Bathilde, ou le Mariage fatal

Bathilde, ou le Mariage fatal, drame en trois actes, de M. de Saint-Léger, 8 décembre 1812.

Théâtre de l’Odéon.

Le nom de l’auteur provient de L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et littéraire..., de Paul Porel et Georges Monval, p. 259.

Titre :

Bathilde, ou le Mariage fatal

Genre

drame

Nombre d'actes :

3

Vers / prose ?

 

Musique :

non

Date de création :

8 décembre 1812

Théâtre :

Théâtre de l’Odéon

Auteur(s) des paroles :

M. de Saint-Léger

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 17e année, 1812, tome VI, p. 406-407 :

[Le compte rendu indique d’abord la source de la pièce : un drame anglais, puis raconte le drame français en le comparant au drame anglais (un mariage secret, le mari part et sa femme, quis e croit veuve, se remarie la veille du retour de son premier mari). La seule divergence indiquée est le dénouement : quand l’héroïne anglaise meurt de façon atroce, l'héroïne française a le bonheur de voir son second mari se retirer pour laisser la place à son rival (mais aucun commentaire sur cette différence, tout de même importante !). Le compte rendu s’achève sur le constat de l’échec de la pièce : en fait le dénouement n’a pas vraiment été entendu, tant la salle était bruyante, et la pièce n’a pas atteint son terme.]

Bathilde, ou le Mariage fatal, drame en trois actes, représenté pour la première fois le 6 décembre.

Isabella or the fatal Mariage, de Southern, poète anglois, a été le modèle du Mariage fatal. Dans l'une et dans l'autre pièces, le fils d'un grand seigneur a épousé secrètement une jeune fille, dont il s'est séparé pour aller à l'armée. Sept années s'écoulent sans nouvelles ; enfin, sur le bruit de la mort du jeune homme, sa femme se présente avec son enfant au vieux milord, qui la repousse et la chasse de son hôtel. L'infortunée, plongée dans la douleur et dans la misère, accepte, par amour pour son fils, les offres généreuses d'un nouvel amant ; elle épouse lord Mortimer; mais, dès le lendemain de ce nouveau mariage, son premier époux reparoît ; l'amour et la générosité combattent à la fois dans le cœur des deux rivaux ; mais l'héroïne, qui ne peut supporter la honte de sa situation, est saisie dans la pièce angloise d'un délire extraordinaire ; c'est un rire convulsif, qui lui ôte la vie ; mais l'auteur français fait consoler Bathilde par la douce éloquence et par les présens de lord Mortimer ; il lui fait pardonner par le vieux milord, et la rend à son premier époux.

Ce dénouement a été plus deviné qu'entendu. Les sifflets et le ridicule qui ont saisi l'ouvrage, dès la première scène, ont fait un chaos du troisième acte, et ne lui ont pas permis d'arriver à sa fin.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome I, janvier 1813, p. 280-283 :

[Pour parler de l’échec d’un mélodrame, le critique a besoin de se lancer dans de longues explications sur le déclin du Théâtre de l’Impératrice, la « petite maison de Thalie », malgré le partage de l’Odéon avec les Comédiens Italiens : rien n’a pu y faire revenir le public qui l’a abandonné. Le goût du public pour le mélodrame a incité à importer un drame anglais; qui a échoué alors qu’il avait réussi à Londres. L’intrigue rapidement résumée (l’histoire d’une femme qui a époué un second mari après la disparition du prmeier, et qui voit ce dernier revenir), c’est par la moquerie et la dérision que le critique rend compte de la pièce et de sa représentation. L’auteur a changé en vain le dénouement (il ne fait pas mourir son héroïne), mais le public a choisi de se moquer d’une pièce ennuyeuse, en sifflant et en riant. Le critique rapporte deux des lazzis qui ont troublé la représentation, qui est allée à la fin, mais l’auteur n’a pas été nommé. Conseil aux administrateurs de l’Odéon : perdre «  cette fureur du drame, qu'on peut appeller un crime de lèse-bon goût et sur-tout de lèse-gaîté » (le théâtre devant être gai ?).]

THÉÂTRE DE L'IMPERATRICE.

Bathilde, ou le Fatal Mariage.

Les grands seigneurs avaient autrefois des petites maisons dans lesquelles ils allaient se délasser de la contrainte où ils vivaient habituellement. Là, affranchis de toutes lois du cérémonial, de la représentation et du joug monotone de l'étiquette, ils s'abandonnaient à une gaîté franche ; l'esprit se montrait sans entraves ; les mots heureux, les traits plaisans, la folie, l'aimable badinage, les saillies, qui peut-être n'eussent osé paraître sous de pompeux lambris, éclataient librement sous le simple toit de ces modestes demeures.

