l'ouvrage.

Cet opéra est le premier qu'on ait sifflé à ce théâtre, et, sous ce rapport, il fera époque.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, IXe année (an XI, 1803), tome III, p. 273-274 :

[Sur un sujet connu, d’Anacréon à La Fontaine et diverses pièces jouées « sur les petits théâtres, une oeuvre dont rien n’a pu sauver le « poëme pitoyable », ni les interprètes, ni les décorations (d’ailleurs anachroniques), ni la pompe du spectacle, ni même la musique de Chérubini. Le mot final de cette critique est un peu surprenant : on voit plus souvent les critiques finir sur un mot d'encouragement lorsqu’il s'agit du premier essai d'un jeune homme, quand bien même cet essai n'est pas très réussi.]

Théatre des Arts.

Anacréon, ou l'Amour fugitif, opéra en deux actes, joué le 11 vendémiaire an XII.

Le sujet de cette pièce est l'ode si connue, imitée avec tant de grace par La Fontaine, et qui avoit déja été traîtée plusieurs fois sur les petits théâtres, combinée avec l'Amour fugitif de Moschus. Ni Laïs, ni M.me Gardel qui a chanté et dansé dans cette pièce, ni les décorations charmantes, quoique entièrement contraires au costume, aux mœurs et aux usages du temps, ni la pompe du spectacle, ni la muique de Cherubuni, n'ont pu soutenir ce poëme pitoyable. On a sifflé, chose rare à l'Opéra, et, pour cette fois, Anacréon n'étoit pas entouré du cortége des ris et des graces. C'est, dit-on, le premier essai d'un jeune homme que ce début ne doit pas encourager.

Le Nouvel Esprit des journaux français et étrangers, tome second, brumaire an XII [octobre 1803], p. 213-218 :

[La première représentation s’est mal passée, et ce n’est pas d’elle qu’il va être question. Les suivantes se sont mieux passées après « beaucoup de coupures et la suppression de quelques vers que l'improbation du public avait particulièrement fait remarquer », sans qu’on parle de succès. Le sujet est connu : c’est celle, racontée par Anacréon lui-même et par La Fontaine, de « la visite nocturne de l'Amour » chez Anacréon un soir d’orage. Hélas, le sujet a été bien mal traité, d’abord par l’auteur des paroles, qui s’est trop inspiré de la seule ode d’Anacréon qui « laisse exhaler quelques plaintes sur sa vieillesse » : le livret a « une couleur sombre et triste » qui ne correspond pas à l’image qu’on veut avoir d’Anacréon. Et le musicien s’est laissé entraîner par ce livret « dans une erreur qui […] a nui au succès de l'opéra ». Sa musique ne ressemble pas à celle qu’on imagine conforme à ce qu’était Anacréon, simple, naturelle, facile. D’un musicien aussi chevronné que Chérubini, on attend des productions mémorables, et certains éléments, comme l’ouverture, méritent qu’on les retiennent (malgré « les traits de force, et le son des instrumens bruyans ». Le critique donne quelques exemples de morceaux réussis, avant d’en citer en sens inverse d’autres moins réussis. Et si le nom d’Anacréon ne donnait une idée a priori de l'œuvre, la partition de Chérubini ferait honneur à leur auteur. Le compte rendu se clôt par de rapides indications sur certains interprètes.]

Théâtre des Arts,

Sur le nouvel opéra d’Anacrèon.

Ce n'est point de la première représentation d’Anacrèon ou l’Amour fugitif 'que nous avons l'intention de rendre compte : cet opéra-ballet n'y obtint aucun succès ; des signes du mécontentement le plus marqué s'y manifestèrent. Le» paroles excitèrent presque continuellement des murmures ; la musique faiblement exécutée fut mal entendue ; les ballets seuls et les décorations obtinrent quelque faveur.

Aux représentations suivantes, beaucoup de coupures et la suppression de quelques vers que l'improbation du public avait particulièrement fait remarquer, n'ont pas suffi sans doute pour assurer à cet opéra un succès brillant, mais pour faire établir une distinction un peu plus équitable entre les différentes parties dont il se compose.

Le choix du sujet était heureux : c'est la scène charmante qu'Anacréon a décrite lui-même, et que notre La Fontaine a imitée comme tous ceux de son siècle, ont su imiter les anciens, c'est-à-dire, en les embellissant : cette scène est la visite nocturne de l'Amour surpris par un orage, demandant un asyle à Anacréon, et payant le poëte de l'hospitalité qu'il reçoit, en le perçant du plus puissant de ses traits...

Amour fit une gambade,
Et le petit scélérat
Me dit : pauvre camarade,
Mon arc est en bon état.
Mais ton cœur est bien malade.