Thalie, soumise, ainsi que les grands, à une foule de bienséances, avait, comme eux, une petite maison ; un aimable architecte en avait posé les premiers fondemens. Tant qu'il en fit les honneurs, la petite maison se soutint à merveille, par fois même elle enleva au grand-hôtel quelques-uns de ses graves commensaux. On y riait, et le rire est si bon ! L'esprit et la gaîté y traçaient, en badinant, des tableaux où chacun reconnaissait son voisin. Malheureusement le bail de Thalie expira, il fallut changer de domicile. Ce changement devint funeste à sa petite maison : délaissée du premier fondateur, elle perdit presque tout son enjouement. En vain un brillant ultramontain était venu partager le nouveau séjour de Thalie ; quand on n'allait pas pour lui, la maison était souvent déserte. Dans l'espoir d'y ramener la foule, on imagina d'introduire le sombre et triste drame ; et de peur, sans doute, que les muses parisiennes, peu. familiarisées encore avec ce nouveau genre, ne pussent y réussir, on fit venir, des manufactures de Lyon, Célestine et Faldoni. Tout le monde sait quelle fut la vogue extraordinaire de cet ouvrage. Le Fils Naturel ne tarda pas à paraître ; mais cet enfant, né, dit-on, dans une jolie bastide des environs de Marseille, avait pris de mauvaise grace les traits lugubres du drame. Jadis la pièce de Misantropie et Répentir, tirée de l'allemand, avait mis tout Paris en combustion. On a voulu profiter de cet exemple ; on a eu recours à l'étranger, et l'on est allé chercher Bathilde sur les rives de la Tamise.

Rien de plus sombre que ce mélodrame, qui pourtant eut du succès à Londres, et qui n'a été achevé à Paris qu'au milieu des sifflets. Il s'agit d'une femme qui appartient à deux hommes, et qui préfère un ancien mari à un nouvel amant, action d'un fort bon exemple en tout pays. Bathilde, rejettée du père de son premier époux que l'on croit mort, est forcée d'en accepter un second pour sauver son fils de la misère. Le premier mari, qui s'était fait attendre sept ans sans donner de ses nouvelles, revient fort mal à propos quand on n'a plus besoin de lui. Il justifie ainsi ce qu'on a dit souvent : « Le mort le plus regretté dérangerait bien des vivaus s'il venait à reparaître pendant qu'on le pleure.

Dans la pièce anglaise, Bathilde prend sa situation si fort à cœur, qu'elle meurt de désespoir et de rire ; ce qui semble d'abord contradictoire. Mais ce rire tragique servait à faire briller le talent d'une actrice célèbre (Mme. Siddons). A Paris, où cette gaîté anglaise aurait eu peu de succès, on y a substitué un dénouement qui n'en a pas eu davantage. Malgré le talent de Mlle. Delia, Bathilde a été sifflée à toute outrance ; et comme il était sans doute dans la destinée de cette pièce qu'elle excitât le rire, le public s'est chargé du rôle de Mme. Siddons. On n'a plus reconnu cet excellent parterre de l'Odéon, si bénévole, si facile à émouvoir, qu'on a vu si prodigue de sensibilité pour les malheurs de Célestine, qui s'intéressait si vivement au sort de l'Enfant Naturel, et qui trouvait tant de charmes à pleurer sur l'accident d'Abailard. Pour la première fois peut-être il s'est avisé de montrer du goût et de la gaîté : non-seulement il s'est émancipé jusqu'à se venger, par des sifflets, de l'ennui qu'on lui causait, mais il a ri. On cite quelques-unes de ses plaisanteries ; en voici deux que je rapporte en historien fidèle, sans prétendre les approuver, ni les condamner. Je ne sais dans quel endroit de la pièce Bathilde observe très-sensément, « femme de deux époux, elle n'est point épouse. « A qui la faute, a répondu un plaisant ? Cette même Bathilde, succombant à sa douleur, s'écrie : Où fuir ? Où me cacher ? Dans la coulisse, dirent quelques voix.

Ce conseil charitable n'a pas été suivi, et le Mariage Fatal a été continué au milieu des huées et des lazzis de toute espèce. Le coupable qui a importé en France cette marchandise anglaise, n'a pas été nommé. Puisse un tel acte de justice ôter à l'administration de l'Odéon cette fureur du drame, qu'on peut appeller un crime de lèse-bon goût et sur-tout de lèse-gaîté.

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