Ce sujet demandait de la part du poète, comme de celle du musicien, une extrême délicatesse dans les idées, et beaucoup de graces dans l'expression : les odes d'Anacréon étaient pour le premier, une mine féconde ; on ne lui eût point ,reproché d'avoir fait tenir au vieillard de Téos, le langage qui l'a rendu immortel : les songes, décrits par ce poëte ne pouvaient-ils offrir un spectacle digne de son nom ? et n'était-ce pas aussi un motif précieux pour un compositeur que ce début d'Anacréon, qui veut chanter les dieux et les héros, et dont la lyre ne veut chanter que les amours ? Loin de là ; ce n'est ni le feu de l'ode, ni la douce mélodie de l'hymne, ni la finesse piquante de la chanson, que l'auteur a réussi à nous offrir. Dans une seule ode, Anacréon laisse exhaler quelques plaintes sur sa vieillesse : ce n'était pas celle-là qu'il fallait imiter ; l'auteur s'est trop abandonné à reproduire une idée que le poëte n'a exprimée qu'une fois, et que l'un de ses traducteurs dit spirituellement avoir désiré reporter à la fin de ses odes, pour qu'on y trouvât en quelque sorte le Chant du Cygne : aussi une couleur sombre et triste est-elle répandue particulièrement sur le premier acte. Anacréon n'y est pas couronné de roses : il n'y parle que de cyprès et au lieu de le voir consacrant sa verte vieillesse à l'amour, aux muses, aux plaisirs, on l'entend reprocher aux années la vitesse de leur marche, et douter qu'au déclin de ses ans, il puisse encore trouver Corine fidelle à son amour. C'est bien un vieillard, mais ce n'est point Anacréon.

C'est ce défaut essentiel qui a entraîné le compositeur dans une erreur qui, non moins que sa cause, a nui au succès de l'opéra. Le caractère de cette composition de M. Chérubini est en général trop grave, trop élevé ; la science y brille trop souvent aux dépens de la grace : la lyre d'Anacréon ne comportait, sans doute, qu'une harmonie peu compliquée, et ses chants devaient être reconnus à leur simplicité, à leur naturel, à leur facilité, à la gaieté de leur rithme, à la variété de leurs mouvemens : Anacréon n'était point un Orphée ; ses chants n'auraient pas amolli des tigres et désarmé Cerbère ; mais ils ont dû faire sourire l'amour, exciter des buveurs, appeler le plaisir.

Ce défaut une fois avoué, et malheureusement il est essentiel, on ne peut sans injustice se refuser de reconnaître M. Chérubini dans l'ouvrage dont il est question. Les défauts du poëme eussent-ils glacé son imagination, fût-il resté complètement au-dessous de lui même, ce serait une raison de plus pour se rappeler son originalité, sa verve brillante dans Lodoïska, le ton local, mélancolique et sévère qu'il a su prendre pour le Mont Saint-Bernard, et le style noble et pathétique de Médée. Mais ces ouvrages ne sont pas ici les seuls titres de M. Chérubini, et sa production nouvelle a des parties qui commanderont aussi des souvenirs. Par exemple, son ouverture offre des traits d'une délicatesse extrême; et si l'on se rendait mieux compte à soi-même du motif qui l'a engagé à y multiplier les traits de force, et le son des instrumens bruyans, on l'applaudirait comme une des meilleures productions en ce genre ; on remarquerait surtout l'habileté avec laquelle le compositeur a voulu donner, par l'emploi isolé de quelques instrument à vent, une idée approximative de la musique des Grecs.

En poursuivant cet examen, nous trouverons dans le cours de l'ouvrage des morceaux dus à un talent supérieur. Le premier air de Corine a de la force et de l'élégance. Le trio qui suit, est d'un mouvement très-agréable: L'air d'Anacréon : Je n'ai besoin pour embellir ma vie, est d'une expression vraie : mais des éloges plus marquans doivent être réservés au beau quatuor du second acte ; morceau plein de chaleur, de mouvement et de vie, où l'harmonie pouvait déployer toutes ses richesses, et à l'air : Dansez, dansez, nymphes légères, dont la douce mélodie, le mouvement léger, et les refrains voluptueux, empruntent un charme de plus de l'alliance heureuse de la voix de Laïs, et des pas de Mme. Gardel.

Nous parlerons avec moins d'éloges du chœur qui termine le second acte : ce morceau est très-compliqué, très-difficile : il est composé d'une manière hardie ; mais il manque de clarté. C'est un objet d'étude que de l'entendre ; et saisir l'intention du compositeur au milieu du bruit auquel il s'abandonne, n'est pas sans difficulté. De petits airs sont répandus dans ces deux actes ; ils sont la partie faible de cette composition ; leur tournure a quelque chose de pénible ; ils manquent de naturel et sur-tout de gaieté : ce ne sont point des airs, et ce ne sont point des couplets. Mozart semblerait avoir emporté avec lui le secret des airs de ce genre, si Grétry ne le possédait encore. Nous avons aussi remarqué quelques passages où l'orchestre pouvait être plus imitatif, et l'accompagnement du récitatif, en général très-simple, plus conforme au sens des paroles. Toutefois, cette composition serait de nature à faire beaucoup d'honneur au musicien auquel elle est due, si le nom d'Anacréon n'avait à l'avance inspiré d'autres idées, fait attendre un autre ton et d'autres accens.

Laïs et Mme. Branchu chantent très-bien les rôles d'Anacréon et de Corine : une très-jeune débutante, Mme. Hynn, montre, dans le rôle de l'amour, des dispositions heureuses ; sa voix est étendue et juste, et elle paraît appartenir à une bonne école. S...

Carrière à l'Opéra :

6 représentations en 1803 (05/10 – 25/11).

1 représentation en 1804 (01/01).

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